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Archive for mai 2012

D’une révolution à l’évolution….

La crise de 2008 a profondément changé les modes de pensée, elle a modifié nos certitudes économiques, auparavant, celle de 1989 avant bouleversé l’équilibre géopolitique avec la chute du Mur. Depuis, la révolution religieuse a elle aussi fait son chemin, sans date réelle de début, tout au plus des dates marquantes comme l’attentat du 11 septembre 2001 sur le sol américain, ou l’arrivée du Hamas au pouvoir lors des élections du 25 janvier 2006.

Actuellement, nous connaissons une nouvelle crise, polyforme cette fois. Elle est à la fois économique (crise de l’euro), politique (crise de confiance dans les élites dirigeantes), culturelle (aspiration à un retour aux sources, à une identité propre), religieuse (expansion de l’intégrisme islamique et son pendant islamophobe, développement du christianisme et du paganisme en Occident), scientifique (nanotechnologie, loi de bioéthique), militaire (recherche et développement sur un nouvel armement, conflits en Irak et Afghanistan, conflits larvé et à venir), énergétique (recherche d’énergies de substitution aux énergies fossiles), environnemental (tsunami, réchauffement climatique, risque nucléaire civil)…

Tous ces éléments convergent dans un laps de temps relativement court et crée ainsi une instabilité générale induisant une forte aspiration au changement. Cette situation est particulièrement propice aux bouleversements radicaux, qu’ils soient voulus ou subis.

Le Président Obama a maqué sa campagne électorale avec son slogan « Yes we can », la Révolution de Jasmin de 2011 lui a donné raison : des chefs d’Etat tout puissants ont succombé à une révolte populaire, certains ont été exécutés comme Saddam Hussein ou le colonel Khadafi, un autre en fuite : Ben Ali, un autre jugé : Hosni Moubarak. Ceci a servi d’exemple pour d’autres pays, en Occident par exemple en apportant l’idée que si les pays arabes doivent prendre les armes, en Europe, les urnes permettent de changer les choses,  mieux même, on doit les changer plutôt que les subir. Cela se traduit par des choix politiques radicaux comme Chryssi Avghi en Grèce ou Pamiat en Russie. Le mouvement des indignés suit également cette voie comme lors des manifestations de Madrid le 14 mai 2012.

Au premier regard, ces mouvements ne semblent pas avoir de points communs, pourtant il en est un, essentiel : le rejet de la situation actuelle, qu’elle soit d’ordre politique ou économique. Il s’agit d’un rejet total, d’une profonde aspiration à un changement net et sans retour en arrière, une rupture, en un mot : une révolution…

Cette tendance révolutionnaire marque un tournant d’ordre mondial. Jamais la globalisation ne s’est exprimée de façon si claire et si intense : si l’ordre établi tient de la mondialisation pour se développer, la résistance à cet ordre est mondial également. Il y a fort à parier que cette contestation générale s’exprimera à travers des positions radicales, suivant une logique de tout ou rien et ce, dans différents domaines.

L’économie, les sentiments de rejet s’exprimeront à travers plusieurs mouvements, le plus célèbre d’entre eux reste celui des indignés, de New-York à Madrid, il a déjà gagné la plupart des grandes villes d’Europe ou des Etats-Unis. D’autres mouvements, plus spécifiques pourront se montrer plu sou moins violents comme celui des étudiants canadiens en mai 2012 contre les augmentations des frais de scolarité, ou encore les violentes manifestations à Athènes depuis plusieurs mois pour dénoncer les plans de rigueur successifs. Ces aspirations au changement peuvent s’exprimer de manière non violente mais expansives à travers toutes sortes de projets alternatifs, locaux ou en réseau. Il peut s’agir de boycotts plus ou moins importants, plus ou moins structurés, de manière à porter atteinte aux cœur du système commercial et économique actuel : les actionnaires. Des actions de moyenne ou grande envergure pourraient tenter de déstabiliser la Bourse en créant une panique de manière à faire chuter le cours d’un titre. Les réactions des épargnants et des investisseurs est particulièrement frileuse et réactive, c’est ce qui amplifiera le phénomène. Les récents retraits de liquide par les épargnants grecs de fin mai 2012 ont eu un impact immédiat en Bourse. Une panique bine organisée et bien structurée pourrait avoir les mêmes effets. Les opposants au système économique les plus engagés ont à leur disposition un moyen de pression formidablement puissant, si tant est qu’ils puissent l’utiliser. Ces attentes individuelles ou collectives débordent bien entendu sur d’autres domaines comme la politique.

La politique, là s’exprime la volonté de changer les équipes dirigeantes à travers un vote de contestation, voire d’adhésion, au bénéfice des forces politiques radicales. Que l’on ne s’y trompe pas, les plus modérés attendent eux aussi un changement de la part des partis traditionnels, oscillant entre attentisme et la tentation d’un positionnement nettement plus radical, lorsque les partis les plus engagés, s’imposeront sur la scène politique. Ces partis jouissent d’un très large panel d’activités.

Ils peuvent en effet se contenter de critiquer les dirigeants et conclure des succès électoraux, peut-être modestes, mais des succès tout de même. Ils peuvent au contraire s’engager sur une  voie plus active comme l’assistance aux personnes. C’est ce que propose le partie Chryssi Avghi en Grèce : il accompagne les personnes (souvent âgées) pour effectuer les démarches de la vie courante comme retirer de l’argent au distributeur, faire des courses. Les bénéficiaires apprécient tout particulièrement cet accompagnement lorsqu’ils habitent des quartiers « sensibles », et apportent leur suffrage en retour. Sur le même principe, une garde d’enfant ou une offre d’emploi aura le même impact électoral. Il n’est pas nécessaire de « repenser le monde » à traves de grands projets de société, des actions simples, locales, suffisent à s’attirer la confiance des électeurs qui considèrent ce que l’on fait pur eux concrètement et au-delà de toute spéculation idéologique.

Ce point est particulièrement important, il est cependant négligé par l’ensemble de la classe politique. Une action locale peut avoir un impact très important et immédiat. C’est un puissant moyen d’ancrage auprès de la population. Le Hamas l’a bien compris en Palestine : si l’on veut scolariser ses enfants, trouver des médicaments, de la nourriture, des soins, une assistance, on se rend à la mosquée du Hamas où l’on est certain d’être accueilli. Leur investissement auprès de la population va jusqu’à indemniser ceux dont les maisons ont été détruites par l’armée israélienne. Au-delà des prises de position radicales, c’est l’action au quotidien qui retient l’attention… et les suffrages…

Ce type d’action n’est pas propre au Hamas, il peut être mené n’importe où, dans les « quartiers sensibles » par exemple, c’est un moyen efficace de recruter, de radicaliser des individus (jeunes et moins jeunes) en perte de repères. L’islamisme radical peut progresser aussi sûrement que n’importe quel parti politique, idéologie, conception du monde ou de la société. Ainsi, la porte est ouverte à qui voudra bien la franchir.

La religion, après l’économie et la politique, ce domaine trouve particulièrement sa place au sein de nos sociétés laïques en perte d’idéal. Cette révolution religieuse trouve un terreau particulièrement favorable auprès de populations en demande de repères. Qu’il s’agisse de « quartiers sensibles » ou de zones plus prospères, l’effondrement des certitudes économiques, le manque de confiance dans les classes dirigeantes, la profonde crise identitaire et culturelle, une grande appréhension d’un avenir qui s’annonce plus qu’incertain à plusieurs égards, tout ceci créer des circonstances plus que favorables à un retour aux fondamentaux, à des certitudes, à ce qui rassure aussi.

Faute de croire en quelque chose de viable et de durable, dans le monde actuel, on se raccroche à l’au-delà, à des forces surnaturelles qui agissent en tout lieu et en toutes circonstances. C’es là un vieux réflexe que l’humanité retrouve aujourd’hui : s’ne remettre à une autorité censée être capable de gérer le quotidien, le présent et d’assurer un avenir meilleur. Il n’est plus temps de créer une concorde entre les individus de la planète, au-delà des races, des cultures et des civilisations. Il s’agit plutôt du salut de son âme, d’une démarche personnelle quoi trouve écho auprès d’autres individus qui adoptent la même démarche.

Il s’agit davantage d’une concordance d’opinions que d’un réel effet de groupe, même si chacun se sent appartenir à une véritable communauté religieuse, avec ses repères, ses références. L’esprit communautaire vient sen second lieu, bien après une démarche personnelle qui à la fois rassure et permet de se détacher du monde matériel dans lequel on se ne reconnaît plus, un monde qui apparaît de plus en plus hostile.

C’est la force du réveil religieux : il rassure et fédère les fidèles autour de principes fondamentaux. Chaque courant religieux possède ses propres références, c’est ce qui les diffère les uns des autres, et souvent, les oppose…

Les religions traditionnelles regagnent un terrain perdu depuis de nombreuses années, mais la progression la plus forte, et peut-être la plus emblématique, est celle du paganisme. D’une manière générale, il est aussi discret que massif. Ponctuellement, des manifestations plus ostentatoires surprennent comme les groupes de croyants qui souhaitent célébrer les cultes anciens à l’Acropole, sans payer les droits d’entrée au site. Leur démarche peut sembler anecdotique courant 2010, cependant il met en lumière une réalité plus sérieuse, et sans cesse grandissante.

Culturelle, la période actuelle de crise est propice à l’émergence d’une culture spécifique, qui remet en cause les certitudes battues en brèche depuis 2008, et qui leur en substitue de nouvelles. Nous évoluons bien au sein d’une culture de crise, une situation où l’avenir est incertain, les dirigeants jugés inaptes. Cette circonstance particulière donne du crédit à touts les projets qui aspirent à changer la société, à créer de nouveaux modèles de vie, de consommation, de nouvelles conceptions du monde qui nous entoure.

Il y a quelques années seulement, cultiver quelques plants de tomate sur son balcon vous faisait passer pour un écolo intégriste. Maintenant, la vision a radicalement changé, l’offre commerciale s’est également adaptée à ce changement de comportement, que ce soit à travers des de démarches d’actions ou de contestations. De plus en plus personnes souhaitent désormais s’opposer, rejeter la société de consommation telle qu’on l’a connue jusqu’à aujourd’hui.

Les initiatives, les projets alternatifs ont le vent en poupe. Le secteur el plus touché est le respect de l’environnement et la maîtrise énergétique. Les « bâtiments verts » ont fait place aux bâtiment autonomes où l’on ne se contente plus d’économiser l’énergie, on la crée.

Le retour au naturel a lui aussi trouvé un large écho commercial à travers la filiale bio, un nouveau filon économique qui tente de s’adapter à toutes les bourses.

Un troisième élément tend à se développer, c’est la volonté d’échapper à la société de consommation. En effet, notre système économique basé sur la consommation de masse est jugé responsable des crises successives que nous traversons, en particulier celle de 2008 et la prochaine qui ne saurait tarder. Cet ensemble de crises nous contraint à subir une situation que l’on n’accepte pas, que l’on ne s’explique pas.

L’inflation depuis 2001, la crise de l’euro de mai-juin en Grèce, le plan de rigueur allemand piloté par Mme Merkel, la privatisation du service public en Angleterre et dans une moindre mesure en France, ne sont que des conséquences d’un ensemble plus vaste.

Ces effets secondaires, ces « dégâts collatéraux » sont cependant suffisamment profonds et symboliques pour cristalliser les mécontentement et le rejet d’une population désenchantée, en quête d’illusions. Le « consommer mieux » est de mise désormais et s’exprime à travers des initiatives concrètes comme les AMAP, les potagers partagés, les achats groupés sur internet, etc.

Le consommateur est devenu plus exigeant, il souhaite pouvoir consommer à ses propres conditions, il veut acheter discount mais maintenir un niveau de qualité maximum. Il ne veut plus d’articles au rabais vendus à un prix inabordable, car il prend en compte l’origine des produits manufacturés. Il a conscience qu’il évolue au sein d’un système économique qui ne doit sa survie qu’à la consommation de masse, quel qu’en soit le prix : crédit aux Etats-Unis, discount en France.

Il y a véritablement une culture de la consommation depuis notre passage sous influence OTAN après-guerre, comme il y a eu un culture de l’anti-capitalisme dans les pays sous influence du Pacte de Varsovie (jusqu’en 1989). Cependant, cette culture a changé depuis la crise de 2008, on souhaite consommer autrement, ne plus être de simples consommateurs qui ne posent pas de questions quant à leur achats.

 La culture de crise a eu des effet importants dans nos comportements quotidiens, dans nos habitudes. Nous avons ouvert la porte à toutes sortes de solutions alternatives dans le domaine du commerce, de l’alimentaire, de la gestion de l’énergie, de l’éducation, de notre rapport avec nos élus…

Tout ceci n’est cependant qu’un préalable, une première étape vers autre chose, une évolution vers un nouveau type de société. La volonté est présente pour accompagner des changements importants. Beaucoup ont compris que ces changements auront lieu, qu’on le veuille ou non, la question est de savoir si l’on veut les accompagner ou les subir…

 l’énergétique est une domaine qui prend une importance croissante, directement lié à la gestion des ressources que l’on sait non renouvelable et de plus en plus rares. Deux pistes sont étudiées : la gestion des ressources existantes et la recherche de nouvelles ressources. Les énergies fossiles ou nucléaires constituent la plus grande partie des ressources énergétiques que l’on utilise pour produire de l’électricité et du carburant. Ces deux produits transformés alimentent nos machines et appareils pour se déplacer, s’éclairer, produire, travailler ou se distraire.

 La recherche s’est spécialisée dans des machines qui consomment toujours moins, qui fonctionnent plus longtemps avec moins d’énergie. Des voitures hybrides aux batteries des téléphones portables, des appareils électriques aux ampoules basse consommation, tout est bon pour réduire « l’impact écologique sur la planète ». On sait les stocks de matière première en baisse constante, même si l’on dispose de réserves encore vierges, le délai que nous pouvons gagner ne servira qu’à faire aboutir les recherches de nouvelles sources énergétiques, renouvelables celles-ci.

 Les carburants de substitution ont le vent en poupe, l’industrie se prépare depuis plusieurs années à une transition des installations pour permettre de maintenir notre niveau de consommation, de répondre à nos besoins de nous déplacer, de nous chauffer…

L’échec des biocarburants, à l’origine des catastrophes alimentaires nous ont contraint à trouver d’autres types de carburants qui ne concurrencent pas les ressources alimentaires, en particulier envers les pays les plus pauvres.

Des application purement chimiques ou biochimiques sont à l’étude, donnent des résultats intéressants, mais elles devront être produites en très grande quantité. Il n’est pas question de réduire nos habitudes, de repenser nos besoins : les besoins de déplacement n’iront pas en diminuant, au contraire, ils continueront de croître de façon exponentielle. De plus en plus de personnes résident loin de leur lieu de travail, et couvrent des distances de plus en plus grandes, que ce soit avec leur véhicule personnel ou avec des véhicules collectifs. Les coûts de transports doivent également être maîtrisés car ils participent grandement au mécontentement des citoyens, ce qui a des conséquences politiques évidentes. Qu’il s’agisse de micro-algues, d’hydrogène, ou de gaz naturel, les nouveaux carburants devront être produits ne masse, développer un rapport puissance/quantité bien meilleur que les carburants fossiles, et devront être encore meilleur marché.

 A côté des carburants, la production électrique pose d’évidents problèmes d’alimentation et de sûreté des installations. Les catastrophes de Tchernobyl en 1986 ou de Fukushima en 2011, ont maqué les esprits à l’échelle de la planète. En France, la canicule de 2003 a mis à mal le refroidissement des réacteurs nucléaires. Se sont alors posés de graves questions de gestion du parc nucléaire par des entreprises privées, des investissements liés à la sécurité. Certains pays comme l’Allemagne ont choisi l’abandon du nucléaire pour revenir à des énergies fossiles comme le charbon. L’effet positif de cette décision a été de redynamiser un secteur économique en déclin, l’effet négatif, a été de gérer les stocks limités de matière première, et de participer au réchauffement climatique…

La France ne peut envisager une transition du nucléaire vers une autre source énergétique dans l’immédiat. Si l’arrêt des centrales est réclamé, il reste difficilement réalisable tant que nous ne pourrons fournir une énergie de substitution en quantité suffisante.

 L’énergie électrique alimente la plupart de nos machines, ordinateurs, éclairage, électroménager, hi-fi vidéo, appareils de travail ou de loisir, presque tout fonctionne à l’électricité. Il faut donc la produire, la rendre accessible rapidement et à faible coût. Plusieurs solutions existent comme l’éolien ou le solaire (fixe ou nomade) qui peuvent produire sans utiliser de ressource naturelle limitée, mais les rendements ne sont pas encore satisfaisants.

 On peut cependant parler d’une véritable révolution énergétique qui se traduit par une évolution tout azimut. Nous n’en sommes qu’aux débuts, mais la volonté et les contraintes matérielles nous obligent à aller toujours plus loin dans la recherche pour des solutions alternatives… dans tous les sens du terme…

 le scientifique, ce domaine s’est grandement développé, il touche désormais tous les secteurs de la vie courante : médical, textile, industrie, alimentaire, énergie, transport, armement…

Les nanotechnologies trouent un écho particulièrement favorable pour répondre à des besoins croissants (ou en créer de nouveaux !). Comme toute nouvelle technologie, elle soulève de nombreuses questions, suscite de nouvelles craintes. En effet, la barrière biologique des tissus ne peut stopper les nano particules qui peuvent désormais pénétrer profondément les organismes, jusqu’aux organes, certains les croient même capables d’atteindre les chaînes ADN, la réalité rejoint donc la fiction des pires scénarios de films de science-fiction.

Les mutations sont redoutées, positives ou négatives, elles soulèves des questions de bioéthique particulièrement sensibles.

 Après les révolutions industrielles, on peut désormais parler de révolution scientifique. C’est une révolution multiforme qui a ouvert la voie à de nombreuses pistes de recherche, avec des vitesses de progression parfois importantes, et des innovations à la clef. Bon nombre de ces innovations sont sans doute trop rapides, trop en avance sur leur temps et choquent les consciences, notre conception du monde, du vivant.

 Ainsi, le clonage peut être une fantastique alternative aux greffes et dons de sang qui font si souvent défaut, le décodage du génome humain peut permettre de résoudre un grand nombre de maladies orphelines et autres affections d’ordre génétique. Des découvertes fondamentales peuvent voir le jour, cependant, elles choquent bien souvent nos points de vue sur la bioéthique, nos croyances et nos conceptions du vivant.

 Il y a donc un décalage parfois important entre la recherche, la démarche scientifique et l’idée que l’on s’en fait, les limites morales du moment. Les outils scientifiques se développes à mesure que l’on partage l’information. L’image du scientifique isolé dans son laboratoire, au milieu de ses cornues et ses tubes à essai a cédé la place à des groupes de chercheurs qui partagent leurs informations via internet ou des revues spécialisés. Si certains domaines sont délaissés par des financeurs publics ou privés, d’autres domaines font l’objet de toutes leurs attentions, et dotées de moyens importants pour aboutir à des résultats que l’on espère très lucratifs.

 Des choix sont faits, à portée essentiellement économique. au détriment des uns, au bénéfice des autres, mais le fait est que les moyens mis en œuvre permettent des progrès très importants, très rapides lorsqu’ils sont mobilisés. Leu seul frein demeure notre conception morale de la science.

 C’est peut-être ce qui fera l’objet d’une prochaine révolution, après les révolution industrielle, la révolution scientifique, peut-être verra-t-on (dans un avenir plu sou moins proche) une révolution morale…

 le militaire est un domaine en pleine expansion, très étroitement lié au secteur de la recherche scientifique, comme les nanotechnologies, les rayons (laser ou autre), les ondes de choc, etc…

Tous ces armements font appel à la recherche de pointe pour optimiser un tir, augmentant sa précision et sa force de frappe.

 La biologie fournit également d’importants outils par des virus et autres organismes à durée de vie très courte. Ceci offre un double avantage : leur agressivité crée une mortalité particulièrement élevée chez l’ennemi, leur vie très courte les empêche de se développer au-delà d’une zone prédéterminée. La chimie quant à elle offre des possibilité similaires mais pose des problèmes de confinement, les éléments chimiques restant actifs durant un laps de temps trop important. Bien entendu, de telles armes sont incompatibles avec nos conceptions de la guerre, et du vivant, et soulèvent des questions éthiques au même titre que les recherches scientifiques trop « avancées » comme vu plus haut.

 Différentes occasions permettent cependant de tester de nouveaux armements comme les munitions en uranium appauvri en ex-Yougoslavie ou en Irak, et des armements plus conventionnels en Afghanistan. Les Drones par exemple ont été largement utilisés sur ces théâtres d’opération, à la fois pour préserver la vie des soldats (la corps rapatriés ne sont jamais très populaires ni médiatiques, le concept de la « guerre propre » reste ancrée dans tous les esprits…), et pour effectuer des missions dangereuse ou atteindre des zones difficiles d’accès. Ainsi, le renseignement a pris une dimension considérable, c’est devenu une fin en soi, sans nécessairement de frappe militaire à la clef.

C’est aussi une nouvelle opportunité pur la recherche et développement, pour l’industrie, avec des applications civiles dans un futur plus ou moins proche, par le repérage aérien de surface, la gestion des risques (incendie, etc), et en profondeur (gisements et risques naturels). Ces applications en demanderont sans doute d’autres pour compléter les besoins o en susciter de nouveaux.

Le pilotage des drones aura lui aussi l’occasion de se développer, que ce soit par une intervention humaine, ou un pilotage entièrement informatisé. La robotique aura bien entendu sa place dans le développement des drones. Il est fort probable que dans un avenir plus ou moins proche, la fiction rejoigne la  réalité, à travers la création de drones autonomes aériens, terrestres ou maritimes (de surface ou sous-marins). La guerre conventionnelle cèdera sans doute le pas à une guerre de technologie.

Cependant, il y a fort à parier que face à cette avalanche de technologie et d’innovations, les techniques les plus rudimentaires redeviendront particulièrement efficaces. En effet, dès aujourd’hui om les e-mail sont un moyen de communication devenu naturel, une panne informatique, un virus ou une explosion IEM peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Paradoxalement, les pigeons voyageurs (comme en 14-18) redeviennent efficaces car insensibles aux cyber attaques, un simple message papier remis d’une personne à l’autre, ne peut être piraté, pour l’intercepter, il faut mettre en œuvre des moyens spécifiques que le débordement de technologie aura fait peu à peu disparaître…

Malgré toute l’innovation technologie dont disposent les forces armées américaines, il a suffit de cellules dotées d’un armement rudimentaire pour détourner des avions et les faire se précipiter sur différentes cibles en septembre 2011…

A l’image du conflit afghan, nous voyons deux conceptions de la guerre : d’un côté la technologie avec une présence informatique dominante, d’un autre, une connaissance du terrain, une expérience des techniques de guérilla (efficace contre l’Armée Rouge) avec une présence humaine dominante.

Deux conceptions, deux mondes qui évoluent chacun de leur côté, à leur rythme, et qui s’affrontent…

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De la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est un document fondamental sur lequel repose la République actuelle, ainsi que l’idéologie politique du moment. Il est intéressant de développer plus en détail chaque article :

 Article premier : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

 La liberté et l’égalité sont conditionnés par l’utilité commune. Cela signifie qu’on ne considère un individu qu’à travers ce qu’il peut apporter à la collectivité. Cette vision utilitariste ne laisse donc pas de place à des « non-productifs ». Qu’en serait-il aujourd’hui si l’on appliquait cette règle à la lettre ?

Notre politique sociale s’en verrait profondément modifiée, les aides en argent et en nature seraient donc conditionnées à une activité utile à la société en contrepartie de leur versement. Tout travail mérite salaire, à l’inverse, tout salaire exige un travail en retour. Comment donc l’organiser ?

La première idée serait d’imaginer des brigades, à l’image de ce qui existait en Europe de l’Est au temps de l’ère soviétique. Qu’on ne s’y trompe pas, ceci ne relève pas d’une vision « gauchisante », bien au contraire, il s’agit plutôt d’une vision purement économique, libérale : travail contre salaire – salaire contre travail. Cette question fait souvent débat au sujet des prestations versées afin de « laisser les bénéficiaires rester chez eux sans rien faire » pour les uns, « participer à la consommation et entretenir le système capitaliste de consommation de masse » pour les autres.

L’idée de l’époque voulait simplement mettre un terme aux titres acquis par la naissance, et lui substituer des titres acquis par le mérite : on ne considère pas un individu pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il fait. Là encore, la méritocratie fait débat de nos jours. Dans l’éducation, un élève est sanctionné par ses notes, encouragé par pour ses efforts, puni pour son mauvais comportement, malgré de nombreuses critiques de réformateurs, souhaitant éviter les décisions jugées « traumatisantes pour l’enfant ». Plus tard, pourtant, dans le monde du travail, le principe demeure, il est même prôné comme modèle de vertu. Là aussi, on condamne la distinction sociale non fondée sur l’utilité commune de l’entreprise, mais sur des facteurs plus… subjectifs…

200 ans après la promulgation de cet article, la question se pose encore…

Article 2 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Cet article est particulièrement délicat et ce, pur plusieurs raisons. Tout d’abord le fait qu’une association politique ne peut avoir pour seul but de s’auto-conserver au détriment du reste. Que dire alors aujourd’hui des luttes de parti, des rivalités internes ?

Cela remet en question notre environnement politique, et semble rapprocher de l’avis de nombreux électeurs déçus par l’attitude de nos dirigeants. Dans ce domaine, la sanction est immédiate : au mieux une radicalisation des opinions, au pire un désintéressement de la chose publique, de la Res Publica.

Donc une association politique ne doit avoir d’autre but que d’assurer les droits naturels, à savoir :

 – la liberté, ce premier point fondamental est très difficile à mettre en œuvre. En effet, si le principe séduit, au sein d’une idéologie de promotion de l’individu, son application concrète est plus délicate. Jusqu’à un premier stade il prémunit contre l’arbitraire, contre un gouvernement ou un groupe d’individus imposant leur loi, leur décision à l’encontre du bien commun. Une association politique doit donc combattre cette situation, et la première forme de lutte consiste à donner l’exemple, ce qui n’est pas toujours aisé…

La liberté, individuelle plus particulièrement. Soumise au groupe, elle isole l’individu, le soumet à la volonté du groupe et justement, le prive d’une réelle liberté. Exacerbée, elle porte atteinte à celle d’autrui, empiète sur celle d’autrui. Actuellement, le principe qui prévaut est celui-ci : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. La question est : quelle est cette limite ? Rien n’est plus difficile que de répondre à cette question…

La fraternité est quelque part une forme d’empathie, le besoin de se rapprocher de ses semblables. Ce peut être aussi la volonté de plusieurs individus de se rassembler pour une cause commune, de former une collectivité de personnes rassemblées autour d’un même but.

Ce belle idée peut sembler plus délicate lorsqu’il s’agit d’opposer un groupe à un autre, une fraternité à une autre. Nous en avons connu plusieurs formes, fraternité religieuse, raciale, économique, politique…

Le grand problème est de trouver un juste compromis entre liberté individuelle et liberté collective, c’est-à-dire élaborer une fraternité aussi grande que possible, en évitant le « rejet de l’autre » comme on a bien souvent l’habitude de le dire. Cela revient à agir contre tendance naturelle à se rapprocher de ceux qui nous ressemblent, de se regrouper par affinité avec des individus qui nous paraissent semblables sur plusieurs points, et de ce fait, s’éloigner des autres… Comme le disait si justement Sartre : l’enfer c’est les autres

 – la propriété, pose un autre type de problème dans une société qui se veut solidaire. Pour que cette solidarité soit effective, il faut prendre aux uns pour redistribuer aux autres. Déjà le principe pose des difficultés, les uns estimant donner trop, les autres estimant ne recevoir pas assez. Dans tous les cas, aucun n’est satisfait. En outre, la mise en application de ce principe pose de réels problèmes : sur quelle base peut-on estimer devoir prendre aux uns, comment quantifier ce don obligatoire ?

A l’inverse, sur quelle base définir qui sera bénéficiaire de ce don, et quelle quantité de richesse doit-on lui donner ?

Autre question : doit-on veiller à son minimum vital (qui reste encore à définir), ou à son pouvoir d’achat au sein d’une société de consommation ?

Il convient également d’assurer à chacun de pouvoir posséder en toute sécurité, sans crainte de voir porter atteinte à ses biens…

 – la sûreté quant à elle découle en partie de ce que je viens de décrire, mais elle porte aussi sur la personne : garantir un individu contre une atteinte à sa dignité, à son corps. L’actuel code civil détaille cette mesure de façon très claire. En effet, l’atteinte aux personnes est un délit qui est parfois requalifié en crime, faisant l’objet d’une jurisprudence assez importante. Cependant, elle fait l’objet d’âpres discussions, de controverses et de points de vue divergents. La principale question est d’établir la responsabilité des coupables, considérés comme des individus dangereux pour l’ordre public, tandis que les autres les considèrent comme des victimes de la société, de leur condition sociale, culturelle, économique ou autre…

On le voir, cette notion de sûreté si violemment débattue il y a 200 ans, est toujours d’actualité….

 – la résistance à l’oppresseur, ce dernier point a été l’un des principaux moteurs des révolutions. Lors de la Révolution de 1789, il s’agissait de lutter contre le pouvoir royal, afin d’instaurer une République, c’est-à-dire un régime géré par le peuple et pour le peuple. Depuis, ces motivations ont semblées éloignées des préoccupations, cependant, quelques révolutions face à des régimes autoritaires nous ont rappelé que de telles luttes sont encore loin de disparaître. Les révolutions arabes de 2011 (et probablement celles à venir) nous ont plongés au cœur de conflits que l’on s’imaginait impossibles à nos portes. Au-delà, la résistance à l’oppresseur peut se décliner de plusieurs façons. En effet, il convient de désigner clairement cet oppresseur. Il peut s’agir d’un gouvernement, d’un groupe de pression, d’une entreprise ou d’un groupe d’entreprises, d’un pouvoir économique, d’un corps de métier…

Pour résumer, on peut dire que nos sociétés modernes sont particulièrement riches en affrontements de toute sorte. Ainsi, les sources d’affrontement sont particulièrement nombreux, au point que les candidats à l’oppression ne manquent pas, les candidats au rôle d’oppresseur non plus…

Article 3 : Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

 La Nation incarne la souveraineté du peuple, cela signifie que le territoire national ne relève pas du bon vouloir des seuls dirigeants, mais de principes qui leur sont supérieurs, qui les dépassent. A l’intérieur, l’exercice du pouvoir, par délégation, ne tolère aucune initiative personnelle qui n’agit dans l’intérêt de la Nation. Cela exclue de fait tous les groupes de pression, qu’ils soient politiques, économiques, culturels, religieux ou autre. A l’extérieur, seul l’Etat et ses représentations diplomatiques peuvent parler et agir au nom de la Nation, toute intervention extérieure n’est pas admise, il s’agira d’une ingérence allant à l’encontre des intérêts du peuple et de la Nation. Qu’en est-il alors de la mondialisation et des échanges financiers, boursiers à l’origine d la crise de 2008 ?

Cette question épineuse mérite que l’on s’y arrête quelque temps. En effet, la souveraineté ne relève que de l’autorité exclusive de la Nation (de ses représentations et structures). Cela permet d’associer plusieurs structures d’autres Nations pour créer une entité supranationale, comme nous l’avons fait pour la création de l’Europe, à condition que chaque Nation conserve sa souveraineté !

Il ne s’agit pas que chacun dépose sa souveraineté, se soumette à une autorité autre, car cela reviendrait à une capitulation, comme à l’issue d’une guerre où le perdant s’en remet au bon vouloir du vainqueur. Toutefois, cela exclue de fait l’ingérence et la décision d’une structure qui impose ses vues, ses décisions aux Nations, au-delà de toute souveraineté… C’est le cas du monde de la finance qui impose ses lois aux Etats. Auparavant, les Etats imposaient leurs lois à la finance comme bon leur semblait, en dévaluant une monnaie, ou en fixant arbitrairement le cours. Actuellement, on a l’impression que ce sont les flux financiers qui imposent leurs lois aux Etats, ceux-ci étant contraint de réagir comme ils le peuvent, pour éviter un déclassement par les instituts de notation. Déjà, l’Allemagne a connu des difficultés pour ses emprunts en 2011, la France a perdu son AAA en 2012…

Il ne s’agit pas d’organisation secrètes, de réunions à la dérobée la nuit pour comploter en petit comité, les concurrents des Nations se montrent au grand jour, les spéculations ne se cachent plus, la grande question est : est-ce que les Etats (et nos gouvernants) ont la volonté de défendre notre souveraineté ?

Article 4 : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Cet article précise davantage la notion de liberté individuelle, celle de chaque citoyen. L’idée principale est que la liberté des uns s’arrête là où elle empiète sur celle d’autrui. Reste une grande interrogation que cette belle idée ne précise pas : où commence la liberté et où finit-elle ?

En effet, l’atteinte à la liberté est très subjective, elle peut s’exprimer par une résistance farouche à toute intervention de l’Etat, comme aux Etats-Unis où la mentalité est plutôt favorable à l’action individuelle, anti-colbertiste. Les interprétations sont nombreuses, depuis la fermeture du site megaupload fin janvier 2012, les « anonymous » multiplient les attaques contre les sites gouvernementaux, au nom de la liberté individuelle, celle de pouvoir échanger librement des fichiers. Reste à savoir de quelle liberté il s’agit, celle de l’expression dans nos sociétés occidentales ou en Syrie début février 2012 (à Homs ou ailleurs), celle de la liberté d’entreprendre ou celle du protectionnisme pour préserver des emploi ?

Une autre question délicate concerne l’encadrement de la liberté par la loi. En effet, la loi se doit d’être judicieuse, efficace, et surtout dénuée de tout intérêt politique, économique, idéologique. L’intérêt politique peut rapidement apparaître quand un Etat (et ses dirigeants) souhaitent encadrer la liberté des citoyens, pour conserver le pouvoir ou éviter la remise en cause d’une situation, d’un système politique, de la répartition des responsabilité ou des postes des dirigeants. La dérive économique viserait quant à elle à développer la spéculation, et ne considère les citoyens qu’en tant que consommateurs, n’ayant d’autre utilité que de perpétuer et développer les flux économiques, financiers, commerciaux. On parlerait ici de liberté de consommer, une liberté qui masquerait bien sûr une situation de grave dépendance, ne tolérant aucune solution alternative à la consommation de masse, c’est ce que nous vivons en ce moment, depuis 2008 et plus particulièrement à présent où l’opinion publique change et s’interroge sur la situation que nous vivons, et semble adhérer à un changement radical et durable, une liberté de vivre autrement en somme. Enfin la dérive idéologique nous est familière, au nom de la liberté, de nombreuses entraves à la liberté justement ont vu le jour. Les pires dictatures se sont mises en place pour défendre la liberté et se prémunir contre… l’arbitraire…

 Article 5 : La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Ici, la loi est mise sur un piédestal, elle est le principe absolu et universel, garante contre l’arbitraire et permet de fixer des règles applicables à tous. Cependant, elle est soumise à des règles auxquelles elle doit se conformer, pour en quelque sorte trouver une raison d’être, une justification, une légitimité. Ainsi, elle doit se fixer comme objectif la défense de la société, et veiller à préserver celle-ci en agissant à l’encontre des « actes nuisibles ». La loi est donc un moyen et non une fin en soi, elle est un outil au service d’autre chose, un idéal qui la dépasse. Par ailleurs, ce qu’elle ne défend pas ne peut être empêché. Cela signifie qu’une situation instable, un événement, un état de fait ne peut être corrigé autrement que par la loi, quelles que soient les conséquences. C’est un risque important qui n’est pas couvert par une disposition particulière. Une source de problème car si la loi n’agit pas en correctif, nul ne peut le faire, car nul ne peut se substituer à la loi…

Cette question vieille de 200 ans se pose encore aujourd’hui. Le culte de la loi, source de légitimité n’admet aucune initiative concurrente, aucune remise en cause, elle est censée être infaillible, ce qui n’est pas toujours le cas dans la réalité. Cependant, un principe demeure : la loi s’impose à tous et nul n’est censé l’ignorer.

Ce décalage entre la théorie et la réalité est source de bien des conflits. La tentation est en effet grande, pour les citoyens, de se détourner de la loi, de trouver des solutions eux-mêmes quand les institutions s’avèrent impuissants, lorsque la loi est défaillante pour régler un conflit. Tout dépend ensuite du degré d’implication des citoyens vis-à-vis de la chose publique, de la Res Publica. Au sein d’une Nation où l’initiative individuelle est la norme, le respect de la loi est secondaire devant la nécessité, il ne s’agit pas d’une quelconque indiscipline, mais plutôt d’une gestion des problèmes au quotidien. Lorsque l’on ne peut compter que soi ou ses proches pour faire face aux difficultés de la vie, il est assez difficile de se soumettre à des lois qui, jusqu’à présent, n’ont pas démontré leur efficacité. Pour aller plus loin, à mesure que la pression de la loi s’impose aux citoyens, ceux-ci la rejettent, comme une atteinte à leur liberté individuelle.

A l’inverse, dans une société où l’Etat est très présent, où l’on peut compter sur les institutions pour faire face aux difficultés de la vie, la loi est davantage acceptée, plus même, elle est sollicitée. On ne remet pas en cause le principe de la loi, en revanche, on n’hésite pas à la changer, à l’adapter à ses besoins. La remise en cause porte davantage sur les auteurs de la loi, sur ceux qui sont censés la créer : les élus du peuple. Dans ce cas précis, ce sont eux qui sont mis en cause, voire déposés…

Article 6 : La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

La loi est issue du peuple (directement ou pas), elle est donc faite par le peuple et pour le peuple. Universelle, elle s’applique à tous dans un souci d’égalité absolu. Elle est le seul et unique pouvoir de promotion ou de rétorsion et donc ne souffre aucune concurrence. Ainsi, celui qui crée la loi, ou la fait appliquer, revêt un caractère particulier : il incarne le pouvoir suprême du corps des citoyens. Par ailleurs, seules les capacités d’un individu peuvent lui permettre d’accéder à un poste, une fonction, une « dignité ». Cela exclue de fait toute autre considération comme la voie du sang. En effet, le lignage ne permet pas à lui seul d’accéder à des fonctions et/ou dignités particulières. On ne juge pas un individu pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il fait. Il d’agit là d’une profonde rupture avec ce qui se pratiquait depuis la plus haute antiquité.

En effet, le seul moyen qui permettait d’identifier un individu est le lignage, à Rome, en Grèce, ou ailleurs, on est avant tout « untel », fils « d’untel », du clan « untel ». En en Irlande ou en Gaule, l’individu se rattache au clan, à Athènes au Dème et à la Tribu, A Rome à la Tribu, c’est une attache territoriale qui permet de créer un lien physique avec un territoire.

Les qualités des ancêtres sont censés se transmettre de génération ne génération, ainsi, un fils de cordonnier est le plus apte à devenir cordonnier lui-même, un fils de militaire un nouveau militaire, un chef un nouveau chef, et un roi un nouveau roi.

Ici, un citoyen se distingue par ses qualités propres, sans tenir compte de son lignage, on est citoyen capable d’où que l’on vienne géographiquement et socialement. C’est cette capacité qui permet de postuler à une charge, quelle qu’elle soit. Cette rupture avec le monde antique rejette toute idée de transmission du talent, celui-ci devient aléatoire, il revient à la société de savoir le repérer chez tel ou tel de ses membres. Cette conception est reprise de nos jour où tout poste administratif est ouvert par la voie du concours, c’est-à-dire par l’examen des connaissances et compétences des candidats. Dans le secteur privé, c’est également le cas, en entretien où l’on reçoit les candidats à un poste, on étudie leur cursus (diplômes et expérience), le lignage n’a plus sa place, sauf dans de rares cas et pour des métiers très spécifiques où il est intéressant d’y avoir évolué dès le plus jeune âge.

Article 7 : Nul homme ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l’instant ; il se rend coupable par la résistance.

Seule la loi fixe le cadre au sein duquel un individu peut être accusé et appréhendé. Ici, l’idée de la DDHC est que l’arbitraire n’a plus lieu d’être, toute décision de contrainte à l’encontre de quelqu’un doit émaner d’un écrit préalable, proposé, voté et adopté par les représentants du peuple. Ainsi, chacun sait à quoi il s’expose s’il contrevient aux règles établies. Ce droit écrit prévaut donc sur le droit oral, les coutumes, ou des décisions émanant d’une personne et non basées sur une texte préalable.

Seuls les dépositaire de la puissance publique peuvent agir au nom de la loi et dans le cadre qu’elle définit, toute intervention en dehors de ce cadre est donc hors la loi, et susceptible de sanctions. Cela contraint toute personne ayant un pouvoir quelconque sur des subordonnés, à restreindre leur pouvoir et leur champs d’action à ce que seule la loi prévoit. Cette mesure vise à empêcher l’arbitraire au sein d’un système, d’un régime politique régi par un droit écrit préalable, proposé, discuté, voté et adopté par les représentants du peuple. Là encore, le pouvoir judiciaire prédomine au sein d’une vision juridique de la société. Cela peut sembler rassurant au premier abord, cependant, les excès amènent inévitablement à une judiciarisation de la société où tout conflit ne peut trouver d’autre solution que dans un tribunal. La loi revêt un caractère absolu, incontestable. C’est l’autorité suprême qui ne souffre aucune concurrence. Elle exige une obéissance immédiate, inconditionnelle et absolue. D’autres régimes agissent de même, bien éloignés de l’idéal de démocratie ou de liberté recherché ici, en effet, face à un droit omniprésent au service d’un régime autoritaire, la seule alternative est la résistance à l’oppresseur, comme on l’a connu début 2011 en Lybie et en Egypte, ou en Syrie début 2012.

Article 8 : La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

C’est peut-être pour éviter tout abus que la loi se limite elle-même dans cet article. Par cette disposition, nul ne peut être soumis à l’arbitraire quant à la sévérité de la peine infligée, celle-ci est au préalable, proposée, discutée, votée et adoptée par les représentants du peuple, avant d’entrer en application. Il existe tout un panel de sanctions correspondant à un panel de crimes et délits. L’idée de tempérance des sanctions domine dans un souci de rigueur et de justesse de la loi. La peine prononcée doit donc être adéquation avec le forfait qu’elle sanctionne. L’idée de justice prend ici tout son sens, tant dans la forme que dans le fond.

Sur la forme, toute peine doit être préalable au délit, de sorte à fixer le droit, à faire en sorte que chaque citoyen soit informé de ce qui lui en coûte de commettre un forfait sans espoir de pardon ou de remise de peine (dont il n’est pas question ici d’ailleurs), par l’intervention d’une tierce personne, ce qui reviendrait à une application illégale. La loi demeure le seul élément de référence pour sanctionner le délit le plus juste, et fixant par écrit une série de peines et non selon le bon vouloir d’un seul ou d’un groupe.

Sur le fond, il y a une volonté de rompre avec l’ancien système des lettres de cachet, et plus localement avec l’arbitraire d’un gouverneur, d’un magistrat ou d’un militaire selon les cas. Cela renforce l’idée d’égalité devant la loi tant pour un simple délit, que pour un crime de sang. Il va sans dire que cette égalité de traitement concerne aussi chaque citoyen, du plus modeste, au plus important. Cette conception de la justice responsabilise aussi le monde judiciaire, en faisant reposer sur ses épaules le poids de la décision. Par une juste sanction, il en sort grandi, par une mauvaise application de la loi, il endosse tout l’arbitraire d’une décision abusive, en parfait désaccord avec l’esprit de la présente déclaration.

Le souci est de préserver le citoyen, c’est aussi d’empêcher des dérives libertaires : la liberté des uns s’arrête là où elle empiète sur celle d’autrui. Ce qui importe en fin de compte, est l’ordre public, c’est-à-dire une situation de stabilité juridique, institutionnelle, politique, économique, afin de permettre un bon développement de la Nation, préservée de troubles tant à l’intérieur (révoltes, émeutes), qu’à l’extérieur (guerres). L’idée sous jacente est aussi de servir d’exemple aux autres Nations, conformément à l’esprit de l’époque qui ambitionnait de « libérer l’Europe du joug des tyrans ». Il y a là une volonté de rompre avec l’ancien régime, mais aussi d’éviter de prolonger une situation insurrectionnelle, une période de trouble qui, au final, n’aboutirait qu’à affaiblir la Nation et l’exposer à tous les dangers de déstabilisation (intérieur et extérieur).

Article 9 : Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

La présomption d’innocence est un aspect fondamental de la justice que l’on veut défendre ici. De ce fait, l’instruction à charge ne doit s’établir que sur la base de preuves, c’est-à-dire des éléments matériels, solides, certains, indiscutables. Ce principe fondamental est toujours d’actualité 200 après la promulgation de la présente

déclaration, c’est dire l’importance de la chose, qui a traversé deux Empires, une Restauration monarchique, cinq Républiques et deux Guerres mondiales…

L’arrestation est elle aussi strictement encadrée et répond à des critères juridiques précis, l’atteinte à la liberté de circuler, de mouvement est parfois nécessaire, elle est cependant considérée comme une action ultime, après épuisement de toutes les autres mesures légales de contrainte.

Là encore, cette disposition prévient les arrestations arbitraires pour un autre motif que défini légalement, le cas le plus fréquent étant les règlements de compte, via des motifs futiles. Dans un Etat de droit, une accusation doit être explicite, clairement motivée, définie par rapport à un texte écrit, étudié, discuté, voté et accepté par la majorité des élus du peuple. Toute action en dehors de ce cadre n’a pas lieu d’être et se trouve, de fait, en totale contradiction avec l’esprit de la présente déclaration.

Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Cet article vise à établir la liberté d’opinion au sens large du terme, c’est-à-dire qu’il ne le limite pas à la conviction politique, mais aussi religieuse. De fait, il retire le pouvoir absolu à l’Eglise en tant qu’autorité religieuse. En effet, celle-ci devra composer avec des cultes différents, concurrents même. Par cette disposition, les guerres de religions n’ont plus lieu d’être, et ne sauraient constituer un division du corps des citoyens. A l’inverse, toute idée de revanche ostentatoire est prohibée car l’ordre public demeure la notion fondamentale de la société, aucune opinion, qu’elle soit politique ou religieuse, ne saurait la remettre en question. Cela peut aller plus loin, en effet, les processions peuvent être suspendues, voire interdites, si elles sont susceptibles de troubler l’ordre public. Ce point est particulier car il n’indique pas de limite à sa mise ne place : il suffit qu’un groupe perturbe ou menace de perturber volontairement une procession, pour que celle-ci puisse être interdite par risque de trouble de l’ordre public…

C’est une faille dans laquelle il est facile de s’engouffrer pour empêcher légalement une manifestation religieuse ou politique. Là encore, la seule décision d’un magistrat peu trancher ce type de question, et lui faire endosser par là-même toute la responsabilité de son jugement en bien comme en mal.

C’est une exception où la décision d’un seul prévaut sur une loi écrite étudiée, discutée, votée et acceptée par la majorité des élus du peuple.

Une telle décision peut être influencée par des événements extérieurs, l’esprit du moment ou l’idéologie du régime qui peut se montrer plus ou moins tolérant, plus ou moins intransigeant. Reste donc à définir quelles sont les limites à ne pas franchir, à partir de quel point peut-on estimer un trouble de l’ordre public, la question reste entière…

Article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

 Cet article consacre la liberté d’opinion, de pensée, au temps où une censure limitait la liberté d’expression des prérévolutionnaires sous la Monarchie, que dire alors des Monarchistes sous la Terreur…

Cette idée en soulève une autre très délicate : qu’en est-il aujourd’hui, peut-on réellement considérer que l’on vit au sein d’une société qui permet la liberté d’expression ?

Au-delà, on peut s’interroger sur les limites de la liberté de pensée, la libre communication des opinions lors de situations particulières. Les révolutions arabes de début 2011 et 2012 ont montré l’importance du rôle d’internet, certaines grandes puissances actuelles ont agi pour restreindre cette liberté d’expression. Cette dernière oscille, parfois gravement, entre la volonté d’informer, et celle de porter volontairement atteinte à une personne ou un groupe de personnes, par des déclarations diffamantes. Là encore se pose la question de la liberté d’expression, à partir de quel moment on peut estimer qu’elle dépasse le raisonnable, quels sont les éléments concrets qui permettent de prendre une telle décision ?

200 ans après la promulgation de la présente déclaration, la question reste sans réponse, et demeure un sujet de controverse. C’est dire son importance…

Article 12 : La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée.

L’idée de force publique rejoint en partie l’article 8 et la fin de l’article 9. Ici, la force publique exprime ce que l’on a nommé plus tard le monopole de la force, qui appartient à l’Etat et à lui seul. Pour qu’une société puisse se développer en toute sérénité, pour que des institutions puissent assurer l’ordre public, l’Etat doit disposer du monopole de la force. Cela signifie surtout qu’il n’admet aucune force concurrente à la sienne, seul problème : quelle est la limite de cette force ?

En effet, pour justifier la défense de la liberté, ou d’un autre idéal, l’abus de la force est un risque très présent. Il est très tentant et très facile à la fois, d’user de la force publique pour empêcher un débordement, un trouble à l’ordre public, de manière ponctuelle ou permanente.

Ponctuellement, une action limitée dans le temps peut disperser des émeutiers, l’usage d’armes non létales est alors envisagée (gaz lacrymogènes, incapacitants, flashball, taser, matraque, jet d’eau, etc) pour des actions marquées mais sans réelle conséquence dans le temps. L’usage d’armes à feu peut être un moyen plus violent de contenir des actions plus violentes, généralement face à des émeutiers armées, dans ce cas précis, on se rapproche d’une situation insurrectionnelle, il peut s’agir alors d’une action plus durable, d’une à plusieurs journées.

Dans le temps, il s’agit généralement de l’emploi d’une force militaire (armes à feu, véhicules blindés), dans ce cas il s’agit déjà d’une situation insurrectionnelle qui tend vers une situation de guerre. Nous en avons eu un exemple en 2011 et 2012 lors des révolutions arabes, il s’agit là de renverser un régime en place, justement comme lors de la Révolution Française…

Dès lors, il n’est plus question de liberté, du moins en pratique, car celle-ci ne revêt qu’une légitimité de fond, pour la forme, c’est la loi du plus fort qui prédomine, avec une escalade de moyens de part et d’autre pour prendre, ou conserver l’ascendant sur l’adversaire.

On le voit, la garantie de droits de l’homme et du citoyen peut devenir assez aisément un instrument au service d’un régime autoritaire, la Terreur en est un parfait exemple. L’usage de la force relève donc de la responsabilité du ou des dirigeants, à l’image de la sanction judicaire de l’article 8, qui relève de la responsabilité du magistrat qui y a recours.

Article 13 : Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés.

Il s’agit ici de l’égalité face à l’impôt. Le fonctionnement de l’Etat nécessite des moyens financiers, quel que soit le régime, ainsi, la contribution de chaque citoyen est indispensable, c’est un devoir qui découle de leurs droits. Cependant, l’impôt se doit d’être juste, c’est-à-dire défini clairement pour un objectif particulier, collectif, et non pour le bon vouloir ou le confort d’une ou plusieurs personnes. En outre, cette contribution doit être également répartie sur l’ensemble des citoyens selon leurs moyens. De la sorte, ceux disposant de moyens financiers importants seront plus lourdement imposés que ceux disposant de revenus modestes. Cette proportionnalité des revenus est toujours d’actualité, et sujette à de vives controverses parfois, les uns estimant payer trop au regard d’autres personnes jugées trop faiblement sollicitées, tandis que d’autres estiment un mauvais usage des recettes de l’impôt.

Quoi qu’il en soit, les mécontents seront toujours présents, à tort ou à raison, et il est souvent difficile de trouver un juste milieu qui sache satisfaire l’ensemble des citoyens. Ce que cet article ne précise pas, est le bon usage des deniers publics dans le cadre de dépenses judicieuses et adaptées aux besoins.

Pour cela, il est nécessaire d’assurer une veille, sans pour autant parler de « police des dépenses publiques », il peut être intéressant de suivre de très près la gestion des deniers publics, afin d’éviter tout gaspillage, toute dépense inconsidérée. Cela ne veut pas dire que le moins disant est privilégié, mais plutôt le mieux disant, comme en matière de marchés publics par exemple : le mieux disant est plus cher, certes, mais il permet de limiter les dépenses sur le long terme, en couvrant tous les besoins réels, ce qui évite des rallonges pour combler des oublis ou des problèmes négligés ou occultés lors de la dépense initiale. Une bonne gestion des deniers publics incluse parfois des dépenses onéreuses mais nécessaires, le but n’est pas de faire des économies à tout prix, mais bien de gérer les dépenses au mieux, selon les besoins réels. Sur le moyen ou le long terme, c’est ainsi que l’on peut réaliser les meilleurs économies, du moins, les plus judicieuses.

Article 14 : Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Ceci découle du premier article, cela se rapproche de la reddition des comptes des magistrats dans l’Antiquité à Rome ou Athènes. Un magistrat en poste, devait construire, entretenir et développer les édifices publiques (thermes, arènes, bureaux, magasins, etc) et justifier de la bonne gestion financière de son mandat, en cas défaillance, il était redevable sur ses fonds propres, comme les comptables de nos jours. Cette rigueur révèle la volonté d’une gestion par la loi et la nécessité, et non par la volonté d’un seul ou d’un groupe de personnes. Là encore, la loi trouve une place prépondérante dans la gestion des affaires publiques.

Les citoyens peuvent constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, mais qu’en est-il si les représentants ne sont pas dignes de confiance et abusent des « largesses » des finances publiques ?

Cette question trouve tout son sens de nos jours où les scandales financiers se succèdent, où le train de vie de l’Etat est régulièrement remis en cause. L’article 14 énonce un principe très louable, certes mais il ne précise pas le plus important : comment réaliser un contrôle efficace et contraignant de l’usage des fonds publics ?

En outre, seules des personnes familiarisées avec la gestion comptable ont la capacité de suivre l’emploi des dépenses (par des règles comptables), de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de la contribution publique. Actuellement nous disposons de règles de comptabilité générale très précises, ne laissant pas de place au doute. Il n’en était pas de même à l’époque de la rédaction de la présente déclaration, le détail de la répartition de l’impôt entre les citoyens, de manière équitable faisait figure d’innovation sans précédent.

C’est finalement ce qui a peut-être décidé les rédacteurs de la Déclaration à poser des principes fondamentaux, pas si utopiste que l’on pourrait croire au premier regard. Déjà, à l’époque, des notions comptables de base existaient mais manquaient peut-être de matière ou d’intérêt général pour se développer comme ils le sont actuellement. Cette sage précaution se révèle par la suite, avec l’évolution des mentalités et des pratiques, peut-être est-ce justement le but recherché des auteurs de la Déclaration, sentant de grand changements se profiler, peut-être ont-ils voulu anticiper ces bouleversement en déterminant des principes fondateurs, qui ne manqueront pas de suivre l’évolution de la société. Aujourd’hui, où les normes comptables sont particulièrement développées, on peut mesurer toute la justesse d’une telle décision.

Article 15 : La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Cet article a pour but d’éviter de perpétuer et de développer une administration toute puissante, qui s’impose aux citoyens de sa propre volonté. Qu’elle soit royale ou républicaine, une structure administrative peut aisément devenir une fin en soi, et s’imposer, se perpétuer à travers le temps et les rouages d’une machine complexe et autoritaire : le régime de la Terreur l’a prouvé par la suite. Le point fondamental est que l’administration n’est pas une fin en soi, mais un moyen, un outil qui permet d’appliquer, d’accompagner des décisions prises en haut lieu. C’est une solution technique pour des problèmes d’ordre politique, économique ou autre.

Ainsi, chaque citoyen peut demander des comptes à ces représentants locaux ou nationaux, comme elle le ferait pour des élus. Le grand problème de cet article est que derrière cette excellente idée, rien n’est précisé quant à cette reddition de compte, en effet, aucune procédure n’est présentée, détaillée, on ne peut même augurer de la nature de ce contrôle :

– Est-il d’ordre juridique ? en ce cas des comptes seront demandés via un tribunal (administratif lui aussi comme c’est le cas de nos jours).

– Est-il d’ordre politique ? en ce cas une commission pourra être mise en place pour demander de justifier telle ou telle décision, avec à la clef une sanction politique lors des échéances électorales par exemple.

– Est-il d’ordre économique ? en ce cas une procédure spécifique pourra déterminer un éventuel préjudice et demander réparation le cas échéant, on rejoint là un aspect proche d’une démarche juridique.

– Est-il d’ordre moral ? en ce cas, une démarche plus « citoyenne » sera engagée, à travers des instances spécifiques, comme des ligues ou des corporations, comme ce fut le cas en matière religieuse. Cependant le risque est grand de voir se développer des « ligues de vertu », plus ou moins intransigeantes et conduire à un climat autoritaire ou insurrectionnel.

Un autre aspect se révèle, le fait de demander des compte à tout agent public fragilise la profession. En effet, un grand responsable ou un simple exécutant peut faire l’objet d’une accusation dont les conséquences risquent de se montrer particulièrement lourdes. Une conséquence, ou une série de conséquences, peut-elle être réduite à un individu ou un petit groupe d’individu ? En ce cas, on risque de voir se multiplier des « fusibles » dont le rôle sera essentiellement de servir de bouc émissaire en cas de défaillance. Cette instabilité peut cependant préserver les autres agents de l’administration qui seraient très tentés de choisir une profession moins risquée, avec pur effet de créer une pénurie de fonctionnaires. De nos jours, la responsabilité est collective, loin de noyer les responsabilité, elle permet de maintenir un agent en place, sauf pour une faute manifeste ou délibérée d’une personne qui fait preuve d’une réelle volonté de nuire, ou d’une grave incompétence.

Comme pour l’article précédent, l’intention est excellente mais les moyens de mise en œuvre font cruellement défaut.

Article 16 : Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.

Cet article énonce une notion importante la Constitution est le socle indispensable à une société, tout en découle et tout s’y rattache. Il est donc impensable qu’une société, quelle qu’elle soit, ne puisse être dotée d’une Constitution. Ce point de vue est partagé, de nos jours encore, par les Etats-Unis où la Constitution est la pierre angulaire de toute organisation politique, étatique, fédérale…

De même en France, il a été nécessaire de modifier notre Constitution pour permettre notre adhésion à l’Union européenne. La différence est que cet acte fondateur est très présent à l’esprit de la Révolution, elle l’est déjà moins dans l’esprit de 2012 aux yeux des Français. Peut-être parce que l’on a modifié le texte. Si l’on peut le faire une fois, on peut le faire plusieurs fois, et pas seulement en temps de guerre (comme lors de la Révolution Nationale ou la 4e République), mais aussi en temps de paix pour permettre l’adhésion à l’Union Européenne. Ainsi, ce précédent a fragilisé l’édifice, ce socle immuable qui ne l’est plus vraiment : on le modifie selon les circonstance, il n’a donc plus la stabilité qu’on lui a conféré lors de sa création.

En outre, la Constitution impose la garantie des droits et la séparation des pouvoirs, c’est-à-dire un système où les droits de chacun sont écrits, donc fixé définitivement, et non soumis à l’arbitraire, au bon vouloir du ou des gouvernants, ou encore des circonstances. Les droits du citoyens sont donc immuables, on peut les améliorer, mais non les réduire, à l’image de la Constitution qui représente la stabilité du régime, comme la nature divine du Roi par le sacre, assurait la stabilité du royaume.

Aujourd’hui encore, le principe de rétroactivité de la loi n’est pas admis. Si la loi change, elle ne s’applique qu’à un instant T et ne peut invalider ce qui a été mis en place auparavant. Il est vrai que tout notre système politique et institutionnel a une base juridique, il est donc nécessaire que les textes sur lesquels il repose jouissent d’une grande stabilité afin que le système soit lui-même stable. Ce principe est ancien et calqué sur l’Eglise qui repose sur les textes sacrés de la Bible, la parole divine qui ne saurait être remise en cause. Ici, les droits des citoyens ne sauraient être remis en cause, à moins d’une révolution comme ce fut le cas lors de la Révolution Nationale sous le régime du Mal Pétain. Régime qui lui aussi a été remplacé par un autre : la 4e République, elle-même remplacée par la 5e République que nous connaissons aujourd’hui encore.

La séparation des pouvoir est également un élément indispensable au régime de la République. Elle garantie la cohésion des institutions et leur équilibre les unes par rapport aux autres. De ce fait, aucun pouvoir n’est supérieur aux autres. C’est aussi une garantie de bon fonctionnement des institutions, leur complémentarité : le pouvoir de l’une commence là où s’arrête l’autre, de sorte à établir une continuité, et non un chevauchement où chacun peut disputer à l’autre telle compétence. C’est une application de la célèbre réflexion de Montesquieu : tout homme porté au pouvoir est tenté d’en abuser. Ici, ce ne sont plus des individus qui exercent le pouvoir, ce son des institutions, c’est-à-dire quelque chose qui dépasse l’individu. Tel responsable quitte son mandat, il est remplaçable, mais l’institution lui survit.

Article 17 : La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

 La propriété est un élément visiblement très important dans la société de 1789, elle revêt ici un caractère inaliénable, presque sacré. Nul ne peut en être privé, cela met fin aux confiscations arbitraires, pour leur préférer une action légale, clairement établie sur un droit écrit, préalable, transparent et fiable. La propriété devient un attribut de la personne, c’est un aspect inaliénable comme la liberté, l’intégrité physique. Posséder un bien s’entend généralement par l’immobilier, un lieu de vie où l’on peut s’établir durablement, se projeter dans l’avenir sans crainte de devoir tout remettre en cause sur la décision d’une personne, d’un groupe de personnes, ou d’une structure. Le cas américain de 2008 a été très significatif en ce sens, des nombreuses classes moyennes avaient investi dans leur logement pour leurs vieux jours, une transmission à leurs enfants, et se sont vus du jour au lendemain dépossédés de ce bien, fruit d’une vie de travail.

 Là encore, après le droit, c’est la stabilité qui est recherchée, constante dans tous les aspects de la vie quotidienne. Cette stabilité qui pourra permettre de se consacrer à d’autres tâches, moins matérielles, la gestion de la Polis par exemple…

 Au-delà du logement, la propriété peut toucher d’autres domaines, d’autres éléments propres à la personne comme les titres et les charges. Nous avons vus précédemment que l’accès aux charges ne peut dépendre du bon vouloir d’un seul, mais est régi par le droit, par la loi. Ainsi, accédant aux charges par des voies légales sur le seul critère du mérite, le citoyen est garanti dans l’exercice de ses droits, de manière certaine, durable, sans crainte de se voir privé de ses fonctions sur une décision arbitraire. Il convient aussi de voir plus loin : l’accès à un titre ou une charge, n’est plus une récompense, une grâce (en attendant une éventuelle disgrâce), mais la reconnaissance de capacités, d’aptitudes particulières pour exercer une fonction, une responsabilité. Cette mesure utilitariste permet de constituer une nouvelle administration basée sur l’efficacité, la gestion des dossiers, le travail effectif et donc un rendement. En effet, si l’article 15 permet (en principe) à tout citoyen de demander de comptes à tout agent public de son administration, le contrôle peut aussi venir d’en haut, pour créer véritablement un outil administratif efficace, cohérent.

 Ce nouvel outil permet de renforcer la cohésion du pays, une administration commune, des poids et mesures communs, une même loi pour tous qui est la seule origine de toute décision sont autant d’éléments de stabilité et de continuité de l’Etat. Autant d’innovations qui nous semblent naturelles aujourd’hui.

 En résumé, on peut dire que cette Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen représentent une rupture avec le régime précédent. Les droits de Citoyens sont déjà énoncés, précisés, sacralisés (considérés comme inaliénables). Ce n’est pas tout, en effet, c’est aussi la primauté du droit qui s’impose et s’oppose à toute décision subjective. Désormais, toute décision d’ordre collectif ou individuel est prise, justifiée, motivée, contrôlée sur une base juridique.

Un droit écrit et stable, des lois proposées, débattues, votées, acceptées (ou refusées) par les représentants du peuple, voilà désormais la nouvelle norme, la nouvelle idéologie qui règle es affaires de l’Etat et de chaque citoyen.

 Il s’agit bien d’une idéologie, c’est-à-dire d’un système politique particulier de nature à s’étendre au reste du monde. La suite des événements ont prouvé cette vision qui s’est généralisée à toute l’Europe, vers d’autres continents et pour des circonstances particulières comme l’indépendance américaine, et aujourd’hui au reste du monde. Les principes qui nous sembleraient si naturels qu’ils en devenaient quelque peu lointains. se sont rappelés à notre mémoire avec les révolutions arabes de 2011 et 2012. On s’est alors souvenu de ces grands principes comme étant nôtres, et nous ont interrogés sur leur nature et leur justesse. Que ferions-nous aujourd’hui sans eux, quelle serait notre administration aujourd’hui sans eux ?

A l’inverse, qu’en est-il de ses excès ?

Voilà une grande question qui peut nous fournir bien sujets de réflexion. Ce droit régit au final toute notre vie, toute notre organisation politique, administrative, scientifique, économique, afin de nous assurer une liberté face à l’arbitraire. Voilà pour la théorie, cependant, ne risque-t-on pas de se créer de nouvelles chaînes ?

N’évolue-t-on pas vers une nouvelle forme de dictature : le droit pour la liberté, devenant non plus un outil, un moyen mais une fin en soi…

De la consommation…

Nous vivons au sein d’un système économique qui repose sur la consommation de masse, dans le cadre d’une structure capitaliste basée sur l’échange de biens marchands (qu’il s’agisse de produits manufacturés ou de services). Ces biens s’échangent selon une valeur financière qui leur est attribuée, un prix fixé. En rapport de ce prix, fluctuant selon les besoins et la demande du bien en question, il se positionne sur une échelle de valeurs. Le produit de consommation est alors échangé contre son équivalent monétaire, mais jamais contre un autre produit de valeur équivalente. Toute une structure économique accompagne la transaction en amont et en aval :

Une première production de biens manufacturés ou de services apparaît, contre une rémunération régulière basée sur la valeur du produit fini, pondéré par les coûts nécessaires à sa production, et des bénéfices, c’est ce que l’on nomme le salaire.

Ce salaire est stocké sur un compte de dépôt au sein d’un établissement financier spécialisé dans le dépôt de valeurs. Lorsque l’on stocke des produits monétaires, ils deviennent rapidement des produits financiers après traitement.

Le salaire est utilisé comme base commune d’échange pour acquérir des biens de consommation (produits manufacturés ou services), ceux-ci sont destinés à répondre à nos besoins primaires à savoir : se loger, se nourrir, se vêtir, et secondaires à savoir : se déplacer et tout ce qui concerne le confort, le loisir et le luxe.

Le logement est constitué d’une occupation parfois temporaire contre une rémunération mensuelle, il n’appartient pas à celui qui l’occupe, mais loué (une autre forme de salaire). Parfois, le logement appartient à celui qui l’occupe après transaction commerciale, c’est l’achat comme pour n’importe quel autre marchandise. Plus rarement, il est transmis d’une personne à une autre par voie de don ou d’héritage, sans transaction commerciale.

La nourriture et le vêtement font l’objet d’une transaction commerciale, leur valeur est fixée par une indice nommé prix. Ce prix fluctue selon un rapport offre-demande : la valeur augmente lorsque l’article devient moins disponible, elle baisse lorsque l’article devient plus courant. Plusieurs critères font varier le prix : la disponibilité, la rareté, la qualité, le service après-vente, la notoriété, etc…

Parfois, le vêtement est disponible hors échange commercial, en don ou échange auprès d’une population qui consomme peu ou pas, plus rarement pour échapper au circuit classique de consommation à titre commercial. La nourriture peut également être fournie sur le même mode, pour nourrir une population qui ne consomme pas ou peu sous forme commerciale, c’est la distribution alimentaire (non gérée par l’Etat). Parfois encore, il existe des structures d’échange et de partage, il s’agit là de nourriture en devenir (des semences), plus rarement des produits finis artisanaux distribués à l’entourage.

Quoi qu’il en soit, les produits primaires et secondaires s’inscrivent dans une logique de consommation à travers un échange commercial basé sur une valeur monétaire.

Tout ce système fonctionne car chaque étape alimente une autre étape, et ainsi de suite, ce système s’autoalimente. Les problèmes surviennent lorsque les individus ne disposent pas d’un emploi, c’est-à-dire d’une activité productrice qui génère un salaire permettant de consommer. Pour cela, des dispositifs existent pour assurer à chacun un degré de consommation acceptable de produits primaires et secondaires. Il s’agit d’une forme particulière de salaire car il n’y a pas production de biens ou de services en retour. L’attention est portée sur la nécessité de répondre aux besoins primaires et secondaires des individus.

Un tel système implique, nécessite, de prélever une partie des salaires pour financer ce que l’on nomme des indemnités, des aides à la consommation. Le problème se pose quant au financement de ces indemnités par prélèvement : minoritaires, ils permettent d’assurer un pouvoir d’achat, une capacité à consommer et alimenter ainsi notre système. Plus importants, ils freinent le pouvoir d’achat des individus disposant d’un salaire, et créent un clivage de plus en plus important, un ressentiment entre ceux qui produisent et ceux qui ne produisent pas, sur la consommation :

– les producteurs refusant les prélèvement qui réduisent leur pouvoir d’achat (comme c’est le cas aux USA avec le projet de réforme sociale du Président Obama, et en France à une moindre mesure mais depuis plusieurs décennies).

– les non-producteurs souhaitant augmenter leur pouvoir d’achat et retrouver un emploi stable pour faire évoluer leur statut précaire.

Les antagonismes entre ces deux catégories se multiplient et prennent des proportions importantes, des clivages profonds qui, souvent, empêchent toute conciliation.

Un troisième problème se pose lorsque les salaires sont insuffisants pour assurer un pouvoir d’achat satisfaisant aux producteurs, lorsque le seuil de consommation n’est plus en mesure de maintenir la cohésion du système. C’est ce que l’on nomme la crise. Nous en avons déjà connu deux, la première en 1929, la seconde en 2008, il y a de forte chances que la 3e survienne dans les années à venir.

Notre système de consommation de type capitaliste a besoin de maintenir un niveau constant d’achat de la part des individus. En effet, l’achat permet de susciter une demande qui stimule une offre, une production, des salaires, des flux financiers dont une partie sert à produire de nouveaux flux financiers, une autre partie à produire de nouveaux biens de consommation, écouler des stocks pour en reconstituer d’autres, etc..

Ces mécanismes ne peuvent perdurer qu’à la condition indispensable de maintenir un niveau de consommation satisfaisant : quand le niveau baisse, la mécanique s’enraye. C’est ce qui se passe actuellement, 10 après le changement monétaire et la hausse des prix, entre la crise de 2008 et la prochaine. L’offre doit s’adapter à une nouvelle demande plus raisonné, plus réduite aussi. Le discount est à la mode comme le bio, car les individus n’ont plus les moyens ni l’envie de consommer comme auparavant.

La part des non-productifs augmente également, ce qui impose d’augmenter les prélèvements sur des salaires déjà insuffisant, tout ceci contribue à réduire le niveau de consommation. L’issue est incertaine, les solutions existent mais ne peuvent satisfaire tout le monde. La diversité des intérêts des consommateurs est si grande qu’en l’état actuel des choses, la satisfaction des uns, entraînera le dépit des autres.

Les raisons sont multiples, la plus importante reste sans doute la course à la consommation dans laquelle nous évoluons depuis plusieurs décennies déjà malgré des crises retentissantes. Celles-ci sont de nature différentes, la première (celle de 1929) est due à plusieurs facteurs conjoints : mauvaise circulation des richesses, spéculation, inflation, consommation insuffisante..

Quoi qu’il en soit, même si le monde financier était important, le monde industriel l’était tout autant, les logiques se basaient sur la production de biens de consommation manufacturés ou service).

La crise de 2008 reprend en partie les mêmes causes, mais se base davantage sur la spéculation et plus particulièrement sur ce que l’on a nommé « l’argent virtuel ». Il existait (et existe encore plus aujourd’hui) un profond décalage entre les richesses réelles, et les richesses virtuelles, qui font l’objet de placements financiers, qui constituent le socle de l’économie moderne.

C’est un peu le système de Law début 18e qui a introduit le billet face à la monnaie métallique : tout fonctionne lorsque l’on a confiance dans le système, au point de produire plus de billets (échangeables en monnaie métallique) que l’on peut ne rembourser en monnaie métallique. Quand la confiance n’était plus de mise et lorsque la population souhaitait convertir en masse les billets en monnaie, le système a failli car la richesse réelle était en total décalage avec la richesse virtuelle… début 18e…

Actuellement, l’importance du monde de la finance dépasse largement celui de la production (biens manufacturés et services). Les plus touchés par cette crise ont été les USA incapables d’honorer leurs créances, les particuliers ont été ruinés, certaines banques prestigieuses également, et l’Etat mis en difficulté. L’Europe a subi une version un peu atténuée de la crise, mais les mesure de sécurité sont encore loin d’être suffisantes.

Plusieurs idées, marginales, commencent à se développer et suscitent de l’intérêt. C’est le cas du retour à la monnaie nationale. Sortir de l’euro semblait il y a peu inconcevable, actuellement, cette idée fait son chemin, sur le volet politique et militaire la France a déjà quitté l’OTAN…

Au vu des crises que rencontrent certains pays européens comme la Grèce, l’Espagne, et le Portugal, sans oublier les nouveaux adhérents à l’Union contraints aux critères de convergence, la sortie de l’Euro interroge à défaut de convaincre…

Le volet économique suscite beaucoup d’inquiétudes et encore plus de scepticisme dans la population envers ses dirigeants. Une telle situation ne sera pas sans conséquence sur le volet politique à l’approche des échéances électorales…

 

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Comment mieux consommer ?

Cette question importante a suscité bon nombre d’interrogations, presque autant d’idées plus ou moins farfelues. Cependant, malgré une volonté presque, unanime de changement, aucune réelle solution fiable et durable n’a été trouvée, mise en place et appliquée de sorte à offrir une réelle alternative à al situation actuelle.

 Pourtant des initiatives audacieuses ont vu le jour pour tenter d’apporter un début de solution. En particulier la volonté de consommer mieux, car elle est la principale préoccupation de nos jours. Nous la déclinons sous plusieurs formes : économique, politique, culturelle, sociale, etc. L’individu tend à adopter un même comportement qu’il s’agisse de se nourrir, se loger, se déplacer, se vêtir, se soigner, s’instruire, se distraire. Une autre caractéristique est la course à la consommation, comme une boulimie, une frénésie. Actuellement, l’homme n’est plus considéré pour ce qu’il est mais pour ce qu’il possède, il ne se contente pas de couvrir ses besoins, il s’en crée de nouveaux et amasse plus qu’il ne peut réellement utiliser.

Qui n’a pas chez soi des objets en double dont il ne se sert pas ?

Cette situation s’applique également aux services : qui n’a pas un doublon de couverture assurance ou mutuelle pour un même risque ?

Là intervient un autre élément fort : l’offre.

En effet, si l’homme consomme, il développe et stimule une demande, celle-ci est comblée par une offre adéquate. Plusieurs possibilités nous sont offertes quant à une consommation raisonnée. Un de ces solutions est la filière courte. En effet, qui n’a jamais croisé au bord des routes départementales des vendeurs locaux ?

Ce type de vente peut être organisé en un réseau de grande échelle pour répondre à nos besoins alimentaires. Qu’il s’agisse de matière brute (fruit, légume, viande, poisson) ou transformée (produits finis), la filière courte cumules plusieurs avantages :

 – une économie de carburant dans l’acheminement des marchandises, celles-ci sont produites, conditionnées et vendues sur place. Un telle démarche réduit considérablement les coûts de transport.

– une meilleure traçabilité des produit vendus car le producteur peut à tout instant prouver l’origine de ses produits, leur traitement jusqu’à maturité, et les conditions de vente. Les fruits et légumes sont ramassés mûrs et non verts pour mûrir en soute ou en entrepôt, la viande est produite à terme sans adjuvant ou accélérateur de croissance, le poisson est issu de la pêche du jour.

 – une meilleure rémunération des producteurs, qui leur permet de vivre davantage du fruit de leur travail que de subventions et autres primes. Les coûts réels de production sont déjà réduits par la filière courte, et peuvent être affichés en regard du prix de vente (et sans surcoût des intermédiaires !).

 – un prix de vente plus bas, les intermédiaires ne peuvent marger sur les prix à la vente car ils sont éliminés par la filière courte. C’est un avantage pour le producteur qui peut écouler plus facilement ses stocks, et pour le consommateur qui peut accéder à des produits de qualité à un prix plus abordable, plus raisonné.

 – une spécificité locale conservée qui permet de remettre au goût du jour des produits écartés par la grande distribution car jugés non rentables. C’est une occasion unique de redécouvrir des produits disparus, disposant pourtant de qualités énergétiques ou gustatives importante.

 – une pluralité et une complémentarité de l’offre, par la mise en commun des producteurs, un même site peut rassembler plusieurs types de produits, en conservant une échelle locale.

 – un soutien efficace aux producteurs qui peuvent ainsi offrir au consommateur une variété et une qualité de produits, pour un prix abordable. Tout ceci permet de maintenir, voire développer, une activité jusqu’alors menacée.

 – le maintien et la création d’emploi directs et indirects existants. La création de nouveaux métiers et débouchés spécifiques à la filière courte.

 Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’une offre qui reste commerciale, mais qui offre une nouveau modèle de consommation, loin de la rentabilité à tout prix. C’est déjà une première alternative intéressante qui peut amener à d’autres démarches. D’autres solutions encore plus locales, mais aussi plus limitées, concerne les jardins et potagers collectifs. Cette initiative essentiellement urbaine, rompt avec une démarche commerciale. la finalité n’est plus la vente d’un produit, mais la production elle-même du produit. Les moyens mis en œuvre pour élever, faire pousser, entretenir, deviennent une fin en soi, qu’il s’agisse d’une idéologie du « retour à la terre » ou d’un simple goût pour les choses simples, de la convivialité et de l’échange de conseils et semences, de vouloir échapper aux circuits traditionnels commerçants.

 Une telle activité change les habitudes, elle change aussi et surtout les états d’esprit, c’est peut-être le plus important d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, ces nouvelles façons de consommer induisent de nouveaux besoins, qui à leur tour, susciteront de nouvelles offres. Nous continuons à évoluer au sein d’une logique de consommation, mais nous sortons de l’échange marchand. C’est sans doute un préalable, un premier pas indispensable vers « autre chose », une nouvelle étape qui, elle, pourra peut-être offrir la possibilité de sortir de la logique, du système de consommation actuel.

 Un autre domaine permet une démarche similaire avec un outil jugé individualisant et néfaste : internet. En effet, le web a permis l’explosion des réseaux sociaux et paradoxalement a rapproché les individus les uns des autres. Bien entendu, il existe plusieurs type de réseaux sociaux, dont les plus efficaces restent ceux dont le but, la finalité n’est pas de rester figé devant un écran mais d’établir des contacts physiques à l’occasion de sorties de toute sorte.

 De tels sites comme peuplade, OVS, dailyfriends, et autres, jouent un rôle important de sociabilisation ou même de resociabilisation des individus, autour de thématiques, de points communs qui créent du lien. Cependant il existe de nombreuses dérives, dont la principale est le repli communautaire. C’est-à-dire la constitution de groupes de personnes ayant un intérêt commun, une cohésion peut apparaître rapidement et se renforcer, mais au prix de l’exclusion des personnes extérieures au groupe.

 La seconde dérive est d’ordre commercial. En effet, un réseau social peut drainer un grand nombre de personnes dans un même espace, chacun étant joignable très facilement, il est tentant de profiter de cet outil à d’autres fins que le simple contact. En cas de surenchère, la lassitude peut gagner les adhérents et voir le réseau tout entier se disloquer, susciter davantage de départs que de nouvelles adhésions. Cependant, un réseau social correctement encadré, peut attirer une foule considérable, et provoquer une attitude plus relative par rapport à une consommation « basique » de sorties et autres rendez-vous. C’est l’objectif d’une telle structure : créer du lien, rapprocher les individus dans la vraie vie au lieu de les confiner derrière un écran.

 Une telle démarche peut avoir des ramification inattendues. Facebook l’a démontré avec l’élection de Barak Obama, le poids du net n’a jamais été si important dans une élection. La présidentielle française n’échappe pas à la règle : en attendant fébrilement 2012, les candidats potentiels sont déjà nombreux à posséder et animer un blog, beaucoup sont convaincus par les nouvelles technologies de la communication et usent largement du web via un blog, twitter, facebook, ou des sms…

 C’est une nouvelle évolution qui tient lieu de révolution, les élites adoptent un mode de communication déjà très répandu au sein de la population. Ceci a pour effet de stimuler davantage ces nouvelles technologies de l’information (ou de la désinformation, le cas échéant). Cette révolution a changé les mentalités, paradoxalement, elle a rétréci la planète et rapproché les individus. Désormais, n’importe quelle connexion internet (téléphone, tablette, ordinateur) ouvre une porte sur le monde. L’information circule mieux, plus vite, rayonne davantage. Elle suscite l’intérêt de tous, même les personnes non connectées, que l’on pourrait imaginer exclues, sont reliées d’une façon ou d’une autre à un événement.

 Les relais sont nombreux et permettent à tous de participer, de partager. C’est en ce sens que l’intégration à un groupe peut être facilitée, se développer rapidement. Les échanges entre individus se multiplient et revêtent différentes formes, et pas nécessairement sur le simple aspect commercial. Les liens créés peuvent être ponctuels ou durables, mais ils ne laissent personne indifférent. Toute une hiérarchie se met en place : ceux qui possèdent une information de première main, la diffusent, la relayent, la commentent, la contestent, ou simplement la reçoivent en bout de chaîne. Quoi qu’il en soit, le partage de l’information lui-même crée et renforce les liens entre les individus, au-delà des inégalités d’accès à l’information. Ces liens suscitent de nouveaux liens qui à leur tour en créent d’autres, etc…

 Ce maillage communique sur des plans différents et des domaines parfois inattendus. Prenons l’affaire DSK qui défraye les chroniques vers la mi-mai 2011. L’affaire elle-même provoque des réactions sur le plan politique en pleine campagne présidentielle. Elle s’étend aussi, sur le rôle des femmes dans nos sociétés occidentales, relance les questions de parité, de violences, puis touche la différence des système judiciaires US-France, relance au passage l’affaire Polanski…

 On parle également du rôle des médias, de l’information et de la désinformation. Toute cette masse d’éléments, de débats, d’opinions, de craintes, entraîne la population à prendre position, à se regrouper par affinité sur tel ou tel sujet. Cette vague d’avis contradictoires crée donc du lien, au-delà de la sphère économique, commerciale. Bien entendu, la presse vend, les magazines rivalisent d’articles à sensation et de photos choc. Cependant, internet joue un rôle important dans la communication gratuite, de première et de seconde main. Ici, plus question d’un intérêt économique, d’un débouché commercial puisque l’information se répand gratuitement, en dehors de tout système clairement établi.

 A partir de cette situation, il est difficile, voire impossible, de vouloir contraindre les utilisateurs à payer pour obtenir ce qu’ils obtiennent déjà sans frais. Ceci peut sans doute sembler anodin, pourtant c’est un pas important vers dans une évolution qui tend à sortir de la sphère économique et commerciale dans laquelle nous évoluons. L’accès au « free », au gratuit se banalise, se répand auprès de consommateurs de plus en plus nombreux qui, dès lors, refusent catégoriquement de passer du mode gratuit au mode payant…

L’affaire DSK met en lumière un mouvement plus profond, plus important. De nouvelles « affaires » vont sans doute susciter des réactions identiques, voire même les amplifier, les généraliser à d’autres domaines. C’est le cas du téléchargement audio et vidéo qui semble inquiéter l’industrie du disque. Quand beaucoup crient au scandale, à la crise de toute une industrie, d’autres profitent de la « vague free » pour vendre toute sortes de supports de téléchargement : CD et DVD vierges, boîtiers, jaquettes à imprimer, logiciels dédiés (pour la gravure et l’impression), unités de stockage…

 C’est oublier un peu vite que tout ceci relève d’un fait économique basique : l’offre et la demande. Ici, l’offre est insuffisante, les consommateurs se tournent donc vers des offres alternatives (accessibles et peu coûteuses). Là encore des liens se créent pour échanger des données, ces liens prennent parfois des formes insolites. Les forums de discussion sont d’ailleurs un vecteur intéressant, ils permettent d’échanger des conseils, des informations de toute sorte, des liens, des services. Paradoxalement, ce monde virtuel n’est pas aussi néfaste à l’individu qu’on le prétend. En effet, si certains côtés perverses maintiennent les plus fragiles scotchés devant leur écran, il existe des finalités assez nombreuses qui rapprochent les individus dans la « vraie vie ».

 En ce sens, le web reste un outil, un simple outil de communication, ce n’est pas une fin mais un moyen qui permet de faire circuler l’information. Ce rôle secondaire au premier regard peut être d’une grande importance. Nous avons pu en avoir un exemple lors de la « Révolution de Jasmin » dans le monde arabe en janvier 2011. Dans bien d’autres circonstances, facebook, twitter, et bien d’autres sites relayent l’information pour des actions de grande envergure, des mouvements de foule à caractère social, économique, politique, culturel.

 On a coutume de dire que la planète rétrécit à mesure que les moyens de communication et de circulation se perfectionnent. C’est vrai, cependant, à travers ce monde virtuel tant décrié, les individus renouent les uns avec les autres, à travers de contacts de toute sorte, pacifiques, isolées ou pour revendiquer des actions collectives. Le lien social se tisse, se développe et rayonne à travers une multitude d’initiatives locales particulièrement prisées par le grand public. La fête des voisins d’un côté, la fête de cela d’un autre, les réseaux sociaux un peu plus loin, le tissu associatif…

 Toutes ces actions se regroupent sur internet. Ainsi, le virtuel rejoint le réel dans un fourmillement d’initiative et de projets. Autre aspect insolite : la mobilité. Désormais, le web est présent sur toute une gamme d’appareils nomades (téléphones, tablettes tactiles, etc…). Pour peu qu’il se trouve dans une zone couverte, n’importe quel individu peut rester en contact avec le reste de la planète : il peut joindre le monde entier et être joint par le monde entier !

 Cette capacité de communication est hors du commun. Jamais notre monde n’a été si accessible, jamais un événement local n’a pu avoir des conséquences si importantes dans la vie quotidienne, quelles que soient les distances ou les circonstances. L’échange a pris une dimension réellement planétaire. Cependant, un chose demeure : on consomme toujours de l’information. Mais l’attitude du consommateur a changé, on n’attend plus de recevoir une offre, on la suscite, et lorsqu’elle ne convient plus, on change de produit, car désormais on a le choix. Celui-ci est immense, la seule difficulté de nos jours est d’en avoir conscience, de comprendre que désormais nous ne sommes plus des consommateurs passifs, mais actifs.

 Les conséquences d’une telle prise de conscience sont colossales, de nature à réellement changer la face du monde. Bien souvent, on adopte une attitude passive, on reçoit un produit (culturel, technique, alimentaire ou autre) que l’on achète faute de mieux. Il faut désormais prendre conscience que nous pouvons faire des choix et les imposer. Il s’agit d’inverser la tendance actuelle à une consommation de masse de produits standardisés, produits en grande quantité, normalisés pour correspondre à tous types de marchés : le même produit à faible coût de production pour tous les pays, tous les continents, toutes les cultures, tous les consommateurs.

 Cette uniformisation, que d’aucun qualifient de mondialisation, tend à s’imposer dans tous les domaines : textile, alimentaire, informatique, culture, cinéma…

Il ne tient qu’à nous, consommateurs, de refuser des tels produits lorsque c’est possible. Réorienter la consommation pourra contraindre les industriels à produire différemment. En un mot, il suffit de redéfinir la demande pour influer profondément sur l’offre, qui devra suivre cette nouvelle tendance et s’adapter pour atteindre ce qui a toujours été son seul objectif : vendre.

 Là aussi, nous pouvons agir, non seulement en développant des circuits alternatifs, mais aussi en créant de nouveaux circuits, plus adaptés à ce que nous attendons. Cette démarche peut prendre du temps, mais elle permettra de disposer de moyens nouveaux, et sortir peut-être du système purement mercantile qui ne nous convient pas toujours. Actuellement on parle volontiers de « démondialisation », cette initiative est sans doute indispensable pour repartir sur de nouvelles bases économiques. Reste à savoir comment concrétiser cette belle idée, cette ambition, et c’est peut-être cela le plus important. De réels efforts sont à consentir de la part de nos dirigeants, mais encore plus de notre part. Nous devons être capables de changer nos habitudes pour nous permettre, à terme, de mettre en place de nouvelles règles d’échanges.

 Il s’agit là de redéfinir les rapports entre acteurs économiques, cela peut prendre du temps. Ce système de consommation de type capitaliste dans lequel nous évoluons, a mis plusieurs décennies à se constituer. Il est passé par des phases se crise et d’embellies, s’est développé au point de se généraliser à l’ensemble de la planète. C’est probablement le même type de démarche que l’on devra entreprendre pour bâtir un nouveau système économique. Ce n’est pas une mince affaire, car un tel projet n’aboutit qu’à long terme. Il est d’ailleurs fort probable que nous ne le verrons pas achevé de notre vivant : nous le construirons pour les générations à venir, ce sera en quelque sorte notre héritage…

 Avant toute chose, il faut clairement identifier les bases, nous en connaissons une qui est absolue, et qui n’est pas près de disparaître, quel que soit le système que l’on adoptera : le principe de l’offre et de la demande. Ce rapport très simple entre deux données économiques explique à lui seul toute la complexité du système dans lequel nous évoluons et que nous perpétuons. Ces deux axes définissent, selon leur propre point de vue, un élément fondamental : le besoin.

 C’est la pierre angulaire de notre société de consommation, son moteur même. Le besoin doit d’abord être défini, et si possible quantifié. Ce n’est qu’après cette étape indispensable que l’offre et la demande entrent en jeu. La demande exprime un besoin, il peut s’agir d’une nécessité absolue comme se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner. Il peut s’agir également d’une nécessité relative comme se déplacer, communiquer. On peut ajouter une autre nécessité, plus secondaire, celle qui touche aux loisirs.

 La première nécessité est indispensable pour vivre, elle répond aux besoins physiologiques, indispensables en nous préservant des agressions extérieures, et nous permet de nous régénérer. Elle correspond à l’attitude de toute espèce vivante sur cette planète quelle que soit son origine (végétale, animale, humaine) :

– se nourrir pour se régénérer et utiliser les calories emmagasinées nécessaires pour l’effort physique.

– se loger pour se mettre à l’abri des intempéries et des prédateurs.

– se vêtir pour s’isoler du froid et de l’humidité. Une particularité toute humaine touche la pudeur (quelles que soient les civilisation, on cache cette nudité).

– se soigner participe à l’instinct de survie des espèces, à la préservation de l’individu.

 La nécessité relative est liée au mode de vie : le besoin de se déplacer concerne les animaux et la humains, plus rarement les végétaux. Il s’agit de défendre un territoire contre des espèces et des individus concurrents, et s’assurer ainsi un bon approvisionnement en ressources naturelles. La communication quant à elle est propre aux espèces grégaires dont l’humain fait partie. Se déplacer et communiquer est un besoin qui a généré de nombreuses réponses ces dernières décennies (une offre face à une demande !).

– le transport, dont l’évolution s’est particulièrement accélérée ces dernières décennies. Longtemps le cheval et la voiture attelée ont constitué les seuls moyens de locomotion disponibles. Depuis la vapeur et le moteur à explosion, l’humain a couvert de grandes distances sur terre et sous terre (motos, voitures, camions, trains, métro), en mer et sous la mer (bateaux et sous-marins), et enfin dans les airs (avions, hélicoptères) pour ensuite quitter la planète et regarder au-delà (programme spatial de la plupart des pays industrialisés…

– la communication quant à elle a littéralement explosé ces 50 dernière années, l’informatique y a été pour beaucoup. La miniaturisation et le perfectionnement a passé le cap du filaire pour le sans fil au quotidien et pour tout public (wi-fi, 3G, 4G, etc.). La communication s’est à ce point développée qu’elle a elle-même généré des besoins spécifiques auxquels elle a apporté des solutions (toujours le rapport entre l’offre et la demande !).

 La nécessité secondaire enfin, est propre à l’humain qui a pu se détacher des impératifs vitaux pour se consacrer à… autre chose. Libéré de ses exigences vitales, il a pu utiliser son temps libre pour d’autres occupations. Cette dernière évolution a connu un très fort développement au lendemain de la 2e guerre mondiale, au point de constituer ce que l’on a nommé la « civilisation du loisir ». Il faut être juste, seule une partie de l’humanité a accès aux loisirs, l’autre partie étant toujours occupé à répondre à ses besoins premiers…

 Quoi que l’on puisse en dire, il y a une réelle inégalité dans l’accès aux loisirs, elle est le fait de différents facteurs. Tout d’abord l’abondance des ressources disponibles. En effet, certaines zones sont plus ou moins bien pourvues en ressources naturelles pour répondre aux besoins de première nécessité. Face à cette inégalité naturelle, on ne peut pas grand chose si ce n’est réagir. C’est là que l’on observe la seconde inégalité qui, elle, tient à notre comportement face à ce problème de ressources.

 Chaque individu agit sur son environnement s’il le peut, à défaut, il s’adapte. La plupart des végétaux s’adaptent au milieu dans lequel ils se trouvent. Les animaux adoptent les deux attitudes : tantôt ils s’adaptent comme les végétaux (c’est l’évolution des espèces comme l’a si bien démontré Darwin), tantôt ils modifient leur milieu de vie selon leurs besoins (à l’image des castors qui aménagent leur lieu de vie). Les humains quant à eux adoptent la première attitude : ils soumettent leur environnement à leur volonté, ils anthropisent leur milieu naturel, un tel comportement se décline en plusieurs degrés. En effet, on peut subir une grande partie ce qui nous entoure et en modifier une petite partie, à l’inverse, on peut profondément modifier son espace vital pour le faire correspondre à ses besoins, à ses attentes.

 Les individus les plus entreprenants font figure de pionniers, de conquérants, de bâtisseurs. Leur énergie les pousse à plier à leur volonté tout ce qui les gène, qu’il s’agisse d’un biotope ou d’autres individus…

Ils ne modifient pas leur demande, mais influent directement et profondément sur l’offre. L’avantage d’une telle attitude est qu’elle permet la survie d’une espèce, d’un peuple ou d’une civilisation, même dans les endroits les plus hostiles de la planète. L’inconvénient est qu’à trop vouloir modifier un biotope donné, on risque de le détruire et donc d’amenuiser l’offre, cela revient à terme, à devoir aussi modifier sa demande. Paradoxalement, on en revient à la première attitude qui consiste à subir son milieu sans pouvoir y faire grand-chose !

 C’est là une question essentielle qui revient de nos jours : comment mieux consommer ? C’est-à-dire, être plus cohérent entre nos besoins et les moyens de les satisfaire, sans risquer une pénurie, voire une aliénation totale. Une des solutions apportée à cette problématique est ce que l’on nomme la « démondialisation » (don j’ai parlé plus haut). un projet aussi ambitieux peut se réaliser à travers plusieurs initiatives, comme les filières courtes dont j’ai parlé plus haut. A plus long terme, on peut songer à une relocalisation des industries, afin de mettre un terme aux délocalisations. Celles-ci ont pour triste résultat une augmentation des sans-emplois, une baisse du pouvoir d’achat et donc de la consommation, et une baisse de la qualité des produits manufacturés.

 Cependant, cette relocalisation ne sera possible qu’avec le concours actif de l’Etat, pour favoriser ce mouvement par des mesures fiscales importantes et incitatives. La situation actuelle des entreprises ne permet pas de produire plus cher que nos concurrents étrangers sans risquer une baisse de la rentabilité, difficilement supportable par les entreprises (et encore plus par les actionnaires !). Pour permettre une telle chose, il faut repenser profondément les modes de production de manière à maîtriser les coûts en amont, pour permettre de ramener les prix de vente à égalité avec les concurrents étrangers (chez qui les taxes et la main d’œuvre sont beaucoup moins chères), puis à un niveau inférieure par la suite.

 Pour cela, l’Etat doit intervenir pour baisser considérablement la pression fiscale qui pèse sur les entreprises. D’un autre côté, les industries et services doivent également consentir à des efforts pour concevoir différemment, éviter les surcoûts, rationaliser l’outil de production. Il n’est pas question de réaliser ces économies sur les salaires, faute de quoi, on risque de susciter une forte baisse du pouvoir d’achat et donc de la consommation (comme c’est déjà le cas actuellement).

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Du choix grec

La Grèce connaît une période particulièrement  difficile tant au niveau économique que politique. A cela s’ajoute une crise identitaire. A ce jour, le « grand argentier  » reste l’Europe mais ce débiteur impose des conditions particulièrement difficiles, plusieurs plans de rigueur ont déjà miné une économie fragile et imposé des règles inconnues jusqu’alors. La politique d’austérité défendue par l’Allemagne a profondément modifié le paysage électoral, pire même, il a modifié les croyances, les aspirations, désormais et depuis les élections législatives du 6 mai 2012, les partis anti austérité ont bénéficié de la confiance des électeurs, contrairement aux partis traditionnels qui doivent tirer les leçon de ces élections mouvementées. En effet, faute de pouvoir constituer un gouvernement, les électeurs sont de nouveau appelé aux urnes courant juin 2012.

Il y a fort à parier que la tendance se confirmera dans le sens de la rupture, d’un changement de la classe politique, et peut-être aussi, dans l’affirmation de partis plus radicaux que les autres, à droite comme à gauche. A côté de cette crise politique, il faut prendre en compte le volet économique qui pose de graves questions.

En effet, les réserves financières du pays lui permettent de faire face aux dépenses jusqu’à l’été 2012. La rentrée risque d’être particulièrement difficile. Les retraits massifs des épargnants et la menace d’une cessation des paiements déstabilise toute l’économie européenne, déjà sanctionnée par la Bourse. Reste la question des financiers, on en distingue plusieurs, tout d’abord l’Europe qui impose des conditions rigoureuses, à l’origine de la crise grecque actuelle. Ce financeur risque fort de ne plus être en mesure d’assurer son rôle d’ici peu, éprouvant lui-même de grandes difficultés. D’autres financiers potentiels existent, d’autres prétendants au sauvetage de la Grèce… et de l’euro.

Les Etats-Unis tout d’abord, à travers un plan « Marshall bis » qui pourrait trouver ici l’occasion de prendre pied dans les Balkans, une région qui lui était interdite d’accès depuis la seconde guerre mondiale. Cette situation stratégique lui donnerait surtout accès à la Méditerranée et donc à l’Europe au nord est, au Maghreb au sud est, aux Balkans au nord ouest (avec déjà des radars installés en Pologne pour le projet de parapluie antimissile européen, projet discuté avec le Président Hollande lors du G8 de fin mai), au Proche-Orient au sud ouest et donc plus proche militairement du l’Iran ou d’Israël…

Que dire alors de la partie économique d’un tel projet qui offrirait des perspectives très prometteuses dans les Balkans, vers la Turquie (membre de l’OTAN), la Mer Noire via le Bosphore sous contrôle turc, porte de l’Ukraine. Les ressources naturelles grecques minières et pétrolières complètent un tableau déjà prometteur…

Cela permettrait non seulement de développer une économie américaine qui en a bien besoin depuis al crise de 2008 et la prochaine, mais porterait également atteinte à de puissants concurrents déjà présents sur place (Chine et Russie). En outre, la seule présence américaine permettrait de renforcer les liens avec des pays alliés ou partenaires comme la Pologne, et dissuaderait, tiendrait en respect des adversaires potentiels ou avérés (Chine depuis la crise diplomatique de mai 2012, Russie depuis la crise diplomatique avec l’Iran, Iran). Des forces militaires pourraient être facilement projetées sur zone en cas de besoin, pour venir en aide à Israël ou contre l’Iran.

La Chine est un autre prétendant  au sauvetage grec, Pékin étant déjà présent économiquement, les entreprises chinoises come Cosco sont fortement implantées dans des secteurs stratégiques comme le port du Pirée. Cette porte d’entre leur donne un accès à l’Europe, à la Turquie, au Proche Orient, au Maghreb, en un mot le contrôle de la Méditerranée. Un vieil adage dit : qui contrôle la Méditerranée, contrôle le monde. Cela peut tout à fait cadrer avec les aspirations chinoises. La politique d’expansion économique déjà très active ne Afrique, pourrait tout à fait se compléter avec une autre tête de pont visant l’hémisphère nord, le pourtour méditerranéen offrant une opportunité inespérée pour réaliser un tel projet. Le volet militaire reste quant à lui ouvert à tout partenariat, toute assistance des pays qui en feront la demande, en particulier le Proche Orient, l’Iran, la Palestine…

La Russie enfin, peut profiter de cette occasion unique de reprendre pied et se renforcer durablement dans les Balkans, pour aider le « petit frère orthodoxe », tant militairement face à la Turquie (membre de l’OTAN et menace permanente pour la Grèce), que pour aider la Serbie (après les bombardements américains des années 90), ou contraindre des pays trop proches des USA comme la Pologne, ce qui pourrait mettre fin au projet de parapluie antimissile européen piloté par la Maison Blanche. Plus au sud, une aide à certains pays du Proche Orient pourrait renforcer la position russe pour tenter de retrouver la situation d’avant 1989. Une aide à la Palestine serait particulièrement bien vue par les pays arabes, (la France l’a déjà compris).

Economiquement, un accès méditerranéen permettait un rayonnement sans précédent pour les entreprises russes, tant pour les produits manufacturés que pour le pétrole (gisements naturels grecs, oléoducs, etc). On pourrait imaginer de compléter les accords énergétiques déjà conclus entre Paris et Moscou durant la présidence Chirac. L’accès à la Mer Noire permettrait aussi d’exercer une contrainte particulièrement forte sur l’Ukraine, et donnerait un accès direct à la Turquie, la Géorgie qui possède déjà une frontière terrestre avec la Russie), au Proche Orient par le sud, à l’Europe et au Maghreb par l’ouest. Cela permettrait aussi, et surtout, de contenir l’expansion économique chinoise, et fermerait la porte à l’économie américaine pour de nombreuses années.

 

Au vu de tout ceci, le choix grec reste entier… le nôtre aussi…

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De l’éclatement de l’euro

La crise grecque de mai 2012 qui a vu entrer au Parlement le parti Chryssi Avghi, a profondément marqué les esprits. En effet, il s’agit d’un rejet massif de la classe politique traditionnelle, celle qui a soutenu les plans de rigueur, dès lors, les partis les plus en marge de l’échequier politique, les plus radicaux aussi, ont eu l’occasion de se démarquer, de s’imposer comme étant la seule alternative du moment.

Alexis Tsipras, le leader de l’extrême gauche grecque Syriza, a en ce sens publié une lettre expliquant que le vote du dimanche 6 mai, rendait de fait caduc le plans d’austérité de la Grèce pour sortir de la crise. L’intransigeance des autorités allemandes ne laissent guère d’autres alternatives que l’acceptation du plan de rigueur, avec la menace du cessation des paiements pour fin juin 2012 (date à laquelle les réserves financière de l’Etat grec seront consommées), et une sortie de l’euro, ce que bon nombre souhaitent plus ou moins ouvertement. Pour les uns, les puristes de la monnaie unique, c’est un moyen  d’évacuer un mauvais élève et adresse un message d’avertissement aux autres pays membres de l’Union (ainsi que les prétendants à le devenir), pour les autres, plus eurosceptiques, c’est un moyen de quitter enfin la zone euro, origine de tous leurs malheurs.

Quelles seraient les conséquences d’une sortie de la zone euro ?

En premier lieu, un réaction quasi immédiate de la Bourse qui sanctionnerait les marchés européens. En second lieu, l’éclatement de l’Euro par une contagion de sortie de la monnaie unique des pays les plus faibles économiquement pour continuer à en faire partie, et peut-être même un revirement de certains candidats à l’adhésion à la zone euro…

Ce n’est pas tout, en effet, la Grèce éprouverait toutes les difficultés à remplir les caisses de l’Etat, à trouver des financement autres qu’européens. Ainsi, se poserait la question de savoir qui pourrait financer, être en mesure de renflouer les finances grecques et éviter la faillite du pays. Plusieurs candidats peuvent jouer ce rôle : les Etats-Unis, à travers un nouveau plan Marshall qui en contrepartie leur donnerait accès à la Méditerranée (économiquement et militairement), la Chine, qui pourrait ainsi achever sa main mise sur l’économie grecque dont une bonne partie est déjà sous on influence, la Russie, comme élément constitutif d’un Bloc Balkanique encore à construire, concurrent de l’Union Européenne et des Etats-Unis…

Les Etats-Unis, tout d’abord, pourraient voir ici l’occasion de se positionner militairement et économiquement dans une zone stratégique. En effet, la Grèce leur donnerait accès à la Méditerranée, aux Balkans, à la Mer Noire via le Bosphore (sous contrôle de leur allié turc), ainsi qu’un accès direct au Proche Orient par le Nord. Ceci les rapprocherait également de leur allié israélien et leur permettrait de faire pression sur l’Iran désormais à portée de leur marine et de leur aviation…

Economiquement, tous ces débouchés terrestres et maritimes représentent une formidable opportunité commerciale, non seulement pour développer l’économie américaine (qui en a bien besoin après la crise de 2008 et avant la prochaine), mais aussi pour contenir son concurrent russe et son influence dans les Balkans, mais aussi chinois dont les intérêts économiques sont particulièrement importants (et en constante progression). Ainsi, les contreparties d’un « nouveau Plan Marshall » sont plus que prometteuses, surtout si les autorités européennes font de nouveau appel à la Maison Blanche pour régler un problème européen face auquel elles s’avèrent particulièrement incompétentes (comme lors du conflit yougoslave)…

La Chine elle aussi pourrait apporter des capitaux importants pour sauver l’économie grecque. En effet, la baisse des revenus de la population grecque réduit d’autant son pouvoir d’achat, ce qui n’est pas à l’avantage des produits chinois qu’il faut bien écouler…

En outre, la contrepartie de cette aide financière ouvrirait à Pékin une opportunité unique pour constituer une sorte de base avancée leur permettant de viser la Turquie et le Proche Orient, les Balkans, la Mer Noire, la Méditerranée avec l’Europe au nord ouest et le Maghreb au sud ouest. Contrôlant ainsi la Méditerranée, la Chine pourrait bien devenir une puissance économique  sans précédent, lui conférant ainsi une position de force pour toutes les négociation commerciales et diplomatiques en cours et à venir…

La Russie enfin, pourrait apporter son aide au « petit frère orthodoxe », et en contrepartie bénéficier d’une position géostratégique majeure tant vers l’Orient que vers l’Occident. Un élément particulier est à souligner : le positionnement russe en Grèce favoriserait très largement la constitution d’un Bloc Balkanique qui, à terme, pourrait concurrencer l’Union Européenne (avant son éclatement), la présence économique américaine et chinoise dans la région. On assisterait alors à une nouvelle donne géopolitique, avec des conséquences immédiates d’ordre économique, politique, militaire, culturelle…

Voilà trois exemples de financeurs qui pourraient fort bien se substituer à Bruxelles, si la question de la crise grecque n’est pas réglée rapidement, c’est-à-dire d’ici la fin de l’été. Fin 2012 ne serait certes pas la fin du monde, mais bien la fin d’un monde…

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De l’attitude de la Maison Blanche..

Cette institution apparaît souvent comme le cœur de la plus grand puissance de la planète (du moins, elle est souvent présentée de la sorte). Ainsi, les décisions issues du Bureau Ovale ont une portée toute particulière, tant au niveau économique, que politique et militaire. Ainsi, le reste du monde se répartit en 3 attitudes :

la défiance qui concerne principalement les grandes puissances rivales des Etats-Unis, et les Nations plus modestes, ouvertement opposées, voire hostiles, à la Maison Blanche. Les premiers peuvent avoir simplement tendance à s’affirmer, à exister en tant que rival de la  1ère puissance de la planète (telle qu’on nous la présente, ou qu’elle se présente).

l’alliance, il s’agit là de Nations qui soutiennent la politique américaine de leur plein gré, pour défendre un intérêt commun, par sentiment d’amitié ou d’alliance (par traité), partage des mêmes valeurs. On compte aussi des Nations contraintes de suivre la ligne directrice choisie, cette contrainte peur être directe, par la menace de représailles économique ou militaires. Il peut s’agir également d’une contrainte indirecte, par la décision des Nations concernées, par peur de représailles, sans qu’une menace ne soit clairement exprimée.

l’attentisme, il s’agit ici de Nations  qui prennent acte de la décision, en attendant de constater les conséquences de celle-ci à court ou moyen terme. Il s’agit là de Nations de moyenne ou grande importance, qui ont, en tout cas, les moyens d’une telle indépendance, et qui leur permet de prendre du recul avant de soutenir ou contester la décision prise.

Ces trois attitudes se retrouvent à chaque décision de moyenne ou grande importance, leur répartition est très inégale. Les opposants étant les moins nombreux, les attentistes, un peu plus, les alliés (de gré ou contraints) sont les plus nombreux.

Les Etats-Unis jouissent donc d’un leadership dans bien des domaines, à l’image d’Athènes au Ve siècle av-JC; Cette position n’est cependant pas si idéale qu’il pourrait sembler au premier abord. En effet, le leader ne justifie sa place qu’ne cas de situation exceptionnelle : face à un danger ou un ennemi commun (menace communiste jusqu’en 1989, à l’image du péril perse au Ve siècle av-JC). Il se justifie également par son attitude d’arbitre des Nations lorsque celles-ci s’avèrent incapables de résoudre un problème diplomatique, militaire ou autre (comme le conflit en ex-Yougoslavie des années 1990). A défaut, le leader peut manier la menace ou la séduction le cas échéant, pour assurer à tous la stabilité, la sécurité ou une bonne gouvernance.

Si l’un des deux cas disparaît, le leadership ne se justifie plus. La contestation plus ou moins ouverte de la part de ses partenaires qui, dans le meilleur des cas ne le seront plus, et dans le pire des cas, deviendront hostiles et pourront entreprendre des actions, menacer les intérêts de leur ancien leader, avec ou sans l’aide de ses ennemis les plus puissants. Ce retournement de situation peut s’avérer particulièrement coûteux, en effet, il peut être l’occasion rêvée pour une Nation, de s’affirmer, d’étaler sa puissance à la face du monde par des actions belliqueuses contre l’ancienne superpuissance. Cette attitude peur devenir un exemple pour des puissance plus modestes afin d’affirmer leur existence.

Ainsi l’hostilité ou l’agression de l’ancien leader pourrait bien devenir une étape indispensable pour une Nation, ou un groupe de Nations, pour s’établir aux yeux du reste du monde, comme grande puissance. En tuant, le père (ou le chef de meute), on prend sa place en quelque sorte…

La liste des ennemis (actifs ou passifs) ne pourra que se développer, c’est à craindre. Que l’on ne s’y trompe pas, cette situation peu enviable peut fort bien devenir celle de n’importe quelle autre grande puissance (Russie, Chine, Europe,…). C’est bien cette volonté d’être en mesure de s’attaquer à un plus puissant que soi qui demeure. Cette intention est déjà forte, le passage à l’acte est, quant à lui, irrésistible et particulièrement valorisant.

Au vu de tout ceci, les décisions de la Maison Blanche doivent être particulièrement réfléchies, les conséquences de ces décisions doivent faire l’objet d’une réflexion poussée, car cette image de superpuissance demeure fragile. En effet, malgré sa puissance, et ses victoires dans presque tous les domaines (militaires, économique, technique, scientifique, commercial), sont similaires au Vizir de l’Empire ottoman : un homme couvert de pelisses, assis sur un baril de poudre… (Ali Pacha, Vizir de Janina).

Cette position centrale renforce, confère un statut particulier de leader que l’on se doit de suivre, par crainte ou par séduction (à l’image de l’URSS avant 1989). Paradoxalement, cette place de leader affaiblit aussi. Quelle meilleure cible que ce chef incontesté pour une nouvelle puissance, désireuse de s’imposer à la face du monde ?

L’attentat du 11 septembre 2001 en est la parfaite illustration. Les mouvements intégristes ont  voulu frapper fort et se faire connaître comme étant militairement capables de s’en prendre à une cible aussi symbolique. Quand Oussama Ben Laden a fait s’écraser les deux avions sur les tours jumelles, il est apparu aux yeux du monde comme une nouvelle force militaire et idéologique, avec laquelle il fallait compter désormais. Dans le même temps, il ne laissait d’autre choix aux Etats-Unis que d’entrer dans une lutte à mort avec lui, sans aucune possibilité de compromis, de négociation, comme on pourrait le faire avec un adversaire conventionnel.

Cette politique radicale du tout ou rien a payé, car si le chef spirituel d’Al Khaïda est mort, d’autres groupes représentent toujours une menace, par les armes en Afghanistan, par les urnes en Egypte, Lybie, Tunisie depuis le Printemps arabe…

On peut dire que cet adversaire a essaimé, entraîné dans son sillage d’autres menaces. Les ennemis sont nombreux et agissent dans d’autres domaines que l’intégrisme religieux et la lutte armée. Ainsi, le mouvement des indignés peut faire figure d’ennemi intérieur, en contestant le modèle de société basé sur la consommation de masse, voire le modèle capitaliste tel qu’on le connaît…

Ce type de lutte économique se veut un mouvement de résistance, comme la lutte théologique  intégriste et armée, elle peut essaimer, drainer toute une foule à travers le monde, que la crise de 2008 (et les suivantes) ont rendu tout à fait mûre pour rejoindre leurs rangs. Cette nouvelle menace peut causer de nombreux dégâts ponctuellement, et dans le temps… le temps que des groupes plus radicaux ou plus réfléchis que les autres, se structurent et proposent des solutions alternatives par des programmes, des actions d’éclat, de nouvelles façons de consommer, d’échanger, en gros, des solutions susceptibles de proposer de nouveaux modèles de société.

Pour maîtriser cette situation, des contre-mesures s’imposent dès à présent, pour éviter d’être un jour dépassé par une situation devenue incontrôlable. Un point de non retour peut aisément être franchi et ouvrir la voie à n’importe quelle issue raisonnée ou passionnée, mais en tout cas radicale. Les prochaines élections de novembre 2012 offriront peut-être une réponse, c’est à souhaiter…