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De l’évolution de l’enseignement (02-06-2011)

L’éducation nationale pose plusieurs problèmes jusqu’alors « traités » mais non encore résolus, les polémiques se sont succédées sans apporter de solutions durables. L’une des dernières questions de taille concerne le recrutement et le nombre de postes d’enseignants. La réduction du nombre de ces postes est sujet à débat : d’un côté on parle de rationalisation, d’un autre côté de réduction. Quoi qu’il en soit, le constat habituel met l’accent sur les classes surchargées, en effet, on est loin des classes plafonnées à 20 élèves, on avoisine désormais les 30, voire davantage…

Les programmes sont également mis en cause, parfois même dénoncés violemment. On a coutume de dire que le niveau général baisse malgré les réformes qui se succèdent depuis plusieurs décennies. Le sujet de préoccupation actuel concerne le recrutement des nouveaux enseignants. De façon classique, les IUFM forment les futurs enseignants en leur assurant des formations complètes mêlant les programmes scolaires, la bases de la psychologie cognitive, la gestion des conflits, l’apprentissage de plusieurs matières, en un mot, une polyvalence de manière à être en mesure d’assurer le suivi d’une classe.

Dans la réalité, les choses sont plus nuancées, les recrutements sont ne partie gérés par les pôles emploi. En effet, un décret 1 permet d’enseigner en tant que vacataire, justement pour palier aux manques d’effectifs. Cette décision a un double effet, elle suscite tout d’abord une réaction de la part des enseignants frustrés par une concurrence qu’ils jugent déloyale. La plupart met en avant qu’ils sont titulaires du CAPES, un diplôme difficile à obtenir, tandis que les vacataires sont censés effectuer les mêmes tâches sans qualification, si ce n’est un entretien d’embauche, comme on le ferait pour une entreprise privée. Au final on leur confie des classes, un programme annuel à suivre, en un mot, les mêmes prestations qu’un enseignant qualifié et diplômé, la précarité en plus…

Ce déséquilibre des statuts pour un même poste, soulève une polémique qui s’ajoute aux précédentes. Il y a fort à parier qu’une telle décision n’est que le prélude à d’autres prises de position qui, c’est à craindre, risquent de conduire à une refonte totale du monde enseignant où l’on privilégie la quantité à la qualité. Déjà, en juillet 2011, une proposition visait à supprimer le CAPES 2 (rapidement supprimée), cela renforce la concurrence dangereuse entre titulaire et vacataire. Créer et entretenir une telle situation échauffe les esprits mais ne résout rien, bien au contraire. Les partisans du pour ou du contre sont trop occupés à se disputer sur une question de statut, pour s’inquiéter de la baisse de qualité de l’enseignement dispensé, même avec toute la meilleure volonté du monde, il est très difficile aujourd’hui d’inverser la tendance.

De moins en moins, on fait passer les épreuves du Brevet tel qu’il existait il y a 20 ou 30 ans, fait anodin, il a fait lui aussi l’objet d’une proposition visant à le supprimer 3 au profit d’un contrôle continu. Est-ce une tendance générale, ou une volonté de masquer la chute du niveau général ?

La question reste entière, quoi qu’il en soit, il semble plus facile de diminuer que de relever le niveau scolaire. Il se pourrait que dans un avenir proche, des structures privées se multiplient pour répondre à une demande croissante de la part des élèves, et encore davantage de la part des parents !

1- Décret n°87-889 du 29 octobre 1987 relatif aux conditions de recrutement et d’emploi de vacataires pour l’enseignement supérieur

NOR : RESP8700744D | Version consolidée au 05 septembre 2008, et Interview de Luc CHATEL – le Figaro du 04-04-2011

2- une mission d’information sur la formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants, a fait l’objet d’un rapport, l’article n°20 proposait de supprimer le CAPES. Source : Libération du 7 juillet 2011.

3- Source : le Figaro du 01-04-2010 et RTL.FR du 01-04-2010.

Le clivage risque de glisser du statut des enseignants au statut des établissements, c’est-à-dire des titulaires/vacataires au public/privé. C’est une évolution  délicate car sans un sévère encadrement, de nombreux établissements pourraient voir le jour, dont le seul objectif ne serait pas éducatif mais commercial. De simples prestataires de service qui facturent de l’éducation comme d’autres facturent de l’assurance vie, du renseignement, du transport…

Cette nouvelle situation pourrait créer un fou juridique et économique qui finirait par nuire considérablement au secteur privé de l’enseignement en créant une sorte de jungle où l’on côtoie l’excellence comme la « machine à bénéfice ». Un tel discrédit rejaillirait également sur le secteur public. On en viendrait en effet à généraliser un peu facilement en considérant le secteur public comme dépourvu de moyens techniques et financiers, tandis que le secteur privé plus riche attirerait à lui les meilleurs éléments (enseignants et élèves), ce qui serait bine loin de la réalité sur le terrain.

Au final, parents et élèves risquent de payer le prix fort d’une situation trouble techniquement et économiquement. Le problème ne se limite pas à une question liée à l’éducation, il est beaucoup plus large car il s’agit bien de la formation des futurs employés, techniciens, concepteurs (cols blancs et cols bleus) qui devront assurer la relève du pays tout entier lorsque les personnes actuellement en activité prendront leur retraite. Cette grave question hypothèque donc l’avenir de façon inquiétante. Nous pouvons même aller plus loin : se trouvera-il de futurs élèves aptes à prendre la relève des nos actuelles élites politiques, ceux-là mêmes qui auront contribué à faire chuter le niveau scolaire ?

C’est donc une nécessité que de réviser profondément l’ensemble du système éducatif, et ce, sur différents plans.

Comme nous l’avons vu plus haut, il est nécessaire de procéder à une refonte des programmes afin d’élever le niveau général des élèves. Ce que l’on nomme pudiquement le socle de connaissances, masque le fait que l’on doive déterminer une base, un plancher de compétences scolaire en-deçà de laquelle on ne peut ni ne doit descendre. Cela signifie aussi que tout le reste  du programme annuel est fortement hypothéqué. A ce stade, on se contente d’avoir la politique de ses moyens, alors que l’on devrait se doter des moyens de notre politique, de nos ambitions…

Ce fameux socle des compétences doit se généraliser à l’ensemble du programme pour qu’au final, les diplômes (Brevet des Collèges, Baccalauréat), retrouvent leur valeur d’il y a quelques années, voire quelques décennies. A cette époque un peu lointaine il est vrai, ils suffisaient à justifier un niveau satisfaisant pour trouver un premier emploi.

Du coup, les diplômes universitaires seront valorisés, leur « aura » pourra rayonner en France et à travers le monde entier. La réputation ainsi faite des diplômes français permettra « d’importer » de nombreux étudiants étrangers, mais aussi « d’exporter » des étudiants français à l’étranger, titulaires de ces diplômes qualifiants afin de trouver un emploi. A travers ce principe de vases communiquants, c’est l’image de la France dans le monde qui sera fortement valorisée. Cette image ne manquera pas de contribuer à la bonne réputation des entreprises françaises qui bénéficieront ainsi d’une main d’œuvre qualifiée. Du même coup, la relève sera assurée en France comme ailleurs dans le monde.

La refonte des programmes sera incomplète sans un réaménagement des conditions d’enseignement. Les classes surchargées à 30 élèves ou plus ne sont pas favorables à un enseignement de qualité. Des classes aux effectifs plus légers sont indispensables, peut-être plafonnées à 20. La prise en charge des élèves les plus faibles est nécessaire, des moyens doivent être apportés à ces élèves sensibles, cependant un effort  doit leur être demandé en retour.  En effet, la remise à niveau ne peut être à sens unique, c’est un effort concerté et consenti de chacun dont il est question. Qu’en est-il des plus… instables ?

Le problème reste entier, quoi qu’il en soit, ils ne doivent pas demeurer dans les classes traditionnelles de sorte à perturber le bon déroulement d’un cour. L’exclusion est inévitable, reste à savoir ce que l’on pourra faire d’eux. Un placement en structure spécialisée est indispensable, elle devra leur fournir une formation qualifiante. Là se pose un autre problème : celui de savoir détecter les domaines où ils pourront se réaliser, se développer. Cette voie trouvée leur permettra de sortir du cycle de l’échec scolaire. Il n’est dons pas question de les envoyer dans une voie de garage, les orienter sans prendre en compte leurs aptitudes, leurs compétences quand ils en ont.

D’une façon générale, la discipline doit être présente, même à minima pour assurer le bon déroulement d’un cour. Cependant, la participation de tous les élèves est indispensable. Elle se concrétise par différents moyens. L’oral est l’un de ces des moyens car il permet la participation de toute une classe. Ce peut être un très bon moyen de canaliser l’énergie parfois débordante de certains élèves, cela permet aussi de les valoriser par un système de notation avantageux. En outre, cela permet de sortir du cycle de l’échec scolaire. Ainsi préparés, habitués aux épreuves écrites et orales, les élèves seront familiarisés avec les épreuves ultérieures (Baccalauréat classique ou professionnel, BTS, LMD, entretiens d’embauche, et.). Mieux armés, ils pourront disposer de moyens supérieurs pour commencer leur vie professionnelle.

Reste enfin la formation des futurs enseignants. Une vive polémique a éclaté courant juin 2011 sur le recrutement des enseignants vacataires sans formation, tout juste encadrés par un entretien d’embauche, comme pour n’importe quel autre emploi. Justement, l’enseignement n’est pas n’importe quel emploi, il s’agit de recruter des profils particuliers, qualifiés pour un poste à fort investissement personnel, très spécifique et très technique. Le volume horaire est très important, il nécessite des heures de travail en établissement et à domicile. Une formation ne gestion d’enfants et d’adolescents est indispensable (du management pour public spécifique en quelque sorte), car il ne n’agit pas uniquement de transmettre des connaissances (un simple manuel scolaire suffit pour cela), ce qui importe, c’est la manière de transmettre ces connaissances, et s’assurer qu’elles sont correctement assimilées.

C’est ce travail pédagogique qui réclame des compétences particulières. C’est aussi une question de respect des enseignants pour al reconnaissance de leur travail  en classe, de leurs efforts en vue de réussir le CAPS. Ce point s’applique plus particulièrement aux actuels étudiants qui préparent ce diplôme, ainsi qu’aux IUFM. Le respect s’adresse aussi aux élèves pour leur assurer un enseignement de qualité tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Enfin, et de manière symbolique, il s’agit de respecter l’institution qu’est l’éducation nationale en lui octroyant les moyens de fonctionner correctement. Ce triple respect est indispensable et garantit un bon fonctionnement de cette précieuse institution.

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