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Archive for juillet 2012

Du calme avant la tempête…

11 juillet 2012 1 commentaire

Nous vivons actuellement une période de transition, ce que l’on tenait pour acquis, pour définitif, pour stable, menace de s’effondrer. De disparaître ? non, car la nature a horreur du vide, dès lors que quelque chose disparaît (un régime, un principe, une situation), elle est immédiatement remplacée par une autre : le roi est mort, vive le roi…

 Ces transitions que l’on vit en ce moment sont d’une importance capitale, elles relèvent de plusieurs domaines dont certains sont en étroite relation, presque interdépendants, c’est l’étape nécessaire à une évolution future, le calme avant la tempête en quelque sorte…

 La politique tout d’abord, a surpris par sa soudaineté, des régimes politiques vieux de plusieurs décennies, qui devaient durer encore plusieurs décennies, parfois soutenus par de grandes puissances, souvent autoritaires, bénéficiant du soutien de l’armée et de dignitaires religieux aux ordres, ces régimes se sont effondrés en quelques jours, quelques semaines tout au plus.

 Les chefs d’Etat ont quitté le pouvoir pour fini soit en exil, soit jugés, soit abattus…

En deux ans, c’est toute l’Afrique du Nord qui a changé de visage, avec un arrière goût de chute du mur, on est soudainement revenu une vingtaine d’années en arrière. Le scénario roumain a été généralisé à d’autres régimes autoritaires, d’autres « transitions démocratiques », d’autres règlements de compte aussi. Les régimes survivant comme en Syrie vivent une période de troubles depuis près de 16 mois, partagé entre l’hostilité des uns, le soutien des autres, sur fond d’enlisement militaire où les civils paient le prix fort.

 D’autres régimes, plus tables, le sont de moins ne moins, avertis et effrayés par ce printemps arabe qui a donné de nouveaux fruits. Désormais, une certitude demeure : nul régime, quel qu’il soit, n’est l’abri d’un bouleversement, d’un renversement. Cela a aussi été un exemple repris de façon inattendue, du printemps arabe au printemps érable, le Québec a lui aussi connu des remous avec un arrière-goût de mai 68. La révolution orange en Ukraine de 2004 a elle aussi marqué son temps, tandis que les grandes manifestations d’opposants au Président Poutine ont été émaillées par des débordement souvent violents.

 En Europe, le scénario est différent, et c’est peut-être pire encore. Il s’agit plutôt d’une lassitude générale, on ne revendique pas dans les rues avec des manifestations monstre de plusieurs semaines, mais le malaise est portant très présent. C’est une sorte de lassitude mâtinée de fatalisme qui règne. La population suit les événements extérieurs avec une mollesse qui surprend. Le pays le plus révolutionnaire de la planète, celui qui a porté les valeurs de 1789, semble plongé dans une profonde léthargie, comme paralysé. Est-ce un réel abandon ? rien n’est moins sûr, il faut toujours se méfier de l’eau qui dort… et particulièrement de celle-ci…

 C’est plutôt un attentisme général, la pression est palpable, mais ne sort pas, elle reste confinée, comme un troupeau qui tourne en rond en attendant de trouver un berger pour le conduire. Que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un troupeau de moutons, mais de buffles, de bisons, capable de tout écraser sur son passage, et n’importe quel berger peut faire l’affaire, de Mélenchon à Le Pen. Pour l’instant c’est un berger version « soft » qui a été choisi, pour remplacer le précédent, mais les choses pourraient changer très rapidement, au hasard d’un événement particulier qui servirait de catalyseur, d’une nouvelle crise économique (qui ne saurait tarder d’ici mars à mai 2013), d’un attentat ou d’un scandale sanitaire de grande envergure.

L’économie, complète le tableau politique, la crise de 2008 a laissé des traces profondes, des certitudes se sont effondrées comme des châteaux de cartes, tandis que d’autres sont apparues. Des empires financiers ont sombré, d’autres cherchent à occuper une place vide. La prochaine crise va sans doute tourner une nouvelle page des nouveaux ruinés et des nouveaux riches…

 Cette accumulation de crise et de nouvelles richesses ne manquera pas d’alimenter une tendance de plus en plus marquée d’échapper au système de consommation tel qu’on le connaît. Il ne s’agit plus d’utopie post soixante-huitarde, mais d’une réelle saturation, une volonté massive de trouver un autre modèle de société. Comme pour la politique, c’est l’attentisme qui prédomine, nul ne sait où aller en vérité, mais attends des solutions. Celles-ci ne tarderont pas à venir, à se développer, les plus viables pourraient bien attirer à elles des masses très importantes de personnes, toute catégorie sociales confondues, car la crise désormais touche tout le monde : les pauvres peuvent le rester ou s’enfoncer davantage dans la précarité, les classes moyennes peuvent s’appauvrir et connaître la précarité, les classes les plus aisées risquent la ruine de leurs placements au gré de des valses boursières…

 Tout ceci crée un climat d’incertitude, freine considérablement la volonté d’investir, de créer une entreprise, et donc de la richesse. Si création il y a, ce sera sans doute à l’étranger pour échapper à la fiscalité française qui se rajoute à une crise financière profonde. Cette évasion des cerveaux et des richesses participe à ce climat délétère.

 De grand changements se préparent, pour l’instant marginaux, mais ils pourraient bien se généraliser et modifier profondément la donne économique de la planète. En Chine par exemple, les décisions unilatérales du gouvernement en terme de salaires gênent de plus en plus d’entreprises qui commencent à peser le pour et le contre quant à une relocalisation vers la France. Certains ont déjà prit leur décision. Bien sûr il y a davantage d’entreprises occidentales qui cherchent à trouver leur place dans l’Eldorado Chinois que celles qui cherchent à renter au pays, mais la tendance existe et se développe. C’est la preuve qu’il y a un changement qui s’amorce. Déjà le textile a connu une transition il y a quelques années de cela, les ateliers quittant la Chine pour la Turquie ou le Viet Nam où la main d’œuvre est plus rentable.

 Un fait est certain, les émeutes de la faim des laissés pour compte créent un climat d’insécurité, voire d’insurrection parfois, l’augmentation du pouvoir d’achat du Chinois moyen et la frénésie consommatrice pousse à augmenter les salaires. Du coup la main d’œuvre bon marché et corvéable à merci cède le pas à une main d’œuvre de plus en pus proche de celle que l’on trouve chez nous. Malgré une population nombreuse, le modèle de vie à l’occidentale où l’on consacre du temps pour soi au lieur de le consacrer exclusivement au travail fait son chemin dans l’Empire du Milieu…

 Il va sans dire que d’autres pays suivront une évolution identique. Certes, cela risque de prendre du temps, mais le mouvement est en marche et on sait qu’à l’avenir, les plus prévoyants seront les mieux armés lorsqu’il faudra faire un choix : rester ou relocaliser…

Prévoir une telle échéance peut aussi signifier rendre la main d’œuvre moins chère et plus productive, non susceptible d’évoluer, les progrès techniques aidant, une solution s’imposera sans doute de plus en plus : la robotique.

 Déjà certaines usines entièrement robotisées dans le secteur automobile ou ailleurs, permettent de produire toujours plus, sans grèves, sans hausses de salaires (et même sans salaires !), sans arrêt de maladie ou congés payés. Du même coup, cette solution stimule la recherche en robotique, dans un secteur hyperspécialisé non délocalisable, avec de nombreux sous-traitants, presque un plan de relance liant directement recherche en cybernétique et industrie…

 Le développement de la robotique dans différents secteurs comme l’industrie, la santé, l’éducation ou le militaire ne manquera pas de soulever des questions d’ordre éthique…

 La religion, est redevenu une question centrale, après plusieurs années de jachère. Il y a quelques année (moins dune décennie), il semblait étrange d’afficher publiquement sa foi, à moins de passer pour un marginal ou un fanatique. Les choses ont bien change depuis, on peut désormais parler publiquement de Dieu, de croyance, aller à l’église pour « prier un coup » devient aussi naturel que d’aller dans un café « boire un coup ». Les tensions avec des revendications religieuses musulmanes (tchador, repas sans porc dans le secteur public et privé, horaires aménagés hommes-femmes dans les piscines, parité homme-femme, etc) et les JMJ ont changé bien des choses du quotidien.

 Sur le plan international, le lendemain de la révolution égyptienne a placé face à face un candidat de l’ancien régime et un candidat islamiste (d’ailleurs élu depuis peu). La crise des mausolées de Tombouctou aurait presque éclipsé le problème des Talibans en Afghanistan, tandis que la campagne présidentielle américaine s’est fortement renforcée sur le plan religieux. Au final, on peut dire que le XXIe siècle est revenu au spirituel de façon massive, la religion s’est imposée au monde pour plusieurs raisons.

 Les différentes crises économique et politiques qui se sont succédées ces dernières années ont fait vaciller un pouvoir souvent détesté, mais toléré parce qu’il remplissait sont rôle, même de façon imparfaite. Ce n’est plus le cas. La gestion des affaires publiques est devenue de moins en moins efficace, ce qui a grandement contribué au rejet des élites dirigeantes par une population désabusée. Les crises n’ont en fait que renforcé un sentiment déjà présent, il restait un place vide que la religion n’a pas tarder à combler.

 Ainsi, le fait religieux a bénéficié d’un nouvel essor et d’un effet domino, il y a quelques années encore, afficher sa foi en public était mal compris et souvent sujet de raillerie, une attitude vue comme une anomalie, un anachronisme. Les choses ont bien changé depuis, les revendications des uns (même les plus extrêmes et les plus ridicules) ont renforcé l’attitude des autres, créant ainsi un climat de confiance. La foi est revenue sur le devant de la scène, elle rassure en offrant un réconfort moral, en renouant aussi avec un passé quelque peu oublié, des pratiques oubliées également ont trouvé là toute leur justification à travers la charité des fidèles, l’assistance aux personnes dans le besoin, en recréant du lien social (directement dans les lieux de cultes, les communautés de fidèles, internet et tous les autres moyens de communication modernes).

 C’est un phénomène social de grande importance, plus intense que la politique, car Dieu (n’importe quel dieu en fait) ne ment, pas, il ne peut se rendre coupable de détournements de fonds, ne peut être accusé de mal gérer les affaires publiques, mieux que cela, il ne peut être désavoué ni même contesté. Ce qu’il fait est forcément juste et bon, adapté à toutes les situations.

 Cependant, la défense de sa parole peut se faire de façon pacifique, mais aussi de façon plus violente, plus radicale. C’est un moyen d’imposer son point de vue à autrui, de façonner le monde à l’image que l’on s’en fait. A partir de là, tous les excès sont permis, se justifient d’une manière ou d’une autre, ainsi, on détruit les Bouddhas de Bamyan ou les Mausolées de Tombouctou, on prêche la guerre sainte contre l’infidèle, ou bien on décide des frappes militaires pour la victoire de la liberté et de la démocratie, avec l’aide de ses alliés et de Dieu…

 C’est aussi cet aspect pratique de la religion qui séduit tant de personnes en ce moment : on peut bien lui faire dire et justifier ce que l’on veut. Une fois le dogme établi, il ne souffre plus aucune critique, plus aucune remise en cause, si ce n’est par des religions concurrentes, ou au sein d’une même religion, un courant dissident est voué à la scission, à la rupture, ses membres seront alors vus comme des hérétiques que tout bon croyant se doit de combattre, au même titre que l’infidèle. Ainsi, la question est tranchée, quant à un éventuel risque de critique ou de contestation…

La science, quant à elle évolue très fortement, les échanges entre les différents centres de recherche et/ou laboratoires permettent de diffuser rapidement des découverts, des travaux au sein d’une synergie désormais d’ampleur internationale. C’est un fait, la planète rétrécit fortement, auparavant, l’information était véhiculée par des individus, leurs déplacements, leur mobilité et leur volonté étaient les seules conditions de la diffusion de l’information.

 Désormais, elle leur échappe totalement. Des travaux de plusieurs semaines, mois ou années peuvent être échangés an quelques clics de souris ou frappes de clavier, de puissants calculateurs sont capables de générer des simulations plus rapidement et plus facilement que si on les réalisait réellement en laboratoire. Les moyens de communication très importants et massifs, associés à une féroce concurrence entre laboratoires et autres groupes de chercheurs, génèrent une véritable course au résultat.

 Les différents salons de l’informatique, de téléphonie, de robotique ou de l’armement proposent une avalanche de produits innovants et révolutionnaires à chaque session, c’est à dire à chaque année. Les champs d’application semblent presque infinis, associant biologie et robotique, armement et techniques de l’information.

 Face à ce déferlement technologique, qu’en est-il des lois de bioéthique ?

Cette question prend tout son sens à un moment où la réalité rejoint de plus en plus la fiction qui s’exprimait jusque-là par le cinéma à sensation. Les machines volantes autonomes existent déjà avec les drones, les robots font désormais partie du quotidien, ils passent même l’aspirateur !

 La biologie et la médecine font des progrès fulgurants avec des greffes de membres entiers, du visage, d’organes. Des prothèses robotisées sont mises au point tandis que des opérations alors inaccessibles il y a quelques années, deviennent désormais monnaie courante. Les jeux paralympiques ont motivé la mise au point de prothèses particulièrement efficaces, qui connaissent des progrès sans cesse grandissants, au point que les compétitions mixtes (valides et handisport) sont interdites, les valides étant désavantagés !

 La science découvre de nouveaux champs d’application, ouvrant la voie à des découvertes fondamentales dans le domaine des nanotechnologies, de l’étude du cerveau, des neurotransmetteurs, tandis que les applications de l’informatique ou des nouveaux matériaux dans le domaine du médical et de la biologie de façon plus générale, n’en sont qu’à leurs débuts. Les progrès à venir seront sans doute fulgurant, nous rapprochant toujours plus de la fiction que l’on ne rencontrait que dans le cinéma d’anticipation…

 L’énergie n’est pas en reste, l’échéance de l’épuisement des ressources fossiles se rapproche de plus en plus, et nous contraint à rechercher de nouvelles sources d’énergie, propres, renouvelables et bon marché. Plusieurs pistes s’ouvrent à travers l’hydrogène, le solaire, les bio-énergie, etc…

 Les champs d’applications sont eux aussi infinis, ils ouvrent grand la porte de la recherche fondamentale, il n’est pas exclus, qu’en recherchant des nouvelles sources d’énergie, de nouvelles découvertes couvriront d’autres domaines inattendus. Cette situation nous place dans la position des pionniers de la chimie et de physique moderne comme les Curie pour la découverte du radium et du polonium, Hermann Emil Fisher pour la synthèse des hydrates de carbone, Alfred Werver pour ses travaux sur les liaisons atomiques, les Otto Hahn pour la découverte de la fission des noyaux lourds, ou les Dan Shechtman pour la découverte des quasi-cristaux. Ainsi l’histoire se répète, de nouveaux champs d’application ouvrent la voie à de nouvelles découvertes, fondamentales, révolutionnaires, et remettent parfois en cause ce que l’on tenait pour acquis.

Nous sommes sans doute à l’orée d’une nouvelle ère, de profonds bouleversements auxquels nous ne sommes peut-être pas encore prêts. Seuls l’avenir nous le confirmera.

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Des bouddhas de Bamyane aux Mosquées de Tombouctou… aveu de faiblesse

En mars 2001, la communauté internationale s’est indignée de la destruction des bouddhas de Bamyane par les Talibans. Ainsi, le secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan, critique timidement la destruction des buddhas, tandis que le directeur général de l’UNESCO Koïchiro Matsura qualifie cette décision de « crime contre la culture ». CNN relaye des images de cette catastrophe. Le président Chirac qualifie « d’acte barbare et injustifiable », toute la presse mondiale condamne cette décision, qui préfigure déjà le régime des talibans.

Déjà, on a pu estimer l’engagement est l’intransigeance des dirigeants talibans, déjà, on a pu se rendre compte concrètement des première actions de ce régime pour imposer leur point de vue, et faire table rase du passé. Pourtant, malgré des plaintes, des condamnations à hauts cris, rien de concret n’a été entrepris pour contraindre véritablement ce régime, quitte à engager une escalade diplomatique qui aurait pu conduire, à terme, à une menace armée de nature à contraindre le régime à céder. Il aura fallu attendre l’attentat des tours jumelles pour décider une intervention armée, avec les tristes conséquences que l’on connaît.

Actuellement, le nombre de soldats de la coalition tombés au champs d’honneur ne cesse d’augmenter, avec une retrait des troupes déjà engagé côté français. Rien ne garantit que les talibans ne profiteront pas de l’occasion pour reprendre le terrain perdu…

Actuellement, le même scénario se présente à la communauté internationale avec la destruction des mosquées de Tombouctou, joyau historique de l’humanité. Les manuscrits vieux de plusieurs siècles sont menacés de destruction, les lieux saints profanés, les protestations fusent sans qu’une option militaire ne soit concrètement envisagée pour stopper l’avancée des islamistes radicaux. Les alentours de la ville de Gao sont déjà minés, le gouvernement malien souhaite intervenir, mais il a besoin de moyens pour agir…

Certes, les Etats-Unis et la Russie condamnent ces destructions et appellent à un règlement de la situation, tandis que l’Organisation de coopération islamique condamnent la destruction du patrimoine islamique du Mali. M.Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, , demande lui aussi l’arrêt des destructions des mosquées. Mme Fatou Bensouda, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a qualifié de crime de guerre la destruction des mausolées de Tombouctou, un acte passible de poursuites, cette décision a semble-t-il mit un terme aux destructions. Toute la communauté internationale s’émeut de la destruction de l’un des plus anciens patrimoines historiques de la planète, cependant aucune décision contraignante n’a été prise ce jour. La situation actuelle nous ramène une dizaine d’années auparavant, lorsqu’il était temps de faire une démonstration de force pour contraindre le régime taliban qui donne tant de fil à retordre aujourd’hui, qui coûte si cher humainement et économiquement parlant.

Face à l’Iran, l’option militaire est largement envisagée, récemment, la marine américaine a renforcé sa présence dans le golfe d’Ormuz, au large de l’Iran, deux porte-avions croisent (l’USS Carl-Vinson a rejoint l’USS Abraham-Lincoln) au large des côtes iraniennes. L’armée américaine est déjà présente sur place avec ses bases de Koweït (7 bases), de Danama (QG de la 5e flotte), de Doa (QG du commandement américain pour le Moyen-Orient et l’Asie Centrale), d’Abu Dhabi (avec une base française sur site) pour le Golfe persique, de Dubaï, de Fujaïra (avec une base britannique sur site) et de Mascate (3 bases) pour le Golfe d’Oman. La tension est palpable, elle vise à mettre la pression sur le gouvernement iranien, dont les manœuvres militaires font suite à l’attentat du 11 janvier 2012 contre Mostafa Ahmadi Roshan, le spécialiste du nucléaire iranien.

Bien sûr les enjeux iraniens sont importants, tout d’abord la menace de verrouillage du golfe d’Ormuz (une des principales routes pétrolières de la région), l’élection de Mohamed Morsi en Egypte qui pourrait très probablement menacer Israël sur la frontière commune aux deux pays, le programme nucléaire iranien qui pourrait orienter l’option civile vers l’option militaire. Cependant, la percée islamiste radicale pourrait bien ouvrir un nouveau front en Afrique, ce pays ayant des frontières avec:

– l’Algérie, qui a déjà connu de graves problèmes avec la mouvance islamique se réclamant d’Al-Khaïda.

– la Mauritanie, les autorités françaises recommandent vivement aux ressortissant français sur place de quitter l’est du pays, au 03 juillet 2012

– le Sénégal, en proie à une percée des partis religieux pour les prochaines élections législatives (source : pressafrik.com du 03 juillet 2012).

– la Guinée, les récentes déclarations du Président Alpha Condé sur la lutte contre la corruption, sa volonté d’imposer l’ordre dans l’administration, peuvent être un préalable à une volonté d’empêcher toute tentative d’affaiblissement de l’Etat guinéen. Un avertissement aux influences extérieures, d’autant que l’ambassade américaine en Guinée est l’une des plus importantes d’Afrique, avec une forte présence militaire, conformément à la volonté de permettre une présence forte en Afrique de l’Ouest avec le siège de l’Africom et assurer les ressource sen matière première. (source : http://afrique-ouest.jeuneafrique.com).

– la Côte d’Ivoire, est déjà inquiétée par les attaques de touaregs au nord, malgré les propos rassurants de  Paul Koffi Koffi. Le ministre de la Défense Ivoirien. (source abidjian.net du 16-04-2012)

– le Burkina Faso, déjà inquiété par les attentats de la secte islamiste Boko Haram au Nigéria, les problèmes alimentaires pourraient bine être une occasion de percée des islamistes radicaux, la base américaine de Ouagadougou est un lieu stratégique pour rechercher les militants d’Aqmi (source : slateafrique.com du 14-06-2012 et Washington Post du 14-06-2012).

– le Niger, le putsch du 22 mars au Mali représente une véritable menace, président nigérien Mahamadou Issoufou a confirmé ses inquiétudes lors d’une interview (Source : Céline Lussato pour le site web du Nouvel Observateur, article du 19-06-2012 à 16h23).

Toute cette zone risque d’être déstabilisée si une action militaire n’est pas envisagée très rapidement, de sorte à permettre au Mali de repousser la menace islamiste avant qu’un scénario afghan ne se répète…

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Statue de la Liberté

L’histoire de la statue de la Liberté commence en août 1834, à Colmar, en Alsace. En effet, c’est à cette date que naquit Frédéric Auguste Bartholdi, fils de Jean Charles Bartholdi, conseiller de préfecture. Agé de deux ans à la mort de son père, le jeune Auguste et son frère aîné furent élevés par leur mère, Augusta Charlotte. Cette dernière décida alors de quitter Colmar peu de temps après la mort de son époux afin de se rendre à Paris. Après avoir étudié au lycée Louis le Grand à Paris, Auguste décida d’étudier l’architecture en rentrant à l’Ecole nationale supérieure des beaux arts en 1852. Le jeune Bartholdi y fréquenta ainsi les cours d’Ary Scheffer, un célèbre peintre français d’origine hollandaise. Ce dernier, proche de la famille royale, fut ainsi mis sur la sellette en 1852, suite à l’instauration de la II° République et l’avènement au pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte, neveu (et petit fils.) de l’Empereur Napoléon Ier.

 

Bartholdi, âgé de 18 ans, décida de participer à un concours destiné à la création d’un phare. Cependant, bien que ne remportant pas l’épreuve, le jeune Auguste se vit commander une statue du général Jean Rapp, héros napoléonien de Colmar[1]. Montrant ses ébauches à son ami Jean Léon Gérôme, peintre et sculpteur français, les deux jeunes hommes firent sensation lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1855 : Bartholdi avec sa statue du général Rapp, Gérôme avec sa peinture Le siècle d’auguste et la naissance de Jésus Christ. Afin de célébrer ce succès, les deux vainqueurs décidèrent de faire un voyage en Egypte. Le jeune Bartholdi fut très impressionné par l’art monumental légué par l’ancienne civilisation égyptienne. De retour à Paris, Auguste assista à l’inauguration de la statue du général Rapp à Colmar.  Mais le jeune homme ne resta pas longtemps dans sa ville natale, devant partir précipitamment pour Bordeaux afin de participer à un concours pour le projet d’une fontaine. Bartholdi, recevant le premier prix à Bordeaux[2], reçut alors la visite des édiles de Colmar. Ces derniers lui confièrent alors la tâche de construire une statue d’Armand Bruat, un amiral français né à Colmar, commandant en chef de la flotte française pendant la guerre de Crimée[3]. En 1864, Bartholdi fut félicité par Napoléon III pour avoir érigé cette statue, recevant la Légion d’Honneur.

 

Inauguration de la statue de l’amiral Bruat, à Colmar, gravure publiée dans Le journal illustré, 1864.

La réputation du jeune sculpteur lui valut de nombreuses commandes. Ainsi, Bartholdi reçut la visite d’Edouard de Laboulaye, juriste et homme politique français.  Combattant la politique autoritaire du Second Empire, Laboulaye était un homme attentif à la vie politique américaine et admirateur de la constitution de ce pays (il commanda alors un buste le représentant à Bartholdi.). Laboulaye, se déclarant en faveur de l’union lors de la guerre de Sécession, apprit avec soulagement la victoire du Nord en avril 1865. Cependant, les festivités furent écourtées en raison de l’assassinat du président Abraham Lincoln au cours du même mois. En 1866, alors que Bartholdi venait d’achever le buste de Laboulaye, ce dernier confia au jeune sculpteur la tâche d’élaborer un monument marquant l’amitié entre la France et les Etats Unis. Bartholdi décida alors de se mettre au travail, se préparant pour l’Exposition Universelle de 1867, grande fête du Second Empire. Au cours de l’évènement, Bartholdi rencontra alors Ismaïl Pacha, Khédive d’Egypte. Ce dernier décida alors de confier au sculpteur l’érection d’un monument sur l’estuaire du canal de Suez, dont l’inauguration était prévue en fin d’année 1869.  Pendant deux années, Bartholdi travailla à l’élaboration de cette entreprise. En novembre 1869, toutes les têtes couronnées d’Europe se rendirent en Egypte afin d’assister à l’inauguration du canal de Suez. Bartholdi, invité à participer à la cérémonie, apprit alors avec désarroi que le trésor du Khédive étant à sec, son projet de statue sur l’estuaire ne resterait qu’à l’état de projet. Rentrant en France, Bartholdi se plongea alors dans l’élaboration d’une statue représentant Vercingétorix, considéré à l’époque comme défenseur de la gaule face aux légions de César.

 

Cependant, l’Histoire prit un nouveau tournant, suite à la catastrophique guerre de 1870, opposant la France à la Prusse.  Bartholdi, s’enrôlant dans la garde nationale, se retrouva alors sous les ordres de Giuseppe Garibaldi. En septembre 1870, les Français apprirent avec stupeur les nouvelles du front : le 2 septembre, l’armée française, retranchée à Sedan, décida de rendre les armes. Napoléon III, quant à lui, se retrouva contraint de se rendre aux Prussiens, alors qu’il était à la tête d’une armée de 80 000 hommes. Les Prussiens parvinrent alors à s’emparer sans coup férir de nombreuses villes, démoralisées par l’échec de l’Empereur. Le 4 septembre, les Parisiens décidèrent d’abolir le Second Empire et proclamèrent la III° République. Le 19 septembre, les Prussiens se retrouvèrent aux portes de paris. La capitale, après un siège de cinq mois, se retrouva finalement contrainte d’ouvrir ses portes aux vainqueurs. Finalement, Français et Prussiens signèrent le traité de Francfort en mai 1871. La France s’engageait ainsi à rendre à la Prusse les territoires annexés par Louis XIV en 1681 (soit l’Alsace et une partie de la Lorraine[4].), ainsi qu’à payer une forte indemnité de guerre de cinq milliards de francs or[5].

 

La France, sortant isolée diplomatiquement suite à cet échec, se devait donc de resserrer ses liens avec les Etats Unis. Laboulaye, plus décidé que jamais à faire don à la jeune Amérique d’un monument marquant l’amitié entre la France et les Etats Unis, décida d’envoyer Bartholdi sur le nouveau continent afin qu’il choisisse l’emplacement du futur édifice. En juin 1871, Auguste quitta une France ravagée et débarqua peu de temps après à New York. Rencontrant le président américain Ulysses Grant, Bartholdi s’engagea dans une traversée des Etats Unis, visitant les chutes du Niagara, le grand canyon, les forêts des Redwoods, etc. C’est ainsi qu’Auguste en profita plaider la cause de son grand projet, la statue de la Liberté.

 

Rentrant en France, Bartholdi découvrit un Paris ravagé par la guerre, la commune et la répression qui s’ensuivit.  Mettant de côté son projet de statue pour les Etats Unis, Bartholdi se concentra sur un nouveau projet, le Lion de Belfort : l’œuvre symbolise la résistance héroïque menée par le colonel Denfert-Rochereau au cours du siège de Belfort[6]. La vie reprenant la normale en France, Adolphe Thiers, président de la République, demanda à Bartholdi de reprendre ses travaux sur la statue de la Liberté (février 1873.). Par la suite, au cours de l’été 1874, Bartholdi présenta un plâtre à ses concitoyens. La III° République étant officiellement proclamée en janvier 1875, Laboulaye et Bartholdi participèrent à la création de l’Union franco-américaine, en novembre de la même année.

 

Recevant un conséquent financement, Bartholdi décida alors de s’installer au 25, Rue de Chazelles, afin de travailler à l’élaboration de sa statue. Il reçut alors l’aide d’Eugène Viollet le Duc, à qui fut confiée la tâche de choisir les cuivres devant être employés à la construction (il choisit alors la technique du repoussé, consistant à travailler à froid, à l’envers, une fine plaque de métal, de manière à faire ressortir une image ou un ornement.). Les fonds continuant à entrer, le projet prenait forme mois après mois.

Travaux de la statue de la Liberté, XIX° siècle, musée des Arts & Métiers, Paris.

Chaque section définitive était coulée en plâtre. Autour d’elle, on construisait un moule en bois, sur lequel s’articulerait le revêtement de cuivre. Bartholdi dut ainsi mesurer chacune des 9 000 mesures nécessaires à chaque section. Cependant, Auguste dut bientôt se rendre à l’évidence : la statue ne serait pas prête pour le centenaire des Etats Unis, en juillet 1876. Il décida donc de réaliser la partie la plus importante : la torche de la statue de la Liberté. Manquant de peu les festivités, le flambeau arriva aux Etats Unis en septembre 1876. Peu de temps après, en décembre 1876, Bartholdi épousa Jeanne Emilie Baheaux de Puysieux, de treize ans son aînée (le mariage, bien que stérile, n’en fut pas moins heureux.).

 

Début 1877, Bartholdi rentra en France, continuant l’élaboration de sa statue. Lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1878, Auguste présenta la tête de son œuvre, mais des problèmes financiers le contraignirent à mettre fin aux travaux peu de temps après.

 

Tête de la statue de la Liberté lors de l’exposition universelle de 1878. Bartholdi décida alors d’organiser une loterie afin de réunir les fonds nécessaires à la poursuite des travaux. Parvenant à empocher une somme conséquente, les travaux reprirent dès le printemps 1880. Viollet le Duc étant décédé quelques mois auparavant, Bartholdi apprit que Gustave Eiffel acceptait de reprendre la place du défunt. L’architecte décida ainsi de faire reposer la statue sur un pylône (quatre pieux en acier reliés entre eux pour former une tour.), afin que ce dernier reste indépendant de la couverture de cuivre.

 

Les travaux se poursuivirent, mais Bartholdi apprit une mauvaise nouvelle en mars 1883, le congrès américain refusant de financer le piédestal de la statue. Cependant, le coup du sort continua à poursuivre Auguste, qui assista peu de temps après aux funérailles de son ami Laboulaye, père spirituel de la statue.  A New York, alors qu’étaient inaugurés le pont de Brooklyn et le Metropolitan Opera, l’on ne se souciait plus guère de la statue de la liberté. C’est alors que Joseph Pulitzer, fondateur du journal le New York World, décida de s’attaquer aux classes aisées qui refusaient de récolter les fonds afin d’élaborer la statue. Finalement, la campagne de Pulitzer porta ses fruits, car de nombreux donneurs privés issus des classes moyennes acceptèrent de participer financièrement à l’élaboration de la statue. Pendant ce temps là, Bartholdi continuait son ouvrage, qui fut finalement achevé en juillet 1884.

Peu de temps après, en août 1884, les fonds nécessaires à l’élaboration du socle de la statue furent finalement rassemblés. L’architecte Richard Hunt fut alors chargé d’imaginer le socle, de concert avec l’entrepreneur Charles Stone. Sous une pluie battante, la première pierre du piédestal fut posée en  août 1884. En France, voyant que les travaux du socle étaient en cours, il fut donc décidé d’entreprendre les travaux de démontage de la statue dès janvier 1885. Chaque section, chaque pièce, chaque rivet fut numéroté, empaqueté et prêt à être remonté avec la même méticulosité. De la gare Saint Lazare, la statue fut envoyée en train jusqu’à Rouen, puis elle descendit la Seine afin de s’embarquer au Havre (mai 1885.). Débarquant à New York en juin, les travaux de reconstruction de la statue ne commencèrent toutefois qu’au printemps 1886, lorsque la dernière pierre du piédestal fut mise en place. En octobre 1886, alors que la statue venait d’être réassemblée, Bartholdi débarqua à new York, accompagnée d’officiels français. Le 28 octobre 1886, la statue de la Liberté, qui avait couté en tout la bagatelle de 2 250 000 francs, fut inaugurée en présence du président Grover Cleveland, devant plusieurs milliers de spectateurs. La taille du monument était colossale pour l’époque :  la statue mesurait 46 mètre de haut pour un poids de 204 120 kg, alors que son socle est d’une hauteur de 47 mètre, soit 93 mètres au total (à noter que lors de son inauguration, la statue arborait une teinte brun rouge, en raison du cuivre qui la recouvrait. Cependant, le vert de gris ne tarda guère à recouvrir la statue d’une patine bleu vert.).  Pendant les discours, Bartholdi grimpa au sommet de la torche, et découvrit ainsi le visage de la statue du voile qui la masquait au public.

Aujourd’hui, nous ne devons pas oublier que La statue de la Liberté, ou plus exactement la Liberté éclairant le monde, est un monument offert par la France aux Etats Unis en gage d’amitié entre les deux pays. Hélas, ne nombreux américains ignore l’histoire mouvementée de la statue de la Liberté : en effet, un sondage organisé lors du centenaire de la statue, en 1986, révéla que seul 2% des américains savaient que la statue avait été offerte aux Etats Unis par la France. Bartholdi, rentrant en France peu de temps après, commença à travailler sur de nouveaux projets, fort de sa renommée. Il mourut de la tuberculose à Paris , en octobre 1904. Ce n’est qu’en 1903 qu’une plaque de bronze fut accrochée à la base du monument, sur laquelle est inscrite un poème d’Emma Lazarus, intitulé The New Colossus.

 Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost, to me,
I lift my lamp beside the golden door !
Donnez-moi vos pauvres, vos exténués
Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres,
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte
De ma lumière, j’éclaire la porte d’or !

 

En 1983, alors que le centenaire de la statue approchait, il fut décidé de la restaurer. La torche fut démontée et remplacée par un nouveau flambeau ; le fer corrodé en raison de son contact avec le cuivre fut remplacé, le bras qui s’était affaissé fut consolidé par une charpente diagonale.

Gageons que Miss Liberty ait de beaux jours devant elle !


[1] Le général Rapp, né à Colmar en avril 1771, participa à de nombreuses campagnes sous le I° Empire. Il combattit au sein de l’armée du Rhin pendant la révolution, prit part à la campagne d’Egypte, et fut aide de camp de Napoléon jusqu’en 1814. Rejoignant le camp de l’Empereur lors des Cent Jours, le général Rapp fut nommé commandant de l’armée du Rhin. Suite à Waterloo, Rapp fut mis à l’écart par les royalistes, et mourut en novembre 1821.

[2] A noter que la fontaine ne fut au final pas construite à Bordeaux mais à Lyon.

[3] La statue de l’amiral Bruat, détruite en 1940, fut remise en place en 1958.

[4] Belfort ayant héroïquement résisté au cours de la guerre, la France parvint à conserver le territoire de Belfort.

[5] A noter que les Prussiens occupèrent une partie de la France jusqu’au paiement intégral de la dette, en septembre 1873.

[6] Le projet, initié en 1872, ne fut achevé qu’en septembre 1879. Cependant, en raison d’un différend entre Bartholdi et la ville de Belfort, le monument ne fut pas inauguré (en effet, le Lion de Belfort ne fut officiellement inauguré qu’en 1989.).

 

Source : http://www.histoire-fr.com/dossier_statue_liberte.htm