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Objectif Tombouctou…

(Source : le figaro)

Mali: la guerre en visite guidée pour la presse internationale

Mis à jour le 28/01/2013 à 10:11 | publié le 27/01/2013 à 19:28 Réactions (21)

Les militaires maliens ont conduit les journalistes sur les cibles des bombardements de l'aviation française à Konna.
Les militaires maliens ont conduit les journalistes sur les cibles des bombardements de l’aviation française à Konna. Crédits photo : Jerome Delay/AP
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Depuis le début de ce conflit, les médias ont la plus grande difficulté à s’approcher des zones d’affrontement. Seuls ceux embarqués à bord des blindés français ont pu suivre en partie le déroulement de l’offensive

De notre envoyé spécial à Sévaré

Il y a une guerre au Mali mais on ne le voit presque pas. Il y a une guerre au Mali mais on ne la comprend pas. Et il y a une raison à cela. Depuis plus de deux semaines et le début de ce conflit, les médias ont la plus grande difficulté à s’approcher des zones touchées d’affrontement. Au fil des jours, la situation s’est détériorée. D’abord à une trentaine de kilomètres des fronts, les journalistes ont deviné, de loin, la poussée des armées françaises et maliennes vers le nord, vers Douentza, Gao puis bientôt Tombouctou. Seuls, ceux embarqués à bord des blindés français ont pu suivre le mouvement et distinguer un peu la réalité de l’offensive.

Les autres se trouvent à plusieurs centaines de kilomètres des villes reprises par les troupes qui, il est vrai, avancent bien plus vite que ne le prévoyaient les stratèges. De si loin, les rares informations ne sont souvent que des rumeurs, presque invérifiables car les téléphones sont coupés dans la partie du pays toujours aux mains des rebelles.

Tenter de suivre l’avancée par ses propres moyens, c’est se heurter aux barrages étanches que l’armée malienne a dressés sur les routes. Il s’agit d’éviter les infiltrations de djihadistes en déroute. D’éviter aussi, expliquent les officiers maliens, que des Occidentaux se fassent enlever ou servent de bouclier humain. Ce risque est réel.

«On ne peut pas tout dire, on ne peut pas tout montrer»

Reste qu’atteindre simplement Sévaré, à 580 kilomètres de Gao, et qui n’est jamais tombée entre les mains des islamistes relève déjà de la gageure. Il faut parfois contourner les points de contrôle par la brousse et négocier des heures de passage.

Pour l’étape suivante, Konna, à 55 kilomètres de Sévaré, les discussions ont pris plus d’une semaine. L’attaque de cette ville par Ansar Dine le 9 janvier avait déclenché l’intervention française. Elle a été reprise, le 18 janvier, par les forces spéciales françaises, une victoire qui a symbolisé le début de l’offensive. Une fois encore loin des regards. Car ce n’est que samedi que les journalistes internationaux ont pu s’y rendre, bien encadrés. «On ne peut pas tout dire. On ne peut pas tout montrer. Pour Konna, c’est la visite guidée», avait ainsi expliqué un officier pour le moins honnête.

On conduit donc le cortège de presse devant la préfecture, l’éphémère QG local des islamistes. Il ne reste du bâtiment qu’une carcasse éventrée par les tirs des hélicoptères français. Le parking est jonché de pick-up carbonisés. Le maire, sein de l’écharpe tricolore, attend pour chaudement remercier la France et François Hollande. Le port de pêche, lui aussi touché, par des frappes aériennes offre le même visage. Peu à peu, des témoins des combats entre l’armée malienne et les islamistes arrivent.

Un conflit mystérieux

Dans le quartier de Jamnat, les murs sont criblés d’impacts de balles. Une maison est trouée par un tir de roquette. Malick Sobodié a perdu ce jour-là sa sœur et trois nièces. Les voisins racontent la peur, l’arrivée brusque des islamistes, conduit par Amadou Kouffa, un marabout de Mopti. «Il y avait de tout parmi eux. Des Noirs comme des Arabes et des Touaregs. Ils nous ont tout de suite forcés à remonter nos pantalons et à voiler les femmes», se souvient Souleyman. Ils racontent aussi la «libération», l’entrée des troupes françaises à la nuit tombante et la fuite des islamistes. Lentement, une première image plus précise de la guerre et de l’invasion se dessine. Fugace. L’ordre est vite donné de partir.

Rarement, au cours des dernières années, une guerre aura été aussi peu accessible. Pourquoi? Nul ne le sait. La rapidité du déclenchement des combats, qui a laissé peu de temps à la préparation, est bien sûr une explication. Le peu d’habitude des troupes maliennes à communiquer en est une autre. Il n’empêche, les blocages font que la guerre au Mali est pour l’instant très mystérieuse.

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Mali: les difficultés commencent

Par Pierre Rousselin le 28 janvier 2013 9h44

malisevare.jpgL’opération Serval au Mali est bien engagée. Après avoir libéré Gao, les forces françaises sont aux portes de Tombouctou. La première phase consistait à arrêter les colonnes de djihadistes qui descendaient sur Bamako. La deuxième vise à reconquérir le fleuve Niger et à chasser l’ennemi des villes le long de la rivière. La progression s’effectue sans mauvaises surprises, l’ennemi préférant s’évanouir dans le désert plutôt que de résister à une force bien supérieure.

Le plus difficile reste à faire.

Il faudra d’abord, sans apparaître comme une force d’occupation, tenir les villes libérées en évitant que les soldats maliens se livrent a des exactions sur tout Touareg soupçonné de complicité avec les djihadistes.  Le combat va se poursuivre dans le désert, où les distances sont décuplées, face à des groupes aguerris et très mobiles, capables de mener des actions de harcèlement et de monter des attentats terroristes.  En creusant des brèches dans le front djihadiste, la progression des troupes ouvre des perspectives politiques. Il va falloir en profiter pour offrir aux Touaregs une alternative à l’alliance avec Al Qaida.  Les succès initiaux de l’intervention française ont impressionné une communauté internationale très peu mobilisée. Au moment où les difficultés commencent, il est essentiel d’obtenir des soutiens solides. Après quelques hésitations, les États-Unis ont compris l’enjeu. Il faudrait que leur exemple soit suivi par le reste de nos alliés.

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Mali : nouvel appui logistique des États-Unis

Mis à jour le 28/01/2013 à 10:09 | publié le 27/01/2013 à 19:42 Réactions (1)

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Outre deux avions de transports américains C-17 qui ont permis le transport de troupes, Washington aidera les forces africaines.

Les États-Unis ont finalement accepté de ravitailler en vol les avions français participant à l’intervention au Mali, cela gratuitement et sans compensation. Cette décision, cruciale pour permettre aux appareils français d’assurer une permanence aérienne au-dessus du vaste espace sahélien, a fait l’objet d’âpres tractations transatlantiques. Elle a finalement été annoncée samedi par le Pentagone, à la suite d’un coup de fil entre Jean-Yves Le Drian et son homologue Leon Panetta et, surtout, d’une conversation, vendredi soir, entre François Hollande et Barack Obama, leur deuxième entretien depuis le début de l’opération «Serval», le 11 janvier. À Paris comme à Washington, on tient manifestement à faire valoir que la séquence de frictions bilatérales autour du soutien américain à l’intervention au Mali est désormais close. L’ambassadeur américain à Paris, Charles Rivkin, recevra lundi matin à l’Hôtel de Brienne les remerciements du ministre de la Défense. Qualifiées de «techniques» par les diplomates, les discussions de ces derniers jours ont tout de même pris un tour nettement plus crispé lorsque les Américains ont voulu facturer au prix fort l’envoi de leurs gros avions de transports C-17, une exigence fermement rejetée par Paris. Au début de la semaine dernière encore, les réticences de Washington à fournir un appui aérien ont conduit l’ambassadeur de France, François Delattre, à décrocher son téléphone pour battre le rappel à la Maison-Blanche.

À ce stade, outre les trois ravitailleurs KC-135 qui vont être dépêchés de la base de Moron, en Espagne, l’aide américaine comprend des moyens de renseignements (notamment le drone d’observation en haute altitude Global Hawk, qui patrouille au-dessus du Mali) et des moyens de transport aérien. L’entrée en action de deux C-17 a ainsi permis vendredi l’acheminement de 350 militaires français depuis le centre de regroupement de Miramas (Bouches-du-Rhône) et, samedi, le transport à Gao de soldats nigériens et tchadiens depuis le Niger.

Aide aux Tchadiens

Par ailleurs, les Américains apporteront leur soutien au déploiement des forces africaines de la Misma. Un courrier diplomatique français, daté de samedi et dont Le Figaro a eu connaissance, révèle le feu vert du Département d’État à l’envoi, sous deux à quatre semaines, d’une aide logistique au bataillon ivoirien. Celui-ci pourrait en outre bénéficier d’un entraînement sous la houlette du commandement Africom. Par ailleurs, Washington s’engage à un «soutien complet et immédiatement effectif» au contingent tchadien (vivres, eau, transport aérien). La note mentionne également l’équipement de l’état-major de la Misma, un soutien pour l’évacuation médicale d’urgence et la fourniture de 50 à 200 véhicules de transports de troupes lourds (dont une quinzaine équipera le contingent sénégalais). Au total, Washington «montre une forte volonté de se coordonner avec notre pays», conclut le télégramme diplomatique français. Il souligne aussi que les Américains ont demandé à leurs «contractors» (les opérateurs militaires privés) «de prendre l’attache des points de contact français à Bamako».

Autant de soutiens qui ne remettent pas en cause la «ligne rouge» américaine – pas d’intervention militaire directe -, pas plus qu’ils n’infirment les doutes de Washington sur l’opération en cours. Mais la lutte contre les groupes terroristes, quoique essentiellement sous-traitée aux Européens, nécessitait tout même un geste de soutien. Ce dernier était jugé «suffisant», dimanche à l’Élysée, ce qui n’empêchera pas nombre d’observateurs d’estimer qu’il s’agit là du service minimum.

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(Source : RFI)

Tombouctou bientôt sous contrôle

La grande mosquée Djinguereber de Tombouctou.

La grande mosquée Djinguereber de Tombouctou.

RFI/ D.R
Par RFI

Les frappes ciblées de l’aviation française se poursuivent dans le nord du Mali. Des raids ont visé dimanche 27 janvier les environs de Tombouctou pour préparer l’avancée des militaires maliens et français. Ces derniers contrôlent, depuis quelques heures ce lundi, l’aéroport de la ville. Après la libération de Gao ce week-end, les militaires français et maliens se sont ainsi lancés dans celle de Tombouctou, ville symbole de la poussée islamiste, où des mausolées ont été détruits l’an dernier.

Les armées françaises et maliennes ont pris dans la nuit le contrôle de l’aéroport de Tombouctou, situé à environ 6 km du centre-ville. D’après nos informations, des précurseurs de l’armée malienne étaient déjà rentrés à Tombouctou dans la nuit.

La grande mosquée de Djinguereber est contrôlée en partie par l’armée malienne et on signale des scènes de liesse populaire. Mais avant de partir, les islamistes ont brûlé plusieurs bâtiments de la localité, et se sont attaqués, d’après un témoin fiable, aux habitants de la localité avant de partir.

Ousmane Hallé,Maire de Tombouctou : Il ne faut pas qu’on vienne nous libérer et qu’on rentre dans des saccages, des réglements de compte. Il faut que cette armée française sache qu’elle a mérité de venir à Tombouctou libérer les Tombouctiens, qui sont des braves gens et savent respecter l’autre. On parle d’un endroit où se trouvaient des manuscrits de Tombouctou qui aurait été brûlé par les islamistes. Les forces franco-maliennes devraient en principe rentrer, dans la matinée de ce lundi, dans le centre-ville de Tombouctou, où les islamistes n’étaient plus visibles.

Même stratégie qu’à Gao

Cette libération a été déclenchée à minuit après deux jours d’avancées et de reconnaissance depuis Léré, dans la région de Tombouctou. Les soldats maliens ont pris l’aéroport de la ville sans rencontrer de résistance. C’est une colonne de pick-up qui a géré cette opération. Les forces spéciales françaises les ont ensuite rejoints au niveau du tarmac pour sécuriser la zone. Cette offensive était appuyée par l’aviation, notamment par des hélicoptères et par des drones pour surveiller tout mouvement adverse. L’opération s’est faite dans le noir, à la lumière de la lune. L’électricité est en effet toujours coupée à Tombouctou. La ville est coupée du monde depuis une semaine. Il n’y a pas de réseau de téléphone. Le processus militaire est donc le même qu’à Gao : avancer de nuit, prendre les positions stratégiques. Un pont aérien s’est immédiatement mis en place pour acheminer des renforts en hommes et en matériel. Depuis cette prise de l’aéroport, les forces maliennes poursuivent leur pénétration tout doucement vers la ville pour prendre les petites rues de la mythique cité. Ils craignent bien évidemment la présence d’éléments infiltrés, qui pourraient tenter des actes de guérilla urbaine.

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(Source : les Echos)

Mali : les soldats contrôlent les accès et l’aéroport de Tombouctou

Par Les Echos | 28/01 | 09:32 | mis à jour à 10:13

Le colonel Thierry Burkhard indique que les troupes françaises et africaines contrôlent désormais la «Boucle du Niger». Laurent Fabius a assuré sur France 2 qu’«il n’y aura pas d’enlisement». Jean-Luc Mélenchon pointe une évolution des «buts de guerre de la France».

Chars français - DR

Chars français – DR

9h48 : Les buts de guerre « ont évolué », selon Jean-Luc Mélenchon – Le co-président du Parti de gauche a pointé lundi une évolution des buts de guerre de la France au Mali, et mis en garde contre des problèmes politiques prévisibles dans ce pays. Interrogé par Europe 1 sur l’offensive française dans la boucle du Niger, l’eurodéputé a relevé : « Les buts de guerre de la France ont évolué à mesure de la bataille. Au début, il s’agissait de stopper une colonne, puis il a été question de traquer les islamistes et nous voici partis pour reconquérir tout le nord du Mali ». « Si nous reprenons le nord Mali -ce que je souhaite, puisque je souhaite la victoire de nos armées, pas leur défaite, évidemment -nous aurons le problème suivant : à qui allons-nous remettre le nord Mali ? », a poursuivi l’ex-candidat à l’Elysée. « Le gouvernement n’est pas légitime puisqu’il est le résultat d’un coup d’Etat. » Par ailleurs, a observé Jean-Luc Mélenchon, « avant que les islamistes ne s’infiltrent, le nord Mali était en état de sécession, dirigé par des Touaregs qui sont des Berbères ». De loin, « c’est une masse confuse d’indigènes folkloriques, mais vu de près, ce sont des gens en chair et en os qui ont des revendications historiques », a-t-il observé. Pour lui, « la première phase, ce sont des élections libres et démocratiques » au Mali. « L’Afrique, pour pouvoir se développer, a besoin que l’on cesse avec les politiques néolibérales, sinon toutes les cinq minutes, il va falloir réintervenir pour empêcher tel état de s’effondrer », selon le coprésident du PG.

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8h37 : Alain Juppé appelle à « une force diplomatique très active » -L’ancien Premier ministre Alain Juppé (UMP) a souhaité lundi une « force diplomatique » française « très active » pour oeuvrer en faveur d’un consensus international, « qui se fissure un peu » selon lui, autour de l’action militaire française au Mali. Sur RTL, le maire de Bordeaux s’est réjoui de l’avancée militaire éclair vers le nord de ce pays : « Tant mieux, c’est la traduction sur le terrain de l’excellence de nos forces armées ». « Ca ne nous empêche pas de continuer à réfléchir aux conditions de réussite », a objecté l’ancien ministre, en multipliant les questions : « Qu’est-ce qui se passe à Bamako, où l’ordre constitutionnel n’a pas été rétabli », « Comment éviter que les troupes maliennes ne se livrent à des exactions », « Comment impliquer davantage nos partenaires européens ? » « Il faut une force diplomatique très active, parce qu’aujourd’hui, le consensus international se fissure un peu : l’Egypte, la Tunisie, le Qatar émettent des critiques », a observé l’ex-ministre des Affaires étrangères. « Oui pour soutenir cette opération parce que nos soldats sont déployés », mais « cela ne nous empêche pas de garder un oeil vigilant », a-t-il résumé.

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7h56 : « Pas d’enlisement », assure Laurent Fabius – Invité de l’émission « Les 4 vérités » sur France 2, le ministre des Affaires étrangères a assuré qu’«il n’y aura pas d’enlisement». Il a aussi précisé que « vendredi, le gouvernement malien a rendu publique une feuille de route, pour que les perspectives politiques avancent ».

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7h55 : Contrôle des accès et de l’aéroport de Tombouctou – Des soldats français et maliens contrôlaient lundi matin les accès et l’aéroport de Tombouctou (Mali) à l’issue d’une opération terrestre et aérienne menée dans la nuit, a-t-on annoncé de sources françaises et malienne. Les forces françaises et africaines contrôlent désormais la « Boucle du Niger » entre les deux bastions islamistes de Tombouctou (900 km au nord-est de Bamako) et Gao (1.200 km au nord-est de la capitale malienne), a annoncé à l’AFP le porte-parole de l’état-major des armées (EMA) à Paris, le colonel Thierry Burkhard. Ce contrôle a été réalisé en 48 heures, a souligné le porte-parole de l’Etat major, sans « aucune résistance » des islamistes, a confirmé à l’AFP un officier supérieur de l’armée malienne. « Nous contrôlons l’aéroport de Tombouctou. Nous n’avons rencontré aucune résistance. Il n’y a aucun problème de sécurité en ville », a ajouté cette source. La manoeuvre conjointe des forces françaises de l’opération Serval et des forces maliennes s’est déroulée avec un appui de patrouilles d’avions de chasse français, a précisé le colonel Burkhard, à propos de la prise de contrôle de la Boucle du Niger. Le groupement tactique interarmes (GTIA) 21, venant de l’axe Diabali, Néré, Goundam a saisi l’aéroport de Tombouctou. Dans le même temps, un largage de parachutistes avait pour objet de bloquer les « exfiltrations ennemies » tandis qu’un groupement aéromobile (hélicoptères) était engagé en appui de ces deux forces.

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(Source : l’express)

Intervention au Mali: les forces franco-maliennes aux portes de Tombouctou

Par , envoyé spécial au Mali, publié le 28/01/2013 à 07:34, mis à jour à 09:17

L’alliance franco-malienne s’apprête à entrer dans Tombouctou. Notre envoyé spécial aussi, même si la montée vers « la Cité des 333 Saints » n’a rien d’une promenade de santé. Récit.

Cette fois, ça passera. Hier samedi, impossible d’emprunter la route qui, depuis Diabaly, file plein nord vers Léré, voire -Inch’Allah- jusqu’à Tombouctou. Le colonel Seydou Sogoba, commandant de la place, avait reçu des instructions, au demeurant contradictoires. En l’espace de cinq minutes, ce fut non, puis oui, puis pas question.

Ce dimanche, nouvelles consignes: libre aux journalistes étrangers de tenter leur chance. A condition de rester sourd à la rumeur qui prédit assauts et embuscades de djihadistes planqués. Et de montrer patte blanche; en clair, de dégainer l’accréditation délivrée à Bamako par le ministère de la Communication. Au-delà des 25 premiers kilomètres, et des deux modestes check-points de l’armée malienne, plus rien. Sinon le cadavre d’un âne, quelques carrioles et leur chargement de bois abandonnés en rase campagne, ou la carcasse d’un pick-up plié en deux.

Quelques troupeaux sans berger; et, plus rarement, un berger sans troupeau: nos deux 4X4 foncent donc sous un ciel bas et gris dans ce no man’s land de brousse et de savane, sur un ruban de poussière ocre, puis sur un goudron qui a connu des jours meilleurs. A partir de Nampala, bourg sans âme qui vive à mi-parcours, changement de surface: la piste se fait sinueuse, sableuse puis boueuse. Car la pluie s’en mêle. Une pluie drue, pas vraiment de saison, qui transforme bientôt le sol en patinoire. Tidjani, notre chauffeur, y met du sien, enchaînant deux tête-à-queue ponctués d’un double salto-arrière. Le second sera d’ailleurs fatal à un épineux qui avait pourtant eu le mérite de freiner notre figure libre.

Cité-fantôme

A 30 kilomètres de Léré, nouveau pépin. Plus sérieux celui-là: une bielle coulée au milieu de nulle part. Si la Toyota de nos confrères de l’AFP entreprend de nous tracter, il faut très vite renoncer à cet attelage aléatoire. Bref, nous laissons notre voiture en rade, à hauteur d’un village tamasheq désert, avant de nous entasser dans le véhicule de tête. Vers 16H30, notre équipée entre dans Léré, que les militaires français ont quitté la veille. Une cité-fantôme, qui semble sortir peu à peu d’une longue nuit.

D’autant que les trois-quarts de ses habitants ont fui dès le 26 janvier 2012, date de sa conquête par les rebelles touareg du MNLA, qu’évinceront bientôt les islamistes d’Ansar-Eddine. Lesquels ont bien sûr imposé au dernier carré des autochtones une version rigoriste de la charia. Rigoriste, mais moins barbare qu’à Gao ou Tombouctou. « La barbe et le pantalon court pour les hommes, le voile pour les femmes et les fillettes, des coups de fouet, mais pas d’amputations, précise Kalifa Cissé, mécanicien au chômage. La radio tolérée, mais pas de musique. » Au prosélytisme pesant des zélotes du djihad, les locaux opposeront un certain art de la résistance passive. L’imam du cru persiste à prêcher à la mosquée, invitant mezza voce ses fidèles à esquiver les diktats de l’occupant. C’est d’ailleurs en vain que celui-ci ordonne que le marché hebdomadaire n’ait plus lieu le vendredi, jour sacré entre tous.

Signe que la vie reprend ses droits: ce dimanche soir, Kalifa écoute -religieusement- sur RFI Ondes courtes la retransmission des matches du jour de la Coupe d’Afrique des Nations. Et le Mali? « Dernière rencontre demain, contre le Congo-Kinshasa. Décisive pour l’accession aux quarts. Ce sera à qui perd perd. »

Demain, au lever du jour, nous reprendrons notre méharée mécanisée là où nous l’avons laissée. Cap sur Tombouctou, dont la reconquête paraît imminente. D’ici là, il faut dénicher un véhicule capable de rapatrier le 4X4 naufragé. Ousmane, notre logeur, en a trouvé un. Au prix fort: son propriétaire exige pour l’opération 200000 francs CFA, soit plus de 300 euros. Une fortune. Au terme d’âpres négociations, le racketteur transigera à 100000. Message à destination du service Comptabilité de L’Express: pour la facture, c’est pas gagné.

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(Source : le figaro)

Mali : les forces françaises aux portes de Tombouctou

INFOGRAPHIE – Après avoir pris Gao, les militaires de l’opération «Serval» ont pris le contrôle des accès à la ville historique du désert.

C’est un tournant dans la guerre au Mali. Deux semaines après le déclenchement de l’opération «Serval», les forces françaises et maliennes contrôlent l’aéroport de Tombouctou et les accès routiers à la ville, au terme d’une opération terrestre et aérienne menée dans la nuit de dimanche à lundi. Les forces armées n’auraient rencontré aucune résistance de la part des islamistes. Après avoir pris Gao, samedi, les militaires français et maliens ont foncé vers le nord-ouest et se sont arrêtés devant cette ville historique, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Le double mouvement militaire vers Gao et Tombouctou a été précédé d’une trentaine de sorties aériennes, selon le ministère français de la Défense. Avec la prise des accès à Tombouctou, la coalition contrôle désormais la «Boucle du Niger», entre la cité du désert et Gao.

«On n’entre pas comme ça dans Tombouctou»

La conquête de la ville n’est cependant pas acquise. «Les troupes françaises et maliennes ne sont pas encore au centre-ville. Nous avons quelques éléments en ville, peu nombreux. Mais les islamistes ont fait des dégâts avant de partir. Ils ont brûlé des maisons et des manuscrits. Ils ont battu jusqu’au sang les populations qui manifestaient leur joie», affirme un soldat malien.

«Tombouctou, c’est délicat. On n’y entre pas comme ça», souligne un autre militaire malien. Les soldats devront pénétrer dans un dédale de ruelles de pisé parsemées de mosquées et de monuments anciens. Toute la question est de savoir si les combattants islamistes ont l’intention de s’y retrancher afin d’y mener une guérilla urbaine, ou s’ils abandonneront la ville afin de se replier dans des lieux plus sûrs.

Gao, à 1200 km au nord-est de Bamako, était tombée samedi au cours d’une opération spectaculaire: des membres des forces spéciales françaises appuyés par l’aviation s’étaient d’abord emparés de l’aéroport et d’un pont stratégique.

Puis des soldats tchadiens et nigériens étaient venus par avion du Niger voisin, marquant ainsi l’entrée des troupes de la force africaine sur le théâtre des opérations malien.

La prise de Tombouctou risque de se révéler plus difficile. Gao était tenue par le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) qui semble avoir voulu au dernier moment parlementer avec la France. Un porte-parole avait affirmé samedi vouloir «négocier la libération» d’un otage français, Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en novembre 2012 dans l’ouest du Mali. Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a répondu en refusant «les logiques de chantage».

Un chef d’Aqmi réfugié à Kidal

Tombouctou, en revanche, est aux mains des combattants en majorité arabes d’Aqmi, (al-Qaida au Maghreb islamique) plus aguerris et déterminés.

Une troisième ville reste à prendre: Kidal, plus au nord-est. C’est là que se seraient retirés l’Algérien Abou Zeid, l’un des principaux émirs d’Aqmi, et Iyad ag Ghali, le chef d’Ansar Dine, le mouvement islamiste armé touareg. La maison que possède ce dernier à Kidal a d’ailleurs été bombardée par l’aviation française, ainsi qu’un camp militaire, selon une source de sécurité malienne citée par l’Agence France-presse.

Les islamistes se seraient abrités dans les montagnes de la région. Avec ce repli, pourrait commencer une nouvelle phase du conflit. Après les offensives éclair des blindés légers sur roues traçant dans les grands espaces, une guerre de guérilla et de coups de main pourrait commencer. Immergés dans la population, où ils ont noué de nombreuses alliances, les djihadistes pourraient décider de mener un combat de guérilla, voire d’attentats terroristes sur les arrières.

Ils devraient se retrouver progressivement face aux troupes africaines. Les chefs d’état-major de la région ont porté samedi à 7700 hommes les effectifs promis dans le cadre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) soit 2000 de plus que prévu.

Le cavalier seul du Tchad

Liberia, Guinée-Bissau, Burundi, Guinée et Ouganda doivent y être associés, mais on ignore si les problèmes de financement, de transport et d’équipement ont été résolus. Pour l’heure, seuls 1900 soldats africains sont arrivés au Mali. Le chef de l’État béninois, Boni Yayi, président sortant de l’Union africaine (UA), a déploré dimanche la lenteur de la réaction du continent. «Comment se fait-il que, face à un danger qui menace ses propres fondations, l’Afrique, bien qu’elle ait les moyens de se défendre, continue à attendre?» a-t-il demandé lors d’un sommet de l’UA à Addis-Abeba, avant de remettre la présidence à l’Éthiopie.

Le Tchad, seul pays africain à être intervenu sans délai, ne fait pas partie de la Misma. Après les soldats envoyés par avions sécuriser Gao, une longue colonne de véhicules blindés et de plusieurs centaines de militaires tchadiens, bien équipés et rompus à la guerre du désert, a quitté Niamey samedi en direction du Mali. La montée en puissance sur le terrain de ce pays au régime controversé risque de poser à terme un problème politique à la France. Les islamistes ­touaregs, eux, retrouveront de vieilles connaissances. Des éléments de la garde présidentielle s’étaient retrouvés à leurs côtés pour défendre Kadhafi. Cette fois, ils seront ennemis.

 

 

 

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