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Archive for février 2013

le Pouvoir aux affaires… les affaires du Pouvoir…

Le Premier ministre kosovare est à la tête du pays… et de la famille.

De quoi alimenter la polémique dans une situation plus que préoccupante.

(Source : Courrier des Balkans)

Politique et business : comment la famille Thaçi a mis le Kosovo en coupe réglée

Traduit par Nerimane Kamberi -Mise en ligne : jeudi 28 février 2013
Dans la famille Thaçi, il y a Hashim, le Premier ministre, mais il y a aussi Blerim le promoteur, qui construit des appartements de luxe à Pristina, et Idriz, l’homme des travaux public et des appels d’offres vite remportés. Et puis il y a Gani, le grand frère qui assure, boss local des assurances… En cinq ans, la famille Thaçi a réussi à bâtir un véritable empire qui touche tous les secteurs rentables de l’économie.

Par Parim Olluri

Le 17 février 2008, un mois après avoir été nommé Premier ministre, Hashim Thaçi lisait la déclaration proclamant l’indépendance du Kosovo. Depuis, il entame sa sixième année au pouvoir et reste le politicien le plus puissant du pays. Il est toujours le préféré des diplomates étrangers pour les négociations avec la Serbie et il arrive à « tenir » le gouvernement, malgré la faible majorité que lui assure sa coalition avec l’Alliance pour le Kosovo nouveau (AKR) et les minorités. Le Premier ministre a refusé d’élargir cette coalition en s’entendant avec l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK) de Ramush Haradinaj. Il a imposé comme premier vice-président de son Parti démocratique du Kosovo (PDK) l’ancien chef du SHIK, Kadri Veseli, balayant l’opposition et les critiques du numéro deux du parti, Jakup Krasniqi, par ailleurs président du Parlement.

Le Premier ministre est souvent décrit comme un politicien beaucoup plus disposé à saisir les opportunités du moment qu’à tenir des engagements de longue durée, comme le montrent, par exemple, ses relations avec les services secrets français. L’influence du Premier ministre s’étend aussi à la sphère économique. Il a développé des liens étroits avec les milieux d’affaires tandis que ses frères ont tous créé leurs propres entreprises dans les mois qui ont suivi son arrivée au pouvoir…. Ces entreprises sont actives dans la construction immobilière, le commerce d’essence, les ressources minières, l’énergie et les assurances. En cinq ans, les Thaçi ont édifié un véritable empire.

Quand il est arrivé au pouvoir, Hashim Thaçi a ouvert les portes de son cabinet aux caméras pour les réunions du gouvernement et il a promis de la transparence. Pourtant, il a toujours refusé de répondre à toutes les questions sur son influence économique, ses affaires et celles de la famille.

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Blerim Thaçi, le promoteur

Une entreprise a été inscrite au Registre du Commerce du Kosovo (ARBK) le 14 janvier 2009, un an après l’arrivée de Hashim Thaçi au pouvoir. Blerim Thaçi, le frère cadet du Premier ministre est actionnaire de la société Iliria Building, qui a construit en 2012 un complexe de 102 appartements d’une valeur de plusieurs millions d’euro dans le quartier Mat I à Prishtina. Blerim Thaçi est associé avec Milaim Cakiq, un entrepreneur de Drenas/Glogovac, mais il a refusé de répondre à nos questions sur l’origine des fonds qui ont permis la construction de ce complexe. Blerim Thaqi a aussi enregistré en novembre 2009 une autre société, nommée Odetjon, qui a pour principale activité la construction et le commerce. Le nom de cette entreprise n’apparaît dans aucun appel d’offres, et l’on ignore si elle a des activités réelles.

Idriz Thaçi et le business des minéraux

Geo Mineral est une petite entreprise, légalement domiciliée dans le village d’Astrazub, près de Malishevë/Malisevo, une petite commune administrée par le PDK. Idriz Thaqi serait le gérant de Geo Mineral, qui a été enregistrée en 2008, cinq mois seulement après que Hashim Thaçi soit devenu Premier ministre. Idriz Thaçi, comme son frère Blerim, a refusé de fournir les moindres explications sur les activités de sa compagnie. On sait que celle-ci a été engagée comme sous-traitant de Bechtel-Enkas dans la construction de l’autoroute du Kosovo. Elle a aussi remporté trois autres appels d’offre publics de la Compagnie d’électricité du Kosovo (KEK), pour une valeur totale d’environ 1,6 million d’euros. Le fournisseur en essence de Geo Mineral n’est autre que Kosova Petrol, propriété d’un ancien conseiller du Premier Ministre Hashim Thaçi et ancien député du PDK. Bedri Selmani est un homme d’affaires qui possède plus de 20 stations-essence qui appartenaient à l’ancienne compagnie yougoslave INA, mais qui n’a jamais versé le moindre centimes à l’État : on estime qu’il a ainsi causé des pertes fiscales aux institutions du Kosovo d’une valeur de plus de quatre millions d’euros…

Hajati Banjica figure officiellement sur les registres de l’ARBK comme propriétaire de la compagnie Geo Mineral qui gère des carrières, tandis que son fils Visar Banjica est le propriétaire de OVE Group, une compagnie spécialisée dans le commerce des métaux. Geo Mineral a changé plusieurs fois de propriétaires, et ces changements ne semblent pas avoir été effectués dans le respect des règles de procédure.

Gani Thaçi, le grand frère qui assure

Gani Thaçi est le frère aîné du Premier ministre du Kosovo. Il est actuellement directeur-adjoint du Bureau kosovar des assurances, organisation créée par les compagnies privées d’assurance mais placée sous la supervision de la Banque centrale du Kosovo. À ce titre, il touche un salaire de 3.500 euros par mois. L’été dernier, il avaut été élu à la tête de ce bureau, avec un salaire de plus de 4.000 euros, mais il a donné sa démission au bout de trois semaines, officiellement pour des raisons personnelles ». Le Conseil d’ Administration de la BKS avait décidé en septembre dernier de lui donner un bonus parce qu’il aurait empêché une fraude dans le domaine des assurances. Gani Thaçi s’était déjà fait connaître en 2000 pour une médiation dans le business privé. À cette époque, Hashim Thaçi achevait son mandat de Premier ministre du gouvernement provisoire du Kosovo. En janvier 2000 la police de la MINUK avait perquisitionné l’appartement de Gani Thaçi suite à un incident avec une arme à feu. L’arme a été retrouvée sous l’oreiller d’un lit d’enfant, et la police a aussi découvert 250.000 dollars. La BBC avait écrit, en avril 2000, que « Gani a déclaré a la police que l’argent lui avait été donné par une compagnie de construction canadienne qui travaille au Kosovo, Meridian Ressources ». L’article explique que le frère du Premier Ministre actuel avait travaillé comme « médiateur » pour cette compagnie canadienne. Le directeur de la compagnie, Shaun Going reconnut que Gani Thaçi avait été payé 60.000 dollars pour des services de « médiation ». « Gani aidait la société canadienne à passer des accords avec des entreprises contrôlées par son frère Hashim Thaçi », poursuivait l’article de la BBC. Et Shaun Going de conclure qu’au Kosovo, « il est difficile de monter un business sans passer par les anciens membres de l’UÇK. Ce sont eux qui contrôlent tout dans le pays »…

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A l’est, rien de nouveau….

Le Courrier des Balkans publie un article intéressant sur les vives tensions ethniques au Kosovo, malgré le silence assourdissant de nos médias. Il est à craindre que le réveil soit brutal si aucune mesure efficace n’est prise pour y mettre un terme.

(Sources : Courrier des Balkans)

Kosovo : le KPS renforce sa présence à Mitrovica

Traduit par Jacqueline Dérens
Publié dans la presse : 21 février 2013 -Mise en ligne : vendredi 22 février 2013
Suite à de nombreux attentats ces derniers mois, la police du Kosovo (KPS) a annoncé son intention de renforcer les contrôles dans le nord du Kosovo, en particulier à Mitrovica, dans les quartiers ethniquement « mixtes » de Bošnjačka mahala et des Trois-Tours. Pour sa part, la police serbe est intervenue au moins à deux reprises, ces derniers mois, dans le nord du Kosovo.
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Les unités spéciales du KPS

La police du Kosovo (KPS) renforce sa présence à Mitrovica nord, à la suite d’une série d’incidents récents. Ergin Medić, directeur adjoint régional du KPS a précisé que les contrôles de véhicules et de piétons seraient renforcés, surtout la nuit. « La police a renforcé sa présence dans les zones multiethniques de la ville, dans les quartiers de Bošnjačka mahala et de Tri Solitera ». Le directeur adjoint a précisé que ces mesures de sécurité resteraient en place jusqu’à nouvel ordre. Plus d’une vingtaine d’incidents ont eu lieu au nord du Kosovo ces deux derniers mois. La police a qualifié ces évènements « d’actes mettant la sécurité publique en danger ». Des explosifs, des grenades et diverses armes à feu ont été utilisés. Le plus grave de ces incidents a eu lieu à Mitrovica le 4 février dernier. Une bombe a été lancée sur une maison appartenant à la famille Vučetić dans Bošnjačka mahala, mettant le feu à la maison et blessant deux enfants. Plusieurs bombes incendiaires ont été lancées sur des maisons du quartier de Tri Solitera, ne faisant que des dégâts matériels. Le dernier incident date du 21 février quand un bus scolaire du village de Muađere, habité par des Albanais, a été attaqué à coups de pierre. Aucun enfant n’a été blessé. La police du Kosovo n’a pas retrouvé les auteurs de ces multiples incidents. Parallèlement, le quotidien serbe Politika rappelait dans son édition de jeudi que la police serbe est intervenu au moins à deux reprises dans le nord du Kosovo. Ainsi, les hommes du MUP ont arrêté, le 31 octobre dernier, Slavoljub Jović, accusé d’avoir tenté de tuer deux soldats de la Kfor. L’automne dernier, la gendarmerie serbe avait également pénétré au Kosovo pour détruite les barricades érigées par les Serbes près des passages frontaliers de Jarinje et de Brnjak.

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Kosovo, l’impasse…

(Source : Courrier des Balkans)

La question des Serbes du Kosovo reste toujours sans réponse, faute d’un accord entre les parties, les tensions, elles, demeurent…

Dialogue Serbie-Kosovo : pas d’accord à Bruxelles

Mise en ligne : mercredi 20 février 2013
Les Premiers ministres serbe et kosovar, Ivica Dačić et Hashim Thaçi, ne sont pas parvenus à s’entendre sur un accord lors du cinquième round de négociations qui s’est déroulé mardi et mercredi à Bruxelles, avec la médiation de Catherine Ashton, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères.

Les discussions ont achoppé sur la question de l’abolition des institutions parallèles des Serbes au Nord du Kosovo. Après une première rencontre de trois heures mardi, les deux parties se sont à nouveau retrouvées mercredi, pour une réunion qui a duré plus de quatre heures.

« Le dialogue entre Pristina et Belgrade va se poursuivre tant que n’aurons pas conclu d’accord », a prévenu la porte-parole de Catherine Ashton, Maja Kocijančić.Selon l’agence Tanjug, le principal point de discussion a porté sur la Cour municipale de Kosovska Mitrovica, qui est administrée par EULEX dans le cadre du système judiciaire kosovar, mais qui n’est plus en activité depuis cinq ans, en raison de l’opposition de la population et des autorités locales, qui refusent aux juges et aux procureurs l’accès au bâtiment. Il y a des progrès, mais aucun accord pour le moment sur ce dossier, selon les confidences d’un diplomate européen à Tanjug. Le prochain round de discussions est prévu pour le 4 mars.

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De la crise sociale…

La crise est un terme qui revient souvent dans les discussions, dans l’actualité, au point d’être un peu vidé de son sens. Une crise est une situation de déséquilibre, un événement ponctuel ou durable qui entraîne des conséquences plus ou moins importantes, d’un simple aménagement local et temporaire, à une révolution une remise en cause du régime ou du système en place. On peut distinguer plusieurs types de crises : politique, économique, alimentaire, sociale, environnementale…

La crise sociale est particulière car elle plonge ses racines très souvent dans d’autres crises (politique, économique…), elle a cette particularité de générer des conséquences graves, elle peut facilement et rapidement remettre en cause l’ordre établi, la structure même de la société, et pas seulement les dirigeants ou les classes dirigeantes en général.

Une inversion des valeurs est très envisageable, ce que l’on tenait pour acquis, pour immuable, peut s’effondrer soudainement. Le printemps arable en a donné un parfait exemple, l’effondrement du régime communiste avant lui également, et avant lui la révolution de 1917, et avant lui encore, celle de 1789…

Quoi qu’il en soit, c’est toujours le peuple qui prend le pouvoir, il le garde rarement. Soit il le confie à des élites dirigeantes dans une démarche volontaire, soit il se fait confisquer le pouvoir par ces élites… jusqu’à la prochaine révolution…

Dans le second cas, il faut une solide connaissance du fonctionnement et de la psychologie des foules. En ce sens, Gustave Le Bon a écrit et publié de parfaits manuels qui sont toujours d’actualité. Dès que l’on comprend son mode de fonctionnement, on peut aisément mener une foule, mais il faut toujours garder à l’esprit que si une foule peut suivre un meneur comme un troupeau suit aveuglément son berger, elle peut décider de changer de berger lorsque les circonstances l’exigent. La foule est facilement manipulable, mais elle peut tout au si facilement se retourner contre ses meneurs…

C’est en cela que la crise sociale est si particulière, sa structure et ses conséquences peuvent revêtir des formes inattendues, surprenantes au premier coup d’œil, en réalité ces forme correspondent à des schémas bien établis. Le tout est de connaître ces schémas et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Actuellement, la crise sociale qui se met en place sur le thème de l’emploi n’est pas anodine. En effet, l’emploi révèle plusieurs aspects fondamentaux de la vie sociale.

L’aspect économique tout d’abord, est devenu incontournable pour assurer le quotidien. Désormais on ne peut se loger, se nourris, se vêtir, se déplacer dans moyens financiers. Une source constante de revenus est indispensable pour assurer les besoins premiers, vitaux, de chaque individu. Notre société de consommation nous y pousse, nous y contraint.

L’aspect social ensuite est important, on ne porte pas le même regard sur une personne disposant d’un emploi , que sur une autre sans emploi. C’est un marqueur social, on se positionne dans la société, vis-à-vis de ses congénères selon la possession d’un emploi, et même selon le type d’emploi  que l’on occupe. Il y a là une dimension double, on se sent exister à travers le type d’activité que l’on exerce, la fonction que l’on occupe, mais aussi l’utilité que l’on a au sein de la société. La place hiérarchique de l’individu est importante, malgré de nombreux paradoxes. Un éboueur sera plutôt mal considéré malgré une utilité évidente, on s’en rend compte lors des grèves des éboueurs, lorsque les poubelles et les détritus envahissent les rues. Un employé de bureau pourra être parfaitement inutile, sa fonction sera tout de même valorisante par rapport à la structure qui l’emploie. On le voit, l’utilité se limite donc à cette dualité : employé ou sans emploi, la hiérarchie sociale a pris le pas sur l’utilité réelle de l’individu.

Ainsi, la perte d’un emploi est vécue comme une tragédie, c’est l’absence d’un marqueur social vu comme un profonde injustice dont les responsable est l’employeur, un dirigeant politique, un actionnaire…

Les conséquences peuvent être symboliques comme les pères retranchés en haut d’une grue le 17 février 2013 pour attirer l’attention des élus sur la garde d’enfants qui, selon eux, est très majoritairement accordée à la mère, lésant ainsi le droit des pères. Cette action médiatique au eu pour effet une étude de ce point juridique par le ministère de la justice sous la direction du ministre Taubira.

D’autres conséquences peuvent être dramatiques comme ce demandeur d’emploi qui s’est immolé devant l’agence Pôle Emploi de Nantes le 13 février 2013 (et ce n’est pas le seul dans ce cas). C’est un premier échelon : l’individu en fin de droit ou en fin de contrat s’en prend à lui-même, quitte à aller jusqu’aux actes les plus graves. Le second échelon est bien différent, l’individu s’en prend à autrui, il dirige sa colère et sa rancœur contre ceux qu’il estime responsables. Ainsi, un agriculteur peut abattre un inspecteur du travail qui effectue un contrôle dans sa ferme, tel autre pourra menacer et agresser un agent chargé du recrutement, un banquier, un comptable ou n’importe quel autre employé de bureau qui aura le malheur de faire tampon entre un individu poussé à bout et une chaîne de responsabilités et de responsables…

On parle alors de « casse sociale », c’est le premier échelon d’une échelle allant du mécontentement à l’action collective violente que l’on nomme communément une révolution. Le passage à l’acte est lui-même soumis à une évolution, du votre contestataire en faveur d’un parti aux position radicales, on peut évoluer rapidement au vote de conviction pour ces partis, c’est le cas actuellement avec les deux fronts (Front de gauche et Front National). Il est alors plus que souhaitable que cette démarche sera suivie d’effets, de décisions politiques qui marquent une réelle rupture avec la situation du moment, la situation de crise, et initie une « nouvelle ère politique ». Cette rupture peut aisément calmer les esprits en apportant l’espoir d’une amélioration, ou à défaut, la fin d’une situation que tous s’accordent à refuser. La rupture en elle-même suffit à calmer les esprits, et la tension retombe.

Dans le cas contraire, les positions se radicalisent très rapidement, le passage à l’acte pour changer la situation, peut rapidement dégénérer et prendre toutes sortes de formes, toutes sortes d’excès. Là encore une récupération est relativement facile car la foule en colère recherchera toujours un leader, un guide qui sache la conduire à des actions coordonnées, qui sache canaliser cette violence. C’est là une première forme de direction, d’exercice du pouvoir. Ce leader pourra avoir de motivations d’ordre politique, idéologique, religieuse, peu importe, du moment qu’il sache assumer son rôle de chef.

Assez rapidement, le nouveau leader peut disposer d’un pouvoir important, presque total, il devient « l’homme providentiel », renouant ainsi avec la tradition romaine du dictateur à qui on confie les pleins pouvoirs devant un péril imminent, ou une situation d’urgence ingérable par les dirigeants en place. C’est ainsi, les pleins pouvoirs ont été votés au Maréchal Pétain, que la foule acclamait comme le « père la Victoire » qui saura négocier avec une Allemagne victorieuse… avant d’acclamer le général De Gaulle à la Libération…

Ainsi, l’Empereur Napoléon 1er a soulevé les foules, dès le début de son règne, par la suite à son retour de l’île d’Elbe, avant d’être accusé de tous les maux. Il demeure une constante : un individu peut s’imposer comme le chef légitime, porté par la foule, il peut disposer d’un pouvoir quasi absolu, mais son mandat peut lui être retiré aussi facilement qu’il lui a été confié. C’est ce que précise avec justesse Gustave le Bon dans son ouvrage « psychologie des foules ». Le pouvoir apparaît aussi absolu que précaire, son détenteur aura toujours une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il doit faire ses preuves, c’est ainsi qu’il gagne la confiance des foules, et surtout, la conserve. Ce rôle ingrat lui est dévolu tant qu’il parvient à répondre aux problèmes du moment. En période de crise, la situation peut lui échapper très facilement, mais on ne lui pardonne pas l’échec.

Le Président Obama en a fait l’amère expérience : lors de sa première campagne, il a innové par l’usage d’internet et d’une armée de bénévoles faisant du porte à porte, il a incarné tous les espoirs des laissés pour compte, de tous ceux qui aspiraient à un profond changement des choses en 2008 après une des plus grandes qu’ai connu l’Amérique depuis celle de 1929, au point de remettre en cause le système capitaliste dans ses fondements. Son bilan a été plus que mitigé, avec des désaffections dans son propre camps. Bien sûr, un seul homme ne pouvait résoudre tous les problèmes économiques et sociaux du moment, même s’il dispose de tous les pouvoirs (ce qui était loin d’être le cas), cependant, la foule n’accepte pas les excuses (même justifiées), elle veut et exige des résultats. Sa réélection a été beaucoup plus difficile et il s’en est fallu de peu que les Républicains reviennent au pouvoir.

Il y a de fortes probabilités que si cela avait été le cas, ils auraient été à leur tour rejetés en cas d’échec. La foule est absolue, elle n’hésite pas à se mettre sous la coupe d’un plus puissant dans la mesure où il garantit quelque chose en retour. C’est la base du système féodal : les plus faibles remettent leur personne à un plus fort qui les protège. Mais dès que cette protection cesse, ou dès qu’elle n’est plus assez efficace, une sédition éclate et grossit jusqu’à une Révolution qui renverse l’ordre établi. Actuellement, les choses on peu changé, on s’en remet aux institutions, garantes du Droit, mais dès que ces mêmes institutions ne parviennent pas à répondre à tous les besoins, elles sont remises en cause et il est de bon ton de la critiquer dans leurs fondements, de ne plus leur obéir, d’agir par soi-même. Chacun trouvera des arguments pour justifier sa conduite, dans un esprit de « désobéissance civile », de « réflexe citoyen », en un mot, de rejet des institutions pour retourner à l’état naturel et originel des choses, où chacun agit par lui-même et pour lui-même sans se préoccuper des conséquences de tels actes.

Une situation de crise ne fait qu’exacerber de telles tendances, elle ne les suscite pas. Cependant, il faut bien reconnaître qu’elle leur donne une toute autre portée, au point de permettre un passage à l’acte. Du boycott des grandes surfaces après le scandale de la viande chevaline liée à l’affaire Findus en février 2013, à l’action violente, comme les occupations d’agences immobilières par le collectif Jeudi Noir pour dénoncer les abus en terme de garanties demandées aux locataires, la palette des actions plus ou moins symboliques est vaste. Elle ne connaît de limite que l’imagination des intervenants, elle est aussi à la hauteur du désarroi de ceux-ci.

Il est plus que prudent de se méfier d’un troupeau aussi absolu dans ses convictions, dans ses actes, capable de l’asservissement volontaire au bon vouloir d’un berger capable de les mener, capable aussi de se retourner soudainement contre ce berger et de lui retirer tout pouvoir (souvent avec une grande violence), l’exercice du pouvoir nécessite de grandes qualités de compréhension, d’ascendant sur ce troupeau non pas de moutons mais de loups…

La foule tient bien plus de loups en meute qui suivent le plus fort, l’optimate (au sens de la République romaine), que de moutons qui suivent docilement un berger où qu’il les conduise. Il peut cependant aussi  s’agir de rats qui comme dans la légende, peuvent suivre le joueur de flûte jusqu’au milieu du fleuve, quitte à s’y noyer.

La période de crise que l’on connaît aujourd’hui, et depuis plusieurs années déjà (environ depuis 2008), n’a pas pour effet de modifier les comportements, ils sont déjà ancrés en nous depuis des siècles et des siècles, au gré de civilisations, des guerres et des période d’accalmie. En revanche, la période de crise accentue notre tendance naturelle à s’en remettre aveuglément à un chef ou à une idéologie. Qu’il s’agisse de bâtir un pouvoir d’ordre mono-archique ou républicain, ou au contraire d’abattre un pouvoir en place dans un élan an-archiste, ou simplement contestataire, le dogme lui, est tout puissant, on lui concède tout, il incarne tout, il justifie tout. Le chef n’en est que est que le dépositaire, il incarne cet ordre nouveau censé solutionner tous les problèmes du moment.

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Kosovo, l’affaire du trafic d’organe…

(Source : Courrier des balkans)

Trafic d’organes au Kosovo : « la Russie bloque l’enquête »

Traduit par Persa Aligrudić
Publié dans la presse : 12 février 2013
Mise en ligne : mercredi 13 février 2013
Le procureur spécial d’Eulex chargé du crime organisé accuse Moscou de rétention de preuves et de fait, d’entraver l’enquête sur le présumé trafic d’organes à la clinique Medicus. Interrogé par Le Monde, Jonathan Ratel explique que la Russie ne veut pas collaborer avec un pays qu’elle ne reconnaît pas et qu’elle préfère garder ses informations pour faire pression sur Pristina en temps voulu.
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Le procureur spécial d’Eulex Jonathan Ratel

Le procès de l’affaire Medicus a repris le 11 février à Pristina dans une ambiance particulière. Dans un article publié le 9 février par Le Monde, le procureur spécial de la mission Eulex, Jonathan Ratel, qui dirige le département chargé du crime organisé accuse la Russie de bloquer l’instruction du présumé trafic d’organes au Kosovo. « Il est évident que les autorités russes ont des preuves pour au moins trois victimes donneuses d’organe. A ma demande, elles les ont interrogées, elles ont fait des examens médicaux et des expertises », a expliqué Jonathan Ratel au Monde, assurant que la Russie ignorait toutes les demandes d’Eulex. Il s’agit pourtant de la« pièce manquante la plus cruciale dans le puzzle ».

Selon Le Monde, Moscou se tait pour deux raisons. La première est de nature juridique : les Russes ne veulent pas collaborer avec un pays qu’ils ne reconnaissent pas ; la seconde est politique : ils préfèrent ne pas révéler ces précieuses informations sur Medicus afin de les utiliser comme un moyen de pression le moment approprié. 
La mauvaise publicité négative provoquée par cette affaire ne plaît pas du tout aux autorités européennes, surtout qu’elle a commencé quand le Kosovo était sous la surveillance de la Minuk. De son côté, « le gouvernement de Pristina doit de nouveau répondre aux accusations liées aux milieux criminels », rappelle Le Monde. Le premier acte d’accusation dans l’affaire Medicus a été lancé le 15 octobre 2010 après que les enquêteurs eurent établi qu’au moins une vingtaine de personnes originaires du Kazahkstan, de Moldavie, de Russie et de Turquie avaient été hospitalisées dans cette clinique de la banlieue de Pristina. Ils s’y sont fait prélever certains organes contre la promesse de recevoir une importante somme d’argent. Cela n’a jamais été le cas alors que les clients auraient déboursé entre 80 et 100.000 € pour se faire transplanter un organe.

Sept Kosovars sont poursuivis dans cette affaire, dont Lutfi Dervishi, le propriétaire de la clinique Medicus. Mais les deux principaux suspect, Yusuf Sönmez alias Docteur Vautour, le chirurgien turc qui était en charge des opérations, et l’Israélien Moshe Harel, qui servait d’intermédiaire entre les clients et la clinique, ne figurent pas dans le box des accusés. Ankara et Tel-Aviv n’ont pas donné suite aux demandes d’extraditions : les deux pays ne livrent pas leurs ressortissants.

Trafic d’organes au Kosovo : un receveur canadien accepte de témoigner

Traduit par Persa Aligrudić
Publié dans la presse : 23 janvier 2012
Mise en ligne : mercredi 25 janvier 2012
Rebondissement dans l’affaire Medicus, un receveur canadien a accepté de témoigner par visioconférence dans le procès en cours à Pristina. Raul Fain a payé 87.000 euros en juillet 2008 pour recevoir un rein. Le procureur d’Eulex Jonathan Ratel confirme l’information, et considère l’homme comme un « témoin clé ». Impossible, par contre, de retrouver la trace de la donneuse russe.

 

Trafic d’organes au Kosovo : une nouvelle piste en Russie

Traduit par Simon Rico
Mise en ligne : samedi 21 janvier 2012
Après les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Eulex a confirmé que deux citoyens russes avaient été opérés dans la clinique Medicus à l’été 2008. Ils se sont fait prélever un rein en échange d’argent. Le procès de l’affaire Medicus a commencé début octobre 2011 à Pristina.

Bruno Vekarić, le procureur adjoint en charge des crimes de guerres, a déclaré jeudi que de nouveaux faits « dramatiques » avaient été découverts dans le cadre de l’enquête sur le présumé trafic d’organes mené par l’UÇK.  Outre le fait qu’il y avait actuellement une bataille interne au sein de l’Onu pour changer l’équipe chargée de l’enquête, il a déclaré à Pink TV que de nouvelles informations venue de Russie allait « aider » la poursuite des investigations. Mercredi, lors d’une conférence de presse, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a évoqué l’affaire Medicus, expliquant que Moscou allait s’assurer que l’enquête serait menée au bout. Le porte-parole du Comité d’enquête de Russie (SKR) a déclaré au quotidien Komersant, que des Russes avaient été opérés dans la clinique Medicus où il s’étaient fait prélever un rein. Il a ajouté que Moscou a lancé des poursuite contre « les membres inconnus d’un groupe criminel impliqué dans un trafic mettant délibérément en danger la santé des gens ». Jeudi, Nicholas Hawton, l’un des porte-paroles d’Eulex, a confirmé que deux citoyens russes étaient effectivement passées par la clinique Medicus en août 2008. « Deux personnes originaires de Russie ont été identifiées comme victimes. Leurs reins ont été prélevés, et ces cas sont examinés dans le cadre de l’enquête menée par le bureau du procureur », a-t-il déclaré. D’anciens employés de cette clinique de la banlieue de Pristina sont jugés sous sa supervision depuis le 4 octobre 2011.

 

Trafic d’organes : « Au Kosovo, tout le monde était au courant »

Mise en ligne : 2012
« Au Kosovo tout le monde est au courant de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore, mais les gens n’en parlent pas, sinon en privé », assure Dick Marty, enquêteur pour le Conseil de l’Europe. Révélé par Carla Del Ponte au printemps 2008, ce trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes par certains membres de l’UCK n’a longtemps été qu’une rumeur. Le rapport détaillé de Dick Marty est explosif : non seulement il affirme l’existence du trafic, mais il met directement en cause l’homme fort du Kosovo, Hashim Thaçi. Un trafic s’est poursuivi jusqu’en 2008 à la clinique Medicus, impliquant largement les mêmes acteurs.

Trafic d’organes : vers une nouvelle enquête en Macédoine ?

Traduit par Jaklina Naumovski
Publié dans la presse : 13 septembre 2012
Mise en ligne : lundi 17 septembre 2012
Le témoignage choc d’un ancien combattant de l’UÇK, qui aurait directement participé au trafic d’organes, fait des vagues en Macédoine. Sur les images diffusées par la RTS, les parents des Macédoniens enlevés durant le conflit armé de 2001 affirment avoir vu leurs proches. Ils réclament que la Macédoine ouvre également une enquête sur le trafic d’organes, mais les anciens guérilleros de l’UÇK-M sont couverts par la loi d’amnistie…
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Combattants de l’UÇK-M près de Tetovo, en 2001

Douze Macédoniens kidnappés dans la région de Tetovo à l’été 2001 auraient reconnu certains de leurs proches après avoir visionné le témoignage sur la télévision serbe RTS. Les familles réclament une enquête internationale et annoncent qu’elles prendront contact avec le Parquet serbe pour les crimes de guerre, si la justice macédonienne ne le fait pas. Le Parquet macédonien pourrait auditionner le témoin protégé dont le récit poignant a été diffusé sur la RTS, indique le quotidien Nova Makedonija, mais n’a pas encore pris sa décision. 
Les experts en droit international rappellent qu’il existe des conditions préalables pour inclure la Macédoine à l’enquête menée par les institutions de Belgrade, car personne ne peut savoir, onze ans après les faits, quel a été le sort des personnes kidnappées en 2001. De plus, explique l’avocat Zvonko Davidović, un problème pourrait se poser serait si l’enquête démontrait que ces Macédoniens ont été kidnappés par des Albanais membres de l’UÇK-M. En effet, les anciens combattants de la guérilla albanaise de Macédoine ont été amnistiés pour leur participation au conflit de 2001, grâce à la loi d’amnistie votée par le parlement macédonien en 2011.

« Par contre, si des Albanais du Kosovo, plus précisément issus des rangs de l’UÇK du Kosovo, ont perpétré ces crimes, ils sont en mesure de répondre de leurs actes, et les témoins, comme celui présenté par le Parquet serbe, pourraient aider à connaitre le destin des Macédoniens kidnappés », ajoute Zvonko Davidović. L’avocat estime qu’il revient au Parquet macédonien, et non pas aux familles des victimes, de réclamer du Parquet serbe la possibilité d’auditionner le témoin.

 

 

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le Kosovo, entre crise et frustration….

La gestion du Kosovo est très délicate et nécessite des outils particulièrement adaptés. Les attentes sont aussi grandes que les obstacles à surmonter.

(Source : lemonde.fr)

Kosovo : l’impasse de la stratégie européenne

LE MONDE GEO ET POLITIQUE | 08.02.2013 à 15h18 Par Piotr Smolar – Pristina, envoyé spécial

Avant que le général Xavier Bout de Marnhac ne monte à l’étage du restaurant Gagi, dans le centre de Pristina, son officier de sécurité fait un repérage de routine. Normal. Le militaire français, que nous avons rencontré à quelques heures de son départ du Kosovo, occupe un poste majeur : il est le chef sortant de la mission européenne de police et de justice (Eulex) dans l’ancienne province serbe, où près de 2 000 magistrats, policiers et douaniers européens prêtent une assistance technique aux autorités locales. Un vernis de neutralité qui ne trompe personne.

Le général Bout de Marnhac dispose de pouvoirs exécutifs. Ses employés jouissent d’une immunité pénale. Leurs enquêtes, sensibles, concernent l’élite du pays. Tout cela relève de la souveraineté d’une nation. « Notre travail est long, compliqué, alors que la mission avait fait naître des attentes impossibles à satisfaire, reconnaît-il. Eulex est une machine à fabriquer de la frustration. »

Qui se souvient du Kosovo ? La guerre en 1999. Les bombardements de l’OTAN contre la Serbie. Le déploiement d’une force internationale, la KFOR, et la mise en place d’un protectorat sous l’égide de l’ONU. Puis, le 17 février 2008, la proclamation de l’indépendance, aujourd’hui reconnue par près de 100 pays. Dans la foulée, l’Union européenne (UE) a pris le relais de l’ONU en créant la plus grande mission civile de son histoire, Eulex. En septembre 2012 a pris fin la supervision internationale. Résumée ainsi, l’histoire paraît linéaire. Elle évoque une émancipation. Mais les détails condamnent à la nuance. Lorsqu’on retourne le nouveau code de procédure pénale, on découvre le logo du département d’Etat américain.

On l’a vu en Afghanistan et en Irak : gagner la paix est bien plus complexe que gagner la guerre. Au Kosovo aussi, la question du state building (« édification d’un Etat »), de son coût (plus de 600 millions d’euros en cinq ans pour Eulex) et de ses méthodes se pose de façon aiguë. Quel est le prix de la stabilité et de la paix tant désirées, après les guerres sanglantes des années 1990 ? Sur le sujet, le soupçon ne cesse de grandir : l’UE fermerait un oeil dans la lutte contre la corruption et la grande criminalité. La priorité est le dialogue entre le Kosovo et la Serbie, entamé en mars 2011. « Tout le monde semble déçu par Eulex, des Etats membres aux autorités locales, reconnaît le Slovène Samuel Zbogar, représentant spécial de l’UE à Pristina. Mais il est faux de croire qu’il suffit d’amener des juges et des policiers pour que tout change d’un coup. Il faut du temps. »

Les années passent et le débat enfle. A l’automne 2012, la Cour des comptes européenne a rendu un rapport critique sur les résultats d’Eulex. Le ministre allemand de la défense, Thomas de Maizière, a brisé un tabou diplomatique, estimant que la mission avait besoin « d’un nouveau commencement, de nouvelles personnes, d’une nouvelle structure et d’un nouveau nom ». Berlin s’irrite de la présence prolongée de la force de l’OTAN au Kosovo (la KFOR, avec 5 500 soldats), dont près d’un quart d’Allemands.

La première faiblesse d’Eulex est politique : elle doit aider un Etat que cinq membres de l’UE ne reconnaissent pas. La seconde est territoriale. La mission ne peut pas travailler correctement dans les municipalités du nord du Kosovo, peuplées de Serbes. Les voitures officielles d’Eulex ne passent pas toujours les barrages édifiés sur la route. Les témoins sont intimidés ou hostiles à la mission. L’empilement des administrations crée le chaos. Et comment faire respecter la loi si on ne sait laquelle appliquer ?

Enfin, il y a les singularités du state building. Les expatriés d’Eulex, bien rémunérés (8 000 euros mensuels en moyenne), répondent davantage à leur gouvernement qu’à la hiérarchie. Leur séjour au Kosovo est trop court – un ou deux ans – pour qu’ils connaissent bien les dossiers et la mentalité, même si beaucoup ont travaillé au sein de l’Unmik, la mission des Nations unies au Kosovo. Leurs collègues kosovars ne sont pas prêts à assurer la relève. Près de 80 % d’entre eux ont été formés sous l’ancien régime yougoslave, puis ont connu des années sans activité. « Ils sont totalement déphasés sur la jurisprudence, et les jeunes manquent d’expérience », soupire le général Bout de Marnhac. Après une baisse de 25 % des effectifs en 2012, l’idée d’un reformatage d’Eulex est sur la table. La fin de la mission a beau être fixée en juin 2014, elle reste peu probable. La justice kosovare n’a ni la liberté, ni les moyens, ni les compétences pour porter seule les enquêtes sensibles.

Deux processus ont lieu au Kosovo. Le premier, sous l’égide d’Eulex, consiste à bâtir un Etat de droit. Cela réclame des décennies. Le second est la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina avec l’appui de Bruxelles, qui conduira un jour ces pays vers l’UE. Ces deux processus sont inconciliables. Les renseignements dont disposent Eulex et les services occidentaux (notamment la Direction générale de la sécurité extérieure, DGSE) en matière de corruption et de grande criminalité sont accablants. Ils concernent l’élite politique kosovare, autour du premier ministre, Hashim Thaci, soit ceux-là mêmes qui portent la charge de la normalisation. Difficile de ne pas faire le parallèle avec le clan du président Karzaï, en Afghanistan.

« Les juges locaux se trouvent sous la pression des politiciens, mais Eulex est sous celle de Bruxelles », résume le chercheur kosovar Shpend Kursani, de l’institut Kipred, auteur d’un rapport sur la mission européenne. « Si la stabilité et l’objectif du dialogue étaient mis en danger par les enquêtes, le bureau de Mme Ashton [haute représentante pour les affaires étrangères de l’UE] dirait quelque chose. » Hashim Thaci est l’homme de l’Occident, faute de mieux. D’autant qu’il existe une carence de personnel politique. Après la guerre, les cadres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), encore jeunes, ont pris le pouvoir. La culture du droit et le bien-être de la population restent des abstractions.

Bien sûr, il y a l’affaire Limaj, qui a provoqué une déflagration au Kosovo. Ancien ministre des transports, Fatmir Limaj est visé par plusieurs enquêtes criminelles. Un témoin-clé de l’accusation dans les poursuites pour crimes de guerre s’est suicidé en Allemagne. Mais Limaj, après un premier acquittement, a été incarcéré en novembre 2012. « Y a-t-il un autre pays en Europe où le parti au pouvoir a été visé par autant d’enquêtes ? », s’irrite le vice-premier ministre, Hajredin Kuci. « Vos juges et vos policiers nous méprisent. Ils ne répondent pas de leurs actes. Ils ne devraient plus confisquer de dossiers à nos magistrats sans même les prévenir. »

Ces critiques du gouvernement diffèrent de celles de l’opposition, qui dénonce plutôt une justice sélective. « Seuls les petits poissons vont en prison, pas les requins, assène Albin Kurti, le leader du mouvement nationaliste Vetëvendosje. Limaj est en prison pour que Thaci n’y soit pas. » Albin Kurti réclame des enseignants et des médecins européens plutôt que des juges et des policiers. Figure de la société civile, Avni Zogiani partage ces doutes sur les motivations d’Eulex. « On leur a fourni des dossiers, des preuves, dit le directeur de l’organisation COHU, vigie de la lutte contre la corruption. Ils ont conduit les enquêtes, mais inculpé personne au final. Eulex accorde une impunité à ceux qui, dans l’élite, se montrent obéissants. »

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une nouvelle crise de grande ampleur

La récente frappe de l’armée israélienne en Syrie a un impact beaucoup plus important que l’on pourrait croire.

(Source : lepoint.fr)

Le Point.fr – Publié le 30/01/2013 à 14:45 – Modifié le 30/01/2013 à 17:06

Un convoi transportant des armes de la Syrie vers le Liban a été attaqué par l’armée de l’air israélienne. Des avions de combat survolent le Liban.

L’aviation israélienne a attaqué durant la nuit de mardi à mercredi un convoi transportant des armes venant de Syrie à la frontière syro-libanaise, a-t-on indiqué de sources sécuritaires. Israël a menacé à plusieurs reprises d’attaquer des convois qui pourraient transporter des armes chimiques ou d’autres types d’armement dont dispose l’armée syrienne, telles que des missiles Scud à longue portée ou des missiles antiaériens vers le Liban pour le Hezbollah chiite, proche de Damas et de Téhéran. Les sources sécuritaires, qui s’exprimaient sous le couvert de l’anonymat, n’ont pas précisé la localisation exacte de cette attaque, une d’entre elles affirmant qu’il s’agissait d’un « convoi armé en direction du Liban qui a été touché du côté syrien de la frontière vers 23 h 30 GMT ». Mais selon une autre source, qui n’a pas donné d’autres détails, « l’armée de l’air israélienne a fait sauter un convoi en territoire libanais qui venait de franchir la frontière syrienne ». Une porte-parole de l’armée israélienne s’est refusée à tout commentaire. L’armée libanaise a fait état d’un survol particulièrement intensif de son territoire, affirmant que 16 avions de combat israéliens étaient entrés dans l’espace aérien libanais durant la seule journée de mardi. Mardi, « en violation de la souveraineté libanaise et de la résolution 1701, huit avions de combat israéliens ont survolé plusieurs régions libanaises à partir de 9 h 30 (7 h 30 GMT) (…) et le dernier a quitté l’espace aérien libanais à 16 h 30 », a indiqué un communiqué de l’armée.

Déstabilisation du régime syrien

Ensuite, « quatre avions de guerre israéliens ont survolé plusieurs régions du Liban de 16 h 30 à 21 h 5 après être entrés dans l’espace aérien libanais au-dessus de la localité de Remech », proche de la frontière israélienne, selon un autre communiqué. Quatre autres appareils israéliens ont ensuite survolé le Liban « de 21 h 5 à 2 heures », selon le même texte. Mercredi matin, avant les informations concernant la frappe, le général à la retraite Amnon Sofrin, ancien chef du renseignement au sein du Mossad (le service d’espionnage israélien), avait jugé, devant des journalistes, improbable qu’Israël ait recours à des frappes aériennes contre des dépôts d’armes chimiques car elles comporteraient de graves risques humains et écologiques. L’armée israélienne a redéployé dimanche deux batteries du système antimissile Iron Dome dans le nord du pays en vue d’une éventuelle action militaire contre des cibles en Syrie ou au Liban. Le 23 janvier, le Premier ministre Benyamin Netanyahou avait convoqué une réunion du cabinet restreint consacrée aux menaces que pourrait faire peser sur Israël la déstabilisation du régime syrien, en présence des chefs de l’armée et des services de renseignements. Dimanche, il a mis en garde contre « les importantes menaces sécuritaires qui visent Israël », citant l’Iran et « des armes létales dans une Syrie qui est en train de se désintégrer ». Pendant la guerre de juillet-août 2006 entre Israël et le Hezbollah, ce dernier avait tiré plus de 4 000 roquettes sur le nord d’Israël. Le conflit qui a dévasté le Liban avait fait plus de 1 200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 côté israélien, des militaires pour la plupart.

 

 

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Cette information brûlante et lourde de conséquence rappelle quelques articles que j’avais rédigé il y a quelques temps déjà.

Du Proche-Orient

La situation au Proche-Orient a toujours été tendue, mais s’est aggravée lorsqu’en 1948 l’Etat d’Israël a été créé pour des motifs divers, occidentaliser l’Orient pour les Etats-Unis, mettre en pratique le système communiste pour l’URSS par les Kibboutz. Par la suite la situation n’a cessé de se détériorer entre les deux communautés : Israéliens et Palestiniens. Le problème, de religieux à la base, est devenu politique, militaire, racial, culturel.  C’est une opposition entre deux peuples, deux communautés qui coexistent sans se connaître réellement, et bien souvent sans vouloir se connaître. Cette situation rappelle celle de l’apartheid où chaque communauté (Blanche et Noire) coexistait par nécessité, les contacts étant réduits au strict nécessaire. Les Palestiniens représentent une main-d’œuvre bon marché mais sont perçus comme un mal nécessaire à l’économie. Pour les Palestiniens, les Israéliens sont vus comme employeurs mais nuisent à l’identité Palestinienne. En fait, malgré le passage du temps, chacun est vu par l’autre comme l’ennemi héréditaire, économique, culturel…

Ce mal nécessaire est pourtant ressenti comme un véritable péril, il suscite des réactions radicales et violentes avec le plus souvent un recours à la force, des moyens militaires ou des civils armés parfois constitués en milices. Dans ce climat explosif, les Palestiniens se sont eux aussi organisés et se sont dotés d’une armée de libération ou plus exactement, de plusieurs forces armées concurrentes, mais ayant toutes en commun un creuset islamiste radical et pour objectif, la création d’un Etat palestinien et la destruction de l’Etat d’Israël. La différence entre ces tendances reste très relative.  Depuis le 13 juillet 2006, la situation a pris un nouveau tournant, décisif et très lourd de conséquences à long terme. L’attaque de l’armée israélienne au Liban, sous prétexte de libérer des prisonniers, (un seul au départ, puis deux autres après les hostilités), cette intervention militaire donc, a exacerbé les tensions, elle s’est étendue cette fois-ci à tout le monde arabe. Il faut bien comprendre une chose, lorsque l’on a un ennemi puissant, et que l’on choisit la voie des armes, on arrive rapidement à une situation de blocage qui ne tolère que deux solutions possibles : soit on détruit totalement l’adversaire lorsqu’on en possède les moyens, soit l’on négocie lorsque les moyens font défaut.  La seconde solution est la plus sage, certes elle ne satisfait personne, mais elle installe un semblant de paix, de stabilité qui peut atténuer les conflits avec le temps. Il semble qu’Israël ait choisi la première option, c’est un choix dangereux car les Israéliens ne possèdent pas l’armement nécessaire à la destruction totale de leurs ennemis, ils ne peuvent que les tenir en respect temporairement, en imposant toutefois une zone tampon où aucune force militaire (conventionnelle ou guérilla) ne peut se déployer pour des actions de masse ou spontanées.

La réaction ne tardera pas à se faire sentir : faute de pouvoir combattre Israël par les armes ou la force politique, comme l’accès au pouvoir du Hamas, les Palestiniens et le monde arabe de façon plus générale risquent de combattre par d’autres moyens. Il ne serait pas étonnant de voir une sorte de nouveau Jihad encadré par une série de fatwa visant tous les intérêts juifs dans le monde.   Cela constituera une menace infiniment plus grande qu’un conflit armé, car cette guerre larvée ne manquera pas de s’étendre à l’ensemble de la planète, y mêlant des Etats et les populations malgré elles. Ce serait une véritable guerre mondiale d’un genre nouveau : pas d’affrontement militaire massif, mais un ensemble de conflits plus ou moins violents, d’agressions, d’intensité et de nature différente.  Ces conflits seraient diffus, au  point d’être extrêmement difficiles à combattre car toute la population pourrait y prendre part, sans distinction de sexe, d’âge ou de catégorie sociale. En un mot, chacun pourrait faire son « coup de feu », à son niveau, même symbolique et ne s’en priverait pas. Il s’agirait d’une guerre froide d’un genre nouveau, très différente de celle que nous avons connu entre les USA et l’URSS.  De façon plus globale, le monde entier serait entraîné malgré lui dans ce conflit. Bien entendu les communautés juives à travers le monde et plus particulièrement celles des pays développés tenteraient d’alerter l’opinion publique, de la contraindre même à la réaction. S’installerait alors une situation extrêmement délicate, où chacun tenterait de mobiliser l’opinion publique pour l’un ou l’autre camp.

Des moyens importants seraient sans doute mis en œuvre, des alliances seront passées, des rivalités surmontées, mêlant le politique à l’économique, au culturel. Il est très probable que la propagande jouerait un rôle important, fondamental même pour orienter les avis, des abus seraient commis et justifiés comme un « mal nécessaire » pour faire passer le message.  La polémique prendra des proportions très importantes, comme on en a eu l’exemple en France en juillet 2009 avec l’enlèvement d’Ilan Halimi par le « gang des barbares ». La radicalisation très rapide de l’affaire a eu des incidences politiques, au plus haut niveau, le problème s’est déplacé vers d’autres sujets sensibles comme l’intervention de la politique dans la justice.  La question de l’indépendance de la Justice a été le sujet d’une nouvelle polémique, en un mot une affaire dans l’affaire. Il est donc fort probable que l’effet de cette fatwa visant les intérêts juifs dans le monde, si elle venait à être lancée (et il est à craindre qu’elle le sera un jour), susciterait de tels remous planétaires. Il en résulterait une explosion de conflits larvés, de sujets brûlants qui ressortiront ponctuellement, au gré des polémiques.

Un autre élément important ne tarderait pas à se faire jour : l’exploitation massive de l’opposition entre le monde musulman (qui défendra la cause palestinienne, ses alliés et autres sympathisants) et la communauté juive dans le monde pour mobiliser l’opinion publique, prendrait probablement des proportions démesurées, sur le long terme. Ceci pourra avoir des effets très négatifs : la population lassée d’un conflit complexe et durable, dont elle se sentirait (et se sent parfois déjà) étrangère, renverrait les protagonistes dos à dos dans un mouvement d’indifférence ou de rejet total. Ainsi les deux camps pourraient se retrouver isolés dans un conflit qui les dépassera, privés de tout soutien politique, culturel, économique, quand ils ne se verront pas rejetés, combattus.  Privés du soutien populaire, ils pourraient se radicaliser et se regrouper, vivre en cercles fermés, constituer des poches au milieu de populations au mieux indifférentes, au pire hostiles. Ce serait sans doute l’un des pires moments de leur histoire, d’autant pire qu’ils en seront eux-mêmes à l’origine. Cette guerre larvée ne serait pas une sorte d’humeur passagère, un feu de paille, ce serait une guerre longue et durable. En effet, depuis trop d’années, chaque camp redoute, attend une occasion d’en découdre, la violence du conflit actuel à travers l’attaque du sud Liban par Israël et les tirs de missiles du Hezbollah et du Hamas aujourd’hui en sont la preuve flagrante.

La situation est devenue explosive dit-on, ce n’est pas tout à fait exact, en réalité elle l’est depuis longtemps. Le déchaînement de violence actuel n’est que l’expression de cette situation.  Paradoxalement le parti de la guerre en Israël trouvera un allié de poids chez l’ennemi, justifiant ainsi une position dure, tranchée. Chaque camp se justifiera par les actions et les exactions de l’adversaire, ce qui permet de faire taire toute tentative d’apaisement, la paix sera enterrée et de toute façon, plus personne n’en voudra, en tout cas, aucun des deux protagonistes. La guerre permettra aussi de faire fructifier les rapports commerciaux par des ventes d’armes, directement ou par des pays interposés.  Ce serait aussi l’occasion de faire fructifier les rapports politiques et diplomatiques en soutenant un camp contre l’autre. Cela permettrait enfin de renforcer le jeu des alliances pour les buts les plus variés. Cette guerre permettrait également de mettre à l’épreuve justement ces alliances, de les mettre en pratique pour juger de la réalité des engagements pris.

Ces dispositions se compliqueraient par de nouvelles alliances, parfois secrètes, qui pourraient contrecarrer d’autres jeux d’alliance. Cet imbroglio peut paraître d’une complexité extrême, en fait il convient de l’observer point par point pour dégager un fil conducteur parfois ténu, mais toujours très subtil. La donne politique changerait sans doute à l’image du Hamas en 2007, qui depuis, recherche une image diplomatiquement fiable, par des actions d’éclat comme le retour à l’ordre, la lutte contra la corruption ou la libération d’otages.  Nous aurions donc deux fronts, le premier dans le monde où les deux communautés sont présentes, et le second en Palestine, dans la mesure où une action armée ne serait pas rendue impossible par l’armée israélienne. Il se pourrait également qu’un nouveau front soit ouvert, hors guérilla, par une armée plus conventionnelle. Dans le cas d’un Jihad, un leader (ou plusieurs) pourrait reprendre le rôle que voulait jouer Saddam Hussein lorsqu’il bombardait Israël de Scud. Il espérait une réaction, une riposte militaire de grande envergure, la Maison Blanche a bien compris les enjeux et les conséquences d’un tel acte.

C’est pourquoi la diplomatie américaine a judicieusement fait pression pour éviter une telle riposte, et a pu éviter ainsi une dangereuse escalade de la violence dont l’issue était prévisible. Saddam Hussein se voulait le leader du monde arabe, le champion de la lutte contre Israël. Pour la stabilité de la région, il est à souhaiter qu’un nouveau leader de la lutte contre l’Etat hébreu ne soit pas la cible d’une riposte militaire d’envergure sans quoi, vivant il incarnerait la lutte armée, mort il deviendrait un martyr. De plus, si un tel leader faisait son apparition sur la scène internationale, son appartenance politique ou religieuse lui confèrerait une large écoute dans tout le monde arabe, et au-delà, dans tout le monde musulman.  En effet, Yasser Arafat en a donné largement l’exemple par une aura politique de très grande envergure, suffisamment pour fédérer autour de lui, de nombreux soutiens politiques, financiers, militaires. Actuellement, la mouvance fondamentaliste rattachée ou non à d’autres organisations comme Al-Khaïda jouit d’une écoute favorable dans les milieux les plus radicaux. La place est libre pour une ou plusieurs personnes voulant prendre la place de « chef de la lutte armée contre Israël », quelle que soit leur tendance, leur idéologie, leur conviction. C’est ce qui rend la situation particulièrement délicate, le moindre faux pas, la moindre maladresse pourrait avoir des conséquences très importantes, et surtout durables…

Du problème libanais

La situation du Liban de 2006 captive toutes les attentions, il est vrai que la situation est préoccupante, une guerre longue et multiforme se prépare, une guerre d’un genre nouveau. C’est peut-être même la première expérience, l’inauguration de la guerre du 21e siècle. Il s’agit d’un type de conflit multiforme alliant guerre « traditionnelle » confrontant deux armées, guerre civile sous forme de guérilla urbaine, mais aussi un autre conflit, un autre type de guerre, plus  diffus mais aussi plus généralisé, mêlant d’autres intervenants : une guerre d’influence disposant de très nombreux « agents dormants » susceptibles de se réveiller à tout instant, et ce, à travers le monde entier.  Dans la guerre qui opposait Israël au Hezbollah, il s’agissait d’une lutte d’influence impliquant la diaspora juive et la diaspora musulmane à travers le monde, afin d’influencer des Etats, des populations, des institutions. Plus qu’une guerre médiatique, c’était une véritable guerre d’influence qui préfigure déjà la guerre d’aujourd’hui. De façon plus particulière, le conflit libanais cache un autre conflit, plus insidieux, aux conséquences lourdes sur le long terme.  En effet, le monde arabe est déchiré par une lutte interne entre Chiites et Sunnites, et parfois même au sein de la même famille religieuse. Les premiers sont majoritaires et visent le pouvoir parfois accaparé par les seconds comme en Irak. A plus grande échelle, se met en place un grand projet pour tout le Moyen-Orient : constituer un croissant chiite incluant l’Iran, l’Irak, la Syrie, jusqu’aux Emirats. Un nouveau bloc se constituerait comme l’a été le bloc de l’Est et celui de l’Ouest en Occident. Ici il s’agirait de constituer un bloc religieux, politique, idéologique, militaire…

Il y a une volonté double: créer un ensemble politique stable susceptible de rassembler le monde musulman sous un pouvoir unique, un véritable bloc capable de concentrer toutes les traditions, toutes les pratiques, toutes les coutumes par-delà les frontières. L’autre volonté est de créer un ensemble économique puissant grâce, entre autre, au pétrole.  Ces deux ensembles seraient dotés d’un outil militaire capable d’imposer sa politique définie par la force si nécessaire, mais aussi de résister aux influences et présences étrangères, jugées être « ennemies de l’Islam » (Europe et surtout USA, les Grands Satans pour reprendre la phraséologie fondamentaliste). L’Iran est actuellement l’image de ce qui pourrait advenir d’une telle entité politique, religieuse, militaire, après l’échec de Saddam Hussein dans la réalisation d’un tel projet, une puissance économique, un modèle politique, doté de l’arme nucléaire…

La réélection du Président Mahmoud Amadi Nejhad et les tensions qui ont suivi en juillet 2009, ont écorné ce modèle de stabilité politique que l’Iran voulait instaurer dans cette région du globe. L’usage de la force est une réponse classique dans une situation de crise, il ne faut cependant pas se leurrer, si certaines grandes puissances souhaiteraient vivement voir un Iran déstabilisé sombrer dans une guerre civile (comme en ex-Yougoslavie dans les années 90), le maintien du Président Nejad ou l’accession au pouvoir d’un nouveau dirigeant ne modifierait sans doute pas la situation sur le fond, uniquement sur la forme : L’Iran pourrait devenir une sorte de leader du monde arabe, une vitrine préfigurant et qui pourrait s’étendre à tout le territoire de ce grand projet. Le croissant chiite justement, préfigure le « cauchemar américain », un fief intégriste qui pourrait abriter toutes les dérives salafistes, wahabites et néo-wahabites…

Le Hezbollah d’hier (le Hamas aujourd’hui) joue le rôle de résistant face à Israël, le seul capable de résister à Israël depuis 1982. Le but est double, d’une part incarner la résistance face à l’ennemi séculaire, et d’autre part étendre l’aire d’influence chiite à toute cette partie du monde. Cette entreprise a été grandement facilitée par l’intervention américaine en Irak.  En effet, Saddam Hussein d’obédience sunnite représentait un rempart efficace contre le risque d’hégémonie chiite. A présent, ce rempart s’est effondré, laissant le champ libre au fondamentaliste religieux qui a su habilement encadrer la population par le biais de l’aide humanitaire. Dans un pays ravagé par la guerre, le Hezbollah (et aujourd’hui le Hamas) tant au Liban qu’en Palestine, représente le seul moyen, la seule alternative à la misère ambiante.  En Irak par exemple, le seul endroit où l’on peut trouver des médicaments, des vivres, des vêtements, c’est la Mosquée, les distributions sont encadrées par les fidèles chiites. La population est ainsi prise en otage d’une situation difficile, entre attentats et règlements de comptes, sur fond d’occupation militaire américaine.

Au Liban et en Palestine, la situation est identique : une occupation militaire de « l’infidèle » et face à ce chaos, la seule alternative d’ordre, de survie même, est incarnée par l’intégrisme chiite. On a pu remarquer lors des informations télévisées, que certains chrétiens du Liban, du moins en partie, soutiennent l’action de résistance du Hezbollah.  Quant aux autres palestiniens, je parle de ceux qui n’ont pas d’attirance particulière pour l’intégrisme, ceux que l’on pourrait qualifier de tendance modérée, se rapprochent naturellement des intégristes lorsque les bombes israéliennes rasent leur quartier. En fait, les « frappes chirurgicales israéliennes » sont le meilleur atout des intégristes, comme les bombes américaines en Afghanistan ou plus anciennement au Viêt-Nam…

Le vrai fond de ce conflit est bien une lutte d’influence entre Chiites et Sunnites. C’est cette réalité qui échappe à tous, c’est pourtant la clé de ce conflit qui, si elle est prise à temps, à la base, peut trouver une solution positive et durable. Le croissant chiite a un double objectif, on l’a vu, d’une part un objectif politique avec une idée d’hégémonie dans la région, qui passe par la destruction ou la mise en respect d’Israël (sur place ou à travers une Jihad visant les intérêts et les communautés juives à travers le monde), d’autre part un objectif économique avec le contrôle des ressources naturelles comme le pétrole ou l’eau. Au-delà de ces deux objectifs, un troisième se profile à l’horizon. En effet, il ne faut pas être dupe : une telle puissance n’est pas une fin, c’est un moyen. Oui, mais un moyen pour quoi ?

Un moyen pour combattre un nouvel adversaire, un nouvel ennemi, un autre infidèle : l’Occident (le petit satan, pour reprendre la phraséologie intégriste). Cet Occident haï pour les croisades, haï pour la colonisation, haï pour ce qu’il est (riche et chrétien) et ce qu’il fait (développer son économie et apporter au monde arabe son modèle de vie occidental).  Cet ennemi est de plus dépendant des ressources de la région, l’Occident a besoin du pétrole, cet or noir qui est la base de son économie, même si les tentatives se multiplient pour une transition énergétique encore timide. On le voit, les conséquences sont importantes et complexes, ce conflit en entraînera d’autres, de nature et de forme différentes. Ce sera quelque chose de nouveau, une sorte de convergence d’innovation politique et militaire. Pourtant la base de ce conflit, la clé, est simple et connue : l’hégémonie chiite.  Si tout est fait pour empêcher la constitution du croissant chiite, ce conflit se limitera à une guerre entre Juifs et Musulmans, une guerre de longue durée certes, mais une situation figée. Si ce croissant chiite se met en place, la situation évoluera et s’étendra au reste du monde de façon beaucoup plus rapide, et beaucoup plus intense. C’est un choix que nous devons faire, mais il faudra le faire rapidement. Pour cela, nous pouvons avoir recours à notre arsenal diplomatique qui est conséquent.  Pour qu’un tel projet soit cohérent, une action militaire est hors de question, un temps soutenue par la diplomatie américaine, cette option est irréalisable et dangereuse pour plusieurs raisons :

– Irréalisable car avant la crise, l’économie américaine ne pouvait soutenir un tel effort de guerre, après la crise, les troupes américaines évacuent l’Irak, quand elles connaissent les plus grandes difficultés en Afghanistan…

Le coût d’un tel conflit ne peut être envisagé avec une économie si fragile depuis la crise économique de 2008-2009 (et la prochaine qui promet d’être pire encore), sans compter que le conflit ne tarderait probablement pas à s’étendre à d’autres régions, comme c’est déjà le cas en Afghanistan.

 

– Dangereuse car elle ne résout rien, elle fige le désaccord sans apporter de solution durable et fiable. Au contraire, elle n’a pour effet que de radicaliser les plus engagés, et rallier les plus modérés. A moins de coloniser cette partie du monde, ce qui est loin du modèle de liberté et de démocratie que prône ordinairement la Maison Blanche, une solution armée pour régler un conflit politique étant déjà très éloigné de ce modèle démocratique tant défendu dans la presse et dans les discours officiels (sans que l’ONU n’intervienne quand il ne soutient pas l’action militaire comme ce fut le cas pour écraser la Serbie sous les bombes au nom de la démocratie et la liberté, quand les autorités européennes ont brillé par leur incompétence pour régler un affrontement armé sur leur sol…).

 

Avant tout, il faut donc nous défaire de nos vieux réflexes, pour trouver des solutions viables, durables, qui puissent satisfaire toutes les parties. Il faut en premier lieu faire cesser le recours aux armes dans toute cette région du globe. Un cessez-le-feu est nécessaire, comme préalable à tout accord ultérieur, car tant qu’une menace persistera, il y aura une résistance armée qui elle aussi persistera, seule réponse à défaut d’une autre.  Revenons à la Palestine, cœur du conflit depuis de nombreuses années, l’engagement militaire risque de devenir un piège pour l’Etat hébreu, qui sera bloqué si la situation se prolonge. L’armée ne pourra aller que de l’avant car si elle recule, cette attitude sera vue par le Hamas comme une victoire qui sera fêtée par une intensification des tirs de roquettes et de missiles, et par la multiplication des attentats, comme c’est le cas avec le cessez-le-feu par les juifs eux-mêmes.  si en revanche l’armée poursuit ses opérations, elle ne fera que jeter de l’huile sur le feu et incitera probablement les pays arabes voisins à soutenir politiquement, économiquement et militairement un pays frère. Comme je le disais, le conflit alors se généralisera à tout le Proche-Orient par les armes, et à tout l’Occident (Europe et Etats-Unis) par le biais des diasporas comme je le détaille plus haut…

L’intensification des combats est à la mesure de la détermination des belligérants. En effet, nous avons atteint un point de non retour. D’un côté Israël veut constituer une zone tampon, un glacis militaire excluant toute présence Palestinienne, libanaise, ou autre, dans le même temps, l’armée tente d’anéantir toute infrastructure pour paralyser le pays. Cela est très mal vécu par la population qui sort tout juste de quinze années de guerre civile, c’est aussi un prétexte rêvé pour le Hezbollah qui peut ainsi menacer Israël de représailles. Pour être clair, le Hezbollah (et aujourd’hui le Hamas) dispose de la position très confortable de l’agressé qui se défend. Cette position diplomatiquement intéressante lui permet de menacer directement Tel Aviv non en tant qu’agresseur mais en tant qu’agressé qui se défend pour protéger la population civile. Ceci lui fait gagner l’estime du monde arabe tout entier (s’il ne l’avait pas déjà acquis  sa cause), mais aussi des autres pays en particulier de l’Occident. Le Hezbollah avait mis au point une stratégie payante à plusieurs égards : en envoyant des roquettes sur Israël, il mène sa guerre comme il l’entend, en ce sens il joue le rôle de résistant, de seul résistant, dans tout le monde arabe contre l’ennemi héréditaire, comme l’a fait Saddam Hussein en son temps…

Le Hamas semble suivre la même ligne de conduite, deuxièmement, il pousse Israël à commettre des exactions sur la population civile devant les caméras, et qui passe automatiquement pour martyr aux yeux du monde arabe et occidental, en finissant sur internet. Ainsi Israël se voit discrédité aux yeux de tous, comme l’est l’armée américaine en Irak ou en Afghanistan.

Troisièmement, le Hezbollah s’imposait (aujourd’hui le Hamas) dans cette région du globe à la fois comme unique résistant face à Israël, mais aussi comme défenseur de l’identité orientale, de l’identité arabe face à un Occident méprisant, violent et agresseur incarné par Israël et plus indirectement les Etats-Unis, leur principal soutien. Cette position de défenseur militaire et culturel lui confère un monopole déjà mis en place au niveau religieux. De plus, il représente la seule aide humanitaire pour la population civile, même si celle-ci réfute les thèses extrémistes de sa ligne politique et religieuse. En effet, rien ne peut se faire sans son accord, lui qui contrôle totalement la région.

Quatrièmement, le Hezbollah devenait un interlocuteur pour l’Occident face aux exactions israéliennes (dont les images ont fait le tour de la planète grâce à leur large diffusion sur le web), d’autant qu’il joue à fond le rôle de victime face à un pays dont la population a subi ces mêmes violences dans le passé, ce qui discrédite d’autant la politique israélienne et ceux qui la soutiennent. L’arrivée au pouvoir du Hamas, a changé la donne, critiqué par les organisations internationales, il a été exclu des négociations, c’était pourtant un interlocuteur de poids avec qui il est nécessaire d’échanger pour régler le problème palestinien de façon pacifique.

C’est un fait nouveau dont il faut tenir compte, le Hezbollah n’est plus cette organisation inculte, fanatique et brouillonne que l’on décrivait il y a peu à travers la presse. C’est au contraire une organisation structurée, disciplinée, capable de coordonner ses combattants au point de surprendre l’armée israélienne qui ne s’attendait pas à affronter un adversaire d’une telle qualité militaire.  C’est aussi une organisation qui maîtrise parfaitement la propagande, la manipulation politique et diplomatique, tant pour discréditer son adversaire que pour obtenir la faveur des pays occidentaux. C’est un nouveau type de conflit dans cette région du globe, une guerre militaire, médiatique, politique. Désormais, le Hezbollah a appris à se battre autant avec les armes conventionnelles qu’avec l’image comme on l’a vu dans la bande de Gaza ave le Hamas…

En effet, le Hamas joue aujourd’hui et plus que jamais, le rôle de régulateur à tous les niveaux de la société, dans tous les domaines : il est capable de réguler la circulation et résorber les embouteillages, il assure le ravitaillement en nourriture, en médicaments, en vêtements, il aide les plus pauvres, il éduque les plus jeunes, prend soin des plus âgés. Envers l’extérieur, il soigne son image avec la libération d’otages, il s’impose comme interlocuteur privilégié, et réussit là où tous ont échoué. C’est un nouvel adversaire qui sait se montrer sous son meilleur jour, qui sait être efficace lorsque c’est nécessaire.

 

Des conséquences de la guerre

Cette guerre opposant Israël au Hezbollah hier et au Hamas aujourd’hui a des conséquences inévitables chez nous en Occident. En effet, cette guerre est une conséquence directe de la lutte contre l’Islam intégriste menée par les soviétiques en Afghanistan, lorsque les USA soutenaient ceux-là même qui ont commis les attentats en 2001 sur leur propre territoire. On se souvient encore du journal télévisé où l’on qualifiait les Moudjahidin de « combattants de la liberté » contre les  soviétiques, sans parler du cinéma faisant la part belle aux résistants face à l’une des plus puissantes force militaires de la planète…

Par la suite, la lutte acharnée et stérile en Irak, juste après leur soutien inconditionnel aux extrémistes bosniaques, a renforcé la détermination des islamistes qui ont cru voir dans la politique américaine et européenne une preuve de faiblesse qu’ils ont voulu exploiter à fond. L’UCK a également été présentée comme une armée de résistance vis-à-vis de l’armée Serbe, là encore le cinéma a joué son rôle, avec un moindre impact il est vrai. Mais revenons à la Palestine, l’histoire débute dans les années cinquante avec la création de l’Etat d’Israël en 1948, suivant les volontés, le projet du mouvement sioniste en Europe : créer un Etat juif sur les terres historiques décrites dans les textes religieux.  Les grandes puissances ont soutenu ce projet croyant y défendre leurs intérêts : les Etats-Unis y voyaient une occasion d’occidentaliser la région, un territoire arabe, juste avant la décolonisation, installer une base avancée pouvant servir les intérêts américains.  D’autre part, l’URSS y voyait l’occasion d’installer, d’exporter le communisme par les kibboutzim, image locale des kolkhozes, la religion juive, (opium du peuple), devant à terme céder le pas devant l’organisation civile basée sur le modèle communiste. Il n’en a rien été, l’Etat d’Israël est né dans la violence opposant de suite Juifs et Arabes par des rivalités, des hostilités allant jusqu’à la violence pure, les actions armées des uns, expulsions, répondant aux attentats des autres…

Les deux ennemis héréditaires se sont fait face, se sont organisés, les uns cherchant et obtenant le soutien de l’Occident, les autres se tournant vers les pays frères et obtenant le soutien des mouvements intégristes qui ont progressivement donné naissance au Fatah pour les plus diplomates, et au Hezbollah pour les plus extrémistes, et plus récemment au Hamas.

La deuxième erreur a été le soutien américain aux intégristes afghans face aux soviétiques qui, eux, ont été les premiers en Occident à avoir mesuré et compris l’étendue de l’intégrisme islamiste. Le soutien américain a permis aux intégristes de s’équiper, de s’organiser, de s’armer1

Cela a constitué une base pour notre troisième erreur : le soutien au mauvais camp au nom de la liberté, que l’on combat aujourd’hui pour les mêmes raisons, la politique et la diplomatie ont leurs raisons que la raison ne connaît pas…

 

1 – On se souvient peut-être des articles dithyrambiques sacralisant les Moudjahiddins qualifiés alors de « combattants de la Liberté » faisant le coup de feu contre l’armée soviétique.

Loin de tirer les leçons de ces erreurs, l’Europe et les Etats-Unis ont persisté dans leurs errances en apportant un soutien massif à d’autres intégristes  sous couvert d’action humanitaire, au cœur même de l’Europe dans les années 90. L’occasion était trop belle pour la Maison Blanche de mettre pied dans cette région du monde qui leur était interdite depuis cinquante ans. L’incompétence des autorités européennes à régler un problème interne, le matraquage médiatique et les intérêts stratégiques, militaires, économiques, politiques ont largement encouragé les autorités américaines pour intervenir de façon musclée à la façon du big stick instauré par le Président Roosevelt en son temps. L’histoire passe, les méthodes restent.  Bien entendu, aucune objection de poids n’a été opposée à l’usage de la force pour régler un problème politique, et l’UCK a été équipée, entraînée, formée comme l’ont été les Moudjahiddins avant eux. Aujourd’hui, les tensions communautaires et religieuses n’ont pas été réglées, pire même, elles se sont aggravées.  La récente indépendance du Kosovo, (aboutissement d’une politique de sape depuis les années 90) c’est-à-dire la création d’un Etat sur une base ethnique et religieuse allant à l’encontre de tous les principes de la politique de ces cinquante dernières années, de toute la volonté de ne pas considérer les hommes en fonction de leur origine, de leur religion, ce pas décisif vers la reconnaissance des frontières ethniques, religieuses, culturelles a été franchi, ouvrant la voie à une fragmentation de l’Europe. En tout cas, un redécoupage de ses frontières. C’est ce que redoutait déjà Metternich1 pour l’équilibre européen, il craignait l’éveil des Nations c’est-à-dire une remise en question des frontières de l’époque à coup d’indépendances pendant que les Balkans2 tentaient d’accéder à la leur.

Cette guerre a non seulement fragilisé la région, et la politique européenne, permis à la Maison Blanche de mettre pied en Europe (pour servir ses intérêts économiques et militaires à nos dépens), mais a aussi encouragé d’autres projets aussi ambitieux que dangereux comme le croissant chiite au Proche-Orient. Cette situation a également encouragé les tendances les plus extrêmes chez nous parmi les milieux intégristes comme en Angleterre, ou ailleurs en Europe. Nous en avons subi les conséquences le 11 septembre à New York, plus récemment en Irak et actuellement en Afghanistan. C’est là notre quatrième erreur.

Notre cinquième erreur, sans doute la plus lourde de conséquences, a été de laisser les Etats-Unis envahir l’Irak et renverser le régime, sanguinaire il est vrai, de Saddam Hussein. Cette dictature, toute violente qu’elle ait été, avait été mise en place afin de constituer un rempart efficace contre l’intégrisme salafiste et néo-wahabite. C’est ainsi que les plus fanatiques ont pu procéder à une radicalisation progressive de la société des communautés, ne visant qu’un seul but : constituer un croissant chiite, uniformiser cette région du globe pour lui donner une cohérence religieuse, politique, militaire…

1 – Metternich : Klemens Wenzel Nepomuk Lothar von Metternich, comte puis prince de Metternich-Winneburg-Beilstein (en allemand : Klemens Wenzel Nepomuk Lothar Fürst von Metternich-Winneburg-Beilstein), né le 15 mai 1773 à Coblence et mort le 11 juin 1859 à Vienne, est un diplomate et un homme politique autrichien. Il consacra sa vie au maintien de la société d’ancien régime face au bouleversement qu’engendra la Révolution française puis au maintien de la position autrichienne et de l’équilibre des puissances. Son nom est francisé dans les ouvrages historiques d’expression française, comme prince de Metternich ou prince Clément Metternich. (source Wikipedia – août 2009)

 

2 – « Les Grecs à Grenoble, des pionniers à nos jours », A. Mavridis, l’Harmattan, juillet 2009.

« Manuel historique de la question d’Orient », J Ancel, Delagrave, 1923.

« Histoire des peuples balkaniques », R. Ristelhuebert, Fayard, 1950.

« Les Balkans, religions et nationalisme », O. Gillet, Ousia, 2001.

« Les Balakans », G. Prévélakis, Nathan, 1994.

« L’Europe centrale et balkanique, Atlas d’histoire politique », P. Lemarchand (Dir), Complexe, 1995.

 

En Europe, l’instauration de règles islamistes les plus rigoureuses s’organisent en respectant un principe aussi simple qu’efficace : celui de l’échelle. L’idée est de viser un premier échelon (les repas musulmans dans les cantines scolaires et les entreprises par exemple). Ensuite il est facile d’en poser un second (le port du voile intégral par exemple qui a fait tant débat en janvier 2010), puis un troisième (les congés négociés avec les employeurs pour les fêtes religieuses, etc), puis un quatrième (les horaires aménagés pour l’accès aux piscines afin d’éviter la mixité par exemple), puis un cinquième, un sixième…

Ce système permet aussi et surtout de tester la réaction des autorités, de la population, se retirer en cas d’hostilité ou au contraire d’aller encore plus loin lorsque la situation le permet par des actions pacifiques ou armées. Nous en avons vu les  conséquences les plus extrêmes avec les attentats contre les Twin Towers à New York, le métro à Paris ou Londres, la tentative d’attentats contre les lignes aériennes entre l’Angleterre et les USA ou la gare de Madrid. Les émeutes dans les cités (passées comme en 2005, présentes et sans doute à venir) sont une autre conséquence, là encore il s’agit d’un test pour la classe politique, savoir si les dirigeants cèdent une fois de plus ou bien réagissent.  Les mesures du Ministre Sarkozy de 2006 ont tenté de mettre en avant le principe d’une immigration choisie, afin de faire le tri au sein d’une population jusqu’alors sans contrôle véritable, l’idée est lancée mais demeure sans moyens pour la mettre en place de façon globale. Il est nécessaire de contenir les fanatiques déjà présents, sans céder à la crainte, à la menace d’une nouvelle émeute des cités. Il convient d’instaurer, de réinstaller l’autorité de l’Etat dans les zones de non-droit, après des années d’absence parfois, de négligence souvent.  L’absence de réaction de la part des autorités depuis de nombreuses années a eu pour effet un pourrissement de la situation. Elle est actuellement devenue multiple, complexe, délicate. De nombreux éléments se combinent, se lient les uns aux autres et finissent par constituer un écheveau dont on ne sait par quel bout le prendre pour le démêler. Il est nécessaire de trouver une solution, ou une série de solutions adaptées pour, entre autre, permettre non seulement se stopper les dérives islamistes, mais donner aussi, et surtout, l’exemple à d’autres pays d’Europe, ou même à l’Europe toute entière.

Il ne faut pas se méprendre, la guerre actuelle entre le Hezbollah hier (le Hamas aujourd’hui) et Israël peut exporter chez nous si cela n’est pas déjà fait. Au-delà, si Israël (lâché par les USA et l’Europe, tant par la diplomatie, par les finances que par la population) est défait et que les Palestiniens retrouvent leur terre, il restera un autre ennemi à abattre, un infidèle à soumettre ou à détruire : l’Occident comme je l’expose plus haut. Cette situation est d’autant plus périlleuse que chez nous, au cœur même de nos sociétés, existe déjà un fond, une base intégriste développée à notre plus grand détriment !

Il est urgent de prendre des mesures, faute de quoi, la population lassée par l’inactivité, de nos dirigeants, décidera d’agir par elle-même. Sans imaginer une situation de lutte communautaire à l’image des conflits raciaux américains (qui ont eu lieu en 1992 et qui auront lieu à l’avenir au lendemain de la prochaine crise économique), nous connaîtrons probablement des tensions importantes, violentes, dont les conséquences nous seront fatalement funestes, nous qui sommes largement dépendants des ressources énergétiques et de matière première des pays du Tiers Monde.  En effet, ceux-ci prendront nécessairement des mesures de rétorsion en réponse au traitement de leurs ressortissants ou des personnes originaires de cette région du monde. Le secteur le plus sensible sera le secteur énergétique, tant pour le pétrole que pour les autres sources d’énergie comme combustible nucléaire, les plantations devant nous approvisionner en biocarburant.  Le secteur des matières premières suivra naturellement cette tendance, largement relayée par les spéculateurs boursiers. Privés de ressources énergétiques et de matières premières, nos économies seront durement menacées, les tensions politiques aidant, il ne faudra pas s’étonner des conséquences violentes, des conflits armés, sporadiques, à travers lesquels l’Occident affrontera l’Orient comme ce fut le cas durant la guerre froide entre les deux superpuissances par pays interposés. Cette situation extrêmement tendue engendrera un climat de guerre larvée, comme il est de coutume en cas de danger, nous cèderons notre liberté contre davantage de sécurité.  Ainsi des régimes autoritaires (ou plus) pourraient voir le jour en Europe, ce sera le triste résultat d’un imprudent laisser-aller de nos dirigeants…

Tout ceci est navrant pour nous, pour l’Occident, mais il y a un gâchis actuel que rien ne semble pouvoir éviter, à l’image de notre inaction. En effet, le Liban a vécu une expérience difficile en 2006, après 15 ans de guerre civile, ce pays a commencé et réussi une synthèse entre la tradition orientale et une occidentalisation de la société et des institutions. Beyrouth en est le plus bel exemple, cette ville a su faire la synthèse entre son passé, son présent inspiré de modernité et préparait déjà son avenir, comme pour retrouver sa gloire passée, celle d’avant la guerre civile.  Le déchirement de la population est à la hauteur de la tragédie du pays tout entier. L’offensive israélienne contre des civils a radicalisé la population, au point qu’Israël a hésité à lancer une offensive terrestre qui promettait de lourdes pertes, en effet, le seul moyen de combattre efficacement les miliciens ou l’armée était d’aller les chercher au cœur des villes, au risque d’une véritable guérilla urbaine comme c’est le cas en Irak ou en Afghanistan.  Il semble que la tactique utilisée soit payante. L’expérience irakienne a fait école, on peut y voir la trace, la preuve d’une action concertée, minutieusement étudiée, préparée. Cette stratégie de grande envergure montre le degré de préparation et de réflexion des miliciens.

L’embourbement américain en Irak risque lui aussi de faire école, la différence est cependant de taille entre les deux conflits : les américains peuvent évacuer l’Irak, les israéliens sont déjà chez eux, minoritaires face à une population hostile dix fois plus nombreuse, équipée et très motivée…

Après le retrait programmé des troupes US d’Irak promis par le Président Obama, la stratégie paye actuellement en Afghanistan, où l’embourbement ressemble de plus en plus à l’Irak. Il s’agit là de théâtres d’opérations militaires, le risque est de voir les techniques de guérilla transposées ailleurs, dans des zones devenues incontrôlables, ou sous contrôle de pouvoirs parallèles.  Cela a été le cas lors des émeutes de Los Angeles il y a quelques années, de façon plus sporadique en Nouvelle-Calédonie (et récemment en août 2009), et peut-être dans les banlieues dites défavorisées sous contrôle des bandes, du grand banditisme ou des mouvements intégristes.

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