Accueil > Ukraine-Russie > L’Ukraine, mission impossible ?

L’Ukraine, mission impossible ?

Source : http://www.lesechos.fr/monde/europe/0203550240858-petro-porochenko-investi-president-de-lukraine-1010539.php

Ukraine : Porochenko veut mettre fin aux combats dans l’Est « cette semaine »

Le 07/06 à 08:48, mis à jour le 08/06 à 19:28 | Lu 12739 fois

«  Nous devons mettre fin aux tirs cette semaine », a indiqué le nouveau président ukrainien à l’issue de premiers pourparlers avec l’ambassadeur russe. Lors de son discours d’investiture, le nouveau président ukrainien a promis aux « mercenaires » un corridor pour quitter le pays sans avoir à craindre pour leur sécurité.

Petro Porochenko, élu président le 25 mai, a déclaré dimanche vouloir mettre fin dans la semaine qui s’ouvre aux combats dans l’Est, en proie à une insurrection prorusse, a indiqué la présidence ukrainienne. « Nous devons mettre fin aux tirs cette semaine », a déclaré M. Porochenko, cité dans un communiqué à l’issue d’une rencontre à Kiev avec l’ambassadeur de Russie en Ukraine Mikhaïl Zourabov, l’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne Pavlo Klimkine et une représentante de l’OSCE, Heidi Tagliavini. Le président ukrainien a indiqué que ces pourparlers tripartites se tiendraient tous les jours afin de mettre en place un plan de pacification de l’Est de l’Ukraine.

En prêtant serment samedi matin devant le parlement ukrainien, le nouveau président avait appelé les séparatistes de l’est du pays à poser les armes, ajoutant qu’il garantirait la mise en place d’un corridor pour permettre aux combattants russes de regagner leur pays. « Je jure, de toutes mes forces, de protéger la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine », a dit ce milliardaire de 48 ans, qui a fait fortune dans la confiserie et a servi déjà comme ministre des Affaires étrangères et ministre du Développement économique dans des administrations passées.

«  Je ne souhaite pas la guerre. Je ne souhaite aucune vengeance. Je veux la paix, je veux que la paix advienne », a-t-il dit dans son discours d’investiture devant la Rada. « Je vous en prie, posez les armes, et je garantis l’immunité à tous ceux qui ne veulent pas avoir du sang sur les mains », a-t-il continué.

Il a promis en outre aux populations de l’Est de maintenir leurs droits en matière de langue russe et s’est engagé à procéder à une décentralisation qui accordera davantage de prérogatives aux régions. Mais l’Ukraine, a-t-il affirmé, sera un Etat uni, et il n’y aura aucun fédéralisme. Il a assuré d’autre part qu’à ses yeux la Crimée, annexée en mars par la Russie à la suite d’un référendum, était et serait toujours ukrainienne. « La Crimée était, est, et sera ukrainienne, » a dit le nouveau chef de l’Etat dans son discours, empreint d’émotion, qui a été salué par une standing ovation. Et il a affiché son intention de signer très prochainement le volet économique de l’accord d’association avec l’Union européenne, première étape à ses yeux vers une adhésion pleine et entière, à terme, à l’UE. Kiev a d’ores et déjà signé le volet politique de cet accord d’association avec les Vingt-Huit. Le nouveau chef de l’Etat sait pouvoir compter sur le soutien des puissances occidentales mais cherche encore une stratégie dans le bras de fer qui l’oppose à Vladimir Poutine. Le président russe a pour sa part donné l’ordre samedi de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Ukraine, où affluent des habitants de l’Est fuyant les combats, a annoncé le service de presse du Kremlin cité par les agences russes. Les autorités ukrainiennes ont reconnu avoir abandonné jeudi trois postes à la frontière de la Russie dans la région de Lougansk après avoir essuyé plusieurs assauts des séparatistes prorusses. Les gardes frontière ukrainiens ont également dû évacuer leur siège régional à Lougansk après avoir subi l’assaut de rebelles lourdement armés toute la journée lundi. Les services migratoires russes affirment de leur côté que près de 4.000 ukrainiens de l’Est ont demandé asile en Russie et que les zones russes frontalières sont confrontées à un afflux de migrants. Kiev assure pour sa part que des combattants venant de Russie franchissent régulièrement la frontière pour venir grossir les rangs des insurgés prorusses, certains arrivant notamment de Tchétchénie et d’Ingouchie, dans le Caucase russe.

Amorce de dialogue

Petro Porochenko est pourtant revenu des cérémonies du Débarquement en France fort d’une amorce de dialogue avec Vladimir Poutine, en vue de trouver une issue à une crise sans équivalent depuis la Guerre froide. Les deux chefs d’Etat ont convenu de lancer des négociations dès dimanche à Kiev, du jamais vu dans l’escalade de ces derniers mois, avec pour objectif de déboucher selon une source française sur un cessez-le-feu, alors que l’insurrection séparatiste étend chaque jour son emprise sur l’Est industriel du pays.

« Le dialogue a commencé, c’est une bonne chose », avait déclaré vendredi soir M. Porochenko, qui a promis après son élection que l’ex-république soviétique ne deviendrait pas la Somalie, en proie à la guerre civile depuis plus de 20 ans. Vladimir Poutine a approuvé une approche « juste dans l’ensemble ».

Le milliardaire pro-occidental de 48 ans, élu dès le premier tour le 25 mai avec 54,7% des voix, doit passer en revue le commandement militaire de l’armée sur la place Sainte-Sophie, dans le centre de Kiev, en présence de nombreux invités étrangers, dont le vice-président américain Joe Biden, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et surtout de nombreux chefs d’Etat ou de gouvernement d’Europe de l’Est, autrefois sous domination soviétique.

Homme d’affaires

Petro Porochenko, homme d’affaires qui s’est enrichi dans le chocolat, succède à Viktor Ianoukovitch, destitué fin février après un bain de sang sur le Maïdan de Kiev et en fuite depuis en Russie, à l’issue de trois mois de contestation pro-européenne dans un froid glacial. Il a indiqué vouloir conserver au poste de Premier ministre Arseni Iatseniouk, membre du parti de l’ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, arrivée deuxième de la présidentielle avec 12,8%, tout comme le président du Parlement, Olexandre Tourtchinov, qui a assuré l’intérim de la présidence. Il aura pour lourde tâche de concrétiser les aspirations européennes, de sortir le pays d’une récession quasi ininterrompue depuis deux ans et aggravée par la crise actuelle. Mais son défi le plus urgent sera de rassembler un pays en quasi état de guerre civile.

Investiture diplomatique

Depuis la chute de son prédécesseur, l’Ukraine a de facto perdu la Crimée, rattachée à la Russie en trois semaines après un référendum jugé illégal par la communauté internationale et se débat avec une insurrection armée orchestrée selon Kiev par Moscou et qui a fait plus de 200 morts en deux mois dans l’Est. Vendredi, Kiev a déploré la mort d’un policier et la perte d’un avion de transport militaire dans des attaques des rebelles, désormais maîtres d’une partie de la frontière et de Donetsk, capitale d’une région industrielle de six millions d’habitants représentant un cinquième de l’économie du pays. Avant même les poignantes commémorations en Normandie, la Russie avait donné un signe d’ouverture en annonçant le retour à Kiev de son ambassadeur en Ukraine Mikhaïl Zourabov, renvoyé depuis fin février en Russie et qui assistera à l’investiture de M. Porochenko. Les images furtives du président russe s’entretenant M. Porochenko, suivies par l’annonce d’une brève rencontre entre Vladimir Poutine et Barack Obama, ont donné un poids supplémentaire aux espoirs de désescalade, tant ces rencontres ont été jusqu’au bout incertaines.

« C’est un succès. Une investiture diplomatique de Porochenko a eu lieu en France où les Etats-Unis et l’Union européenne ont clairement montré qu’ils le soutiendraient », commente le politologue ukrainien Vitali Bala.

De son côté, l’homme fort du Kremlin, qui n’a pas officiellement reconnu la victoire de M. Porochenko, a jugé l’approche du dirigeant ukrainien « juste dans l’ensemble ». « L’Ukraine doit faire montre de sa bonne volonté. L’opération répressive doit être arrêtée », a-t-il cependant ajouté. La Russie critique avec virulence les autorités ukrainiennes en raison de l’opération menée par leur armée pour reprendre le contrôle des régions séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk, dans l’est du pays.

Cessez-le-feu ?

Selon une source proche du président français, qui de concert avec la chancelière allemande Angela Merkel a oeuvré à cette brève rencontre, « les modalités d’un cessez-le-feu (entre Kiev et les séparatistes prorusses) seront discutées dans les jours qui viennent ».

Le président Poutine a par ailleurs eu un aparté avec Barack Obama, qui a demandé à son homologue russe « d’apaiser les tensions en Ukraine », sous peine de voir s’aggraver l’isolement de la Russie par les Occidentaux. Dans un entretien réalisé avec la chaîne américaine NBC News avant sa rencontre avec le président russe, M. Obama a également exhorté M. Poutine à reconnaître Petro Porochenko afin d’apaiser les tensions entre les Etats-Unis et la Russie. Vladimir Poutine, qui a aussi rencontré Angela Merkel, David Cameron et François Hollande, a aussi assuré que la Russie et l’Ukraine, dont le différend sur les livraisons de gaz menace les approvisionnements européens transitant par ce pays, étaient proches d’un accord. Gazprom a donné jusqu’au mardi soir à l’Ukraine pour régler sa dette gazière de plusieurs milliards de dollars. Kiev, qui vient d’être sauvé de la faillite par un plan d’aide internationale, exige une baisse du prix, fixé à un prix sans équivalent en Europe après la chute de M. Ianoukovitch.

Source AFP, Reuters
Publicités
Catégories :Ukraine-Russie
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :