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Du calme avant la tempête…

Nous vivons actuellement une période de transition, ce que l’on tenait pour acquis, pour définitif, pour stable, menace de s’effondrer. De disparaître ? non, car la nature a horreur du vide, dès lors que quelque chose disparaît (un régime, un principe, une situation), elle est immédiatement remplacée par une autre : le roi est mort, vive le roi…

 Ces transitions que l’on vit en ce moment sont d’une importance capitale, elles relèvent de plusieurs domaines dont certains sont en étroite relation, presque interdépendants, c’est l’étape nécessaire à une évolution future, le calme avant la tempête en quelque sorte…

 La politique tout d’abord, a surpris par sa soudaineté, des régimes politiques vieux de plusieurs décennies, qui devaient durer encore plusieurs décennies, parfois soutenus par de grandes puissances, souvent autoritaires, bénéficiant du soutien de l’armée et de dignitaires religieux aux ordres, ces régimes se sont effondrés en quelques jours, quelques semaines tout au plus.

 Les chefs d’Etat ont quitté le pouvoir pour fini soit en exil, soit jugés, soit abattus…

En deux ans, c’est toute l’Afrique du Nord qui a changé de visage, avec un arrière goût de chute du mur, on est soudainement revenu une vingtaine d’années en arrière. Le scénario roumain a été généralisé à d’autres régimes autoritaires, d’autres « transitions démocratiques », d’autres règlements de compte aussi. Les régimes survivant comme en Syrie vivent une période de troubles depuis près de 16 mois, partagé entre l’hostilité des uns, le soutien des autres, sur fond d’enlisement militaire où les civils paient le prix fort.

 D’autres régimes, plus tables, le sont de moins ne moins, avertis et effrayés par ce printemps arabe qui a donné de nouveaux fruits. Désormais, une certitude demeure : nul régime, quel qu’il soit, n’est l’abri d’un bouleversement, d’un renversement. Cela a aussi été un exemple repris de façon inattendue, du printemps arabe au printemps érable, le Québec a lui aussi connu des remous avec un arrière-goût de mai 68. La révolution orange en Ukraine de 2004 a elle aussi marqué son temps, tandis que les grandes manifestations d’opposants au Président Poutine ont été émaillées par des débordement souvent violents.

 En Europe, le scénario est différent, et c’est peut-être pire encore. Il s’agit plutôt d’une lassitude générale, on ne revendique pas dans les rues avec des manifestations monstre de plusieurs semaines, mais le malaise est portant très présent. C’est une sorte de lassitude mâtinée de fatalisme qui règne. La population suit les événements extérieurs avec une mollesse qui surprend. Le pays le plus révolutionnaire de la planète, celui qui a porté les valeurs de 1789, semble plongé dans une profonde léthargie, comme paralysé. Est-ce un réel abandon ? rien n’est moins sûr, il faut toujours se méfier de l’eau qui dort… et particulièrement de celle-ci…

 C’est plutôt un attentisme général, la pression est palpable, mais ne sort pas, elle reste confinée, comme un troupeau qui tourne en rond en attendant de trouver un berger pour le conduire. Que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un troupeau de moutons, mais de buffles, de bisons, capable de tout écraser sur son passage, et n’importe quel berger peut faire l’affaire, de Mélenchon à Le Pen. Pour l’instant c’est un berger version « soft » qui a été choisi, pour remplacer le précédent, mais les choses pourraient changer très rapidement, au hasard d’un événement particulier qui servirait de catalyseur, d’une nouvelle crise économique (qui ne saurait tarder d’ici mars à mai 2013), d’un attentat ou d’un scandale sanitaire de grande envergure.

L’économie, complète le tableau politique, la crise de 2008 a laissé des traces profondes, des certitudes se sont effondrées comme des châteaux de cartes, tandis que d’autres sont apparues. Des empires financiers ont sombré, d’autres cherchent à occuper une place vide. La prochaine crise va sans doute tourner une nouvelle page des nouveaux ruinés et des nouveaux riches…

 Cette accumulation de crise et de nouvelles richesses ne manquera pas d’alimenter une tendance de plus en plus marquée d’échapper au système de consommation tel qu’on le connaît. Il ne s’agit plus d’utopie post soixante-huitarde, mais d’une réelle saturation, une volonté massive de trouver un autre modèle de société. Comme pour la politique, c’est l’attentisme qui prédomine, nul ne sait où aller en vérité, mais attends des solutions. Celles-ci ne tarderont pas à venir, à se développer, les plus viables pourraient bien attirer à elles des masses très importantes de personnes, toute catégorie sociales confondues, car la crise désormais touche tout le monde : les pauvres peuvent le rester ou s’enfoncer davantage dans la précarité, les classes moyennes peuvent s’appauvrir et connaître la précarité, les classes les plus aisées risquent la ruine de leurs placements au gré de des valses boursières…

 Tout ceci crée un climat d’incertitude, freine considérablement la volonté d’investir, de créer une entreprise, et donc de la richesse. Si création il y a, ce sera sans doute à l’étranger pour échapper à la fiscalité française qui se rajoute à une crise financière profonde. Cette évasion des cerveaux et des richesses participe à ce climat délétère.

 De grand changements se préparent, pour l’instant marginaux, mais ils pourraient bien se généraliser et modifier profondément la donne économique de la planète. En Chine par exemple, les décisions unilatérales du gouvernement en terme de salaires gênent de plus en plus d’entreprises qui commencent à peser le pour et le contre quant à une relocalisation vers la France. Certains ont déjà prit leur décision. Bien sûr il y a davantage d’entreprises occidentales qui cherchent à trouver leur place dans l’Eldorado Chinois que celles qui cherchent à renter au pays, mais la tendance existe et se développe. C’est la preuve qu’il y a un changement qui s’amorce. Déjà le textile a connu une transition il y a quelques années de cela, les ateliers quittant la Chine pour la Turquie ou le Viet Nam où la main d’œuvre est plus rentable.

 Un fait est certain, les émeutes de la faim des laissés pour compte créent un climat d’insécurité, voire d’insurrection parfois, l’augmentation du pouvoir d’achat du Chinois moyen et la frénésie consommatrice pousse à augmenter les salaires. Du coup la main d’œuvre bon marché et corvéable à merci cède le pas à une main d’œuvre de plus en pus proche de celle que l’on trouve chez nous. Malgré une population nombreuse, le modèle de vie à l’occidentale où l’on consacre du temps pour soi au lieur de le consacrer exclusivement au travail fait son chemin dans l’Empire du Milieu…

 Il va sans dire que d’autres pays suivront une évolution identique. Certes, cela risque de prendre du temps, mais le mouvement est en marche et on sait qu’à l’avenir, les plus prévoyants seront les mieux armés lorsqu’il faudra faire un choix : rester ou relocaliser…

Prévoir une telle échéance peut aussi signifier rendre la main d’œuvre moins chère et plus productive, non susceptible d’évoluer, les progrès techniques aidant, une solution s’imposera sans doute de plus en plus : la robotique.

 Déjà certaines usines entièrement robotisées dans le secteur automobile ou ailleurs, permettent de produire toujours plus, sans grèves, sans hausses de salaires (et même sans salaires !), sans arrêt de maladie ou congés payés. Du même coup, cette solution stimule la recherche en robotique, dans un secteur hyperspécialisé non délocalisable, avec de nombreux sous-traitants, presque un plan de relance liant directement recherche en cybernétique et industrie…

 Le développement de la robotique dans différents secteurs comme l’industrie, la santé, l’éducation ou le militaire ne manquera pas de soulever des questions d’ordre éthique…

 La religion, est redevenu une question centrale, après plusieurs années de jachère. Il y a quelques année (moins dune décennie), il semblait étrange d’afficher publiquement sa foi, à moins de passer pour un marginal ou un fanatique. Les choses ont bien change depuis, on peut désormais parler publiquement de Dieu, de croyance, aller à l’église pour « prier un coup » devient aussi naturel que d’aller dans un café « boire un coup ». Les tensions avec des revendications religieuses musulmanes (tchador, repas sans porc dans le secteur public et privé, horaires aménagés hommes-femmes dans les piscines, parité homme-femme, etc) et les JMJ ont changé bien des choses du quotidien.

 Sur le plan international, le lendemain de la révolution égyptienne a placé face à face un candidat de l’ancien régime et un candidat islamiste (d’ailleurs élu depuis peu). La crise des mausolées de Tombouctou aurait presque éclipsé le problème des Talibans en Afghanistan, tandis que la campagne présidentielle américaine s’est fortement renforcée sur le plan religieux. Au final, on peut dire que le XXIe siècle est revenu au spirituel de façon massive, la religion s’est imposée au monde pour plusieurs raisons.

 Les différentes crises économique et politiques qui se sont succédées ces dernières années ont fait vaciller un pouvoir souvent détesté, mais toléré parce qu’il remplissait sont rôle, même de façon imparfaite. Ce n’est plus le cas. La gestion des affaires publiques est devenue de moins en moins efficace, ce qui a grandement contribué au rejet des élites dirigeantes par une population désabusée. Les crises n’ont en fait que renforcé un sentiment déjà présent, il restait un place vide que la religion n’a pas tarder à combler.

 Ainsi, le fait religieux a bénéficié d’un nouvel essor et d’un effet domino, il y a quelques années encore, afficher sa foi en public était mal compris et souvent sujet de raillerie, une attitude vue comme une anomalie, un anachronisme. Les choses ont bien changé depuis, les revendications des uns (même les plus extrêmes et les plus ridicules) ont renforcé l’attitude des autres, créant ainsi un climat de confiance. La foi est revenue sur le devant de la scène, elle rassure en offrant un réconfort moral, en renouant aussi avec un passé quelque peu oublié, des pratiques oubliées également ont trouvé là toute leur justification à travers la charité des fidèles, l’assistance aux personnes dans le besoin, en recréant du lien social (directement dans les lieux de cultes, les communautés de fidèles, internet et tous les autres moyens de communication modernes).

 C’est un phénomène social de grande importance, plus intense que la politique, car Dieu (n’importe quel dieu en fait) ne ment, pas, il ne peut se rendre coupable de détournements de fonds, ne peut être accusé de mal gérer les affaires publiques, mieux que cela, il ne peut être désavoué ni même contesté. Ce qu’il fait est forcément juste et bon, adapté à toutes les situations.

 Cependant, la défense de sa parole peut se faire de façon pacifique, mais aussi de façon plus violente, plus radicale. C’est un moyen d’imposer son point de vue à autrui, de façonner le monde à l’image que l’on s’en fait. A partir de là, tous les excès sont permis, se justifient d’une manière ou d’une autre, ainsi, on détruit les Bouddhas de Bamyan ou les Mausolées de Tombouctou, on prêche la guerre sainte contre l’infidèle, ou bien on décide des frappes militaires pour la victoire de la liberté et de la démocratie, avec l’aide de ses alliés et de Dieu…

 C’est aussi cet aspect pratique de la religion qui séduit tant de personnes en ce moment : on peut bien lui faire dire et justifier ce que l’on veut. Une fois le dogme établi, il ne souffre plus aucune critique, plus aucune remise en cause, si ce n’est par des religions concurrentes, ou au sein d’une même religion, un courant dissident est voué à la scission, à la rupture, ses membres seront alors vus comme des hérétiques que tout bon croyant se doit de combattre, au même titre que l’infidèle. Ainsi, la question est tranchée, quant à un éventuel risque de critique ou de contestation…

La science, quant à elle évolue très fortement, les échanges entre les différents centres de recherche et/ou laboratoires permettent de diffuser rapidement des découverts, des travaux au sein d’une synergie désormais d’ampleur internationale. C’est un fait, la planète rétrécit fortement, auparavant, l’information était véhiculée par des individus, leurs déplacements, leur mobilité et leur volonté étaient les seules conditions de la diffusion de l’information.

 Désormais, elle leur échappe totalement. Des travaux de plusieurs semaines, mois ou années peuvent être échangés an quelques clics de souris ou frappes de clavier, de puissants calculateurs sont capables de générer des simulations plus rapidement et plus facilement que si on les réalisait réellement en laboratoire. Les moyens de communication très importants et massifs, associés à une féroce concurrence entre laboratoires et autres groupes de chercheurs, génèrent une véritable course au résultat.

 Les différents salons de l’informatique, de téléphonie, de robotique ou de l’armement proposent une avalanche de produits innovants et révolutionnaires à chaque session, c’est à dire à chaque année. Les champs d’application semblent presque infinis, associant biologie et robotique, armement et techniques de l’information.

 Face à ce déferlement technologique, qu’en est-il des lois de bioéthique ?

Cette question prend tout son sens à un moment où la réalité rejoint de plus en plus la fiction qui s’exprimait jusque-là par le cinéma à sensation. Les machines volantes autonomes existent déjà avec les drones, les robots font désormais partie du quotidien, ils passent même l’aspirateur !

 La biologie et la médecine font des progrès fulgurants avec des greffes de membres entiers, du visage, d’organes. Des prothèses robotisées sont mises au point tandis que des opérations alors inaccessibles il y a quelques années, deviennent désormais monnaie courante. Les jeux paralympiques ont motivé la mise au point de prothèses particulièrement efficaces, qui connaissent des progrès sans cesse grandissants, au point que les compétitions mixtes (valides et handisport) sont interdites, les valides étant désavantagés !

 La science découvre de nouveaux champs d’application, ouvrant la voie à des découvertes fondamentales dans le domaine des nanotechnologies, de l’étude du cerveau, des neurotransmetteurs, tandis que les applications de l’informatique ou des nouveaux matériaux dans le domaine du médical et de la biologie de façon plus générale, n’en sont qu’à leurs débuts. Les progrès à venir seront sans doute fulgurant, nous rapprochant toujours plus de la fiction que l’on ne rencontrait que dans le cinéma d’anticipation…

 L’énergie n’est pas en reste, l’échéance de l’épuisement des ressources fossiles se rapproche de plus en plus, et nous contraint à rechercher de nouvelles sources d’énergie, propres, renouvelables et bon marché. Plusieurs pistes s’ouvrent à travers l’hydrogène, le solaire, les bio-énergie, etc…

 Les champs d’applications sont eux aussi infinis, ils ouvrent grand la porte de la recherche fondamentale, il n’est pas exclus, qu’en recherchant des nouvelles sources d’énergie, de nouvelles découvertes couvriront d’autres domaines inattendus. Cette situation nous place dans la position des pionniers de la chimie et de physique moderne comme les Curie pour la découverte du radium et du polonium, Hermann Emil Fisher pour la synthèse des hydrates de carbone, Alfred Werver pour ses travaux sur les liaisons atomiques, les Otto Hahn pour la découverte de la fission des noyaux lourds, ou les Dan Shechtman pour la découverte des quasi-cristaux. Ainsi l’histoire se répète, de nouveaux champs d’application ouvrent la voie à de nouvelles découvertes, fondamentales, révolutionnaires, et remettent parfois en cause ce que l’on tenait pour acquis.

Nous sommes sans doute à l’orée d’une nouvelle ère, de profonds bouleversements auxquels nous ne sommes peut-être pas encore prêts. Seuls l’avenir nous le confirmera.

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Catégories :causeries du moment
  1. massoni pascale
    19 juillet 2012 à 20 h 58 mi

    Merci Alex, j’ai trouvé cet article excellent et très intéressant. Il me parle.

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