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Des erreurs de notre temps (février 2014)

 

La période actuelle est riche en tensions de toutes sortes, une des plus importantes est multiforme, à la fois religieuse, politique et militaire, et oppose l’Orient à l’Occident. Il ne s’agit pas essentiellement d’une opposition nord-sud sur un schéma traditionnel dû au mélange des populations. Il s’agit bien d’un choc des cultures à l’instar de Samuel Huntington, cette opposition a des conséquences directes dans nos grandes villes, les conflits internationaux s’y expriment facilement, à travers des actions armées, des attentats comme lors du 11 septembre 2011. Et pourtant, une telle évolution était fort prévisible. Pour cela, il convient de remonter le temps. Peu avant la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 qui a entraîné la chute du système communiste, Moscou s’est engagé dans un conflit avec l’Afghanistan (1979-1989), après la révolution de 1978 qui a mis fin au coup d’état du prince Mohamed Daoud Khan de 1973. Les rebelles moudjahidins ont été soutenus par tout l’occident contre la présence militaire russe, ces « combattants de la liberté » comme on les nommait à l’époque, ont bénéficié d’un soutien logistique par les Etats Unis et l’Arabie Saoudite. Ce que l’on a qualifié de « Vietnam soviétique » a vu la défaite militaire et morale de Moscou après la décision du retrait des troupes russes par le Président Gorbatchev. Les anciens rebelles ont été alors dépassés par une frange plus radicale et religieuse, qui deviendra plus tard les tristement connus talibans. Ainsi, aux yeux des intégristes, l’Occident est apparu divisé, incapable de lutter de concert contre un ennemi commun.

 

 

 

En effet, un soutient de la Maison Blanche de la politique russe en Afghanistan aurait permis de mettre un coup d’arrêt à la progression des rebelles et leur éviction par des franges plus radicales. Un tel rapprochement aurait par ailleurs grandement participé à un rapprochent entre Moscou et Washington pour améliorer des relations internationales tendues et mettre un terme peut être définitif à une guerre froide qui a duré plusieurs décennies et risqué un nouveau conflit mondial avec l’emploi d’armes de destruction massives de part et d’autre. Un front uni contre le Dar Al Hadj aurait été sans doute plus salutaire et efficace pour empêcher toute dérive intégriste (salafiste, wahabite ou d’une autre obédience) après la chute de l’empire soviétique et l’apparition des talibans. Personne, du moins ne Occident, ne s’est préoccupé de leur accession au pouvoir jusqu’à la destruction des Bouddhas de Bamiane ne mars 2001. Ce triste événement n’a pas tant été l’affirmation du pouvoir taliban que l’échec total d’une réaction des pays les plus puissants de la planète (ou du moins présentés comme tels) tant en Occident que dans les pays asiatiques de tradition bouddhiste. Ce parfait manque d’autorité et de coordination n’a pu qu’encourager les salafistes les plus radicaux et de façon plus générale les talibans alors en place à Kaboul pour internationaliser leur vision du monde et tenter de l’imposer par la force. Après l’affaire des Bouddhas, ce fut le tour des twin tower de tomber au nom de la même idéologie, soit 6 mois plus tard…

 

 

 

Depuis, l’Afghanistan a été envahie militairement pour faire tomber le régime comme ce fut e cas en Irak. Actuellement, le régime est bien tombé mais les talibans sont toujours présents. Cette demi victoire a révélé une terrible erreur de notre part, c’est à dire notre incapacité à nous unir contre un ennemi commun qui, lui étend le conflit jusqu’au Mali et plus récemment en Centrafrique. Dernièrement, en janvier 2014, on a appris qu’en France, près de 250 candidats avaient déjà quitté le pays pour partir faire le jihad en Syrie contre Hafez El Hassad, et 250 autres se prépareraient à faire de même. La situation est plus préoccupante que l’on pourrait le penser car si les candidats au jihad quittent le pays, combien pourraient décider de rester et mener leur guerre sur place ?

 

L’affaire Khelkal et plus récemment l’affaire Merrah ont révélé que cette option est loin d’être une inquiétude sans fondement. C’est désormais une possibilité motivée par un précédent, une exemple que d’autres pourraient bien suivre de façon structurée ou bien de manière plus marginale, plus isolée. Faute d’une réponse rapide et efficace, de la part des pouvoirs publics, on pourrait très rapidement assister à des initiatives elles aussi structurées ou plus marginales, pour régler ce problème grandissant. Par contagion, cette réaction risque de s’étendre à d’autres domaines, la défiance vis à vis de nos dirigeants pouvant se traduire par un renforcement de la défiance des citoyens à l’égard de nos élus, déjà importante, au risque de peser lourdement sur les élections à venir. La progression de l’abstention comme celle des partis plus radicaux en serait la première expression. Dès lors, il deviendra particulièrement urgent de prendre des mesures conséquentes, non dans la répression, mais dans l’accompagnement. L’absence de réponse claire et efficace ne faisant que renforcer la défiance des citoyens et électeurs, et les conforter dans leur logique de détachement des institutions au nom de l’incompétence de nos dirigeants. L’exercice du pouvoir pourrait alors devenir de plus en plus difficile, entre une montée ne puissance des actions radicales (tant intégristes qu’anti-intégristes), les élus n’étant en aucun cas à l’abri. Ils seront en effet très probablement visés dans un climat de violence généralisée comme le connaît l’Ukraine aujourd’hui. Après le printemps arabe de 2011, verra-t-on un « printemps européen » en 2014, 2015, 2019…?

 

La question reste entière.

 

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