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De l’Ukraine… et du reste…

La situation en Ukraine est très préoccupante, on voit de nouveau deux blocs s’opposer avec d’un côté les Etats-Unis avec l’OTAN qui accroît considérablement sa zone d’influence à tous les pays ex-signataires du Pacte de Varsovie, et de l’autre la Russie qui vit cette extension comme une provocation, une menace directe de son territoire. En effet, la forte progression de la zone OTAN s’accompagne d’un développement économique et de nombreux débouchés pour les entreprises américaines sur un espace qui lui était interdit pendant près de 50 ans jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989. Désormais, c’est ce marché économique touche toute l’Europe de l’Est, les Balkans qui leur permet d’étendre leur position bien au-delà de ses frontières de la zone Euro ou de l’espace Schengen. D’ailleurs le développement de l’espace Schengen suit cette évolution et pose les premiers échelons d’une « occidentalisation » de cette partie du globe. Le paysage de certaines grandes villes comme Prague a radicalement changé depuis ces 20 dernières années. Les grandes surfaces sont apparues et ont fortement développées comme le tourisme à l’image de Budapest. Les mentalités ont également changé, la nouvelle génération qui n’a pas connu le système communiste, qui n’a connu que le libéralisme à l’occidentale, est née avec la fièvre capitaliste et les investissements de masse. Loin de tenir ses promesses de développements, le « mythe de l’Ouest » au lieu de l’apport de richesses et de la consommation de masse, c’est la flambée des prix, le chômage et la spéculation qui sont devenus la réalité. Le rêve des parents est devenu le cauchemar de leurs enfants…

Cette extension est aussi culturelle, en effet il y a eu une rupture entre la culture communiste d’avant 1989, la culture post-communiste des années 1990 et la culture actuelle, ouvertement capitaliste, axée sur la société de consommation et l’économie de marché. Une profonde mutation que seule la génération d’avant 1989 peut mesurer à sa juste valeur. Une telle révolution culturelle s’est dotée de tous les outils nécessaires pour transformer l’ensemble de l’Europe de l’Est, pour la faire ressembler le plus possible à l’Europe de l’Ouest. Les cinémas qui diffusent largement le mode de vie américain, et les grandes surfaces qui uniformisent la consommation via la mode vestimentaire, les supports audio, vidéo et informatiques. Tout est fait pour remodeler la société en profondeur et l’intégrer au marché mondial. Ce nivellement culturel du « Village Monde » permet en sous-main de diffuser des valeurs, un mode de vie, des habitudes et des modes de pensée surtout.

Enfin, le dernier volet, le grand intérêt de l’extension de l’OTAN est le volet militaire. La conversion du Pacte de Varsovie (qui a disparu avec le régime) à l’OTAN donne accès à des zones jusque-là inaccessibles depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et permet de menacer directement les forces russes. L’affaire ukrainienne est donc véritablement un test de puissance, à la fois une manière de mesurer et de tenir en respect la puissance militaire russe, mais aussi d’étendre l’aire d’influence militaire américaine. Pas seulement, en effet, la crise de 2008 a gravement altéré l’image de la toute puissance économie américaine et de l’hégémonie du dollar. Cette atteinte profonde et durable se devait de prendre fin par une action spectaculaire et désormais traditionnelle du leadership américain dans le monde, et des démonstrations de force. Ce fut le cas lors des deux guerres du Golfe (1990-1991 et 2003). L’extension de l’OTAN aux anciens pays signataires du Pacte de Varsovie ne marque pas seulement la fin du régime communiste, c’est aussi une éclatante victoire de Washington sur Moscou.

Cependant, la Russie des années 1990 était faible, en pleine crise politique, économique et militaire. Le tragique épisode du Koursk en août 2000 a donné au monde entier l’image d’une ancienne superpuissance à l’agonie. Il n’en restait désormais plus qu’une seule à l’Ouest, en position de leadership mondial. L’affaire de Crimée quant à elle a prouvé plusieurs choses. Tout d’abord, l’apparition d’une nouvelle Russie capable de défendre ses intérêts militaires et son image en assurant la défense d’un site stratégique, l’accès aux mers chaudes et d’un port militaire en eaux profondes. La perte de la Crimée aurait sans aucun doute achevé de réduire la Russie à sa plus simple expression, une petite puissance qui tente péniblement de remonter la pente après le choc d’un Empire qui s’est effondré, emportant avec lui une gloire appartenant irrémédiablement au passé. Les Etats-Unis n’auraient eu désormais en face d’eux qu’un seul adversaire encore capable de lui tenir tête : la Chine.

Les choses se sont passé autrement, la Russie actuelle est bel et bien une puissance qui a su renaître de ses cendres. La récupération de la Crimée sans affrontement armé n’est pas seulement une victoire militaire, c’est aussi une victoire diplomatique à forte valeur symbolique. Moscou aspire à redevenir une superpuissance, à l’image de ce qu’elle était durant près de 50 ans. Il lui a simplement fallu montrer ses muscles pour ne pas avoir à s’en servir. C’est déjà une première victoire en soi, mais aussi contre son rival outre-Atlantique. Le président Poutine a clairement l’ambition de faire de la Russie une nouvelle superpuissance à fort rayonnement. Depuis la fin de la seconde guerre, la course au surarmement a profondément miné une économie soviétique inadaptée à un tel effort. Les choses sont différentes, très différentes. Des armures corporelles Ratnik aux nouveaux bombardiers capable de rivaliser avec le B-2 américain (qu’ils soient de conception purement russe ou sino-russe) en passant par le nouveau fusil d’assaut AK-12, la Russie a fait la preuve de ses compétences techniques dans le domaine militaire. C’est désormais une puissance avec la quelle il faut compter, au-delà de ses frontières, elle est capable de conclure des contrats d’armement comme l’ont montré l’affaire des Mistral avec la France, les accords militaires avec l’Egypte ou la Syrie, la fabrication du missile subsonique Brahmos avec l’Inde, la production de munitions avec l’Algérie, la coopération militaire avec le Viet-Nam en 2013 ou avec le Maroc en 2014, la liste n’est pas exhaustive.

Ce deuxième pôle mondial ne cesse de se développer, de se renforcer et de s’étendre. La Crise Ukrainienne est loin d’être terminée avec l’arrivée des premiers camions d’aide humanitaire russe en cette fin août 2014. Elle ne doit pas occulter les puissants accords commerciaux et financiers à l’image de celui conclu entre Moscou et Pékin afin d’évincer le dollar comme unique monnaie d’échange, comme monnaie de référence. C’est en effet un grand projet du Président Poutine que de créer une zone économique de libre échange qui rassemblerait la Russie et d’autres Etats comme la Biélorussie et le Kazakhstan et des pays asiatiques comme la Chine. Sa politique énergétique l’incite d’ailleurs à s’intéresser davantage à l’Est qu’à l’Ouest ne serait-ce que pour des questions de rentabilité comme le souligne très justement Pascal Marchand (« Géopolitique de la Russie », 2014). Par ailleurs, la présence économique russe est aussi variée que conquérante, très fortement présente en Grèce, elle est également très active dans toute l’Asie et en Afrique. Face à un tel géant politique économique et militaire, l’Ukraine a de quoi s’inquiéter…

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Catégories :Ukraine-Russie
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