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De la Russie (février 2014)

Cet article aurait pu s’intituler « de l’aveuglement européen ». En effet, la Russie de 2014 n’est plus celle des années 1990, les chars ne tirent plus sur la Douma et le Président Eltsine n’est plus. Le Président Poutine l’a remplacé depuis, la Russie s’est réveillée, elle a digéré la chute du Mur et la période de flottement de l’après-communisme. C’est désormais une puissance multiple, économique, militaire et industrielle avec laquelle il faut désormais compter, une superpuissance sans laquelle aucun avenir cohérent ne peut se concevoir à l’échelle planétaire, sans courir le risque d’une douloureuse déconvenue. Et pourtant, en bien des occasions, nous avons négligé ce partenaire indispensable. La crise de l’euro en Grèce nous a fait découvrir un fait capital largement passé sous silence par les médias : le poids de la Russie dans les Balkans en général, en Grèce en particulier. En effet, Moscou y a investi massivement depuis de nombreuses années au point de devenir un acteur central de l’économie du « petit frère orthodoxe ».

Cette position présente plusieurs avantages, tout d’abord, l’occasion de réaliser des opérations financières lucratives comme n’importe quel placement. Ensuite, s’attirer la sympathie des Grecs au sein d’une population lassée d’une politique européenne désastreuse et des investisseurs chinois jugés invasifs. Le même sentiment d’inquiétude et de rejet que nous avons d’ailleurs affiché face aux investisseurs qatari en France…

Enfin, la situation ô combien stratégique de la Grèce à la fois porte des Balkans, porte de l’Europe, porte de l’Orient et surtout clé de la Méditerranée pour celui qui sait contrôler le détroit du Bosphore, puissante articulation entre la Méditerranée et la Mer Noire. En effet, la Grèce ouvre la porte des Balkans par le nord, de l’Europe par l’ouest, de l’Orient par l’est, et de l’Afrique par le sud. Les gisements pétroliers (cf sources) sont assez riches pour envisager de grands projets énergétiques. Ajouté à cela une crise de l’Europe qui a achevé le ressentiment envers Bruxelles. Déjà la menace de quitter la zone euro (cf sources), a suscité une évolution grave, allant de la simple hypothèse à un projet « envisageable », tant pour fuir une monnaie qui sent l’échec, que pour se rapprocher d’une autre économie. Peu à peu, Moscou devient plus séduisant que Bruxelles. En particulier face à la menace turque, paus membre de l’OTAN et candidat à l’intégration à l’Union Européenne…

Cela fait beaucoup pour un pays, beaucoup pour ne pas songer à se rapprocher du « grand frère orthodoxe »…
La récente crise ukrainienne de début 2014 a démontré un fait capital : il existe une volonté de nuire aux intérêt russes, de limiter l’aire d’influence de Moscou sur son propre terrain. L’Ukraine se voit ainsi déchirée entre une très forte présence russe, et une aspiration à rejoindre l’Union Européenne, malgré les déboires cités plus haut. La présence russe (économique du moins) est également très présente en France, on s’en rend compte particulièrement dans les stations de sport d’hiver ou les clients les plus fortunés et les plus nombreux ne sont pas qatari…

Enfin, le récent projet de construction du centre culturel orthodoxe à Paris, achève de convaincre les plus sceptiques quant à une forte présence russe en France. Par ailleurs, les frais de construction de ce centre sont intégralement pris en charge par la Russie, preuve s’il en est, de moyens financiers conséquents, bien loin de la reconstruction des années 1990…
Les jeux de Sotchi peuvent également renforcer ces certitudes si besoin en était…

Une question de poids demeure : ne serait-il pas dans l’intérêt de la France et de l’Europe de se rapprocher singulièrement d’un tel partenaire économique afin de réaliser le rêve d’une union de « Brest à Vladivostok », économique d’abord, en attendant le reste ?
Cela créerait très certainement des opportunités particulièrement importantes, au sein du contient européen, avec la Chine non loin de là, où déjà, les investissements européens sont aussi conséquents qu’anciens. Cette opportunité offrirait de nombreux avantages.

– Économiques tout d’abord par des partenariats, des signatures de contrats internationaux, des investissements mutuels et complémentaires pour mener de grands projets comme dans le domaine spatial, scientifique et technique. L’économie européenne en panne (ou presque panne) ne pourrait que profiter d’une tel appel d’air pour se redresser et se renforcer. Les échanges commerciaux et financiers ne pourraient qu’être bénéfiques à des économies mises à mal par la crise de l’euro et surtout la très forte progression des eurosceptiques.

– Politiques ensuite, il va sans dire qu’un rapprochement entre l’Union Européenne et la Russie représenterait une opportunité exceptionnelle pour calmer les tensions avec la Grèce, ainsi que les autres pays tentés par une séparatisme timide tout d’abord, mais qui pourrait très facilement se développer et devenir beaucoup plus fort et structuré. Bien sûr, les conséquences en terme de défense commune seraient profondément réorientées. La lutte contre le terrorisme (pour l’essentiel lié au salafisme) pourrait fort bien prendre une nouvelle forme, plus efficace, et peut-être aussi moins coûteuse par une mutualisation des moyens ou un partage des tâches, une spécialisation selon les besoins.

– Militaire ensuite. Une telle politique de lutte commune contre le terrorisme pourrait fort bien compléter des dispositifs existants. La fin de « l’ennemi à l’est » nous contraindrait certainement à réorienter notre rôle au sine de l’OTAN. Des polémiques comme le projet de centre de radars en Pologne pourraient prendre fin assez rapidement, mais peut-être pour en susciter d’autres, il faudra donc pour cela être parfaitement cohérent dans notre positionnement entre les deux grandes puissances. Sans imaginer un retour en arrière ou un éventuel « non alignement », des nouvelles relations devront se créer, une nouvelle politique devra prendre forme entre Washington, Bruxelles et Moscou. C’est un défi qui peut aussi représenter une formidable opportunité après 50 ans de guerre froide dont on sent encore les effet aujourd’hui par de vieux réflexes de méfiance ou de défiance…

– Culturelle enfin, par une prise de conscience de l’identité européenne, par des échanges culturels entre l’Union Européenne et la Russie, et même tout le monde orthodoxe. Outre l’ouverture culturelle, cela permettrait sans doute une bien meilleure compréhension de conflits en gestation comme dans les Balkans. Les mouvement de population entre ces deux « blocs » faciliteraient sans doute cette compréhension mutuelle, et peut-être aussi, la prise de conscience d’intérêts communs. Un tel rapprochement renforcerait considérablement les liens entre les populations, et par ricochet, entre les gouvernants.

L’économie, la politique, le culturel et le militaire sont quatre axes majeurs d’un rapprochement auquel nous avons toujours pensé depuis longtemps, mais que nous n’avons jamais pu mettre en œuvre à cause des guerres incessantes qui ont déchiré le contient européen.

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Catégories :Ukraine-Russie
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