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Du revirement turc et ses conséquences (09-12-2014)

La Turquie semble jouer un jeu particulier, en effet, ce pays membre de l’OTAN abrite des bases militaires américaines dont la célèbre base d’Incirlik. Sa position géographique lui confère une place incoutournable dans l’accès aux Balkans à l’ouest, au Proche-Orient au sud, à la Mer Noire au nord (jusqu’à la Crimée), et à la Méditerranée à l’ouest. Ce pays oscille entre tradition et modernité, candidat malchanceux à l’Union Européenne, la Russie lui semble un partenaire davantage intéressant pour une éventuelle adhésion à l’Organisation de Coopération de Shangaï (OCS), malgré l’opposition de la Chine.

En effet, l’Europe ne lui semble pas une option très prometteuse, par un refus plus ou moins assumé des responsables européens. La méfiance de plusieurs pays dont l’Allemagne qui redoute une forte augmentation des candidats à l’immigration sur son sol, celle de la Grèce sur le statut de Chypre (et des incidents frontaliers au nord), sans compter les pays chrétiens des Balkans face à un pays influent auprès des populations musulmanes qui laisse flotter le fantôme de l’empire ottoman, tout ceci semble lui femer les portes de l’Europe. L’OCS lui semble plus intéressante dans le domaine commercial, comme l’a déjà montré l’accord commercial de 2014 entre la Turquie, la Russie et la Chine, qui permet à ces trois pays de payer leurs importations avec leurs partenaires en monnaie nationale. En effet, cet accord lui ouvre la porte d’un marché colossal, et d’un marché économique particulièrement prometteur en ce qui concerne l’énergie. Cette position de partenaire commercial tourné ves l’est lui offre également une opportunité unique de protecteur des populations turcophones d’Asie centrale, en particulier les Oïgours en Chine. Ce nouvel avantage est également source d’obtacles, en effet, Pékin se montre particulièrement méfiant de ce nouvel acteur « grand frère » des turcophones, peut-être par crainte des violents affrontements de 2009 ou de mouvements indépendantistes du Xinjiang, une région particulièrement riche en ressources naturelles (près du tiers des ressources de charbon et pétrole de la Chine).

Ce rôle de « grand frère » peut en effet ouvrir de nombreuses portes et rendre la Turquie un peu trop populaire à l’image de la Russie, « grand frère » orthodoxe en Grèce et dans le reste des Balkans, ou l’est de l’Ukraine. Cependant, cette situation visiblement avantageuse, crée une profonde instabilité qui pourrait s’évérer intenable dans les années à venir : la Turquie se rapproche fortement de l’OCS, alors que cette organisation apparaît comme le principal concurrent de l’OTAN… à laquelle elle appartient déjà !
Washington a des raisons de redouter l’accord commercial tripartite de 2014 qui attaque directement la toute-puissance du Dollar comme monnaie mondiale de référence. Un nouveau rapprochement vers l’est pourrait pourrait s’apparenter aux yeux de certains, comme un véritable acte de trahison. L’avenir de la présence militaire américaine en Turquie pourrait être sérieusement compromis dans un avenir proche, comme ce fut déjà le cas des bases militaires US de Karshi Khanabad et de Manas au Kirghizstan en 2014.

Comment un tel « allié » pourrait se maintenir au sein de l’OTAN ?
La question même de son adhésion semble donc en jeu. Un autre élément de fragilisation s’ajoute : la Grèce. En effet, si un jour la Turquie devait faire défection, la Grèce déjà très proche du « grand frère » orthodoxe, ne pourrait faire autrement que quitter l’OTAN à son tour, voir devancer la décision turque. Cela ferait deux défection dans une zone particulièrement sensible, offrant un accès inespéré à l’OCS aux Balkans et à l’Europe à l’ouest via la Grèce, et au Proche-Orient au sud via la Turquie. Cette dernière serait d’autant contrainte de se rapprocher de Moscou afin de régler en douceur son contentieux avec la Grèce, et l’avenir du Bosphore, qui fait le lien entre la mer Noire et la Méditerranée, en particulier pour la flotte russe, tant civile que militaire si deux pays essentiels devenaient ses alliés…

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Catégories :Ukraine-Russie
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