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De la mégapole…

Le texte suivant est tiré du livre de Louis Leprince-Ringuet, intitulé « le grand merdier », date de 1978…

34 ans après, ses réflexions sur les grandes villes sont toujours d’actualité. Bien des études, des réflexions ont été menées sur le thème éculé de la mégalopole, de la ville tentaculaire. Il m’a semblé plus simple de ne pas ajouter à la surenchère d’explications et de commentaires, le texte se suffisant à lui-même…

Mais le gigantisme ce sont aussi les très grandes cités, les mégalopolis, Paris, Londres, New Yord, Chicago, Tokyo, etc., agglomérations démentielles qui ne correspondent plus du tout  au concept de villes. Une ville a un sens. Elle devrait permettre à ses habitants de se retrouver facilement, rapidement, de former une communauté. Hélas ! on en est loin : voies d’accès bouchées aux heures de pointe, queues sur les périphériques et sur les avenues intérieures, stationnement des voitures de plus en plus difficile, distances trop grande pour qu’on les couvre à pied, extension croissante et anarchique des constructions d’habitation introduisant des masses humaines artificiellement groupées, masses déracinées, sans aucun rapport avec de véritables communautés.

(…)

Le temps perdu d’abord. Dans les files des voitures immobilisées à touche-touche, que faire d’intéressant ? C’est un véritable esclavage, sauf pour les puissants qui téléphonent de leur voiture, dictent des lettres, presque comme au bureau. La monotonie et l’ennui ensuite, dus à la répétition des formes dans la construction des immeubles : d’où une triste banalisation qui est encore une forme d’esclavage. Alors que les cellules de notre corps portent toutes, sans exception, notre marque personnelle, la grande ville, avec le logement, le transport, l’habillement, la nourriture, les heures de travail, parvient à supprimer, à effacer toute originalité. L’individu n’est plus qu’une parcelle de foule. D’où la réaction : appartenir à un troupeau, non merci.

(…)

Un des fruits amers du gigantisme, c’est la solitude, le rejet. On est beaucoup plus seul dans une grande cité que dans uns de nos villages. On se croise dans les rues, par milliers parfois, sans se rencontrer une seule fois. On peut, si l’on vit sans famille, ce qui est le cas de beaucoup, être malade, mourir chez soi, sans que personne le sache. D’où un terrible anonymat dans la vie, dans la souffrance, dans la mort. Je connais deux femmes seules, âgées, l’une à Paris, l’autre en Bourgogne, à la campagne. Cette dernière vit dans sa petite maison. Son mari est décédé. Ses enfants sont loin et ne viennent, parfois, qu’à l’occasion des vacances. Elle marche très difficilement, reste toujours chez elle (elle a heureusement la télévision). Pourtant elle ne se plaint pas, ses voisins passent chaque jour sur la route devant sa porte, ils entrent. Cette chaleur amicale la réchauffe.

La Parisienne, dans son petit « deux-pièces » du quartier des Archives, est désespérément solitaire. Pratiquement pas de visites. Comme elle perd un peu la tête, ses voisins redoutent qu’elle n’ouvre par mégarde le robinet du gaz ou ne mette le feu. Ils souhaitent presque sa disparition. Alors, on cherche à parquer les vieillards. Il passent entre eux la fin de leur existence, sans participation à l’animation quotidienne, tandis qu’au village, le vieux reste intégré à la ferme, à la famille. Les handicapés, eux aussi, ont bien rarement leur place parmi le reste de la population. Eux aussi étaient acceptés dans les fermes. On ne les parquait pas, on était habitués à leur présence.

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Catégories :causeries du moment
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