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Archive for février 2014

La « nouvelle Russie »

17 février 2014 1 commentaire

Source : http://www.jolpress.com/russie-election-presidentielle-egypte-vladimir-poutine-marechal-sissi-article-824455.html

La Russie place ses pions en Egypte, aux dépens de Washington

 

Trois mois avant l’élection présidentielle égyptienne, les Russes ont apporté leur soutien officiel au candidat de l’armée. Le maréchal al-Sissi, à l’origine du coup d’Etat contre Mohamed Morsi et devenu depuis très populaire dans son pays est désormais le candidat de Vladimir Poutine dans une région que les Russes surveillent de très près, quitte à concurrencer de très près les intérêts américains. Explications avec Mikhail Gamandiy-Egorov, journaliste pour La Voix de la Russie.

 

Le maréchal al-Sissi a officiellement reçu le soutien des Russes avant l’élection présidentielle. Photo: Secretary of Defense/Wikimedia Commons / cc
Les autorités russes ont apporté leur soutien officiel à la candidature du maréchal al-Sissi en Egypte. Quels sont les intérêts de la Russie derrière ce soutien ?
 

Mikhail Egorov : Je pense que cela est avant tout dû au fait que la Russie souhaite la stabilité à l’Egypte et au peuple égyptien. Il ne faut pas oublier que l’Egypte est le pays le plus peuplé du monde arabe et de l’Afrique. L’Egypte est également la principale force armée sur le continent africain et au sein des pays arabes. Tous les derniers événements d’instabilité qui ont secoué ce pays ne peuvent laisser la Russie indifférente. En général, la Russie suit de près le développement de la situation dans tout le Moyen-Orient. En ce qui concerne le maréchal al-Sissi, on sait qu’il est aujourd’hui une personnalité très populaire en Egypte. On sait également qu’il a joué un rôle clé dans la destitution de l’ex-président du pays, issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi. C’est bien connu qu’en temps de crise, l’armée égyptienne joue le rôle crucial de stabilisateur. C’est une institution clé en Egypte.

Pour les Russes, il s’agit avant tout d’une question de stabilité aussi bien pour l’Egypte que pour toute la région du Moyen-Orient. Et le président Vladimir Poutine n’a pas manqué de le rappeler lors de sa toute récente rencontre avec al-Sissi : « La stabilité de la situation dans tout le Moyen-Orient dépend largement de la stabilité en Egypte ».

On peut également imaginer que Vladimir Poutine comprend mieux que quiconque le rôle joué par al-Sissi dans son pays. Car bien que l’Egypte et la Russie aient chacun des particularités clairement distinctes, il faut se rappeler que lorsque le président a accédé au pouvoir en Russie, le pays se trouvait alors en situation pratiquement catastrophique et l’a redressé par la suite. L’Egypte traverse aujourd’hui une période difficile de son histoire et a clairement besoin aussi de stabilité et de redressement.

D’une manière générale, quels sont les intérêts économiques de la Russie en Egypte ?
 

Mikhail Egorov : L’Egypte est le principal partenaire économique de la Russie dans le monde arabe et en Afrique. Les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines. Dans le domaine de l’agriculture par exemple, l’Egypte est un important acheteur de blé russe. En ce qui concerne les ressources naturelles, de grandes entreprises russes telles que Lukoil, Novatek et d’autres ont investi des sommes considérables dans l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures, de l’or et d’autres minéraux en Egypte.

Les entreprises de Russie investissent également dans le secteur touristique égyptien, notamment dans l’infrastructure hôtelière. Pour rappel, en termes quantitatifs, les touristes russes sont de loin les plus nombreux en Egypte (le pays étant par ailleurs dans le top 3 des principales destinations des touristes russes avec la Turquie et la Chine). La coopération dans le domaine militaire est elle aussi à l’ordre du jour. Et à l’occasion de la très récente visite du maréchal al-Sissi et du ministre égyptien des Affaires étrangères Nabil Fahmi, selon diverses sources, l’Egypte achètera à la Russie de l’armement pour plus de 3 milliards de dollars.

Cette démarche participe-t-elle également d’une lutte plus générale contre l’islamisme dans la région ?
 

Mikhail Egorov : Je pense que oui. Nous avons tous vu les méfaits de l’intégrisme islamiste en Syrie. Nous avons également vu le danger que représentent les extrémistes religieux pour l’Egypte. D’ailleurs à l’instar de la Syrie, l’Egypte compte elle aussi une importante minorité chrétienne dans sa population. Des chrétiens qui restent la cible privilégiée des extrémistes, en premier lieu salafistes. Evidemment, la Russie ne peut ignorer tous ces faits. Elle se doit d’avoir donc une approche cohérente et juste dans la lutte contre ce fléau, surtout compte tenu de ce qui s’est passé et se passe encore dans une moindre mesure en Syrie. Cela correspond parfaitement à son souhait de voir la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

La Russie semble également prendre l’ascendant sur les Etats-Unis en Egypte. Tente-t-elle de concurrencer Washington dans toute la région ?
 

Mikhail Egorov : La Russie est dorénavant un acteur global. Et être un acteur global dans les relations internationales signifie être compétitif dans pratiquement tous les domaines et dans pratiquement toutes les régions du monde, sans exception. Si cela rejoint la volonté des autorités et du peuple égyptien, cela ne peut alors qu’être productif. Le fait que la Russie soit devenue un acteur clé dans toute la région du Moyen-Orient, y compris grâce à son rôle positif pour les initiatives de paix en Syrie, est indéniable aujourd’hui. Et à mon avis, cela ne fera que se poursuivre. Aussi bien au niveau de la région stratégique du Moyen-Orient que du monde entier. Aux dépens des intérêts de Washington ? C’est très possible. Nous sommes aujourd’hui dans un monde multipolaire. 

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Catégories :Ukraine-Russie

De la Russie (février 2014)

Cet article aurait pu s’intituler « de l’aveuglement européen ». En effet, la Russie de 2014 n’est plus celle des années 1990, les chars ne tirent plus sur la Douma et le Président Eltsine n’est plus. Le Président Poutine l’a remplacé depuis, la Russie s’est réveillée, elle a digéré la chute du Mur et la période de flottement de l’après-communisme. C’est désormais une puissance multiple, économique, militaire et industrielle avec laquelle il faut désormais compter, une superpuissance sans laquelle aucun avenir cohérent ne peut se concevoir à l’échelle planétaire, sans courir le risque d’une douloureuse déconvenue. Et pourtant, en bien des occasions, nous avons négligé ce partenaire indispensable. La crise de l’euro en Grèce nous a fait découvrir un fait capital largement passé sous silence par les médias : le poids de la Russie dans les Balkans en général, en Grèce en particulier. En effet, Moscou y a investi massivement depuis de nombreuses années au point de devenir un acteur central de l’économie du « petit frère orthodoxe ».

Cette position présente plusieurs avantages, tout d’abord, l’occasion de réaliser des opérations financières lucratives comme n’importe quel placement. Ensuite, s’attirer la sympathie des Grecs au sein d’une population lassée d’une politique européenne désastreuse et des investisseurs chinois jugés invasifs. Le même sentiment d’inquiétude et de rejet que nous avons d’ailleurs affiché face aux investisseurs qatari en France…

Enfin, la situation ô combien stratégique de la Grèce à la fois porte des Balkans, porte de l’Europe, porte de l’Orient et surtout clé de la Méditerranée pour celui qui sait contrôler le détroit du Bosphore, puissante articulation entre la Méditerranée et la Mer Noire. En effet, la Grèce ouvre la porte des Balkans par le nord, de l’Europe par l’ouest, de l’Orient par l’est, et de l’Afrique par le sud. Les gisements pétroliers (cf sources) sont assez riches pour envisager de grands projets énergétiques. Ajouté à cela une crise de l’Europe qui a achevé le ressentiment envers Bruxelles. Déjà la menace de quitter la zone euro (cf sources), a suscité une évolution grave, allant de la simple hypothèse à un projet « envisageable », tant pour fuir une monnaie qui sent l’échec, que pour se rapprocher d’une autre économie. Peu à peu, Moscou devient plus séduisant que Bruxelles. En particulier face à la menace turque, paus membre de l’OTAN et candidat à l’intégration à l’Union Européenne…

Cela fait beaucoup pour un pays, beaucoup pour ne pas songer à se rapprocher du « grand frère orthodoxe »…
La récente crise ukrainienne de début 2014 a démontré un fait capital : il existe une volonté de nuire aux intérêt russes, de limiter l’aire d’influence de Moscou sur son propre terrain. L’Ukraine se voit ainsi déchirée entre une très forte présence russe, et une aspiration à rejoindre l’Union Européenne, malgré les déboires cités plus haut. La présence russe (économique du moins) est également très présente en France, on s’en rend compte particulièrement dans les stations de sport d’hiver ou les clients les plus fortunés et les plus nombreux ne sont pas qatari…

Enfin, le récent projet de construction du centre culturel orthodoxe à Paris, achève de convaincre les plus sceptiques quant à une forte présence russe en France. Par ailleurs, les frais de construction de ce centre sont intégralement pris en charge par la Russie, preuve s’il en est, de moyens financiers conséquents, bien loin de la reconstruction des années 1990…
Les jeux de Sotchi peuvent également renforcer ces certitudes si besoin en était…

Une question de poids demeure : ne serait-il pas dans l’intérêt de la France et de l’Europe de se rapprocher singulièrement d’un tel partenaire économique afin de réaliser le rêve d’une union de « Brest à Vladivostok », économique d’abord, en attendant le reste ?
Cela créerait très certainement des opportunités particulièrement importantes, au sein du contient européen, avec la Chine non loin de là, où déjà, les investissements européens sont aussi conséquents qu’anciens. Cette opportunité offrirait de nombreux avantages.

– Économiques tout d’abord par des partenariats, des signatures de contrats internationaux, des investissements mutuels et complémentaires pour mener de grands projets comme dans le domaine spatial, scientifique et technique. L’économie européenne en panne (ou presque panne) ne pourrait que profiter d’une tel appel d’air pour se redresser et se renforcer. Les échanges commerciaux et financiers ne pourraient qu’être bénéfiques à des économies mises à mal par la crise de l’euro et surtout la très forte progression des eurosceptiques.

– Politiques ensuite, il va sans dire qu’un rapprochement entre l’Union Européenne et la Russie représenterait une opportunité exceptionnelle pour calmer les tensions avec la Grèce, ainsi que les autres pays tentés par une séparatisme timide tout d’abord, mais qui pourrait très facilement se développer et devenir beaucoup plus fort et structuré. Bien sûr, les conséquences en terme de défense commune seraient profondément réorientées. La lutte contre le terrorisme (pour l’essentiel lié au salafisme) pourrait fort bien prendre une nouvelle forme, plus efficace, et peut-être aussi moins coûteuse par une mutualisation des moyens ou un partage des tâches, une spécialisation selon les besoins.

– Militaire ensuite. Une telle politique de lutte commune contre le terrorisme pourrait fort bien compléter des dispositifs existants. La fin de « l’ennemi à l’est » nous contraindrait certainement à réorienter notre rôle au sine de l’OTAN. Des polémiques comme le projet de centre de radars en Pologne pourraient prendre fin assez rapidement, mais peut-être pour en susciter d’autres, il faudra donc pour cela être parfaitement cohérent dans notre positionnement entre les deux grandes puissances. Sans imaginer un retour en arrière ou un éventuel « non alignement », des nouvelles relations devront se créer, une nouvelle politique devra prendre forme entre Washington, Bruxelles et Moscou. C’est un défi qui peut aussi représenter une formidable opportunité après 50 ans de guerre froide dont on sent encore les effet aujourd’hui par de vieux réflexes de méfiance ou de défiance…

– Culturelle enfin, par une prise de conscience de l’identité européenne, par des échanges culturels entre l’Union Européenne et la Russie, et même tout le monde orthodoxe. Outre l’ouverture culturelle, cela permettrait sans doute une bien meilleure compréhension de conflits en gestation comme dans les Balkans. Les mouvement de population entre ces deux « blocs » faciliteraient sans doute cette compréhension mutuelle, et peut-être aussi, la prise de conscience d’intérêts communs. Un tel rapprochement renforcerait considérablement les liens entre les populations, et par ricochet, entre les gouvernants.

L’économie, la politique, le culturel et le militaire sont quatre axes majeurs d’un rapprochement auquel nous avons toujours pensé depuis longtemps, mais que nous n’avons jamais pu mettre en œuvre à cause des guerres incessantes qui ont déchiré le contient européen.

Catégories :Ukraine-Russie

Des erreurs de notre temps (février 2014)

 

La période actuelle est riche en tensions de toutes sortes, une des plus importantes est multiforme, à la fois religieuse, politique et militaire, et oppose l’Orient à l’Occident. Il ne s’agit pas essentiellement d’une opposition nord-sud sur un schéma traditionnel dû au mélange des populations. Il s’agit bien d’un choc des cultures à l’instar de Samuel Huntington, cette opposition a des conséquences directes dans nos grandes villes, les conflits internationaux s’y expriment facilement, à travers des actions armées, des attentats comme lors du 11 septembre 2011. Et pourtant, une telle évolution était fort prévisible. Pour cela, il convient de remonter le temps. Peu avant la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 qui a entraîné la chute du système communiste, Moscou s’est engagé dans un conflit avec l’Afghanistan (1979-1989), après la révolution de 1978 qui a mis fin au coup d’état du prince Mohamed Daoud Khan de 1973. Les rebelles moudjahidins ont été soutenus par tout l’occident contre la présence militaire russe, ces « combattants de la liberté » comme on les nommait à l’époque, ont bénéficié d’un soutien logistique par les Etats Unis et l’Arabie Saoudite. Ce que l’on a qualifié de « Vietnam soviétique » a vu la défaite militaire et morale de Moscou après la décision du retrait des troupes russes par le Président Gorbatchev. Les anciens rebelles ont été alors dépassés par une frange plus radicale et religieuse, qui deviendra plus tard les tristement connus talibans. Ainsi, aux yeux des intégristes, l’Occident est apparu divisé, incapable de lutter de concert contre un ennemi commun.

 

 

 

En effet, un soutient de la Maison Blanche de la politique russe en Afghanistan aurait permis de mettre un coup d’arrêt à la progression des rebelles et leur éviction par des franges plus radicales. Un tel rapprochement aurait par ailleurs grandement participé à un rapprochent entre Moscou et Washington pour améliorer des relations internationales tendues et mettre un terme peut être définitif à une guerre froide qui a duré plusieurs décennies et risqué un nouveau conflit mondial avec l’emploi d’armes de destruction massives de part et d’autre. Un front uni contre le Dar Al Hadj aurait été sans doute plus salutaire et efficace pour empêcher toute dérive intégriste (salafiste, wahabite ou d’une autre obédience) après la chute de l’empire soviétique et l’apparition des talibans. Personne, du moins ne Occident, ne s’est préoccupé de leur accession au pouvoir jusqu’à la destruction des Bouddhas de Bamiane ne mars 2001. Ce triste événement n’a pas tant été l’affirmation du pouvoir taliban que l’échec total d’une réaction des pays les plus puissants de la planète (ou du moins présentés comme tels) tant en Occident que dans les pays asiatiques de tradition bouddhiste. Ce parfait manque d’autorité et de coordination n’a pu qu’encourager les salafistes les plus radicaux et de façon plus générale les talibans alors en place à Kaboul pour internationaliser leur vision du monde et tenter de l’imposer par la force. Après l’affaire des Bouddhas, ce fut le tour des twin tower de tomber au nom de la même idéologie, soit 6 mois plus tard…

 

 

 

Depuis, l’Afghanistan a été envahie militairement pour faire tomber le régime comme ce fut e cas en Irak. Actuellement, le régime est bien tombé mais les talibans sont toujours présents. Cette demi victoire a révélé une terrible erreur de notre part, c’est à dire notre incapacité à nous unir contre un ennemi commun qui, lui étend le conflit jusqu’au Mali et plus récemment en Centrafrique. Dernièrement, en janvier 2014, on a appris qu’en France, près de 250 candidats avaient déjà quitté le pays pour partir faire le jihad en Syrie contre Hafez El Hassad, et 250 autres se prépareraient à faire de même. La situation est plus préoccupante que l’on pourrait le penser car si les candidats au jihad quittent le pays, combien pourraient décider de rester et mener leur guerre sur place ?

 

L’affaire Khelkal et plus récemment l’affaire Merrah ont révélé que cette option est loin d’être une inquiétude sans fondement. C’est désormais une possibilité motivée par un précédent, une exemple que d’autres pourraient bien suivre de façon structurée ou bien de manière plus marginale, plus isolée. Faute d’une réponse rapide et efficace, de la part des pouvoirs publics, on pourrait très rapidement assister à des initiatives elles aussi structurées ou plus marginales, pour régler ce problème grandissant. Par contagion, cette réaction risque de s’étendre à d’autres domaines, la défiance vis à vis de nos dirigeants pouvant se traduire par un renforcement de la défiance des citoyens à l’égard de nos élus, déjà importante, au risque de peser lourdement sur les élections à venir. La progression de l’abstention comme celle des partis plus radicaux en serait la première expression. Dès lors, il deviendra particulièrement urgent de prendre des mesures conséquentes, non dans la répression, mais dans l’accompagnement. L’absence de réponse claire et efficace ne faisant que renforcer la défiance des citoyens et électeurs, et les conforter dans leur logique de détachement des institutions au nom de l’incompétence de nos dirigeants. L’exercice du pouvoir pourrait alors devenir de plus en plus difficile, entre une montée ne puissance des actions radicales (tant intégristes qu’anti-intégristes), les élus n’étant en aucun cas à l’abri. Ils seront en effet très probablement visés dans un climat de violence généralisée comme le connaît l’Ukraine aujourd’hui. Après le printemps arabe de 2011, verra-t-on un « printemps européen » en 2014, 2015, 2019…?

 

La question reste entière.

 

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