Accueil > Non classé > Du changement…

Du changement…

La période actuelle est en réalité une transition, une sorte de pont entre ce que l’on a connu (que l’on considère comme éternel, stable, à force d’y vivre sans se poser de question) et l’inconnu. Le printemps arabe du début 2011 nous a soudainement rappelé que rien n’est éternel, le monde est en perpétuel mouvement sous-jacent, loin des yeux et des consciences. Comme un iceberg, la partie la plus importante reste immergée, si l’on ne fait pas l’effort de la chercher, on n’aperçoit que la partie émergée de façon ponctuelle, lors d’une révolution, d’une émeute ou d’une échéance électorale…
Pourtant les indices ne manquent pas, les risques avant-coureurs sont fort révélateurs pour peu que l’on sache les remarquer et les interpréter. Bien sûr la faute nous incombe, notre aveuglement trouve son origine dans notre confort du quotidien qui nous masque un fait essentiel : le perpétuel mouvement, l’évolution constante du monde, du nôtre et de celui des autres que l’on ignore bien souvent par confort ou plus simplement par habitude. Cependant, il faut bien reconnaître que nous n’avons pas tous les torts. Le « système » au sein duquel nous vivons a intérêt à ce que l’on demeure dans cette nonchalance intellectuelle, dans cet endormissement dont il tire sa stabilité, sa durée. Le « système » est une appellation bien facile et bien pratique pour désigner en réalité un ensemble complexe et multiforme. Il se compose de domaines différents mais toujours complémentaires, voire interdépendants. On peut en distinguer plusieurs : politique, économique, de pensée et culturel…

Le système politique est celui auquel on pense en premier lieu. C’est de façon très classique le « système » que l’on veut combattre dans une volonté de remise à plat, plus que de réforme. Les contestataires et autres révolutionnaires ont laissé à ce sujet une image d’Epinal très vivace, très présente dans les esprits. Il convient avant tout de bien définir ce qu’est ce fameux système politique. C’est une structure administrative issue d’une idéologie le plus souvent d’une vision des choses, d’une conception du monde. Il s’articule sur plusieurs axes majeurs déclinés dans des axes secondaires, voire tertiaires. Chaque rouage répond à cette vision du monde, à cette idéologie qui oriente le « système » dans un sens donné. Celui-ci n’est pas forcément statique, il peut évoluer en fonction des dirigeants ou des circonstances. A l’image d’un être vivant, il naît, se développe, se sclérose et meurt. Ce cycle peut être plus ou moins long selon différents critères. L’idéologie n’est pas le seul élément majeur, en effet, les nécessités ou les circonstances, les faiblesses parfois peuvent soutenir ce système politique. Les intérêts de chacun peuvent ainsi les inciter à soutenir un régime même honni. Le ventre a ses raisons que le cœur ne connaît pas…
La faiblesse d’un dirigeant ou de réformateurs peut tout aussi bien assurer la pérennité d’un régime politique, par docilité, par faiblesse d’esprit ou plus simplement par confort. Ce dernier point est singulier, il ne touche pas seulement nos dirigeants mais tout un chacun. Une révolte est possible lorsque les conditions de vie deviennent insupportables, comme en Tunisie en 2011. Il en faut visiblement davantage pour jeter des milliers de personnes dans les rues, que notre vie relativement confortable. Les manifestations des « Charlie » en France suite aux attentats de 2015 ou à Madrid avec les « Podemos » en 2015 en sont un exemple, ces manifestations sont spontanées mais pas assez durables pour véritablement renverser le système politique en place. Les émeutes raciales aux Etats-Unis de début 2015 ne font pas exception à la règle. Un attentat, une mort suite à une interpellation, sont suffisants pour cristalliser des tensions et éclater ponctuellement dans un mouvement plus profond et plus durable, nécessite bien autre chose. En premier lieu, il est impératif que les conditions de vie soient nettement dégradées au point de devenir invivables, insupportables. Ce n’est pas encore le cas, le niveau de confort est encore trop élevé pour motiver la population, l’inciter à descendre dans les rues pour les inciter réellement à renverser le régime en place, même si celui-ci multiplie les signes de faiblesse, même s’il se fragilise. C’est généralement lorsque l’on n’a plus rien à perdre (ou peu à perdre) que la mobilisation peut se réveiller. Après une révolution et le renversement du régime, on observe généralement une période de flottement qui peut s’avérer très dangereuse. En effet, si rien n’est prévu, préparé et organisé, la vacance du pouvoir peut servir n’importe quelle cause. Les luttes de pouvoir sont elles aussi très dangereuses car elles peuvent créer une période durable d’instabilité politique, voire de violence armée. Une élection semble la meilleure solution pour y remédier, pour sortir de la crise. Là encore, les surprises peuvent survenir comme l’a montré l’élection de Mohamed Morsi en Egypte…

Il ne semble pas y avoir de recette miracle pour régler cette période de vacance du pouvoir, si ce n’est la bonne volonté des citoyens ou des candidats. C’est pourtant une période charnière pour régler des conflits naissants, avant qu’ils ne se développent et prennent une importance trop grande au point d’être ingérable.

Le système économique, quant à lui, repose essentiellement sur la confiance que les acteurs économiques accordent aux valeurs (monnaie, titres, actions, entreprises, ertc.). Cette confiance confère une grande force, elle peut donner l’illusion d’une stabilité sans faille, d’un système inébranlable. C’est en réalité une pure illusion. La crise de 2008 et la forte tension économique qui en découle et qui perdure jusqu’à nos jours en ont donné une preuve éclatante. La confiance donne une force, mais elle reste fragile à l’image d’un colosse aux pieds d’argile, elle peut s’effondrer à tout instant, suite à une crise, à une baisse des valeurs boursières, une flambée des prix et du coût de la vie à l’image de celle qui a suivi la mise en service de l’Euro en 2000-2001. L’instabilité politique peut elle aussi influer sur la confiance d’un système économique. Le « grexit » de 2015 en est un parfait exemple. La sortie de l’euro et l’orientation vers un autre système économique concurrent de l’actuel, s’impose de plus en plus dans les esprits. Quitter l’Union Européenne (tout en y conservant des liens privilégiés) pour s’orienter vers els BRICS, voire l’OCS, est une réflexion qui prend une grande ampleur. En fait, c’est plus qu’une simple réflexion, cela prend peu à peu l’aspect d’un programme de plus en plus séduisant, de plus en plus cohérent à mesure que le poids de l’euro se fait de plus en plus lourd, de plus en plus insupportable.

Au-delà de l’euro, c’est peut-être aussi le modèle de société de consommation qui est directement remis en cause. Comme le système communiste s’est effondré en 1989, miné de l’intérieur, le système capitaliste tel que nous le connaissons, pourrait lui aussi être remise sérieusement en cause : en tant que modèle. Il est profondément miné de l’intérieur, les acteurs économiques que nous sommes sont de moins en moins confiants dans un système qui semble de moins en moins nous convenir. Dès lors, ce qui faisait la force de ce système, fait aujourd’hui sa faiblesse. Le manque de confiance incite à la méfiance, la méfiance à la défiance, et la défiance incite à rechercher autre chose, un autre système davantage en adéquation avec les aspirations de chacun. Cette dernière opération s’articule en plusieurs étapes : Tout d’abord, une réflexion sur la consommation elle-même à travers une démarche de mieux consommer. Le gaspillage est alors ciblé et rejeté en bloc. Cela entraîne une baisse significative de la consommation et donc des profits liés au commerce. C’est le premier impact qui tend à modifier profondément les comportements. Ceux qui ne peuvent s’adapter à ces changements disparaissent, les autres évoluent vers une nouvelle offre commerciale axée sur l’anti-gaspillage, le respect de l’environnement. Il est même possible d’introduire de nouveaux goûts (politiques, religieux, etc). C’est un nouveau créneau marketing qui apparaît et se développe comme le bio, le hallal ou n’importe quel autre préférence des consommateurs. Dans un deuxième temps, les produits manufacturés et « prêts à l’emploi » sont rejetés à leur tour au profit d’autres…

Une nette tendance à faire soi-même apparaît et se développe. Elle touche plusieurs domaines très variés : ameublement, textile, cosmétique, alimentaire, santé, etc. Cette fois-ci le consommateur s’éloigne de plus en plus de l’offre classique. Là encore, les uns disparaissent faute de faire évoluer leur offre, tandis que les autres s’adaptent en proposant des produits nouveaux, une offre qui accompagne cette nouvelle tendance. D’un premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit simplement d’une évolution de la consommation, une nouvelle demande qui attend une offre correspondante, un simple flux commercial qui évolue, s’adapte à une nouvelle demande, se développe sur de nouveaux segments, de nouvelles opportunités. Il faut aller plus loin que cela, cette évolution tend vers un seul objectif : sortir du modèle de consommation classique, de ce que l’on connaît depuis des décennies (des siècles ?), en un mot, sortir du système économique tel qu’on le vit, tel qu’on le conçoit. Les débuts de ce changement radical sont encore peu marqués, peu développés et permettent juste d’éliminer ceux qui ne peuvent s’adapter à la demande. Une sorte de sélection naturelle économique s’opère avec un écrémage à chaque étape, à chaque nouvelle demande. Cependant, la fuite ne avant est amorcée, elle ne cesse d’avancer, de se reproduire, écrémage après écrémage, elle élague les moins adaptés, elle sape les bases du système économique tel qu’on le connaît, d’abord de façon marginale, puis de façon plus massive, sans que l’on en prenne réellement conscience.

Il arrivera un moment où il ne restera plus grand chose à écrémer, où les acteurs économiques que nous sommes arriveront à une sorte d’autosuffisance à des degrés différents. Il ne s’agit pas de tisser ses propres vêtements, comme de parfaits petits Gandhis, ou de produire notre propre alimentation, mais plutôt d’actes quotidiens, d’actions ponctuelles, mais répétées des milliers, des millions de fois au point de créer des manques à gagner colossaux au sein d’un système économique resté traditionnel, au point de réduire de façon drastique les bénéfices des grandes sociétés, des grands groupes, trop lourds et trop peu réactifs pour s’adapter.

Ce sont les PMI-PME, les TPI-TPE qui, elles, pourront s’adapter et suivre ce mouvement de fond jusqu’à se reformer eux-mêmes, loin des indices boursiers et des manuels d’économie. En effet, les bourses mondiales seront les premières impactées, encore une fois, faute de pouvoir et savoir s’adapter. Les petites structures pouvant quant à elles suivre ce mouvement, accompagner ce nouveau système économique hors du profit à tout prix, à l’image du social business si cher à Mohamad Yunus. C’est une véritable lame de fond qui se prépare, un nouvel équilibre avec d’un côté un système qui s’effondre faute de pouvoir répondre aux attentes, et d’un autre côté, toute une série d’initiatives locales qui se structurent peu à peu, qui se coordonnent autant que possible afin de créer un vaste réseau en capacité de répondre à la demande.

Le système de pensée et la culture est lui aussi est touché par cette révolution sourde. Une nouvelle culture tend à en remplacer une autre, plus ancienne, conservatrice et figée, qui ne répond plus aux attentes, aux aspirations du public. L’innovation doit cependant rester proche de la réalité et ne pas s’articuler autour de dogmes, des références idéologiques trop marquées, d’utopies qui la freinent. C’est un véritable retour au réel qui est attendu, demandé par tout un chacun. Au sein du désert culturel que nous semblons traverser, les idées nouvelles pour changer le monde et les modes de pensée, de vivre, sont les bienvenues. Cependant le temps n’est plus aux conjectures, il est au concret. Ainsi, une idée non suivie d’effet aura peu de chances de se développer. Elle pourra séduire par sa nouveauté, mais elle ne pourra s’inscrire dans le temps sans une matérialisation bien concrète. La crise que nous connaissons depuis 2008 est multiforme, elle a profondément modifié les consciences, les attentes aussi. Une réalisation concrète prouve par elle-même sa valeur, elle se justifie par ce qu’elle apporte. Les attentes du public sont cependant for simples : répondre aux besoins premiers (se nourrir, se vêtir, se loger) en les déclinant à travers ce que notre culture a conçu et développée : les raffinements de la cuisine pour la nourriture, la mode vestimentaire et l’esprit « fashion » pour se vêtir, les différents types d’habitats pour le logement selon des critères spécifiques (habitat durable ou éco responsable). Les besoins secondaires eux aussi suivent cette évolution. La culture telle qu’on la conçoit au premier abord (peinture, sculpture, littérature, cinéma) tend à se raffiner, à se diversifier. Actuellement c’est notre façon de vivre qui se développe et se décline en conceptions, en projections et en interrogations surtout. Les remises en cause se multiplient, même si elles restent encore marginales. Elles portent cependant en elles les germes d’un futur développement, une issue à la société dont on veut de moins en moins, quand on ne la rejette pas en bloc. Il suffit de peu de choses pour donner une aura plus forte, une grande influence, assez grande ne tout cas pour réellement « changer les choses ». La seule condition nécessaire à leur développement reste une réalisation concrète. C’est en quelque sorte le « syndrome St Thomas » qui prévaut.

En effet, les trop nombreuses promesses non tenues, les désenchantements après de grandes et belles idéologies, ou théories avortées, ont instauré la nécessité de s’ancrer davantage dans le concret. A l’image d’une procédure comptable désormais, on paye au vu du service fait, de la prestation exécutée. Cela en dit long sur le désenchantement de nos sociétés modernes. C’est une situation qui peut présenter certains dangers. Un manque excessif de confiance limite fortement toute possibilité d’évolution, la confiance est nécessaire pour permettre le développement d’une idée. Juger uniquement sur pièce permet certes de se prémunir contre les affabulations, mais dans le même temps, il hypothèque gravement une évolution, un climat, favorable à la création, à l’innovation. On ne peut évoluer sans croire à quelque chose, à rêver. C’est le propre de la culture de s’ouvrir vers l’extérieur, d’exprimer un sentiment, des idées parfois, des rêves souvent, un point de vue toujours. Cette étape essentielle est fortement compromise aujourd’hui. La culture doit jouer son rôle d’évasion, d’instruction aussi afin d’élargir les horizons, d’éveiller les consciences bien au-delà de la simple expression personnelle. C’est le propre de la culture, elle se partage davantage même que la politique ou l’économie.

Ces trois aspects du « système » donnent un éclairage singulier de ce que l’on nomme « le système ». Ce ne sont cependant que trois aspects relativement simples d’un ensemble beaucoup plus vaste. Avant de changer cet environnement au sein duquel nous vivons, il faut d’abord changer nous-mêmes, c’est une tâche particulièrement ardue. En effet, la question est de savoir si nous y sommes prêts, si nous acceptons de changer, car cela signifie nous remettre entièrement en cause. Avant cette étape essentielle, il nous faut prendre conscience de notre fonctionnement, de notre mode de pensée, de prendre en compte nos défauts, les accepter avant de tenter d’y remédier. Un élément est indispensable à intégrer avant toute tentative de changement : notre forte tendance à l’individualisme. C’est en effet un aspect majeur de nos sociétés modernes. L’idée de groupe, la conscience d’être une collectivité n’a cessé de reculer. Nous vivons depuis une bonne trentaine d’année sous le règne de l’individu-roi, la majorité a été peu à peu habituée à céder devant une minorité remuante, exigeante, revendicatrice. C’est un paradoxe, chacun veut un changement de la société, mais refuse encore de changer lui-même. L’esprit collectif n’existe quasiment plus, la solidarité encore moins. L’individualisme s’est répandu à travers chaque aspect de la vie quotidienne, il est devenu si omniprésent qu’il est désormais difficile de le remarquer, tant il fait partie du décor. Il reste cependant nécessaire de l’identifier afin de le rejeter lorsque c’est possible et le remplacer par un esprit collectif. La célèbre devise diviser pour régner a été appliquée à la lettre. L’individualisme et l’égoïsme ont été développés à un niveau très élevé, tel qu’il paraît difficile aujourd’hui d’amorcer une réflexion profonde et constructive sur notre société moderne, sur notre mode de vie, nos habitudes. Il ne reste malheureusement qu’une seule option : atteindre les limites d’un système pour qu’il s’effondre sur lui-même de façon sporadique et violente. L’émeute ou la révolution semblent être les seules issues pour clore le chapitre d’un système, qu’il soit politique, financier, de pensée ou culturel…
Il semble que la solution à nos problèmes soit en nous, qu’elle ne puisse venir que de nous. C’est notre planche de salut, mais aussi la source principale du blocage que l’on connaît. Il ne semble pas encore que nous soyons prêts à changer nous-mêmes afin de changer notre environnement…

Publicités
Catégories :Non classé
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :