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Archive for décembre 2012

Option militaire au Mali, accord franco-américain…

17 décembre 2012 Laisser un commentaire

La situation au Mali est toujours délicate, déjà, Macky Sall (le Président du Sénégal) a demandé aux autorités maliennes de se coordonner avec l’Union Africaine et les Etats de l’Afrique de l’Ouest pour faciliter une opération militaire commune au nord Mali. En attendant un accord entre Paris et Washington…

Source : le Monde du 17-12-2012

Le Mali appelé à faciliter l’envoi d’une force internationale contre les islamistes

Le Monde.fr avec AFP | 17.12.2012 à 08h00 • Mis à jour le 17.12.2012 à 08h26

Le premier ministre malien, Diango Cissoko, à gauche, a annoncé samedi la formation d'un nouveau gouvernement d'union nationale misant sur la continuité.

Le président sénégalais, Macky Sall, a appelé dimanche à Conakry les autorités maliennes à se mettre « au diapason » de l’Union africaine (UA) et de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour faciliter l’envoi d’une force militaire internationale destinée à libérer le nord du Mali des insurgés islamistes. Il a également appelé les autorités maliennes à s’unir « pour restaurer la concorde nationale et apporter également une solution à la crise identitaire dans la zone touarègue, mais surtout aussi aller vers les élections présidentielles et législatives à la fin du processus » de transition.

Le premier ministre malien, Diango Cissoko, a annoncé samedi la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale misant sur la continuité, avec le maintien à leur poste des principaux ministres, mais aussi plus de poids pour les représentants du Nord du pays occupé par les islamistes, en vu d’accélérer la réconciliation avant l’envoi d’une force internationale.

À LA RECHERCHE D’UN ACCORD ENTRE PARIS ET WASHINGTON

Un accord va être trouvé entre Français et Américains à l’ONU sur une résolution permettant d’engager une action militaire internationale au Mali afin de chasser les groupes armés qui en occupent le Nord, a déclaré dimanche le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, lors de l’émission ‘Internationales » de RFI-TV5-Le Monde, en minimisant tout différend à ce sujet entre Paris et Washington. « Il y a 15 membres au Conseil de sécurité, pour l’instant, il y en a 14 qui sont de l’avis de la France, a fait valoir le ministre. Nous essayons de trouver une solution qui puisse rassembler tout le monde. »

Les chefs d’Etat des 15 pays membres de la Cédéao ont adopté le 11 novembre à Abuja un plan de reconquête militaire du nord du Mali. Ils ont approuvé l’envoi d’une force militaire internationale de 3 300 soldats pour une durée d’un an. Samedi, les chefs d’état-major des pays de la Cédéao ont peaufiné leur plan, qui doit être soumis avant Noël au Conseil de sécurité de l’ONU. Début décembre, le président béninois Thomas Boni Yayi, président en exercice de l’UA, avait lancé un appel à l’ONU pour qu’elle autorise « d’urgence le déploiement de la force internationale au Mali ».

le Mali, entre oubli et inquiétude…

14 décembre 2012 Laisser un commentaire

Le dossier malien reste toujours aussi préoccupant… aussi préoccupant qu’ignoré…

Le presse n’en parle plus ou presque, et pourtant la situation ne cesse de se dégrader. A présent, la France est appelée à l’aide, le peuplade malien se trouve isolé face à la menace intégriste. Au-delà des infiltrations jihadistes dans l’armée ou les services secrets maliens, les enfants soldats ou l’inaction générale, le spectre du péril culturel demeure.

En effet, après la destruction des mausolées de Tombouctou qui ont suscité autant d’indignation que d’inaction de la communauté internationale (comme pour les bouddhas de Bamiane en 2001), c’est à présent un autre trésor culturel de l’humanité qui est menacé : les 60 000 manuscrits de Tombouctou, trésor de la mémoire africaine, qui sont désormais entre les mais des islamistes…

On serait en droit d’attendre une réaction forte, mais la réalité est toute autre. Tout comme une éventuelle intervention militaire, cela reste… une arlésienne…

Source : site web de l’express, du 13-12-2012.

Mali: « Le salut ne peut venir que d’une intervention militaire »

Par LEXPRESS.fr, publié le 13/12/2012 à 18:34, mis à jour à 22:52

Le nord du Mali est sous le contrôle de groupes djihadistes qui terrorisent la population en appliquant leur interprétation fanatique de la charia. El-Hadj Ben Cissé, un ancien habitant de Tombouctou qui a séjourné récemment dans sa ville natale a répondu à vos questions.

Mali: "Le salut ne peut venir que d'une intervention militaire"
TOMBOUCTOU (MALI) – « Il faudrait une reconquête par les forces internationales, et une force de maintien de paix de l’ONU et de l’Union Africaine pour au moins dix ans. »

DR

PEYSOL: Est-ce que le peuple Malien dans son immense majorité serait d’accord pour que la France et d’autres pays européens interviennent militairement directement?

El-hadj BEN CISSE: Classe politique et société civile sont convaincues que le salut ne peut venir que de l’ancienne puissance coloniale dont l’intervention en Libye a accéléré la partition du Mali.

>>>Lire notre reportage: Tombouctou dans l’enfer du djihad

Calouni: Pourquoi les habitants ne parviennent-ils pas à mettre en place une « résistance » pour tenter de combattre les djihadistes? Y a- t-il eu des tentatives de rebellion organisées ou individuelles?

Les habitants ont été vite dépassés par des événements qu’ils n’attendaient pas: la déroute de l’armée dont une écrasante partie de sa composante touareg est partie avec les djihadistes… Et puis les habitants du nord Mali, n’ont pas dans leur culture, la guerre et la guerilla à moins que ces événements ne la forgent.

Briol: Comment procéde-t-on pour distinguer un touareg pacifique d’un touareg djihadiste? La coexistence entre Maliens et Touaregs est- elle possible?

C’est un vrai problème et il entraîne de graves amalgames et incompréhensions, car les djihadistes ont infiltré l’armée malienne et ses services secrets… mais est djihadiste celui qui porte des armes, refuse la république… et s’ils sont majoritairement touareg, il y en a aussi de toutes les ethnies et de toutes les nationalités.

AJAY: Que pense la population masculine de Tombouctou de cette version fanatique de la charia ?

La population, qu’elle soit masculine ou féminine, est opposée à cette pratique moyenâgeuse de l’Islam.

Jay: Quelle est selon vous la solution pour que les habitants du nord du Mali puisse recommencer à vivre dans la sérénité?

Une reconquête par les forces internationales et une force de maintien de la paix de l’ONU et de l’Union Africaine pour au moins dix ans.

Hammou HAÏDARA: Je suis moi même de Tombouctou et ma question est la suivante: après la destruction de quelques symboles forts du patrimoine de Tombouctou (mausolées, monument AlKarouk), faut-il craindre que les islamistes s’en prennent aux manuscrits anciens de la ville, dont on sait que certains contenus sont pour le moins anti-charia ?

Le plus grand centre de manuscrits anciens de l’Afrique Noire, avec 60 000 manusccrits, est déjà entre leurs mains. Aussi, il ne faut plus craindre le désastre…Il est là…Il faut l’éradiquer.

Chtr: Quel est l’impact le plus important de la présence des djihadistes dans la vie quotidienne?

L’absence de toutes activités génératrices de revenus qui fait que la population est obligée de tendre la sébile à une hypothétique aide humanitaire internationale. Il n’y a plus d’électricité et on craint de manquer d’eau potable.

Bautzen: Jusqu’à quand va régner ce régime islamiste au Mali, soutenu par l’Algérie. Personne ne bouge. Maintenant il va falloir envoyer 15 000 soldats pour le combattre, personne bouge? C’est scandaleux, les maliens sont seuls face à cet ennemi.

Oui, l’ancien président ATT disait bien que le Mali ne pouvait combattre seul, ces djihadistes, que les Algériens, à force de répression, ont rejeté vers leur frontière Sud… Un no man’s land de plusieurs milliers de kilomètres et si, on ne fait rien, des pays comme la Mauritanie ou le Niger, sont menacés à court terme.

Léopold: Pensez-vous que les djihadistes du nord mali s’en prendront désormais aux intérêts français? L’enlèvement de ressortissants français n’en était-il pas le signe précurseur?

Je pense qu’avant même cette crise au Mali, et depuis au moins une vingtaine d’années, la France était une cible privilégiée pour les djihadistes. Parce que depuis les otages du Liban en 1988, ils ont compris que c’est un pays qui ne rechigne pas à payer des rançons… Aucun ressortissant américain n’est plus enlevé parce que les USA ne négocient même pas, a fortiori payer des rançons… Des Américains étaient présents à Tombouctou, exploitant une ferme, mais ils ne se sont jamais sentis menacés et ont quitté la ville, la veille de l’invasion. Les otages, c’est d’abord pour avoir de l’argent…

Clarou: Je crains beaucoup qu’aucune intervention extérieure dans un délai rapide ne vienne aider le Mali? Qu’en pensez vous?

Je reviens du Nord, et tous les jours, le moral des populations oscille en fonction de l’éventualité de cette intervention, qui devient vraiment une sorte d’arlésienne… Toujours annoncée mais jamais faite, et pendant ce temps, les islamistes tuent et violent.

Fulani: Comment expliquez-vous que des mouvements islamistes armés aient recours au trafic de drogue et aux enlèvements d’otages pour se financer ?

Comme leurs modèles talibans vivent du pavot, ici c’est le trafic de drogue… et le trafic de toubabs. C’est un marché devenu lucratif depuis que les pays européens acceptent de payer des rançons sous la pression de leur opinion publique, et il n’y a que l’Europe qui puisse mettre fin à cela en intervenant militairement et en refusant de payer des rançons.

Djenné: Pourquoi les touaregs du MNLA ont-ils si peu résisté aux djihadistes?

Les djihadistes ont avec eux le nombre, et l’armement pris en Libye ; ensuite, ils sont fanatisés et n’ont pas peur de la mort.

Malien2: Comment les habitants de Tombouctou font-ils pour se ravitailler en alimentation et en produits de la vie quotidienne? Est-ce que des camions de marchandises venus du sud, d’Algérie ou de Mauritanie circulent encore pour approvisionner la ville?

Oui! Les produits de première nécessité venant de ces pays ne manquent pas car ces commerçants ont en grande partie des affinités avec les islamistes. La ville est correctement ravitaillée, mais c’est l’argent qui manque car il n’y a plus de banque.

Juliette44: Y a-t-il beaucoup d’enfants soldats?

Il y a beaucoup d’enfants soldats et ce sont même les plus menaçants. Ils sont postés aux entrées de la ville et ne respectent personne.

Juliette44: Avez-vous une idée d’où viennent ces enfants soldats?

Ils sont recrutés dans les faubourgs des grandes villes et sont majoritairement issus de milieux défavorisés.

Charlie: Est-ce que la radicalisation islamiste est venue d’un seul coup dans le nord mali, ou est-ce qu’elle avait déjà commencé avant? Et si oui pourquoi à votre avis?

Il y avait des signes précurseurs depuis une dizaine d’années, avec l’arrivée massive de prédicateurs venus du Pakistan, et la prolifération des mosquées d’obédience wahhabite, qu’on construisait à tour de bras, malgré l’opposition de la hiérarchie islamique en place. Mais avec la corruption de l’administration malienne… tout est allé très vite.

Brmomo : Entre les années 80 et 90, j’ai fait plusieurs fois le trajet passant par Tombouctou, Gao etc… Je me souviens de gens extrèment accueillants, et d’avoir bu le thé dans le desert sans aucune crainte avec des inconnus. Je pense que je ne reconnaitrais plus rien maintenant. Pensez-vous qu il va y avoir une révolte spontanée des gens ainsi asservis?

Ce temps… On en rêve tous ; mais plus rien ne sera plus comme avant, je pense.

Vivien: En cas d’intervention militaire dans le Nord, n’y-a-t-il pas un risque que l’armée malienne ou des milices, qui se sentent humiliées, se vengent sur les populations touaregs ou arabes qui pourtant n’ont rien à voir avec les jihadistes ?

C’est bien possible, que des innocents payent pour les vrais bourreaux.

se canto: Retournerez-vous vivre à Tombouctou, après avoir parlé et répondu a nos questions n’est-ce pas trop dangereux?

C’est sous le sceau de l’anonymat, et je pourrais difficilement me passer de cette ville qui est un cocon pour moi.

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Journaliste, un métier à risques… pas toujours reconnus…

Pour faire suite à mon dernier article, en voici un autre qui présente les risques du métier de journaliste. Nombreux ont été les envoyés spéciaux qui ont chèrement payé la couverture d’événements aux quatre coins du monde. Les morts, les blessés par balle sont nombreux et illustrent les risquent pris par ces professionnels. Il y a cependant des blessures moins « valorisantes » que d’autres, que l’on cache malgré leur importance…

C’est ce que montre l’article de Terrafemina :

Caroline Sinz, la journaliste violée en Égypte, victime du code du silence ?

Cette journaliste de France 3 avait déclaré avoir été tabassée et violée non loin de la place Tahrir en Égypte, en novembre 2011. Un an après les faits, Caroline Sinz raconte dans Arrêt sur images les précautions déployées par sa rédaction pour minimiser le viol subi. Une nouvelle victime du « code du silence ».

Caroline Sinz, la journaliste violée en Égypte se dit victime du code du silenc

Le mot « viol » est-il tabou à la télévision ? Caroline Sinz, ex journaliste de France 3, travaillant désormais pour France 2, dénonce aujourd’hui la censure dont elle a fait les frais. Cette reporter racontait il y a un an avoir été tabassée et violée au Caire, alors qu’elle couvrait les manifestations contre le Président Hosni Moubarak avec un caméraman. « Nous avons été assaillis par des jeunes de quatorze ou quinze ans », a-t-elle raconté à l’AFP faisant état « d’attouchements ». Entraînés « manu militari » par un groupe d’hommes vers la place Tahrir, la journaliste et son caméraman auraient alors été séparés. « J’ai été tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements. » La jeune femme aurait alors subi des attouchements répondant « à la définition du viol ». L’agression aurait duré « environ trois-quart d’heure » jusqu’à ce que quelques Égyptiens présents sur les lieux parviennent finalement à l’en extraire. « J’ai cru que j’allais mourir », avait confié la journaliste qui a ensuite pu rejoindre son hôtel et, assistée par l’ambassade de France au Caire, consulter un médecin.

Cette journaliste de France 3 avait déclaré avoir été tabassée et violée non loin de la place Tahrir en Égypte, en novembre 2011. Un an après les faits, Caroline Sinz raconte dans Arrêt sur images les précautions déployées par sa rédaction pour minimiser le viol subi. Une nouvelle victime du « code du silence ».

« On ne voulait pas que tu aies l’étiquette « violée » sur le front »

Pour Arrêt sur images, elle évoque les heures qui ont suivi cette agression. Elle fait ses commentaires en direct chaque jour dans le journal de France 3, et ce jour-là, elle compte bien raconter ce qu’elle a vécu, le viol et la violence. Mais la rédaction décide de ne pas faire de direct. Caroline Sinz intègre donc un commentaire sur ce qui lui est arrivé à la fin de son reportage, « en l’expliquant brièvement sur les dernières images que nous avions tournées », dit-elle à Arrêt sur images. Mais cette partie sera coupée par la rédaction, qui estime que ce passage est « trop abrupt pour les téléspectateurs », « On ne voulait pas que tu aies l’étiquette « violée » sur le front », lui précise-t-on. Choquée par le passage sous silence de son agression, Caroline Sinz demande à intervenir dans Soir 3. On lui accorde, à condition que son commentaire soit enregistré au préalable, qu’elle utilise des « termes choisis et pudiques », mais surtout qu’elle n’emploie pas le mot « viol », pour lui préférer « agression sexuelle ». Regardez la vidéo de son intervention.

La journaliste, qui a précisé avoir été pénétrée par les doigts de dizaines d’hommes prêts à la lyncher, a pourtant bel et bien été violée. Elle a porté plainte, a fourni des preuves à la justice et a, depuis, changé de rédaction. Le retour en France n’a pas été évident : « J’étais entourée de gens qui se moquaient de moi, qui remettaient ma parole en cause ». Elle dénonce un traitement tout à fait différent de celui qu’on réserve aux reporters héroïques : « Le viol, cest honteux, tabou. Si on mavait tiré dessus, cela aurait paru plus glorieux. »

La réponse du directeur de la rédaction de France 3

Pascal Golomer s’est étonné que Caroline Sinz voie de la « censure » dans les précautions prises par son service. Selon lui, quelques heures après les faits, la journaliste n’avait pas « le recul nécessaire pour témoigner de ce qu’elle avait subi », il ajoute qu’il pense à ses proches « qui apprendraient par la télévision ce qui lui était arrivé ». Il affirme enfin avoir pris des précautions pour son intervention dans Soir 3 pour ne pas « livrer son témoignage en pâture ». Et d’ajouter « Tout le problème réside dans le fait qu’elle était à la fois victime et journaliste. Qui parlait ? La victime ou la journaliste ? » Les deux mon capitaine…

Crédit photo : France 3

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femmes d’ici, femmes d’ailleurs….

Le 8 mars est la Journée de la femme, le 25 novembre est la journée des violences faites aux femmes. On le voit, une réelle volonté s’affiche pour prendre en compte le rôle et le statut des femmes dans la société, on prend acte, mais tout n’est pas encore idéal dans « le meilleur des mondes… »

Un récent article du Figaro le montre, avec force détails :

Source : site web du Figaro, mis à jour le 23/11/2012 à 14:38 | publié le 23/11/2012 à 13:01

REPORTAGE – Lorsqu’une Saoudienne veut sortir du territoire, un message est envoyé à son «gardien mâle». Des femmes s’élèvent contre cette «humiliation».

Envoyé spécial à Riyad

Aziza al-Youssef se souvient du jour où un policier l’a arrêtée alors qu’elle était au volant. Un policier sympa. «C’était un quinquagénaire bienveillant. Il m’a dit: “Tu devrais conduire la nuit, ça se verrait moins”.» Aziza al-Youssef, professeur d’informatique au caractère bien trempé, en rit encore en montrant la vidéo de ses exploits postée sur You Tube. On la voit roulant tranquillement dans les rues de Riyad, la capitale saoudienne. Un acte strictement prohibé par la monarchie conservatrice, seul État au monde à appliquer cette restriction.

Aziza est l’une des organisatrices de la manif «femmes au volant» du 17 juin 2011. Plus de 80 conductrices avaient voulu marquer ainsi le 20e anniversaire de la première tentative, le 17 juin 1991. Une époque d’avant Facebook et Twitter. Cette fois les contrevenantes se sont donné le mot sur l’Internet. Chacune a pris le volant séparément, rendant la répression plus difficile. «J’ai conduit pendant plusieurs jours, raconte Aziza. Les automobilistes étaient plutôt bienveillants. Certains levaient le pouce pour me féliciter.» D’autres n’étaient pas d’accord. Aziza al-Youssef a finalement été «balancée» par trois hommes qui l’ont filmée avec leurs téléphones portables. L’histoire s’est bien terminée pour elle. «J’ai eu le temps de passer sur le siège arrière avant d’être arrêtée. Mon chauffeur, qui était avec moi, a pris le volant. Quelques instants plus tard, j’ai raconté à ce policier sympathisant que mon chauffeur pouvait être pris pour une fille sur une vidéo pas très nette. Mon chauffeur a cinquante ans et les cheveux blancs! Le policier a fait semblant de me croire et m’a laissé partir.»

Petits arrangements personnels avec la tradition

D’autres manifestantes ont été emmenées au poste quelques heures puis relâchées, le temps que leur mari vienne les chercher. Aziza al-Youssef a invité quelques-unes de ces néomilitantes à un dîner libanais dans sa villa de Riyad, la capitale saoudienne. La plupart se sont connues sur la Toile. Elles sont professeurs, publicitaires, mères de famille. Elles ont gardé leurs abayas, le manteau noir obligatoire en présence d’un homme étranger, mais le reste du règlement est diversement observé. L’une des invitées ne laisse voir que ses yeux, mais serre la main du visiteur. Les autres portent le foulard, ou ont les cheveux libres. Chaque Saoudienne bricole ainsi des arrangements personnels avec la tradition et le souci du qu’en-dira-t-on, qui pèsent sur les femmes bien plus que la religion.

Vingt ans après la première «manif au volant» leur constat est amer. Le droit des femmes à conduire reste un enjeu de pouvoir pour les religieux conservateurs, officiels ou officieux. Tahany, l’une des invitées, a écrit au roi pour démonter l’un des principaux arguments du pouvoir. Seules au volant, les Saoudiennes seraient sans défense contre les chebab, les jeunes célibataires qui draguent en bande. «J’ai dit au roi: nous sommes médecins, professeurs, mères de famille. Pourquoi devrions-nous avoir peur de nos jeunes?» s’indigne-t-elle. Le problème est aussi économique. «Je n’ai pas les moyens de payer et de loger un chauffeur, explique Racha. Il est difficile pour moi de prendre des taxis, c’est mal vu dans notre société qu’une femme attende sur le bord du trottoir. Je dois appeler des services de limousine qui coûtent cher.»

«Je dois négocier avec mon mari qui est toujours mon gardien»

La voiture n’est pas le seul sujet de conversation. On parle divorce, conditions de travail, autorisation du «gardien» mâle – mari, père, frère ou fils – pour voyager. Un nouveau système, apparemment plus moderne, est ressenti par les participantes au dîner comme une régression. «Maintenant, l’autorisation de sortie du territoire doit être demandée par les femmes sur Internet, et on présente cela comme une avancée… soupire Racha, cadre dans une société d’e-commerce. Avant, où on se présentait à l’aéroport avec une autorisation écrite, la fameuse “feuille jaune” qui a été supprimée. Maintenant, il faut d’abord cocher des cases sur un écran: “femme” ou “mineur de moins de 21 ans” autorisation “pour un seul voyage” ou “pour la durée du passeport”…»

À l’aéroport, le policier pianote sur son ordinateur et envoie automatiquement un SMS au «gardien» pour lui signaler la sortie du territoire de son épouse, fille ou mère. «Une humiliation» dit Racha. En pleine séparation, elle ne sait pas si elle pourra emmener son jeune fils en voyage, l’autorisation dépendant là aussi du seul gardien: «Je dois négocier avec mon mari, qui est toujours mon gardien jusqu’au divorce. Après, ce sera mon père…»

Les changements annoncés ont du mal à convaincre. Des femmes pourront siéger à partir de 2015 au Majlis al-Choura, le conseil législatif dont les membres sont choisis par le roi. N’est-ce pas un progrès? «Pourquoi attendre 2015? Demande Aziza al-Youssef, la maîtresse de maison. Et de toute façon c’est comme donner des marrons glacés à quelqu’un qui a faim. Je serais membre du Majlis et je ne pourrais pas prendre le volant pour m’y rendre?»

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