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De la crise grecque… ce qu’elle cache…

La crise grecque de 2012 semble sonner le glas de l’euro, après une dizaine de plans de rigueur, aucun plan de relance n’a encore vu le jour. C’est pourtant la solution attendue pour mettre fin à une situation inextricable sur place et pour préserver l’euro, et au-delà, pour garantir la stabilité de l’Union Européenne. Les questions relatives à cet échec économique et institutionnel sont nombreuses :

Tout d’abord, la gestion très particulière des affaires publiques. L’Etat grec a été souvent mis en cause pour son grand laisser aller. Le contraste est en effet saisissant avec l’Allemagne, la France, ou les pays d’Europe du Nord où les institutions sont plus présentes au quotidien, où les règles administratives prévalent sur les pratiques plus… personnelles de la population quant aux règlements. On est loin de la rigueur germanique ou anglo-saxonne. En Grèce, le système D est de mise et l’on s’accommode des lois selon les circonstances : on les applique quand elles ne dérangent pas, dans le cas contraire, on y déroge volontiers.

 

Cette situation semble être subitement découverte en 2012, on se surprend à découvrir un gouvernement défaillant. Cependant, la situation n’est pas nouvelle, elle dure depuis plusieurs décennies dans une totale indifférence, la réaction a été brutale, disproportionnée, à l’image du démontage des paillottes illégales de 1999, leur installation s’est développée durant plusieurs décennies au vu et au su de tous, sans que l’on ne s’en préoccupe, avant de décider un jour de tout détruire au nom de l’occupation illégale du domaine public…

Il aurait été plus sage et plus judicieux de contraindre l’Etat grec à être plus rigoureux, plus présent et plus efficace avant même son adhésion à l’union Européenne. Seul l’élément économique a semblé prévaloir dans les critères de convergence pour permettre l’adhésion d’un nouveau pays membre. Il faut être clair : si l’Union Européenne a pour unique vocation des visées économiques, l’aspect institutionnel ne doit pas être pris en compte, mieux que cela, les dirigeants de l’UE se doivent d’être assez honnêtes pour présenter l’Europe comme un espace économique, une sorte de Common Wealth Européen. Dans la mesure où l’on aspire à une unité politique et institutionnelle, il faut être assez cohérent pour définir des critères de convergence clairs et précis, des objectifs à atteindre avant toute adhésion.

C’est en ce sens que l’on pourra rassembler autour d’un projet commun, des candidats disposant des mêmes structures administratives, des mêmes références, d’institutions semblables de sorte à former un tout cohérent. Une économie et une administration similaire facilitera grandement l’adhésion de nouveaux membres partageant déjà les mêmes valeurs, principes et modes de fonctionnement, qui se ressemblent s’assemblent….

 

C’est ainsi que l’Union Européenne pourra se révéler un outil fédérateur important, durable et stable pour faire face aux défis de la mondialisation, et de nos concurrents à travers le monde. Disposant d’une unité politique cohérente et forte, d’une monnaie saine et stable, et surtout de la confiance des citoyens, l’Europe pourra s’affirmer comme nouvelle puissance mondiale. Actuellement, nous en sommes très loin, trop occupés à écoper un navire qui prend eau de toute part, quitte à sacrifier le mauvais élève désigné. Car il s’agit bien de cela, la Grèce est aujourd’hui humiliée par des conditions de redressement draconiennes, d’une extrême rigidité, et d’une singulière inefficacité. Une économie ne se décide pas à coup de directives et de coupes sombres, elle se construit d’abord par la confiance, ensuite par la participation de tous. Lorsque ce palier est atteint, il est assez facile de gérer les dépenses et les recettes de l’Etat, dans un équilibre financier et même servir d’exemple à d’autres.

Un Etat fort, stable, accepté par l’ensemble des citoyens, voilà un exemple directement issu du passé le plus glorieux de la Grèce, un exemple qui nous a servi à de nombreuses reprises. C’est cet objectif qu’il faut maintenant atteindre pour permettre à la Grèce de remonter la pente. Des responsabilités peuvent être recherchées, elles sont multiples et partagées.

– Multiples chez les élus grecs qui se sont succédés gouvernement après gouvernement, sans oser prendre des mesures nécessaires, le résultat est tristement révélateur aujourd’hui.

– Partagées également par les autres gouvernements qui ont laissé faire des pratiques et des attitudes irresponsables, dont nous voyons les effets aujourd’hui. Comment reprocher aux Grecs de préférer le système D à un Etat défaillant, à des élus qui se sont distingués par leur notoire incompétence ?

Ensuite, la décision de punir la Grèce pour ses agissements. En effet, il y a une réelle volonté de punir la Grèce qui s’est montré particulièrement indocile et ce, à plusieurs titres :

– son opposition à la Turquie, pays membre de l’OTAN que certains souhaiteraient voir adhérer à l’Union Européenne. 400 ans d’occupation ottomane, un génocide (encore nié aujourd’hui) de très nombreuses vexations envers les populations chrétiennes, l’occupation illégale de Chypre, et une constante menace militaire, on naturellement incité le Grèce à refuser un tel projet. Cette décision contrecarre des projets économiques à court terme car la Turquie possède une main d’œuvre nombreuse et bon marché, qu’il serait facile d’employer par des délocalisation massives dans un pays membre de l’UE !

La frontière gréco-turque est devenue un lieu d’affrontements, d’escarmouches incessantes, ce qui a conduit le Premier Ministre Grec Christos Papoutsis à valider un plan de sécurisation de la zone par un mur haut de 4m courant sur les 10 km de frontière avec la Turquie, afin de lutter contre les clandestins et les contrebandiers.

La situation géographique de la Grèce lui ouvre largement la Méditerranée et le détroit du Bosphore, c’est-à-dire la porte vers la Mer Noire via la Mer de Marmara, et la Mer d’Azov. A cela, il faut ajouter les région côtières de la Bulgarie, de la Roumanie, de l’Ukraine, de la Russie, de la Géorgie, et de la Turquie…

Cette position stratégique pourrait, si elle était totalement contrôlée, autoriser ou interdire l’accès à la Méditerranée pour le transport de marchandises, de personnes, de pétrole, etc. En un mot, un pouvoir politique et économique colossal, largement de quoi aiguiser l’appétit des grandes puissances et vouloir soumettre la Grèce afin de l’exclure de toute décision sur cette région du globe…

le soutien à la Serbie durant la guerre de Yougoslavie des années 90. C’est oublier un peu vite les liens très étroits qui lient ces deux pays, orthodoxes, balkaniques, unis dans la lutte contre l’Empire Ottoman, et opposés à la présence militaire américaine. Ainsi, les Grecs ont naturellement soutenu les Serbes, d’autant plus lorsque l’armée américaine a décidé le bombardement du pays. La méfiance à l’égard des Etats-Unis s’est transformée en véritable hostilité, avec des actions souvent violentes contre l’ambassade américaine.

la clé des Balkans, la Grèce est à cheval sur la mer au sud et les terres au nord. C’est en quelque sorte la clef des Balkans, un partenaire indispensable par sa position géographique et politique. Ce pays orthodoxe le place de fait du côté de l’Europe de l’Est et donc l’éloigne de l’Europe de l’Ouest. Comment donc ne pas la voir s’éloigner de la politique menée jusqu’alors par l’Union Européenne et la Maison Blanche ?

En outre, la possible constitution d’un Bloc Balkanique n’est pas exclue, même si la situation actuelle ne s’y prête guère. La crise de l’Euro, et peut-être même celle de l’Union Européenne, risque de contraindre les nouveaux pays membres (et ceux destinés à le devenir d’ici quelques années), à se tourner vers d’autres partenaires politiques, institutionnels et économiques, comme la Russie. Cette décision va bien entendu à l’encontre des volontés, des ambitions de Bruxelles ou de Washinton. Si un tel bloc devait voir le jour, il est bien certain que la Grèce pourrait y jouer un rôle non négligeable.

le rapprochement vers Moscou, c’est un point important qui revêt des aspects multiples :

Culturellement, ce grand pays orthodoxe partage des valeurs culturelles indéniables, le « Grand frère salve » a toujours eu une influence importante dans les Balkans, sous Catherine II, sous l’Empire soviétique ou aujourd’hui, la Russie est présente, et suscite sans doute plus de sympathie aux yeux de la population que l’Allemagne ou la France depuis la gestion de la crise grecque…

Militairement, la méfiance envers la Turquie gêne considérablement la Maison Blanche qui voit d’un mauvais œil de telles tensions entre membre de l’OTAN…

L’Union Européenne peut également être gênée par une telle attitude, pourtant la Grèce n’a guère le choix. L’invasion de Chypre n’a toujours pas trouvé d’issue diplomatique satisfaisante, après plusieurs décennies, le génocide grec d’Asie Mineure non plus…

Les fréquentes tensions à la frontière gréco-turque ne semblent pas intéresser les dirigeants européens pour y mettre un terme, ou à défaut simplement se positionner sur la question. Economiquement, la Chine investit massivement au point de prendre une place prépondérante dans les Balkans, avec une large ouverture maritime, et des conséquences économiques loin d’être favorables à l’Europe, sans réelle réaction de la part des dirigeants européens qui préfèrent contraindre la Grèce à privatiser tout ce qui peut l’être pour solder la dette…

Face à toutes ces contraintes et le manque de soutien de la part de l’Union Européenne, la Grèce risque d’être contrainte de trouver d’autres partenaires plus fiables, plus proches, en qui elle pourra établir une relation de confiance pour surmonter ses difficultés…

Est-ce que nos dirigeants seront assez réactifs et conscients des enjeux pour prendre les décisions qui s’imposent ?

La question reste entière…

 

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