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Ukraine, l’engrenage de la violence…

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/30/ukraine-la-russie-rapatrie-ses-combattants-tues-a-donetsk_4429367_3214.html

Ukraine : des miliciens russes tués à Donetsk rapatriés en toute discrétion

Le Monde.fr | 30.05.2014 à 15h56 • Mis à jour le 31.05.2014 à 16h33 | Par Louis Imbert (Donetsk, Ukraine, envoyé spécial)

On a tapissé les cercueils de tissu rouge à la va-vite. La toile baille aux angles. Ils sont empilés sous les arbres derrière la morgue de l’hôpital Kalinina à Donetsk, jeudi 29 mai. Des combattants, des représentants politiques des séparatistes et la presse tournent autour. Un camion frigorifique alimentaire les attend, de marque française. Slogan publicitaire peint sur son flanc : « Produits frais, pour bien vous servir ». Par la porte de service, une sale odeur d’homme et de détergent gagne la cour.

Lire (en édition abonnés) : Dans l’est de l’Ukraine, les séparatistes pris en main par un embryon d’armée

Ces trente et un cercueils sont la preuve, encore une, mais celle-ci, indéniable, de l’implication de combattants russes dans les violences du Donbass. Ils ont été tués alors qu’ils affrontaient l’armée ukrainienne autour de l’aéroport Sergueï Prokofiev, lundi et mardi. La plupart ont péri dans le bombardement d’un camion qui les emportait vers l’aéroport, par un hélicoptère de l’armée. Certains corps sont affreusement mutilés. Le visage de l’un d’eux n’était plus qu’un trou rouge et noir. Il a fallu retirer d’un autre un mortier qui n’avait pas explosé.

L’ARMÉE FRAPPERA « PLUS FORT ENCORE »

C’était la première fois que l’armée engageait clairement ses forces contre les séparatistes, déployant des hélicoptères de combat et des chasseurs au-dessus d’une ville de près d’un million d’habitants. Une fois que le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, aura prêté serment, elle a annoncé qu’elle frapperait plus fort encore. Malgré sa désorganisation, malgré le risque de morts civils.

A la morgue de Kalinina, le premier ministre de la « République populaire de Donetsk », le russe Alexandre Borodaï, fait de ces cercueils un symbole : il appelle Moscou à l’aide. Il veut que la presse escorte ses morts à la frontière. Il dit craindre une embuscade de groupes armés pro-ukrainiens. On piétine. Dans l’après-midi, la nouvelle d’un coup d’Etat dans le centre-ville disperse l’assemblée. L’aile militaire des séparatistes de Donetsk, tenue par Igor Strelkov, un homme que l’Union européenne et Kiev accusent d’appartenir au GRU, les services secrets de l’armée russe, a pris le bâtiment de l’administration régionale.

MOSCOU PARAÎT LES IGNORER

Le gouvernement séparatiste restera en place, mais sa vitrine populaire est mise de côté. Les soldats ont vidé les groupuscules prorusses qui le squattent depuis le 6 avril, qui multiplient eux aussi les appels à l’aide à Moscou. Qui s’agitent. Qui ont fini par croire à leur projet de République autonome, à l’union avec la mère patrie russe. Moscou paraît les ignorer pour l’heure, et annonce un retrait de ses troupes à la frontière. Ont-ils cessé d’être utiles ?

 A la morgue, Denis Pouchiline, président du « Parlement » de Donetsk et maître de ce bâtiment, paraissait bien seul. A quelques pas, la famille du chauffeur du camion frappé mardi pleurait son mort. Les autres, ces gâchettes venues se battre en Ukraine peut-être sur ordre, par idéologie ou par goût du feu, sont restées anonymes. La liste de leurs noms n’a finalement pas été publiée. Jeudi, on a été chercher leurs corps dans un recoin d’une usine de glaces, où ils étaient entreposés loin des ouvriers, loin des combattants et des curieux. Quatre militants et deux compagnons d’armes les ont chargés en catimini dans un second camion frigorifique. Ils ont peint sur son flanc deux immenses croix rouges et le chiffre « 200 », qui signifie, en langage militaire russe, que le camion transporte des morts hors du champ de bataille.

PERSONNE NE LES AVAIT PRÉVENUS

Le chauffeur a été informé le matin même qu’il convoierait son chargement macabre en Russie. Il voyage sans gardes. Une seule voiture de presse le suit, avec la photographe du Monde Maria Turchenkova. Il fera bientôt nuit. La route est peu sûre. Les bandes armées rôdent. Au bout de deux heures d’une route presque déserte, ils ont passé le premier barrage de l’armée ukrainienne sans encombre. Dix kilomètres plus loin, au poste de douane d’Uspenka, les gardes-frontières ukrainiens pointaient leurs fusils sur les portes du camion, craignant un piège. Personne ne les avait prévenus. Puis, en fonctionnaires, ils ont passé leurs lampes sur les cercueils scellés, estampillés d’autocollants aux couleurs de la République populaire. Ils ont vérifié leurs papiers et laissé filer. Les médias russes, si prompts ces deux derniers mois à dénoncer la barbarie de l’armée et des milices pro-ukrainiennes qui font des incursions dans le Donbass, ont mentionné l’événement. Mais sans gros titres. Sans ouverture de journaux télévisés. Une indifférence polie pour ces paramilitaires sans noms ni grades. 

Louis Imbert, avec Maria Turchenkova (Donetsk, Ukraine, envoyés spéciaux)

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Catégories :Ukraine-Russie
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