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Archive for novembre 2011

De la responsabilité…

L’affaire Laëtitia a connu un terrible dénouement le 02-02-2011, avec la découverte du corps de la victime recherchée depuis plusieurs jours. Cette affaire a soulevé l’indignation générale quant aux raisons qui ont conduit à une telle situation. La chasse aux responsables s’est ouverte avec plu sou moins d’objectivité, plus ou moins ‘arrières pensées politiques à la veille d’une échéance électorale importante. Il convient donc d’être plus précis et constructif dans la chaine des responsabilités. Ainsi, une hiérarchie peut se dessiner, trois grandes sphères sont concernées :

la responsabilité politique est la plus importante. La fronde (06-02-2011) de la magistrature suite aux déclarations du Président de la République relève d’une grande méprise. La première des responsabilités incombe à ceux qui créent la loi, la décident la votent, la font adopter et le rendent applicable. C’est le pouvoir politique à travers les députés et les sénateurs.

Ce sont eux, via la navette parlementaire qui prennent les dispositions légales pour permettre une chose ou ne pas la permettre, pour décider d’une sanction et de ses modalités d’application. De plus, le pouvoir politique en place est le garant du bon fonctionnement des institutions, et des moyens dont ils disposent pour fonctionner. Si l’un de ces deux points fait défaut, l’entière responsabilité lui incombe. Reste à déterminer quelle sanction peut être envisagée, autre que la sanction naturelle que constituent les échéances électorales.

la responsabilité judiciaire est engagée lorsque les lois sont mal appliquées. En aucun cas elle ne doivent être interprétées selon un ressenti personnel, politique ou idéologique. La justice doit être impartiale, sa représentation populaire est très significative : une femme les yeux bandés tenant une balance dont les plateaux sont en parfait équilibre. Les yeux bandés on ne peut subir une influence extérieure (ou intérieure), les plateaux en équilibre symbolisent une parfaite équité de traitement, on estime les éléments de preuve en toute impartialité. Ainsi, le pouvoir judiciaire s’en tient à la loi, rien que la loi, ni plus, ni moins.

Le scandale d’Outreaux a révélé les dérives possibles de la justice, dont les conséquences sont incalculables. Dans l’affaire Laëtitia,  il convient d’abord d’établir toute la chaine des responsabilités, ce n’est qu’ensuite qu’il sera possible de demander des comptes à telle ou telle personne, à telle ou telle institution.

Le meurtrier est un multirécidiviste libéré, cela signifie que les lois sont imparfaites puisqu’elles ont permis sa libération. Le pouvoir politique est donc coupable car il est l’auteur de ces lois. Le pouvoir judicaire l’est également car il a prononcé et permis la libération d’un dangereux criminel qui a récidivé. Cependant, la justice s’est prononcé sur la base de textes judiciaires mais aussi d’avis d’experts.

la responsabilité des experts enfin, doit être signalée. C’est en effet sur la base de leur avis qu’un fou dangereux a été remis en liberté. Leur responsabilité est totale car ils sont au premier plan, confrontés à une situation de terrain et les plus à même d’estimer une situation de risque majeur pour les personnes, comme le serait un ingénieur devant le risque d’éboulement d’un montagne surplombant un village.

Conclure à une possible réinsertion relève de la faute professionnelle grave, à la fois pour le meurtrier (les psychiatres se sont lourdement trompés dans leur diagnostic), mais aussi pour le public en lui faisant courir un risque inconsidéré, qui a fini par une tragédie dont une jeune fille a été la victime.

Il est important de bien comprendre l’enchaînement des événements tels qu’lis doivent se dérouler :

– un politique (ou groupe de politiques) crée une loi, la fait voter, adopter, la rend applicable pour préserver la population contre le risque d’un fou dangereux susceptible de meurtre.

– un expert (ou groupe d’experts) estime la dangerosité d’un individu et préconise son internement, au vu du danger qu’il fait courir au public, et eu vu de sa pathologie toujours existante.

– un juge (ou collège de juges) suit cet avis et se conforme au lois créée par le pouvoir politique pour prononcer l’internement de l’individu en question.

On doit ici distinguer deux éléments très différents :

– d’une part une sanction pénale prononcée pour condamner une faute (crime ou délit)

– d’autre part, une mesure de sauvegarde vis-à-vis de la population.

Il ne viendrait pas à l’esprit de lâcher un fauve dan les rues. Un prédateur agirait selon son instinct : la chasse. Aucunement responsable car il ne pourrait aller à l’encontre de ce qu’il est, de sa nature. Il serait cependant coupable d’avoir attaqué, blessé ou tué les personnes se trouvant sur son passage. C’est justement pour éviter une telle situation que l’on devrait l’enfermer, le couper de tout contact avec le public afin de préserver ce dernier.

C’est bien l’idée qui doit prédominer : assurer au public la garantie de son intégrité physique et morale. C’est le droit de sûreté qui figue dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ce droit qui a été bafoué au nom d’une liberté à l’égard d’un fou dangereux. C’est, me semble-t-il, un devoir des trois pouvoirs que je viens de citer, de préserver le public dans le cadre des pouvoirs dont ils disposent.

Visiblement cette affaire n’a pas donné de suites favorable pour préserver la  population d’une nouvelle affaire. En effet, l’affaire de la petite Agnès de fin novembre 2011 a mis ne lumière les incohérences et les incompétences du système tout entier. Les questions posées par l’affaire Laëtitia reviennent sur le devant de la scène pour cette nouvelle affaire sordide.

La recherche des responsabilités se fait dans la panique et une échéance électorale plutôt houleuse. La réinsertion éventuelle de personnes instables revient en force. Il ne s’agit pas de double peine, mais bel et bien de mesure de protection de la population face à un individu dangereux, présumé soumis à des « pulsions ».

Comme je le dit plus haut, il ne viendrait  à l’esprit de personne de lâcher un fauve dans les rues, car on connaît les conséquences d’un tel acte. Si l’animal n’est pas responsable de ses actes, on le sait dangereux, et c’est pour cela qu’on doit le maintenir sous une étroite surveillance, l’empêchant ainsi d’agir physiquement, quitte à l’enfermer. Quelle différence y’a-t-il alors avec un individu instable (meurtrier, pédophile ou autre) ?

La responsabilité pleine et entière, comme pour toute affaire, catastrophe industrielle ou naturelle, revient à toute personne ayant connaissance des risques. Celles-ci, doivent prendre des mesures, ou à défaut, alerter les autorités disposant de moyens à agir. C’est cela que l’on nomme à juste titre la « chaîne des responsabilités ». Rechercher le maillon défaillant à la suite d’une affaire, est un aveu d’échec, l’absence de mesures pour éviter une nouvelle affaire de ce genre, est inexcusable…

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De la démocratie actuelle… (11-08-2011)

J’ai précédemment développé ce qu’est la démocratie athénienne telle que l’on se l’imagine et dont nous nous sommes inspirées pour élaborer notre système politique actuel. Il faut distinguer quelques nuances entre la théorie et la réalité. Plusieurs principes méritent qu’on s’y arrête quelques instants :

La liberté, pour commencer semble être le principal des droits individuels et collectifs, communs à tous les peuples, toutes les civilisation, à toutes les époques, à toutes les révolutions…

La Liberté guidant le peuple de Delacroix est une allégorie qui illustre bien les luttes de la haute antiquité (et sans doute bien avant encore) à notre époque (et les suivantes très probablement). Le bras armé du peuple contre l’oppression symbolise la lutte, mais qu’en est-il du principe ?

La question reste entière quant au type de liberté que l’on recherche : liberté politique, de parole, économique, alimentaire, de déplacement, de penser, de rêver…

La liberté des uns s’arrête là où elle entrave celle des autres, rien n’est plus vrai, rien n’est plus faux. En effet, quelle est donc cette limite, cette frontière au-delà on empiète sur autrui ?

Autre question importante : est-ce que le respect absolu de la liberté d’autrui ne nuit pas à la liberté individuelle ?

Ces deux questions peuvent laisser à penser que cette liberté tant recherchée n’est peut-être pas une fin en soi mais un moyen pour accéder à autre chose. Pour cela, on peut étudier plusieurs types de libertés :

la liberté politique, peut concrétiser celle de penser, de faire des choix dans l’organisation de la Polis, le choix des dirigeants. Nous la concrétisons par le multipartisme qui s’oppose au parti unique d’un régime totalitaire. Soit, mais un tel régime peut très bien se doter de plusieurs partis politiques qui suivent les mêmes grands principes. Il pourra s’agir de principes jugés fondamentaux, nécessaires, indiscutables. Une telle situation peut très bien se réaliser au sein d’un régime se disant démocratique, qui souhaite respecter des principes estimés universels et allant de soi, et gare à qui les remet en question !

Il suffit pour cela de définir des principes de base pour une société politique cohérente, relayée par une propagande plus ou moins intense selon les régimes, un endoctrinement de la jeunesse afin de lui inculquer au plus tôt les vertus du régime. Dès lors, la population est encadrée par un système doté d’une idéologie bien définie, relayée par une administration et des relais cohérents et fonctionnels, dont le seul but est d’assurer la perpétuation du régime et de ses élites. A partir de là, les opposants et autres réfractaires sont poursuivis et condamnés plus ou moins durement, bien souvent pour attente à la liberté…

Un tribunal populaire peut être mis en place à cet effet, selon le principe d’une justice pour le peuple et par le peuple. Fort heureusement, le multipartisme peut engendrer d’autres points de vue, il peut permettre d’envisager d’autres modèles de société. C’est ce qui est souhaitable, cependant, l’idée dominante (pour ne pas parler d’idéologie), tentera de limiter la liberté politique en limitant la liberté d’expression.

La liberté d’expression, est à l’origine de la liberté politique, en fait, c’est peut-être la première des libertés que de pouvoir exprimer ce que l’on ressent, sans craindre une censure. Là encore, les réfractaires à l’idée dominante peuvent être poursuivi pour « délit d’opinion » que l’on se trouve dans un régime autoritaire ou démocratique (du moins, qui se veut comme tel). Le fait est que lorsque l’on déroge au dogme, on s’expose à des sanctions quasi immédiates pour subversion ou « atteinte à la démocratie », le résultat est le même. Cela peut laisser songeur, même si l’on doit semer le doute, gêner les consciences. « On a le droit de tout dire, mais pas à n’importe qui », cette maxime résume à elle seule toute la réalité de la liberté d’expression, elle révèle aussi un autre élément important : l’autocensure. Cette mesure liberticide peut être savamment utilisée, parfois par la dérision, comme l’a fait Jaroslav Hasek à travers son livre le Brave soldat Chveik. Encore faut-il savoir exercer la liberté de parole, et surtout les moyens de la véhiculer…

Actuellement, ces moyens sont importants, massifs : papier, internet et réseaux sociaux (le printemps arabe de début 2011 l’a amplement démontré), téléphone, MP3, affiches, radio, télévision, sans compter les possibilités de piratage des voies de communication modernes et classiques. Encore faut-il être pertinent et écouté par la population visée. Cet exercice est d’autant plus difficile que la situation du moment est éloignée de la réalité, de la normalité si l’on ose employer ce terme. L’effet du temps joue en effet un rôle important pour modifier profondément les consciences. Il faut alors mobiliser des moyens importants pour arriver à un résultat acceptable. Reste à savoir qui a raison : l’Etat en place (avec sa machine idéologique et son administration) ou bien les dissidents ? Cette importante question synthétise toute la complexité de la liberté d’opinion, d’expression.

La liberté économique, quant à elle, est moins évidente, elle survient dans un second temps, lorsque la stabilité politique est établie. La liberté économique peut faire figure de luxe, de confort, de superflus, elle peut cependant influer fortement sur les conditions de vie des citoyens. Il ne suffit pas de répondre aux besoins essentiels, pour assurer une qualité de vie qui dépasse la simple subsistance. Cependant, cette liberté répond aussi à type de régime : s’agit-il d’une économie privée, collectiviste, de marché, est-elle encadrée par des règles particulières qui l’encadrent et la contraignent, ou suit-elle ses propres règles ?

La liberté d’entreprendre, si chère au système capitaliste, est devenu avec le temps une liberté fondamentale que l’on pare de toutes les qualités. De la création d’emplois à l’enrichissement personnel ou collectif, cette nouvelle liberté fait oublier un peu rapidement ses défauts qui peuvent très rapidement porter atteinte à celle d’autrui. Ceci dit, est-on en droit de revendiquer un choix dans l’offre marchande proposée ?

Offre unique, offre inique pourrait-on dire, cela induit une autre liberté sous-jacente : la liberté de choix. Sur cette voie, nous rejoignons rapidement l’offre et la demande avec une règle simple : lorsque l’offre est insatisfaisante, la demande s’oriente vers une autre offre, plus adaptée, qu’elle soit légale ou pas. C’est là une autre question qui mérite à elle seule un développement plus détaillé.

La liberté alimentaire, découle directement des conditions économiques d’une société donnée, et plus particulièrement de pouvoir accéder à une alimentation saine, qui ne porte pas atteinte à la santé des citoyens. Il ne s’agit pas d’un luxe mais bien d’un élément lié directement à un besoin fondamental : assurer la survie par la subsistance. On remarque bien souvent que cette liberté, qui est devenue un droit, n’est pas souvent respectée. C’est un enjeu de santé publique mais aussi économique qui pèse de tout son poids dans la relations entre les citoyens. Cet enjeu mondial est à l’origine de nombreuses actions violentes à travers le monde que l’on nomme à juste titre « les émeutes de la faim ». Ces mouvements de foule, parfois massifs, supplantent les autres revendications auxquelles nous sommes habitués dans nos pays riches et développés, et relativement à l’abri des disettes et des famines. Cela peut choquer certains d’entre nous mais on ne fait pas de révolutions avec des ventres vides, du moins, pas les mêmes révolutions…

On le voit, les motivations sont aussi différentes que les priorités selon les peuples, les régimes, les époques, les situations. C’est une donnée qui n’est pas assez souvent prise en cause par nos plus ardents défenseurs de la démocratie. La liberté de pouvoir s’alimenter n’est donc pas, on vient de le voir, un simple caprice, une autre liberté a elle aussi un poids considérable aux yeux de ceux qui en sont privés :

La liberté de se déplacer, là non plus, il ne s’agit pas d’un caprice d’occidental repu, mais d’un besoin vital quant il s’agit de gagner sa vie en exerçant une activité professionnelle, ou de remplir ses obligations. Dans un régime autoritaire, on peut soumettre cette liberté à une autorisation particulière, c’est souvent le cas en temps de guerre, plus rarement ne temps de paix. Ces autorisations peuvent avoir des raisons de différente nature : politiques, pratiques, économiques, hygiéniques…

Une population peut être visée en fonction de ce qu’elle est (une nature incompatible avec l’idéologie du régime, voire réfractaire, cf infra) ou pour l’activité qu’elle exerce et qui peut être jugée préjudiciable, source de troubles pour l’ordre public. D’autres mesures peuvent s’imposer du fait d’un risque pour la population, il peut s’agir de contenir une épidémie, de juguler une famine, de faire cesser une activité dangereuse ou illégale…

Aux yeux des fondamentalistes de la démocratie, il s’agit d’une atteinte intolérable. Pourtant, à y regarder de plus près, il s’agit de mesures sévères qui visent à assurer le bien-être et la sauvegarde de tous. Visiblement, le plus difficile n’est pas de restreindre la liberté, mais d’ne comprendre les raisons. Par manque de clairvoyance, par une vision étriquée, absolutiste, de telles mesures sont rejetées en bloc. C’est pourtant un fait établi, malheureux certes, mais parfois nécessaire que de restreindre une liberté (en partie ou en totalité) selon  les circonstances. La principale question est de savoir dans quelles conditions, quelles proportions et quelle finalité un Etat ou un groupe d’individus peut prendre de telles mesures.

C’est une grave question qui peut très vite déborder dans un sens ou dans l’autre (pro ou liberticide). Ceci n’est pas sans provoquer des débat houleux, passionnés, mais au fond, veut-on réellement lancer un tel débat, sommes-nous aptes à en comprendre les tenants et les aboutissants ?

Les libertés détaillées ci-dessus sont perçues comme des droits fondamentaux. C’est vrai, dans nos sociétés occidentales du moins, il en existe cependant une autre, plus fondamentale encore, car elle engendre toutes les autres :

La liberté de penser, souvent réservée à une élite intellectuelle (réelle ou autoproclamée). C’est pourtant un domaine ouvert à tout un chacun, à chaque citoyen de la Polis. D’une simple réaction face à une situation donnée, ou bien structurée, conceptualisée, elle reste le matériau principal de toute révolte, de préalable à toute révolution, quelle que soit l’époque, le peuple ou les circonstances. La pensée peut être diffuse, ou au contraire très précise. Elle est le fruit d’une démarche individuelle ou collective pour faire appliquer une ou plusieurs libertés. Il s’agit bien souvent de mettre fin ç un système, un régime ou plus rarement une situation socio-économique ou politique. Parfois encore, la liberté de penser est stimulée par des atteintes à celle-ci, des contraintes violentes qui, loin de la limiter, l’alimentent, la renforcent et surtout la diffusent largement. Les conséquences d’une telle démarche se déroulent en deux temps :

la lutte contre la situation du moment, que tous aspirent à voir changer (cf printemps arabe) est celle qui mobilise le plus d’individus et le plus facilement. Que ce soit pour mettre à bas un régime (comme en Irak ou en Roumanie), développer de nouvelles conditions de vie, ou plus simplement pour la lutte elle-même, la mobilisation est souvent très forte, elle l’est d’autant plus que les circonstances du moment sont particulièrement contraignantes.

la création d’une nouvelle situation qui se traduit généralement par un régime politique. Elle peut arriver très vite, généralement lorsqu’une situation bascule, lorsqu’il apparaît que le point de non retour est franchi. En cas de guerre en particulier, parfois, des tractations apparaissent (toujours discrètes)  pour permettre une sortie de crise à moindre mal, permettant aux anciens dirigeants de sauver leur tête ou leurs acquis (souvent les deux), tandis que d’autres convoitent leurs places. Il est étrange de constater que la nouvelle situation se traduit par l’instauration d’un nouveau régime politique qui peut porter atteinte aux libertés pour lesquelles la population s’est battue. Ceci engendre rapidement un opposition, une lutte pour renverser ce nouveau régime…  la boucle est bouclée…

Ici encore, l’exercice des libertés peut être sujet à des situations peu souhaitables, instables et justement liberticides. Il en reste une dernière que l’on occulte très souvent, amis qui prend tout son sens lorsqu’elle reste la dernière que l’on peut exercer :

La liberté de rêver, cette ultime liberté se révèle pleinement lorsque la situation du moment est à ce point verrouillée que toute action est impossible. C’est rarement le cas des régimes politiques, idéologiques ou religieux, car même sous les régimes les plus répressifs, une contestation trouve toujours un moyen de s’exprimer. L’imagination des uns pour brider une population donnée, na d’égal que l’imagination de la population pour résister sous des formes  variées à cette forme d’oppression. Ici, il s’agit plutôt d’une réaction individuelle, s’ajoutant à celle du voisin, qui s’ajoute à celle du voisin, jusqu’à former une réaction collective, où chaque élément se renforce au contact d’autres éléments. Comme pour la liberté de penser, plus la répression est forte, plus elle stimule le rêve d’opposition. En effet, bon nombre de régimes autoritaires contemporains (politiques, idéologiques, militaires religieux ou autre) ne parviennent pas  à museler toute une population, malgré des moyens considérables.

Il se trouve toujours des réfractaires qui concrétisent leurs rêves (en partie du moins) à traves des actes de résistance plus ou moins symboliques ou plus ou moins actives. Peu de régimes parviennent à contrôler jusqu’aux rêves de toute une population, ceci relève davantage de la fiction cinématographique ou littéraire. Peut-être que de rares cas médicaux où l’on fait usage de produits spécifiques peuvent influer sur la chimie du cerveau humain, mais la réalité reste très éloignée d’une application à grande échelle comme Brazil ou Matrix.

Ces six libertés sont perçues comme des droits essentiels à tous les peuples, passés, présents et sans doute avenir. Ce sont sur eux que l’on fait reposer les bases de nos démocraties modernes, un autre élément cependant a toute son importance : l’égalité.

On peut en distinguer plusieurs, chacune étant fondamentale pour une société au sein de laquelle la notion de hiérarchie naturelle n’est pas admise.

L’égalité politique tout d’abord, place les citoyens sur le même plan, leur octroie les mêmes traitement, devoirs, droits et responsabilités. La démocratie athénienne du 5e siècle av-JC évoluait très différemment. En effet, la société d’alors était divisée en citoyens et en non-citoyens. Ces derniers étaient largement majoritaires et rassemblaient plusieurs catégories de personnes à savoir les mineurs (au sens actuel du terme), les femmes (le principe de parité n’existait pas à l’époque), les métèques (c’est à dire les résidents étrangers), les esclaves, les citoyens frappés d’atonie (perte des droits civiques) les citoyens ostracisés (c’est-à-dire bannis de la communauté des citoyens).

Les citoyens quant à eux représentaient les hommes ayant effectué leur service militaire, et dans de rares cas, dispensés pour raison médicale ou physiquement inaptes au service, ils représentaient une faible partie de la population totale. C’est déjà une première inégalité entre les individus, ensuite, entre les citoyens eux-mêmes, l’égalité politique suscitait des questions et des débats houleux.

Les auteurs classiques en distinguaient plusieurs comme l’isegoria (ou égalité de parole). L’éloquence était en effet un élément important dans la vie du citoyen et de la Polis toute entière. C’était un moyen grâce auquel les affaires publiques pouvaient trouver une issue favorable ou pas selon les cas). Les qualités d’éloquences étaient perçues comme un don des Dieux et donc favorisés par eux (et donc par les hommes à l’instar des poètes), à l’inverse, ceux qui en étaient dépourvus, étaient sanctionnés par les dieux. Ainsi, l’isegoria était une égalité des tous les citoyens, à eux de savoir l’exercer ou pas comme le suggère Aristote.

L’isonomia, quant à elle, est l’égalité des droits politiques, si chère aux défenseurs de la démocratie. Elle sous-entend une notion de partage, mise en place par Clisthène au 5e siècle av-JC, pour conférer les mêmes droits à l’ensemble des citoyens, c’est-à-dire la capacité d’être des sujets de droits et donc de jouir d’un traitement particulier devant les tribunaux, d’accéder à la propriété foncière (principale source de richesse à l’époque pour un citoyen), briguer des postes de direction de la Polis (magistrature, etc). Tout ceci, représente les droits fondamentaux dont disposent les citoyens français majeurs… 2 500 ans plus tard…

L’égalité militaire en réalité n’existait pas, chaque individu servait dans une arme selon sa position. Les Thètes (ou travailleurs pauvres) étaient versés dans les contingents les moins prestigieux comme rameurs dans les trières par exemple. Les Hoplites quant à eux étaient constitués par les classes les plus aisées, capables de payer l’équipement de l’infanterie lourde. En fin, les stratèges étaient des fonctions assumées par des personnages parfois illustres, et élus. Une égalité cependant demeurait dans le choix des trières qui faisait l’objet d’un tirage au sort (sous la bienveillance des Dieux). Quelle que soi la condition sociale du capitaine, chacun pouvait recevoir une trière ancienne, de mauvaise qualité, ou bien une toute récente, tout juste sortie des chantiers navals.

L’égalité économique était plus que relative, cette activité était souvent exercée par les affranchis ou les métèques. Ces derniers étaient parfois des artisans que l’on faisait venir d’autres cités pour développer le commerce ou l’artisanat dans telle ou telle activité, ce qui représentait une plus value pour la Polis. Ils pouvaient jouir d’un grand prestige ou se constituer de véritables fortunes. Les citoyens quant à eux, ne pratiquaient par le commerce économique (jugé dégradante pour leur statut), ils déléguaient cette activité à leurs affranchis, un moyen commode de contourner les lois…

L’égalité et la liberté politique s’exprime par le fait que chaque citoyen pouvait demander des comptes aux magistrats. C’est ce que l’on nomme la Dike Idia, il s’agit d’une procédure privée contre un magistrat suspecté d’avoir outrepassé ses droits. Pour cela, un collège de 30 fonctionnaires se réunit durant 3 jours chaque été pour recueillir les plaintes. Ainsi, le citoyen garde un contrôle sur les magistrats en charge des affaires de la Polis.

La différence d’égalité est intéressante à observer, nous en avons deux parfaits exemples avec la démocratie américaine et Française. Dans la première, les hommes sont égaux de nature car créés ainsi (Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776). Dans la seconde, l’égalité est juridique, ce qui permet une inégalité naturelle des individus (Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen). Euripide quant à lui, se base sur une égalité des droits et une inégalité naturelle qui pousse les talents à se révéler (P110. La démocratie athénienne, Mogen H. Hansen, Texto, le goût de l’histoire).

Cela interroge sur notre société actuelle : doit-on établir une égalité stricte (un égalitarisme de principe), ou peut-on permettre aux plus compétents de briller, en fait, créer une sorte d’aristocratie basée sur les qualités des plus aptes à gouverner ?

Nous avons déjà suivi cet exemple dans le passé, on considérait que la voie du sang était al meilleure garantie pour assurer à la Polis (que l’on soit sous une Monarchie ou en République) un personnel compétent, héritier des qualité des ses pères, par la suite, de ses pairs.

La voie des pères a été durant plusieurs siècles celle choisie pour désigner les plus aptes à diriger. Aujourd’hui, on parlerait de patrimoine génétique. Le problème est que l’on n’est pas certain que seules les qualités s’héritent et non les défauts. A l’inverse, la voie des pairs, peut aboutir à constituer une assemblée dont le seul but n’est pas la Polis, mais d’assurer sa propre survivance. Voici donc deux logiques, deux moyens de créer une aristocratie, aucune n’est parfaite, cependant, aucune n’est foncièrement mauvaise. On peu distinguer des points positifs, et des points négatifs.

Points positifs : en principe, toutes les qualités des pères doivent se retrouver dans leur descendance et garantir la transmission de ces qualités de génération en génération, et perpétuer ainsi la perpétuation de la Polis. Quant à la désignation par les pairs, il s’agit de repérer les qualités particulières d’un individus et lui donner les moyens de les exploiter au mieux dans l’intérêt de tous.

Points négatifs : montrent que les qualités particulières peuvent très bien sauter une ou deux générations. Ainsi, une descendance peut être parfaitement inapte à la gestion de la Polis, malgré un lignage illustre. La désignation par les pairs peut facilement aboutir à un simple cooptation dont le seul but sera de perpétuer des places de choix au sin d’une assemblée, pour des familles, des « amis » ou les membres d’une organisation particulière (secrète ou officielle) suivant ses propres rites, ses propres objectifs, souvent très éloignés des intérêts de la Polis.

Dans ce deux cas, le citoyen de base est exclus, il ne jour d’un rôle passif, sans avoir la réelle possibilité de jouer un rôle actif, faire reconnaître et appliquer ses droits, au sein d’institutions censées agir pour lui et par lui…

En effet, la gestion des affaires publiques se fera au nom du peuple, mais sans le peuple. Est-ce que l’on pourra alors parler de démocratie au sens où on l’entend aujourd’hui ? Rien n’est moins certain.

L’identification du citoyen revêt une grande importance dans la réforme clisthénienne, elle est tripartite et se compose de L’onoma (nom personnel), du patronimikon (patronyme), et du demotikon (nom du dème). Ainsi, on identifie un individu en tant que untel, fils d’untel, du dème de…

En début d’année, tous les jeunes de 18 ans révolus étaient présentés devant l’assemblée par leur père ou tuteur (ce qui renforçait les liens de sang avec la communauté des citoyens), deux votes se succédaient, le premier pour attester de l’âge du candidat, le second pour s’assurer de son statut d’Homme libre (c’est-à-dire issu de deux parents citoyens mariés). A l’issue, le jeune homme était inscrit au registre du Dème. N’importe qui pouvait faire objection, dance ce cas, un recours était alors possible devant le Tribunal du Peuple. S’il gagnait ne appel, le jeune homme était inscrit au Dème, s’il perdait, il était vendu comme esclave… (P 126 La démocratie athénienne, Mogen H. Hansen, Texto, le goût de l’histoire). On le voit, la rigueur des procédures et leurs conséquences faisait de la citoyenneté un statut particulier et précieux. Il ne revêtait pas le caractère automatique qu’on lui connaît aujourd’hui.

Etre citoyen, c’est donc avant tout être responsable et prendre des risques. Certes, le risque est calculé, et lorsque le candidat se présente devant le Tribunal du peuple, il est soutenu par ses proches (famille, amis), dans ces conditions, l’objecteur n’avait qu’à bien se tenir et être sûr de ses arguments en contestation.

Cependant, la procédure existe et le risque est bien réel. Ainsi, des conflits d’intérêts et autres règlements de compte pouvaient trouver ici une issue. C’est déjà un apprentissage de la vie en collectivité que d’être confronté à des contradicteurs, avec le risque de dégradation de son statut de futur citoyen à esclave…

On peut imaginer une différence de traitement entre les différentes classes de la société, entre bien nantis et moins nantis. Cette situation ne relève pas de la démocratie mais bel et bien de l’attitude de tous…

Peut-on alors parler de « justice à deux vitesse » ? la question reste entière et soulève des aspects anciens mais aussi très modernes.

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