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Ukraine, le bilan

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/ukraine-quel-bilan-apres-annee-pouvoir-president-porochenko-michael-e-lambert-2158880.html

Ukraine : quel bilan après une année de pouvoir du président Porochenko ?

Le président ukrainien Petro Porochenko est arrivé au pouvoir le 7 juin 2014. Ses entreprises, Roshen en tête, ont subi de plein fouet les pressions commerciales russes visant à faire capoter les négociations de libre-échange entre l’Ukraine et l’Union européenne, dont l’échec a provoqué les manifestations de Maïdan.

Atlantico :  Noms  de  rues  et  de  villes  modifiés,  tentative  de  réhabilitation  de  nationalistes ukrainiens  douteux,  blanchiment  de  l’histoire…  Pourquoi  Petro  Porochenko  s’attaque  t-il aux symboles et à l’histoire pour faire avancer son pays ? Est-ce qu’il faut nécessairement exacerber une fibre patriotique et identifier un ennemi pour reconstruire un pays ?

Michael E. Lambert : Le Président ukrainien ne s’attaque pas à l’Histoire de son pays, mais revient davantage sur  l’héritage  de  la  période  soviétique  et  sur  l’influence  de  la  culture  russe  dans  le  vie  des citoyens.  Il  est  vrai  que  cette  procédure  qui  vise  à  renommer  les  rues  et  à  mettre  en  avant  les patriotes ukrainiens peut semble extrême, mais celle-ci correspond à la valorisation de l’identité nationale et revient sur l’héritage historique du pays qu’il était impossible de critiquer en raison de l’importante présence des russophone, notamment en Crimée et en Novorossia.

Ainsi, pendant plusieurs décennies, Kiev à mis en avant l’héritage soviétique avec une image de Staline autrement plus positive qu’en occident. Ce choix de passer de la vision russe à la vision plus occidentale, et donc européenne, témoigne des ambitions européennes du pays.  

Il n’est pas nécessaire de trouver un ennemi pour reconstruire un pays, ni même pour exacerber l’identité nationale, mais l’influence soviétique et de la Russie est objectivement nocive pour la mise en place des standards occidentaux pour la liberté politique et la prospérité économique. On peut donc difficilement reprocher à Porochenko ce choix d’accorder l’Histoire du pays avec ses partenaires de l’Ouest.

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La  tentative  de  musellement  de  l’opposition  et  les  lois  votées  visant  à  empêcher expression  politique  et  la  liberté  de  parole  alertent  l’OCDE,  universitaires  et  intellectuels occidentaux.  Pourquoi  l’Ukraine,  qui  souhaite  se  rapprocher  de  l’Europe,  s’en  éloigne  en s’extirpant violemment du passé et de la sphère soviétique ? Comment Porochenko priorise t-il ses volontés ?

Il semble important de rappeler que Kiev est actuellement dans un état de guerre (civile ou non, en fonction des représentations du conflit avec Novorossia), et doit rapidement prendre des décisions. Loin de s’éloigner de l’Union européenne et de l’OTAN, le choix de ne pas prêter attention   aux   tendances   pro-russes,   pro-soviétiques   ou anti-européennes   dans   le   pays   est judicieux  et  réaliste.  De  nombreux  pays  occidentaux,  notamment  les  Etats-Unis,  interdisent  à certains partis politiques de s’exprimer, c’est le cas du parti communiste américain. Plutôt que de voir  ces  actions  comme  une  atteinte  à  la  liberté  d’expression,  il  faut  les  percevoir  comme  un moyen de dynamiser le débat et de l’orienter rapidement sur les problématiques concrètes, avec la  mise  en  place  de  réformes  qui  ne  peuvent  plus  attendre,  c’est  le  cas  du  développement  des énergies renouvelables, du choix d’intégrer l’Union européenne et l’OTAN. Dans cette optique, ce qui importe est le résultat sur l’économie et sur le rapprochement avec l’occident.

Les  priorités  sont  objectivement  la  lutte  contre  Novorossia  et  l’influence  de  Moscou,  la prospérité  économique,  la  lutte  contre  la  corruption.  Ce  dernier  aspect  devant  en  réalité  se retrouver en premier d’après les recommendations de l’OSCE, l’OCDE et de Bruxelles.

Quel  est  le  calendrier  politique  du  « baron  du  chocolat »,  milliardaire  et  hommes d’affaires, aux nombreuses ambitions politiques ?

Il  est  vrai  qu’une  visite  dans  Kiev  peut  interpeller  dans  la  mesure  ou  les  magasins  du Président  sont  mis  en  avant  d’une  manière  assez  ostentatoire,  ce  qui  amène  à  penser  que  la corruption reste le principal problème dans le pays, et que la séparation entre monde politique et milieu  des  affaires  reste  à  faire,  bien  qu’on  puisse  reprocher  une  situation  similaire  dans  de nombreux pays en Europe, dont la France.

Contrairement à de nombreux experts, il me semble que Porochenko n’a pas de calendrier précis. La  priorité  est  de  contenir  Novorossia,  essayer  tant  bien  que  mal  de  se  rapprocher  de  l’Union européenne tout en conservant des relations “acceptables” avec le Kremlin. A l’heure actuelle, le principal objectif est d’arriver à survivre en espérant une réponse des occidentaux, ce qui semble s’apparenter  à  une  approche  optimiste  si  on  se  réfère  aux  négociations  de  Riga  sur  l’avenir  du Partenariat  oriental  et  sur  le  basculement  de  l’attention  américaine  de  l’Atlantique  vers  le Pacifique.

Enfin, quelle est la situation économique de l’Ukraine d’aujourd’hui ? Est-elle toujours esclave de son voisin en matière énergétique ? Sur quels atouts peut-elle compter ?

L’Ukraine est un pays qui à toutes les ressources nécessaires pour parvenir à s’émanciper de  la  tutelle  de  Moscou.  Le  pays  dispose  d’une  population  avec  un  bon  niveau  d’éducation, d’industries qui peuvent produire du chocolat, des armes et de la vodka à un prix abordable, ce qui  peut  lui  apporter  un  avantage  stratégique  en  axant  ses  exportations  vers  des  pays  comme l’Union européenne pour le chocolat, la Chine pour la vodka, et les armes pour le Moyen-Orient, ce dernier aspect constituant une triste réalité.

Qui  plus  est,  le  pays  pourrait  émerger  comme  puissance  énergétique  avec  la  production d’énergies  renouvelables,  c’est  du  moins  ce  que  rapporte  un  rapport  du  PISM. A  cela  s’ajoute naturellement la production agricole qui peut intéresser les européens de l’Ouest.

Malgré cela, le pays souffre d’une faible natalité, peine à attirer des immigrants, et doit adapter ses  normes  à  celles  de  pays  pays  occidentaux.  Il  lui  faudrait  donc  recevoir  des  investissements massifs  pour  moderniser  toutes  les  infrastructures  en  même  temps,  ce  qui  s’apparente  à  une impossibilité au regard de la corruption qui règne dans le pays.

Pour  terminer  sur  une  note  optimiste,  des  pays  comme  la  Pologne  et  l’Estonie,  au  départ totalement dépendants de la Russie pour leur survie, ont pu s’extirper de celle-ci en adoptant une attitude  qui  vise  à  passer  de  leur  relation  avec  la  Russie  vers  une  relation  avec  les  partenaires  occidentaux.  Kiev  pourrait  faire  de  même  et  dispose  d’un  potentiel  énorme,  il  lui  faut  juste  parvenir à l’exploiter et à inciter l’OTAN et les Européens à accorder leur confiance.

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