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Archive for mai 2014

Ukraine, l’engrenage de la violence…

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/30/ukraine-la-russie-rapatrie-ses-combattants-tues-a-donetsk_4429367_3214.html

Ukraine : des miliciens russes tués à Donetsk rapatriés en toute discrétion

Le Monde.fr | 30.05.2014 à 15h56 • Mis à jour le 31.05.2014 à 16h33 | Par Louis Imbert (Donetsk, Ukraine, envoyé spécial)

On a tapissé les cercueils de tissu rouge à la va-vite. La toile baille aux angles. Ils sont empilés sous les arbres derrière la morgue de l’hôpital Kalinina à Donetsk, jeudi 29 mai. Des combattants, des représentants politiques des séparatistes et la presse tournent autour. Un camion frigorifique alimentaire les attend, de marque française. Slogan publicitaire peint sur son flanc : « Produits frais, pour bien vous servir ». Par la porte de service, une sale odeur d’homme et de détergent gagne la cour.

Lire (en édition abonnés) : Dans l’est de l’Ukraine, les séparatistes pris en main par un embryon d’armée

Ces trente et un cercueils sont la preuve, encore une, mais celle-ci, indéniable, de l’implication de combattants russes dans les violences du Donbass. Ils ont été tués alors qu’ils affrontaient l’armée ukrainienne autour de l’aéroport Sergueï Prokofiev, lundi et mardi. La plupart ont péri dans le bombardement d’un camion qui les emportait vers l’aéroport, par un hélicoptère de l’armée. Certains corps sont affreusement mutilés. Le visage de l’un d’eux n’était plus qu’un trou rouge et noir. Il a fallu retirer d’un autre un mortier qui n’avait pas explosé.

L’ARMÉE FRAPPERA « PLUS FORT ENCORE »

C’était la première fois que l’armée engageait clairement ses forces contre les séparatistes, déployant des hélicoptères de combat et des chasseurs au-dessus d’une ville de près d’un million d’habitants. Une fois que le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, aura prêté serment, elle a annoncé qu’elle frapperait plus fort encore. Malgré sa désorganisation, malgré le risque de morts civils.

A la morgue de Kalinina, le premier ministre de la « République populaire de Donetsk », le russe Alexandre Borodaï, fait de ces cercueils un symbole : il appelle Moscou à l’aide. Il veut que la presse escorte ses morts à la frontière. Il dit craindre une embuscade de groupes armés pro-ukrainiens. On piétine. Dans l’après-midi, la nouvelle d’un coup d’Etat dans le centre-ville disperse l’assemblée. L’aile militaire des séparatistes de Donetsk, tenue par Igor Strelkov, un homme que l’Union européenne et Kiev accusent d’appartenir au GRU, les services secrets de l’armée russe, a pris le bâtiment de l’administration régionale.

MOSCOU PARAÎT LES IGNORER

Le gouvernement séparatiste restera en place, mais sa vitrine populaire est mise de côté. Les soldats ont vidé les groupuscules prorusses qui le squattent depuis le 6 avril, qui multiplient eux aussi les appels à l’aide à Moscou. Qui s’agitent. Qui ont fini par croire à leur projet de République autonome, à l’union avec la mère patrie russe. Moscou paraît les ignorer pour l’heure, et annonce un retrait de ses troupes à la frontière. Ont-ils cessé d’être utiles ?

 A la morgue, Denis Pouchiline, président du « Parlement » de Donetsk et maître de ce bâtiment, paraissait bien seul. A quelques pas, la famille du chauffeur du camion frappé mardi pleurait son mort. Les autres, ces gâchettes venues se battre en Ukraine peut-être sur ordre, par idéologie ou par goût du feu, sont restées anonymes. La liste de leurs noms n’a finalement pas été publiée. Jeudi, on a été chercher leurs corps dans un recoin d’une usine de glaces, où ils étaient entreposés loin des ouvriers, loin des combattants et des curieux. Quatre militants et deux compagnons d’armes les ont chargés en catimini dans un second camion frigorifique. Ils ont peint sur son flanc deux immenses croix rouges et le chiffre « 200 », qui signifie, en langage militaire russe, que le camion transporte des morts hors du champ de bataille.

PERSONNE NE LES AVAIT PRÉVENUS

Le chauffeur a été informé le matin même qu’il convoierait son chargement macabre en Russie. Il voyage sans gardes. Une seule voiture de presse le suit, avec la photographe du Monde Maria Turchenkova. Il fera bientôt nuit. La route est peu sûre. Les bandes armées rôdent. Au bout de deux heures d’une route presque déserte, ils ont passé le premier barrage de l’armée ukrainienne sans encombre. Dix kilomètres plus loin, au poste de douane d’Uspenka, les gardes-frontières ukrainiens pointaient leurs fusils sur les portes du camion, craignant un piège. Personne ne les avait prévenus. Puis, en fonctionnaires, ils ont passé leurs lampes sur les cercueils scellés, estampillés d’autocollants aux couleurs de la République populaire. Ils ont vérifié leurs papiers et laissé filer. Les médias russes, si prompts ces deux derniers mois à dénoncer la barbarie de l’armée et des milices pro-ukrainiennes qui font des incursions dans le Donbass, ont mentionné l’événement. Mais sans gros titres. Sans ouverture de journaux télévisés. Une indifférence polie pour ces paramilitaires sans noms ni grades. 

Louis Imbert, avec Maria Turchenkova (Donetsk, Ukraine, envoyés spéciaux)

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Catégories :Ukraine-Russie

Ukraine, le grand écart…

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/19/dmitro-firtach-l-ukraine-doit-devenir-un-pont-entre-l-union-europeenne-et-la-russie_4421244_3214.html

Dmitro Firtach : « L’Ukraine doit devenir un pont entre l’Union européenne et la Russie »

Le Monde.fr | 19.05.2014 à 14h22 • Mis à jour le 19.05.2014 à 18h05 | Propos recueillis par Piotr Smolar

A six jours de l’élection présidentielle, l’Ukraine se trouve en plein chaos, avec un Etat central particulièrement affaibli et des tendances séparatistes à l’Est, stimulées par Moscou. Pour les amateurs de géopolitique, la crise ukrainienne est un festin. Mais la géopolitique conduit à trop négliger une autre grille de lecture, essentielle pour comprendre le pays : celle des luttes entre oligarques. L’un des plus célèbres et les plus secrets est Dmitro Firtach.

Cet intermédiaire du secteur énergétique ne peut quitter l’Autriche. Il a été arrêté le 12 mars sur mandat d’arrêt américain, dans le cadre d’une enquête ancienne sur le versement de pots-de-vin en Inde, à hauteur de 18 millions de dollars. Agé de 48 ans, Dmitro Firtach dispose d’un réseau et d’une expérience hors norme dans l’espace post-soviétique. Copropriétaire de la société suisse RosUkrEnergo (RUE), Dmitro Firtach a été le partenaire-clé de Gazprom pour les livraisons de gaz en Ukraine en provenance d’Asie centrale, jusqu’à l’hiver 2009. Recevant Le Monde, le 16 mai, dans les bureaux de l’une de ses sociétés viennoises, Dmitro Firtach livre sa vision des luttes de pouvoir.

Lire : Dmitro Firtach, acteur isolé de la république des oligarques

Le Monde : Pourquoi avez-vous été arrêté, à la demande de la justice américaine ?

Dmitro Firtach : Ils ont des motivations politiques. Je pense que les Américains sont fortement désinformés. Je ne peux pas parler du fond, me disent mes avocats américains. Le dossier est fabriqué, cousu de fil blanc. Ils ont été manipulés par les Ukrainiens. Mes affaires sont en train d’être détruites. Je subis des dommages en termes de réputation, de grandes pertes, des centaines de millions de dollars. Je compte obtenir réparation pour cela en justice. Ma force et ma faiblesse, c’est l’Ukraine. Ils pouvaient soit me tuer, soit m’écarter du pays. Ca ne s’est pas passé selon le scénario prévu. J’ai compris que j’étais isolé, mais vivant. J’ai reconfiguré mon cerveau. Je me suis organisé. Je reçois beaucoup de monde. C’est Ioulia [Timochenko, l’ex-premier ministre, candidate à l’élection présidentielle] qui essaie de me présenter comme une infection, comme la peste, pour que personne ne vienne.

Mais pourquoi vous viser ?

L’Ukraine est indépendante depuis 23 ans. Remontons ces années. Il existe deux clans principaux, celui de Donetsk et de Dnipropetrovsk. Ils ont commencé leur vie par la criminalité. Ils ont pénétré dans le business, puis la politique. En 23 ans, on a donc connu deux partis politiques dans le pays : le Parti des régions et le BIouT (Bloc de Ioulia Timochenko). Par deux fois, ils ont eu des premiers ministres, des candidats à la présidentielle. On a vécu dans un Etat, une machine postsoviétique, où tout était centralisé. Peu importe qui s’asseyait dans le fauteuil : une fois arrivé, il détruisait l’autre. Aujourd’hui, ce système ne fonctionne plus. Il en faut un nouveau. Le pays entier ne peut plus être l’otage de ces deux clans.

Vous avez mentionné Ioulia Timochenko comme la source de vos ennuis. Quelles sont les racines de votre haine ?

Il n’y a pas de sentiment pareil entre nous. Elle sait que j’ai une certaine conception de la vie. Elle a gagné son argent en Ukraine, sur le dos de l’Ukraine, puis l’a sorti du pays sur des comptes offshore. Elle prétend qu’elle est pauvre et malheureuse, que sa maison appartient à sa tante. Elle montre une déclaration de revenus invraisemblable. Toute sa vie, elle a essayé de me piller.

Moi, j’ai gagné mon argent hors d’Ukraine et l’ai investi en Ukraine. Je peux répondre de chaque dollar que j’ai gagné. Je ne suis pas un saint, nous sommes tous des pécheurs. Mais lorsque je me suis lancé dans les affaires, je m’étais fixé deux principes : pas de sang, pas d’escroquerie. J’ai 49 ans, et je n’ai pas violé ces deux principes. Ioulia, elle, a ces deux choses derrière elle. N’oubliez pas que Timochenko est un agent du Kremlin. En 2005, elle était sur la liste Interpol à la demande de la Russie car elle devait personnellement 750 millions de dollars. Puis Timochenko est allée à Moscou, comme premier ministre : elle a été retirée de la liste, et la dette effacée. Vous croyez que Poutine fait des cadeaux pareils ? Vous croyez aux miracles ?

Elle pensait qu’elle serait un héros national après Maïdan. Mais les gens savent qu’elle n’est pas sincère, qu’elle ment. Elle sort de jeep en talons aiguilles, puis hurle sur scène pour réclamer sa chaise roulante. Elle ne répond pas aux questions fondamentales des gens sur l’avenir du pays, mais continue de vivre par des slogans. Sa cote de popularité chute. Si elle perd, sa situation sera très difficile. La solution idéale pour elle serait que les élections n’aient pas lieu.

Justement, en quoi cette élection présidentielle du 25 mai peut-elle permettre à l’Ukraine de sortir de la nasse ?

Il est essentiel que les élections aient lieu pour arrêter les spéculations sur la légitimité du pouvoir. La destitution de Viktor Ianoukovitch ne s’est pas déroulée correctement. Quand Poutine en parle, il y a un fond de vérité.

Vous avez scellé une alliance avec le grand favori, Petro Porochenko, et Vitali Klitschko, qui s’est retiré de la course…

Je ne commenterai pas. Je ne dirai pas qui je soutiens. Je ne veux pas qu’une campagne politique se fasse sur mes mots et sur ma personne.

Vous étiez réputé pour tenir un groupe de 40 députés au sein du Parti des régions… Et aujourd’hui ?

Quand on dit « Tu as 40 ou 50 députés », c’est n’importe quoi. Ni Rinat [Akhmetov, homme d’affaires ukrainien] ni personne ne contrôle qui que ce soit. C’est une affaire d’intérêts convergents. Un député majoritaire, qui est élu dans les deux ou trois circonscriptions de ma ville, où travaillent mes gens, doit forcément avoir des relations avec moi.

Les députés passent, mais je reste là. Je réponds de la façon dont les gens vivent. Qui a le plus besoin de qui ? C’est mutuel. Le député s’occupe de politique. Je lui demande de veiller à ce qui se passe dans ma ville, et à ce qu’on ne pille pas mon business. C’est pourquoi il y a des batailles de coalition.

Vous avez été très proche de Viktor Ianoukovitch…

Effectivement, j’ai soutenu Ianoukovitch. Quand il a perdu les élections en 2004 [au moment de la « révolution orange »], il a convaincu tout le monde qu’on ne lui avait pas donné sa chance, qu’une campagne avait été lancée contre lui pour le présenter comme un bandit. Il voulait montrer qu’il était différent. Je pensais qu’il changerait le pays. Au pouvoir, il s’est d’abord bien conduit. Puis il a commencé à dire qu’il n’avait pas assez de prérogatives pour conduire les réformes. Tout le monde l’a soutenu. Puis un jour, à Bruxelles, il a dit qu’il était seul au volant de l’Ukraine, pendant que les autres étaient dans le coffre. Ce fut un signal pour moi.

On ne vous a pas entendu le critiquer !

Je ne suis pas un politique, mon devoir est de préserver mes affaires et les gens qui y travaillent. Le business ne peut se battre contre le pouvoir. Surtout dans un système comme le nôtre. Mais vous croyez sincèrement que l’opposition avait assez de voix pour voter le renvoi de Ianoukovitch à la Rada [le Parlement ukrainien] ? D’après vous, qui a apporté les voix ? La plèbe ne construira jamais un Etat. Il n’y aurait pas eu de Maïdan, il n’y aurait rien eu, si un certain nombre de personnes n’avaient fait leur travail. Mais elles ne sont pas les héroïnes de Maïdan ou des journaux. Avec un autre businessman comme moi, ayant des intérêts dans les régions, nous sommes restés à discuter, la veille de la destitution, jusqu’à 4h du matin. Il pouvait aussi influer sur un certain nombre d’élus. Il me disait : tu as assez de députés, pourquoi as-tu besoin des miens ? J’ai dit que tout le monde devait participer car les choses étaient allées trop loin.

Lire aussi : Kiev entre condamnation et impuissance après le référendum dans l’Est

Vos collègues oligarques se trouvent en première ligne face aux séparatistes : Sergueï Tarouta, gouverneur de Donetsk , ou Igor Kolomoïski, à Dnipropetrovsk… Dans l’Est, Rinat Akhmetov a même déployé des patrouilles de ses employés dans la métallurgie pour ramener l’ordre à Marioupol.

Akhmetov, Kolomoïski et moi avons des approches différentes. Je ne dis pas que je suis bon et eux mauvais. Nous ne sommes pas unis. Rinat n’a pas le choix. Il cherche à assurer la sécurité, au moins pour ses employés. Mais Kolomoïski, quel droit avait-il, quelles prérogatives, pour envoyer un bataillon de combattants à Marioupol ? C’est quoi, ça, comme Etat ? C’est n’importe quoi. A Dnipropetrovsk, il y a eu Pavlo Lazarenko [premier ministre de mai 1996 à juillet 1997, arrêté et condamné aux Etats-Unis pour détournements de fonds], Ioulia Timochenko, et maintenant Kolomoïski, qui a étrangement récupéré tous leurs actifs. Comme Timochenko, il fait tout pour empêcher les élections d’avoir lieu.

Et la démarche d’Akhmetov ?

Moi je n’ai pas crée de forces armées, même si j’ai aussi une usine à Gorlivka, une autre près de Donetsk. Ce n’est pas ma fonction. Sinon, chacun de nous va se retrouver à la tête d’une seigneurie, avec ses troupes. Comment parler alors d’une Ukraine unie ? Nous avons juste arrêté les usines. Je continuerai à payer les salaires et ne licencierai pas. Je vais défendre les usines pour que rien ne s’y passe, mais je ne créerai pas de bataillon.

Comment réconcilier les deux Ukraine, celle de l’Ouest et de Kiev, et celle du Sud-Est ?

Il faut remonter à la source. En 2003, quand on allait vers la présidentielle, Viktor Ianoukovitch n’avait pas d’électorat, alors que Viktor Iouchtchenko avait 80 % de popularité. Le Parti des régions était une petite affaire obscure de Donetsk. Il fallait réfléchir sur la manière d’attirer les électeurs. D’où l’idée du citoyen de seconde zone. Ils ont prétendu que les gens de l’Est étaient rabaissés, humiliés, et se sont mis à jouer là-dessus. Les élections actuelles se jouent encore sur ce scénario, le Sud-Est contre le Centre-Ouest. Avant, on se taisait, car cette division était comme un jeu, on était au cinéma ou devant la télé, mais on ne se sentait pas concerné. Maintenant, ça nous concerne tous. Ils continuent d’user de ces slogans, alors que le pays est en ébullition.

Que faire alors ?

Comment coudre ce vêtement qu’est l’Ukraine ? Je suis pour l’unité de l’Etat. Mais je suis pour la fédéralisation. Tout le monde a peur de ce mot parce que Poutine l’a utilisé. Je m’en fous. Nous sommes en Autriche, pays fédéral. A côté se trouve l’Allemagne, système fédéral. Ca marche ! Et en Suisse, on parle allemand à Zurich, français à Genève.

Il faut donner plus de pouvoir aux régions, qu’elles puissent élire leur gouverneur, leurs autorités locales qui connaissent mieux les besoins, qu’elles disposent d’au moins 50 % à 60% des ressources alors qu’actuellement, 85 % des recettes vont à Kiev.

En revanche, la politique étrangère, la stratégie, ne peuvent dépendre que du centre. Deuxième question à résoudre : la nature du régime, présidentiel ou parlementaire. On essaie de faire moitié-moitié : ça ne marche pas. Le gouvernement et l’administration présidentielle vont chacun tirer la couverture. Il faut donc décider qu’on est un pays parlementaire, où les députés désignent le président. On éliminera ainsi les zones de conflit.

Que veut obtenir Moscou dans l’Est ?

Ils ont bien joué. L’Ukraine est coupable. On a fait peur à la Crimée. Elle n’aspirait pas à rejoindre la Russie, mais elle se protégeait, protégeait son avenir. Les signaux envoyés par le nouveau pouvoir ukrainien ont effrayé les habitants de Crimée. La Russie a exploité la situation en organisant un référendum. Mais je crois que tôt ou tard, les gens se réveilleront, car la Russie et l’Ukraine, ce sont deux modèles de vie différents. Or ils se sont habitués à dire ce qu’ils pensaient. Ils commencent à comprendre que ce n’est pas possible dans l’autre système.

Les Occidentaux ont adopté des sanctions à la suite de l’annexion… Mais pourquoi menacez-vous Poutine ?

Vous savez bien quelle sera sa réaction. On aurait pu conserver la Crimée dans l’Ukraine, avec une large autonomie. La Russie voulait deux choses : empêcher l’OTAN d’arriver en Ukraine ; si Kiev n’entrait pas dans l’Union douanière, qu’elle n’aille pas vers l’Union européenne.

Poutine a franchi le pas quand on l’a menacé de sanctions. Aujourd’hui, il se trouve dans un coin, devant le monde entier. Il faut lui tendre la main, au lieu de lui envoyer des flèches. Il a réveillé en Russie l’ego impérial, qui était génétiquement inscrit. Les Russes estiment que les Américains les ont humiliés pendant 23 ans, et que la Crimée constitue leur revanche.

L’annexion était un pas politique majeur, même s’il sera perdant à long terme, sans solution trouvée. La Russie est un pays fort mais pas assez pour faire la guerre à tout le monde. Les sanctions, ce ne sont pas des blagues. La Russie a besoin d’argent, d’investissements.

Vous prônez des négociations avec la Russie, vous vous êtes même proposé comme facilitateur. Mais de quoi faut-il parler avec Vladimir Poutine, après l’échec du sommet de Genève ?

A Genève, c’était un muet parlant à un sourd. Il faut que l’Ukraine initie et conduise les négociations, avec la participation des Etats-Unis et de l’UE. On ne doit pas avoir peur de discuter. Je réfléchis à la forme sous laquelle il faut réunir différentes personnes ici à Vienne pour discuter : des Ukrainiens, des Russes, des Américains. Comment peut-on conduire une table ronde à Kiev sans inviter de représentants de l’Est ? Peut-être qu’ils ne me plaisent pas, mais ils font partie de l’histoire en cours.

Mais de quoi faut-il parler avec Moscou ?

Il faut distinguer les négociations avec les Russes de la situation intérieure en Ukraine. La Russie se moque de notre système politique. Ce thème fait partie de leur machine à propagande. Leurs chaînes ont déjà dépassé Goebbels et la télévision américaine. Nous devons être réalistes et arrêter de se leurrer : Poutine ne rendra pas la Crimée. Comment sortir de cette situation ? Quand on résoudra cela, on résoudra l’Est. On ne pourra le faire par la force. On n’a pas les moyens, et ce n’est pas acceptable de tirer sur son peuple. Il faut un statu quo, le retrait de l’armée et le début des discussions.

Et comment vont vos affaires en Crimée ?

Mes usines en Crimée fonctionnent mais on a beaucoup de problèmes qu’on ne sait résoudre. En avril, on a encore payé nos impôts en Ukraine. Mais la Russie nous a avertis : on aura des questions à vous poser si d’ici fin mai, vous ne vous enregistrez pas dans la Fédération. Prenez mon usine Titan : la moitié est située en Crimée, l’autre dans la région de Kherson [dans le sud du pays]. Il y a 2500 personnes d’un côté, 3500 en Crimée. L’eau, qui vient de Kherson, vient d’être fermée, les usines commencent à ralentir. A 50 %-60 %, la vente de notre production — 125000 tonnes de bioxite titan — va vers l’Europe.

L’Ukraine doit-elle aller vers l’Est ou l’Ouest ?

Le problème de nos politiciens, c’est que ce sont des scouts en short et en foulard. Pas des leaders. Leur mentalité est la suivante : quelqu’un va venir et faire le travail à notre place. L’UE a autre chose à faire. Nous devons nous-mêmes construire une Ukraine européenne. L’Ukraine doit être forte, neutre et indépendante. Il est à la mode de dire qu’il faut aller vers l’UE ou l’Union douanière. Moi je dis qu’il faut rester où nous sommes. La Suisse est neutre. Se différencie-t-elle de l’UE ? Les valeurs européennes me plaisent. Mais d’un côté, il y a 500 millions de personnes, et de l’autre 140 millions de Russes, plus les pays voisins, la Biélorussie et le Kazakhstan. On doit devenir un pont entre l’UE et la Russie. La moitié de notre économie, ce sont les marchés russes. Mais je ne veux pas perdre les possibilités européennes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ukraine, un geste d’appaisement russe…

Source : http://www.lepoint.fr/monde/ukraine-la-russie-rappelle-ses-troupes-et-demande-a-kiev-de-faire-de-meme-19-05-2014-1825094_24.php

Le Point.fr – Publié le 19/05/2014 à 10:50 – Modifié le 19/05/2014 à 16:02

Selon l’ONU, près de 130 personnes – soldats, séparatistes et civils – ont été tuées au cours de l’opération « antiterroriste » lancée le 13 avril.

Source AFP

La Russie a ordonné lundi le retour dans leurs casernes des milliers de soldats massés depuis des semaines près de la frontière avec l’Ukraine, un geste apparent d’apaisement à moins d’une semaine de la présidentielle anticipée dans ce pays. Mais l’Otan a déclaré qu’elle n’avait « aucune preuve » que l’armée russe avait commencé à retirer ses troupes. « Vladimir Poutine a donné l’ordre au ministre de la Défense de rappeler les troupes dans leurs garnisons (…) en raison de l’achèvement des exercices qui avaient requis leur déplacement dans les régions de Rostov-sur-le-Don, Belgorod et Briansk », voisines de l’Ukraine, a indiqué le Kremlin. Accusée par Kiev de soutenir la rébellion armée, la Russie disposait, selon les Occidentaux, de 40 000 soldats déployés près de la frontière dans le cadre de manoeuvres militaires. Vladimir Poutine avait affirmé la semaine dernière qu’elles avaient reculé, mais les États-Unis avaient souligné qu’ils n’avaient pas de preuves de mouvements « pour l’instant ». « C’est la troisième déclaration de Poutine, mais nous n’avons toujours pas vu de retrait », a déploré le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen. La Russie avait par ailleurs annoncé l’organisation d’exercices militaires aériens à Lipietsk, Voronej et Riazan, de mercredi à dimanche, jour de l’élection présidentielle. La diplomatie ukrainienne a demandé lundi à Moscou d’annuler ces exercices qui « font monter la tension » dans la région. Cette annonce du Kremlin intervient sur fond de poursuite d’affrontements sporadiques entre insurgés armés et soldats ukrainiens dans les régions séparatistes de Lougansk et de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine. Le ministère ukrainien de la Défense a annoncé lundi la mort d’un soldat dans une attaque au mortier des insurgés près de Slaviansk, un des bastions de l’insurrection, encerclé par les troupes régulières. Les violences, qui ont fait près de 130 morts depuis le début le 13 avril de l’opération « antiterroriste » visant à reprendre le contrôle de l’Est, pourraient empêcher le déroulement du scrutin dans les régions de Lougansk et de Donetsk. Selon un comptage de l’AFP à partir des données de la Commission électorale, deux millions d’électeurs pourraient être privés de vote ou devoir faire plusieurs heures de route pour voter dans une région sous le contrôle des autorités de Kiev.

L’élection « aura lieu »

« Dans certaines localités (de l’Est), il sera difficile d’organiser l’élection », a reconnu le Premier ministre Arseni Iatseniouk au cours d’une réunion avec les gouverneurs de régions. « Elles sont très peu nombreuses et cela n’aura pas d’influence sur le déroulement du scrutin. L’élection aura lieu et nous aurons un président légitime », a-t-il dit. Le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov a précisé que des « groupes spéciaux » seraient chargés d’assurer la sécurité du scrutin dans l’est. Le médiateur de l’OSCE pour l’Ukraine, le diplomate allemand Wolfgang Ischinger, s’attend pour sa part à un déroulement « plus ou moins normal » des élections dimanche, sauf dans une partie des régions orientales. « Nous parlons ici d’un ordre de grandeur qui sera vraisemblablement inférieur à 10 % » des villes, où les élections seront perturbées, a-t-il précisé sur la radio publique allemande Deutschlandfunk. Les principaux candidats à la présidentielle poursuivent leur campagne, mais aucun, à part l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko qui a donné une conférence de presse à Donetsk fin avril, n’a mis les pieds à Donetsk. La peur de voir les chars russes envahir l’Ukraine et le débat complexe sur l’identité ukrainienne, entre habitants de l’Ouest proches de la Pologne et taxés de nationalisme et Ukrainiens de l’Est qui se méfient de Kiev et regardent vers Moscou, ont été au coeur de la campagne électorale. Aux pro-russes qui prônent le « fédéralisme », les partisans d’une Ukraine accrochée à l’Europe ont répondu par la « décentralisation » et une plus grande autonomie budgétaire des régions.

Kiev doit retirer ses troupes

Parallèlement au retrait des soldats russes, le maître du Kremlin a appelé Kiev à « mettre fin immédiatement à l’opération répressive et aux violences, ainsi qu’au retrait des troupes », dans une allusion à l’opération « antiterroriste » réalisée par l’armée ukrainienne. Vladimir Poutine a également salué les « premiers contacts » entre le pouvoir ukrainien et des partisans de la fédéralisation, évoquant ainsi les tables rondes organisées à Kiev et à Kharkiv (Est), entre les principaux ministres du gouvernement, deux ex-présidents ukrainiens, des parlementaires et des dignitaires religieux. Pas plus que la première fois, les insurgés séparatistes, qualifiés de « terroristes » par Kiev, n’étaient représentés, et le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a rejeté le même jour l’idée du fédéralisme. La prochaine table ronde, initialement prévue à Tcherkassy, doit avoir lieu mercredi à Donetsk.

 

 

 

 

 

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La question ukrainienne en soulève d’autres….

Source : http://french.ruvr.ru/news/2014_05_16/Sanctions-contre-la-Russie-lEurope-de-lEst-deplore-lhypocrisie-occidentale-9669/

Sanctions contre la Russie : l’Europe de l’Est déplore l’hypocrisie occidentale

 

« Les pays d’Europe occidentale continuent de conclure des transactions avec les compagnies russes tout en menaçant la Russie de nouvelles sanctions, c’est de l’hypocrisie », a déclaré le premier ministre slovaque Robert Fico lors d’une conférence à Bratislava, cité par la source.

Les chefs de gouvernement hongrois et tchèque, Bohuslav Sobotka et Viktor Orban, ont de leur côté fait savoir qu’ils ne voulaient pas rater les occasions qui s’offrent dans le domaine des affaires. Leur homologue polonais Donald Tusk a pour sa part exprimé une opinion tout à fait différente. Selon lui, les pays de l’UE doivent être unanimes en matière des sanctions contre Moscou. « Nous parlons d’unité, cependant la France envisage de vendre des bâtiments de guerre à la Russie. Nous parlons des moyens d’assurer la sécurité énergétique de l’Ukraine et adoptons des décisions clé au sein du Conseil de l’UE, (…) pendant que le russe Gazprom signe des contrats relatifs au gazoduc South Stream avec des compagnies françaises, italiennes et allemandes », a souligné M. Fico. Les pays d’Europe de l’Est, membres de l’UE, souhaitent que leurs voisins plus aisés partagent avec eux les pertes économiques qui découleront du durcissement des sanctions économiques contre la Russie. Les trois pays mentionnés dépendent de la Russie en matière de gaz et veulent recevoir des garanties. Ces déclarations des leaders européens ne font qu’augmenter le schisme existant entre l’Europe de l’Est et celle de l’Ouest.

 

RIA Novosti

 

 

Moscou pourrait commander deux Mistrals supplémentaires à la France

MOSCOU, 16 mai – RIA Novosti/La Voix de la Russie « La planification d’un grand programme de développement de la flotte de la mer Noire est en cours. Nous attendons prochainement l’arrivée à Sébastopol de six nouvelles frégates du projet 11356 et de six sous-marins. Un Mistral est également attendu », a déclaré aux journalistes l’amiral Alexandre Vitko, selon le quotidien Rossiiskaia Gazeta du 16 mai. Les essais du premier Mistral russe Vladivostok, mis à flot le 15 octobre 2013, sont en cours. Sa quatrième sortie en mer a commencé lundi. Son retour à Saint-Nazaire, où sont construits les navires, est attendu pour vendredi. Pendant ce temps, la construction du pont avant du Mistral Sébastopol se poursuit sur le chantier naval STX France. Sa partie arrière a été mise à l’eau le 30 avril à l’usine de Baltiisk. Le remorquage de cette section à Saint-Nazaire devrait commencer le 16 juin. Les équipages russes du Vladivostok et du Sébastopol devraient arriver pour une formation en France en juin, soit 400 officiers et sous-officiers de marine minutieusement sélectionnés.

La Russie a signé le contrat pour l’acquisition des Mistrals le 17 juillet 2011 à Saint-Pétersbourg, dans le cadre du Forum économique international. La France s’est engagée à construire deux bâtiments pour la marine russe avec une option pour deux navires supplémentaires. Les experts militaires et les officiers supérieurs de la marine russes ont été nombreux à contester ce contrat. Une polémique publique a éclaté pour savoir si la Russie avait besoin ou non des Mistrals, puisque ses vastes étendues maritimes sont principalement situées dans les latitudes nord. Malgré son nom, le Mistral est en effet prévu pour naviguer dans les eaux tropicales.

Les Français ont entendu ces préoccupations et promis d’adapter les porte-hélicoptères aux conditions spécifiques de la Russie. Ces derniers temps certains doutaient même de la réalisation du contrat sur les deux Mistrals commandés par la Russie. Les Etats-Unis font en effet pression sur leurs alliés, les poussant à réduire la coopération avec la Russie au minimum. Konstantin Makienko, directeur adjoint du Centre d’analyse stratégique et technologique, pense que seul un cas de force majeure extraordinaire pourrait empêcher la réalisation du contrat mais certainement pas la pression des Américains. Selon l’expert, l’intérêt de la France est très clair. En cas de rupture du contrat les Français perdraient non seulement une commande pour 1,2 milliard d’euros mais seront aussi contraints de payer des pénalités conséquentes – sans parler du préjudice en termes de réputation.

Konstantin Makienko souligne qu’après de longs débats il s’est avéré que l’acquisition de Mistrals répondait tout de même aux besoins de construction d’une marine équilibrée pour la Russie. Et il est probable que la Russie commande finalement deux bâtiments supplémentaires, ce qui contribuerait à la réhabilitation du statut russe de la Crimée. Les deux premiers porte-hélicoptères devraient intégrer la flotte du Pacifique, comme prévu. Les deux autres pourraient très bien s’inscrire dans la flotte de la mer Noire, qui sera logiquement élargie considérablement. Les Mistrals de la flotte de la mer Noire répondront parfaitement aux intérêts de la marine en Méditerranée et dans l’océan Atlantique. Toutefois, des correctifs restent envisageables. Et le deuxième Mistral Sébastopol pourrait déjà rejoindre la flotte de la mer Noire.

RIA Novosti
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les affaires continuent…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/05/11/malgre-la-crise-en-ukraine-la-france-livrera-bien-ses-mistral-a-la-russie_4414943_823448.html

Malgré la crise en Ukraine, la France livrera bien ses Mistral à la Russie

Le Monde.fr | 11.05.2014 à 23h53 • Mis à jour le 12.05.2014 à 08h41 | Par Yves-Michel Riols (Bakou, envoyé spécial)

Le doute n’est désormais plus permis. Malgré la crise en Ukraine, la France n’a aucune intention de suspendre la livraison des deux navires de guerre de type Mistral à la Russie. Ce contrat de 1,2 milliard d’euros n’a pas vocation à faire partie d’un paquet d’éventuelles sanctions économiques de l’Union européenne à l’encontre de Moscou.

La polémique avait enflé ces derniers jours après la sortie de Victoria Nuland, la secrétaire d’Etat adjointe américaine pour l’Europe, qui avait ouvertement mis en garde la France, le 8 mai, contre la vente à la Russie des Mistral, le premier devant être livré en octobre 2014, le second en 2015. « Nous avons, de manière régulière et constante, exprimé nos inquiétudes à propos de cette vente », avait déclaré Mme Nuland lors d’une audition devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.

« LA FRANCE A FAIT SON TRAVAIL »

Le propos avait beaucoup irrité à Paris, où l’on explique volontiers que les Etats-Unis peuvent se permettre de « bomber le torse », selon un diplomate, car ils n’auront pas à subir le contrecoup de rétorsions économiques contre la Russie avec laquelle ils ont peu d’échanges et encore moins de dépendance énergétique. Le président François Hollande avait déjà laissé paraître son agacement, samedi en Allemagne, lors d’une conférence de presse avec la chancelière allemande, Angela Merkel. « Ce contrat a été signé en 2011, il s’exécute et il trouvera son aboutissement au mois d’octobre prochain. Pour l’instant il n’est pas remis en cause », avait insisté M. Hollande. Son entourage a été plus explicite, dimanche 11 mai, en marge de la visite du chef de l’Etat à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. « Ce contrat a été signé, il sera exécuté, les Russes l’ont payé, une annulation entraînerait des pénalités » ; auquel cas « la sanction serait pour la France ». Récusant les critiques, qui voient dans ce geste un manque de fermeté vis-à-vis de la Russie, cette source proche du chef de l’Etat a estimé que « la France a[vait] fait son travail » face à la crise ukrainienne, en soutenant un premier train de sanctions individuelles de l’Union européenne (UE) contre des responsables politiques russes et ukrainiens.

« PARI »

Cet influent conseiller de l’Elysée a également tenu à souligner que les Mistral « ne figur[ai]ent pas dans l’inventaire des sanctions [économiques] de niveau 3 actuellement à l’étude parmi les Européens ». De son côté, François Hollande a précisé devant la presse, dimanche à Bakou, ce qui pourrait déclencher cette nouvelle phase de rétorsions contre la Russie. Si l’élection présidentielle du 25 mai en Ukraine ne pouvait pas se tenir en raison de « provocations » ou d’« intrusions », a-t-il dit, il serait alors « nécessaire de passer à un autre niveau de sanctions. (…) Mais aujourd’hui, je fais le pari que cette élection du 25 mai se tiendra ». Et donc que les navires Mistral seront livrés à la Russie.

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L’Ukraine après le référendum…

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/12/ukraine-les-pro-russes-revendiquent-un-soutien-massif-a-leur-projet-d-autonomie_4414945_3214.html

Ukraine : les séparatistes revendiquent 89 % de « oui » pour l’autonomie

Le Monde.fr avec AFP | 12.05.2014 à 00h23 • Mis à jour le 12.05.2014 à 09h35

Les insurgés prorusses de l’Est de l’Ukraine revendiquent un « oui » massif à leur projet d’autonomie du Donbass, région de l’est de l’Ukraine composée des provinces de Donetsk et de Lougansk, pour lequel ils ont consulté la population dimanche 11 mai.

  • « 89,07 % ont voté pour » à Donetsk

En tout, 7,3 millions de personnes étaient appelées aux urnes. Ce référendum, organisé en quelques jours par les séparatistes ukrainiens et jugé illégal par Kiev, doit entériner la « souveraineté étatique », selon la question posée en russe et en ukrainien, de ces deux « républiques » autoproclamées dont les prorusses contrôlent les principales villes. Les premiers résultats du scrutin sont tombés dès dimanche soir. Ils ne concernent pour l’instant que la province de Donetsk. « 89,07 % ont voté pour et 10,19 % contre. Cela peut être considéré comme le résultat définitif », a déclaré Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place par les rebelles. Le taux de participation a atteint 74,87 % selon lui. « Il a été très facile de compter les bulletins car le nombre de gens qui ont voté contre a été extrêmement faible », souligne-t-il toutefois. Aucune vérification indépendante n’est de fait possible, en raison de l’absence de toute procédure d’enregistrement officielle, d’observateurs neutres et de la plupart des médias, dont la présence a été interdite par les séparatistes.

  • Plusieurs incidents

Le scrutin, qui s’est globalement déroulé dans le calme, a été émaillé de violences à Krasnoarmiïsk, une ville de 65 000 habitants située à l’ouest de Donetsk. Des hommes armés, vraisemblablement des milices pro-ukrainiennes, ont fait irruption dans les bâtiments officiels où se déroulait le référendum et l’ont interrompu. Selon un photographe présent sur place, ils ont tiré sur la foule qui les invectivait et ont atteint deux personnes. A Marioupol, (sud-est), ville où de violents affrontements entre forces ukrainiennes et prorusses ont fait plusieurs morts cette semaine, des centaines de personnes ont fait la queue dans la rue pour voter sans incidents notables. A Sloviansk, des insurgés postés sur les checkpoints chargés de protéger la ville d’un assaut de l’armée ukrainienne ont eu la mauvaise surprise de ne pas pouvoir voter faute de papiers d’identité. Dans la ville de Svatove (20 000 habitants), proche de Lougansk, le maire Evguen Rybalko a refusé d’organiser le référendum, bien que des dizaines d’hommes armés lui aient rendu visite à deux reprises pour tenter de l’en convaincre. « Mon devoir est de faire respecter la loi ukrainienne. La population doit exprimer son opinion dans un cadre légal. Ce n’est pas le cas pour ce référendum », s’est-il justifié.

  • « Une farce criminelle »

A Kiev, le ministère des affaires étrangères a fait savoir, avant même l’annonce des résultats, que « le référendum (…) est juridiquement nul et n’aura aucune conséquence juridique pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Cette consultation n’est qu’une « farce criminelle » financée par la Russie, estime-t-il. Le référendum est une « farce » sans effets juridique, a renchéri lundi le président par intérim Olexandre Tourtchinov qui accuse Moscou de chercher à perturber la tenue de la présidentielle du 25 mai et à renverser le pouvoir ukrainien. La crainte de Kiev et des Occidentaux face à ce scrutin est de voir se reproduire un scénario similaire à celui qui a abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie. Les grandes puissances ont déjà adopté ces dernières semaines des sanctions contre Moscou et menacent de les étendre si la présidentielle n’a pas lieu.  « Les résultats des référendums factices dans l’est de l’Ukraine seront probablement faux. On n’a même aucun moyen d’en vérifier la participation », a renchéri le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt. Les « prétendus référendums étaient illégaux et nous ne reconnaissons pas leurs résultats », a fait savoir dimanche la porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à la veille d’une visite à Kiev du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Le président français François Hollande a lui aussi rejeté les « vraies-fausses » consultations des rebelles. « Ce qui va compter à mes yeux, la seule élection qui vaudra, c’est celle du 25 mai, l’élection qui va permettre de désigner le président de toute l’Ukraine » qui « sera la seule autorité légitime », a-t-il ajouté lors d’une visite en Azebaïdjan.

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L’Ukraine, entre la voix des armes et celle des urnes…

Source : http://www.leparisien.fr/international/en-direct-ukraine-les-referendums-pour-l-independance-debutent-dans-l-est-11-05-2014-3831851.php

EN DIRECT. Référendums en Ukraine : «aucun impact» selon Kiev

 C.G, E.Pe (avec agences) | Publié le 11.05.2014, 07h33 | Mise à jour : 15h27

L’est de l’Ukraine se rend aux urnes ce dimanche. Les électeurs des régions de Donetsk et de Lougansk sont appelés à se prononcer sur l’indépendance de leurs régions. Les référendums se déroulent dans plus d’une douzaine de villes composant le bassin minier du Donbass, frontalier de la Russie et situé sur la rive septentrionale de la Mer Noire. Ces scrutins sont «illégaux» par Kiev et plusieurs dirigeants occidentaux, dont le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel. Ils pourraient toutefois aboutir à une sécession de ces parties de l’est du pays, d’autant que leur issue fait peu de doute.  Parallèlement, entame une tournée dans la zone d’influence caucasienne de la Russie. Il est ce dimanche en Azerbaïdjan, avant de se rendre en Arménie et en Géorgie, pays qui souhaite intégrer l’Union européenne et l’Otan.

15 h 15. Le référendum n’aura «aucun impact sur l’intégrité territoriale»  Les autorités de Kiev assurent que «le référendum n’aura pas de conséquences légales pour l’intégrité territoriale et le système étatique de l’Ukraine», rapporte l’agence russe Itar tass. Kiev accuse les organisateurs «d’agir en violation de la loi et de la Constitution». Selon le ministère des Affaires étrangères, «la majorité des habitants de Donetsk et Lougansk ne participeront pas au vote», assure Itar Tass. 

15 heures. 75% de participation à Lougansk Le taux de participation atteindrait 75% dans la ville de Lougansk, selon l’agence russe Itar Tass

14h30. Manifestation à Simféropol. Une manifestation en soutien aux référendums organisés dans l’est de l’Ukraine a lieu à Simféropol, en Crimée, récemment rattachée à la Russie à la suite d’un référendum.

14h15. Confiance chez les pro-Russes. Pavel Goubarev, gouverneur de la république autoproclamée de Donetsk, assure que les référendums aboutiront à la création de nouvelles entités légales, selon la chaîne RT.

13h50. Des pétitions pour la reconnaissance de la Transnistrie  Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine a annoncé qu’il avait apporté à Moscou des pétitions demandant à la Russie de reconnaître la région séparatiste pro-russe de Transnistrie, malgré une tentative de confiscation par les autorités moldaves. Dmitri Rogozine, représentant du russe Vladimir Poutine pour la Transnistrie, était en visite dans ce territoire séparatiste de Moldavie pour y assister aux commémorations célébrant la fin de la Seconde guerre mondiale vendredi.

13h20. Des pancartes de propagande  Comme les habitants de Crimée lors du référendum, les habitants de Donetsk et Lougansk n’échappent pas aux pancartes radicales incitant à voter pour une indépendance. Ici un manifestant encagoulé avec un cocktail Molotov, armé d’une hache incarne les «fascistes», face à un ouvrier discipliné.

13h15. Un scrutin chaotique  Au total, 53 bureaux de vote des provinces de Donetsk et de Lougansk sont ouverts. Certains, comme celui le numéro 7 de Donetsk, sont pleins à craquer et peinent à accueillir tous les votants. Les files d’attente s’allongent et les volontaires courent afin de trouver des chaises pour les personnes âgées, nombreuses. Les électeurs glissent un bulletin dans l’urne, sans enveloppe, ce qui permet à toute personne de voir ce que son voisin a choisi. 

12h35. Participation importante. Selon la commission électorale pro-Russe, la participation est déjà de 45% à Slaviansk et de 65% à Lougansk.

12h30. Tir à Donetsk. Un homme a ouvert le feu en direction du plafond dans un bureau de vote de Donetsk, avant d’être neutralisé, selon un membre de la commission électorale de la république autoproclamée de Donetsk.

12h25. Affluence à Marioupol. Les électeurs se ruent en masse sur un bureau de vote à Marioupol.

12h20. Une «farce criminelle». «Le référendum du 11 mai inspiré, organisé et financé par le Kremlin est juridiquement nul et n’aura aucune conséquence juridique pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine», affirme le ministère ukrainien des Affaires étrangères. «Les organisateurs de cette farce criminelle ont violé la Constitution et les lois ukrainiennes».

11h50. Irina ne veut pas voter sous la pression des armes. A Donetsk, Irina, une habitante, ne veut pas voter. «Ce n’est pas un vote normal. Regardez ce qu’il se passe. Les gens vont voter au milieu d’hommes qui portent des armes», explique-t-elle.

11h35. Scrutin perturbé au Nord de Lougansk. La Commission électorale de Lougansk assure que la garde nationale ukrainienne décourage les électeurs de se rendre aux urnes au Nord de Lougansk, selon l’agence Ria Novosti.

11h30. «Plus de 30% de participation» à Donetsk. Le responsable de la Commission électorale de la république autoproclamée de Donetsk assure à l’agence Itar-Tass que la participation dans cette région est déjà de «plus de 30%».

11h25. Gerhard Schröder juge l’Europe responsable. «L’Union Européenne (UE) a ignoré le fait que l’Ukraine est un pays profondément divisé culturellement. Depuis toujours, les gens du Sud et de l’Est du pays sont plutôt tournés vers la Russie et ceux de l’ouest plutôt vers l’UE, déclare l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder, dans le journal «Welt am Sonntag». «On pouvait parler d’un traité d’association, mais il aurait fallu le faire avec la Russie dans le même temps. L’erreur de départ a été de dire ce sera ou un traité d’association avec l’UE ou une union douanière avec la Russie», explique-t-il. Il assure toutefois que «des erreurs ont été commises de toutes parts».

11h20. Longue file d’attente à Donetsk. La file d’attente s’étire sur plusieurs dizaines de mètres à l’entrée d’un bureau de vote à Donetsk.

11h10. «Mieux que d’être avec des fascistes». «Nous venons nous battre pour nos droits et devenir indépendants. Si nous devenons indépendants ce sera dur au début, mais c’est toujours mieux que d’être avec des fascistes», souligne Tatiana, électrice à Donetsk.

11 heures. 22% de participation dans la région de Lougansk. Après seulement deux heures de vote, il y aurait déjà 22% de participation dans la région de Lougansk, selon des chiffres diffusés par une milice pro-russe et repris par l’agence Ria Novosti.

10h55. Des difficultés dans la région de Lougansk. Certains bureaux de vote n’ont pas encore ouvert dans la région de Lougansk, d’après l’agence Ria Novosti. Si les organisateurs du scrutin assurent que dans 90% des cas le vote se déroule sans encombre, dans certains endroits ils affirment qu’il est victime d’opérations de «sabotage».

10h50. Scrutin perturbé à Krasny Liman. Selon l’agence Ria Novosti, une opération militaire à Krasny Liman, près de Donetsk, empêche le scrutin de s’y dérouler normalement.

10h40. Une participation «record». Le président de la commission électorale de la république autoproclamée de Donetsk assure que la participation «n’est pas seulement élevée, mais qu’elle constitue un record», selon ses propos rapportés par l’agence russe Interfax.

10h30. Le Venezuela sur la même ligne que la Russie. Le Venezuela «ne reconnaîtra pas de gouvernement issu d’un coup d’Etat», estime le ministre vénézuélien des Affaires étrangères. Il affirme que son gouvernement «rejette les processus violents qui, avec l’appui des Etats-Unis et de l’Otan, ont conduit au renversement du gouvernement, menaçant la paix et l’unité du peuple ukrainien». Il met également en garde contre toute «ingérence étrangère» et appelle à des «élections libres» en Ukraine, rapporte l’agence Itar-Tass.

10h15. Des mercenaires américains en Ukraine. Environ 400 mercenaires d’une entreprise américaine opèrent au côté des soldats et des policiers ukrainiens, selon le journal allemand «Bild am Sonntag». Ils dirigent et coordonnent les opérations de guérilla contre les pro-russes de Slaviansk. Ils travaillent pour Academi, plus connu sous son ancien nom de Blackwater, entreprise de sécurité qui avait été privée de contrat par l’armée américaine en Irak après une fusillade sur des civils en 2007.

10 heures. Russie et Ukraine se soutiennent… à l’Eurovision. La Russie et l’Ukraine ont chacune rapporté des points à l’autre lors de l’Eurovision, qui se déroulait samedi au Danemark. Pendant que l’Autriche l’emportait grâce à Conchita Wurst, l’Ukraine plaçait la Russie en 4e position de ses votes et la Russie plaçait l’Ukraine en 3e position.

9h50. La délicate tournée de Hollande. Le président de la République, François Hollande, entame une tournée dans le Caucase du Sud avec une première halte en Azerbaïdjan ce dimanche, avant de se rendre en Arménie et en Géorgie. Ces pays appartiennent à la zone d’influence de la Russie et entretiennent des relations complexes avec Moscou. La Russie s’agace de les voir courtisés par l’Union européenne, voire l’Otan dans le cas de la Géorgie. Dans un contexte où l’Occident vise à obtenir une désescalade en Ukraine, François Hollande ne compte pas jeter d’huile sur le feu, mais plutôt se concentrer sur les échanges économiques avec les trois pays qu’il visite. «Nous ne concevons pas le travail de rapprochement avec l’Union européenne comme un travail mené contre la Russie», souligne d’ailleurs l’Elysée.

9h40. Les Etats-Unis réaffirment leur opposition aux référendums. Ces scrutins sont «illégaux en vertu du droit ukrainien et sont une tentative pour créer des divisions et des troubles», déclare Jen Psaki, porte-parole du département d’Etat, le ministère américain des Affaires étrangères. «Si ces référendums ont lieu, ils violeront le droit international et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Les Etats-Unis ne reconnaîtront pas les résultats de ces référendums illégaux», assure-t-elle.

9h30. La Lituanie vote aussi. Les bureaux de vote ont également ouvert en Lituanie, Etat balte frontalier de la Russie, membre de l’Union européenne et de l’Otan, où a lieu l’élection présidentielle. Dalia Grybauskaite, présidente sortante qui a fait preuve de fermeté vis-à-vis de la Russie depuis le début de la crise ukrainienne, est favorite et pourrait être élue dès le premier tour. Elle est surnommée la Dame de fer balte.

9h15. Des sondages défavorables au pro-russes. Plusieurs sondages montrent qu’environ 70% de la population de l’Est de l’Ukraine est hostile au séparatisme. Environ un électeur sur cinq (20%) serait favorable à la sécession. Ces études ont été réalisées par l’institut américain Pew Research Centre et par des organismes ukrainiens.

9 heures. La queue à Marioupol. La chaîne russe RT diffuse sur Twitter une photo d’électeurs faisant la queue en nombre devant un bureau à Marioupol. Des violences ont fait une vingtaine de morts cette semaine dans cette ville portuaire du sud-est.

8h45. Pas de victimes à Slaviansk. La maire pro-russe autoproclamé de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, assure que les violences de la nuit dernière et de ce matin n’ont pas fait de victimes, selon l’agence Ria Novosti.

8h30. Premiers résultats dans la nuit. Les premiers résultats devraient être connus dans la nuit de dimanche à lundi.

8h15. Aucun niveau de participation requis. «Aucune participation minimale n’est fixée pour valider le vote», précise le chef de la commission électorale de la république autoproclamée de Donetsk.

8 heures. Nouvelles violences à Slaviansk. De nombreuses détonations se font entendre à l’entrée de la ville pro-russe de Slaviansk, à Andriivka. Une porte-parole des insurgés assure qu’«il y a des victimes».

7h45. La question du vote. Le électeurs doivent répondre «oui» ou «non» à la question «Approuvez-vous l’indépendance de la République populaire de Donetsk ?» ou «Approuvez-vous l’indépendance de la République populaire de Lougansk ?»

7h30. Les conditions du vote. Kiev n’ayant pas fourni les listes électorales officielles, toute personne se présentant aux bureaux de vote peut voter en justifiant de son domicile.

7h15. Quelques chiffres autour du vote. Le scrutin sera clos à 20 heures (19 heures en France). Environ 7,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dans une douzaine de villes des régions de Donetsk et Lougansk. Certaines personnes ont déjà pu commencer à voter samedi. Dans la région de Donetsk, des bureaux fermeront à 22 heures.

7 heures. Début du vote. Les bureaux de vote ont ouvert dans les régions de Donetsk et de Lougansk.

Dans la nuit de samedi à dimanche. Violences à Slaviansk. Des échanges de tirs ont lieu et de fortes détonations sont entendus à Slaviansk, bastion pro-russe de l’Est du pays. De fortes détonations et des tirs à l’arme lourde sont entendus. Des combats se déroulent également à Andriivka, ville limitrophe de Slaviansk.

 
 
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