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Archive for juillet 2015

La Moldavie, la « crash story » européenne ?

En Moldavie, les partis pro-européens sont en train de perdre le soutien de la population faute de politique efficace de lutte contre la corruption et la pauvreté.

Les citoyens moldaves semblent pencher de plus en plus vers la Russie en raison des échecs de la politique du gouvernement et du comportement réservé de l’UE à l’égard du pays, écrit le New York Times (NYT).

Désireuses d’éviter toute détérioration ultérieure des relations avec la Russie, les hommes politiques européens s’abstiennent d’émettre des promesses relatives à l’adhésion des ex-républiques soviétiques à l’UE. Cette tendance est devenue claire lors du sommet du Partenariat oriental qui s’est tenu à Riga les 21 et 22 mai. Selon le quotidien américain, cela pourrait décevoir la Moldavie et la pousser à coopérer avec la Russie.

« La Russie n’a rien à faire, elle peut se contenter d’attendre. L’idée de l’Europe s’est discréditée elle-même », estime Yan Feldman, membre du conseil du gouvernement moldave chargé de la lutte contre la discrimination. »Nous avons perdu le soutien de la population », déplore de son côté l’ex-premier ministre moldave Iurie Leanca. Pour lui, les causes de cette situation sont les échecs du gouvernement et la propagande menée par la Russie.

Effectivement, les autorités de Chisinau se sont montrées incapables de combattre la corruption et de créer un système étatique viable, au même titre que les autorités de Kiev. Pour cette raison, l’image de la Russie devient de plus en plus positive dans l’opinion publique, écrit NYT.

Selon un fonctionnaire européen interrogé par le quotidien, les hommes politiques moldaves chantaient des louanges à l’Europe afin d’impressionner Bruxelles. Mais en réalité, ils ont tout fait pour discréditer les partis pro-européens ainsi que l’UE.Les membres de certains partis moldaves accusent à leur tour l’UE d’avoir instrumentalisé la Moldavie comme un pion dans son jeu géopolitique.

« L’UE avait besoin d’une « success story », et c’est la Moldavie qu’elle a choisie pour cela. Aujourd’hui, tout le monde comprend que ce n’était qu’une illusion », affirme le leader du Parti socialiste moldave Igor Dodon.

Les sondages menés récemment en Moldavie démontrent que 32% de la population soutient toujours l’idée d’adhésion à l’UE, contre 78% en 2007. La moitié des sondés se prononcent pour l’adhésion à l’Union eurasiatique.

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Une nouvelle Europe ?

Source : http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150714/1017009731.html

16:02 14.07.2015(mis à jour 17:55 14.07.2015) URL courte – Alexandre Latsa

Les derniers mois ont considérablement éclairci les dynamiques d’intégration qui se mettent lentement en place sur le continent eurasiatique, que ce soit sous impulsion de l’Union européenne d’une part, ou sous impulsion russe d’autre part.

 Le no man’s land entre les deux projets a peu à peu rétréci, faisant même apparaître des points de friction comme on a pu le constater en Ukraine par exemple, ou en Moldavie.

La formidable extension de l’Union européenne (6 Etats en 1958, 3 en 1973, 1 en 1981, 2 en 1986, 3 en 1995, 10 en 2004 et 2 en 2007) s’est ensuite ralentie puisque la seule adhésion des neuf dernières années a été celle de la Croatie en 2013.En parallèle, l’Union européenne poursuit des discussions d’adhésion avec la Turquie et quatre pays des Balkans que sont la Serbie, la Macédoine, l’Albanie et le Monténégro. Deux autres pays des Balkans, le Kosovo et la Bosnie, sont également pressentis pour adhérer, ainsi que trois pays du Caucase (Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan) et trois pays d’Europe de l’est: la Biélorussie, l’Ukraine et la Moldavie.

Les derniers évènements géopolitiques en Ukraine et la politique des sanctions antirusses déployée par Bruxelles ont troublé cette logique de l’intégration sans fin, et amené un certain nombre de questions et d’inquiétudes nouvelles. Parmi les pays qui sont déjà membres de l’Union européenne, et parmi ceux qui pourraient le devenir, certains sont très dépendants de la Russie sur le plan énergétique et sur le plan économique.

Sans surprise, on a pu constater que lors du dernier sommet européen qui s’est tenu à la fin du mois de mai 2015, les représentants européens ont tenu un double discours destiné à ne pas décourager les Etats candidats, ne pas augmenter la tension avec la Russie mais aussi et surtout à masquer les difficultés que connaît la zone Euro actuellement comme la récente tragédie grecque l’a confirmé. On a aussi constaté que par exemple l’Autriche, Chypre, l’Italie et la Grèce ne se pressent pas pour ratifier le traité d’association avec l’Ukraine, provoquant le courroux de l’administration ukrainienne. Il y a sans doute un lien direct avec la situation en Ukraine qui s’est détériorée récemment, et aussi avec le fait que le nouveau projet de gazoduc Turquish Stream pourrait créer une situation nouvelle dans la région. Contrairement au projet South Stream qui allait directement de Russie en Bulgarie, le nouveau projet prévoit des pays de transit qui ne font pas partie de l’Union européenne (Turquie, Macédoine et Serbie). Dans la région, la situation n’inspire, il est vrai, pas beaucoup d’optimisme. L’Ukraine ne sait plus vraiment où sont ses frontières, et le pays pourrait, au mieux, se retrouver à terme géographiquement encastré entre deux conflits gelés: Transnistrie et Donbass.

Il y a le problème du Kosovo dont l’existence en tant qu’Etat n’est toujours pas reconnue par un certain nombre de pays, et en Moldavie les tendances pro-européennes sont à leur plus bas historique, ce qui traduit le découragement qui frappe ce petit pays dont près de 800.000 citoyens, il faut le rappeler, travaillent en Russie.De son côté, l’Union douanière eurasiatique comprend désormais cinq pays (Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Kirghizstan et Arménie) et elle étend son intégration sur le plan régional mais aussi avec des pays beaucoup plus éloignés. Elle vient de lancer des accords de libre-échange avec le Vietnam tandis que justement la Moldavie, l’Inde, le Chili, Israël et la Nouvelle-Zélande se sont déclarés intéressés pour se rapprocher ou rejoindre l’union douanière. Dernier Etat de la liste, l’Arménie vient de rejoindre l’Union douanière douchant ainsi les espoirs ce ceux qui imaginaient que ce pays du monde russe choisisse de s’en éloigner.

De la même façon que l’extension de l’UE vers l’est et la Russie s’est longtemps superposée avec l’extension de l’OTAN, l’extension de l’union douanière se fait en parallèle avec l’extension de l’Organisation de Shanghai. Fondée en 2001, l’organisation (OCS) comprend désormais huit membres puisqu’aux 6 membres d’origine (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan) viennent de se rajouter l’Inde et le Pakistan dont le statut a été validé lors du sommet exceptionnel qui s’est tenu début juillet 2015 dans la République musulmane russe de Bachkirie.

Ce sommet regroupait l’Union économique eurasiatique, l’Organisation de Shanghai mais aussi les BRICS et a traduit les volontés de ces organisations de coordonner et harmoniser leur développement alors que les trois principaux BRICS sont désormais membres de l’Organisation de Shanghai. Le sommet a également confirmé que le fort rapprochement de l’Inde avec la Russie concerne non seulement le plan économique mais également le plan militaire. Enfin le sommet aura aussi permis à la Russie de montrer au monde entier ce qu’il en est de son soi-disant isolement diplomatique et économique et de confirmer que le pays est non seulement parfaitement accepté mais surtout plébiscité au sein du monde non-Occidental.Cette restructuration de l’espace Asie-Eurasie s’effectue sous impulsion dominante du binôme Russie/Chine. Si la Chine n’est que partenaire de l’Union douanière eurasiatique, Pékin a un projet propre qui se superpose et complète les architectures eurasiatiques en développement et qui est la réanimation d’une gigantesque route de la soie visant à relier l’est et l’ouest du continent eurasiatique. La Chine a depuis plusieurs années des projets de prises de contrôles d’infrastructures existantes (sources ici, la et ici) sur le flanc est de l’Europe, au cœur des Balkans. Cette impulsion chinoise vient récemment de prendre une nouvelle dimension, puisque c’est une puissance moyenne de l’Europe centrale, la Hongrie, qui vient de signer un accord de coopération sur les développements ultérieurs de la route de la soie.

Peu à peu, une nouvelle architecture mondiale semble se dessiner autour de deux ordres qui établissent des structures et mécanismes qui leurs sont propres (sur les plans politiques, économiques, sécuritaires, militaires ou financiers…) et concernant leurs aires géographiques propres et proches.

Ces deux ordres ont des conceptions et visions opposées de l’ordre international puisque l’un est à dominante unipolaire et occidental et l’autre plus multipolaire. Ce second et nouvel ordre en émergence est poussé par le binôme Chine-Russie, binôme par ailleurs membres des principales structures de l’ordre concurrent.Deux ordres ayant également chacun des modèles civilisationnels et sociétaux propres et largement incompatibles.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

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L’Europe, une nouvelle désunion ?

Source : http://fr.sputniknews.com/international/20150721/1017137005.html

International

12:11 21.07.2015(mis à jour 12:13 21.07.2015) URL courte
L’organisation éventuelle d’un référendum en République serbe de Bosnie (une des entités composant la Bosnie-Herzégovine) provoque l’inquiétude des dirigeants de l’UE, qui y voient l’essor des tendances séparatistes.

Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a exprimé son inquiétude par rapport à l’intention des autorités de la République serbe de Bosnie d’organiser un référendum sur les compétences de la Cour suprême et du parquet de la Bosnie-Herzégovine, considéré comme un premier pas vers l’indépendance. »Je constate que pour l’instant, la date du référendum n’est pas fixée, ce qui signifie qu’il est encore possible de l’éviter, car son organisation pourrait effectivement créer des problèmes pour l’évolution de la situation », a déclaré la chef de la diplomatie européenne.

La République serbe est l’une des deux entités qui composent l’Etat de Bosnie-Herzégovine. Elle a été officiellement formée suite à la signature des accords de Dayton de 1995 mettant fin aux combats interethniques qui ont eu lieu en Bosnie-Herzégovine.

En 1992, des Serbes bosniaques ont déclaré l’indépendance de la République serbe en réponse à la sortie de la Bosnie-Herzégovine de l’Etat de Yougoslavie initiée par les Bosniaques musulmans.La République serbe qui était une des parties prenantes de la guerre sanglante en Bosnie-Herzégovine, avait le statut de république autoproclamée et non reconnue par les autres Etats jusqu’à la signature des accords de Dayton.

En 2008, le parlement de la République serbe a adopté une résolution selon laquelle l’entité pourrait se séparer de l’Etat de Bosnie-Herzégovine si la plupart des pays membres de l’Onu et de l’UE reconnaissaient l’indépendance du Kosovo. En décembre 2012, ces conditions ont été réunies — l’indépendance du Kosovo a été admise par 97 Etats membres de l’Onu et par 22 Etats membres de l’UE.
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Grèce, un discours choc de la Présidente du Parlement.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/cyril-molesini/140715/discours-de-zoe-konstantopoulou-presidente-du-parlement-grec

Discours de Zoé Konstantopoulou présidente du parlement Grec

Je me permets de relayer la traduction du discours courageux et profondément honnête de Zoé Konstantopoulou, prononcé vendredi 10 juillet, et qui a alors voté contre le projet que le gouvernement grec a soumis aux créanciers avant le sommet du week end.« Mesdames et messieurs, chers collègues, En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sincérité institutionnelle et courage politique. Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilité qui nous revient.

Protéger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les droits sacrés, inviolables et non négociables de notre peuple et de notre société.

Sauvegarder l’héritage de ceux qui ont donné leur vie et leur liberté pour que nous vivions aujourd’hui libres.

Préserver l’héritage des nouvelles générations et celles à venir ainsi que la civilisation humaine, de même que ces valeurs inaliénables qui caractérisent et donnent un sens à notre existence individuelle et collective.

La façon dont chacun choisit de décider et d’agir peut varier, mais personne n’a le droit de se moquer, de dégrader, de dénigrer ou d’utiliser à une fin politique les décisions qui sont issues d’un processus et d’une épreuve qui touchent au cœur de notre existence.

Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme noyau les forces anti-mémorandum, livre un combat inégal dans des conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le prétexte de la dette, une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et des compagnies étrangères.

Une dette que la Troïka, en accord avec les précédents gouvernements, a transformé frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de la corruption médiatique chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créé et gonflé, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une agression systématique et de grande envergure a contre une population avec l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions Européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour Pénale Internationale.

Le chantage n’est pas une fatalité. Et la création et la mise en place de conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet à personne de parler de liberté de « choix ».

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

Le peuple grec a honoré le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi que le Parlement qui lui a donné le droit de prendre sa vie et son destin entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,

NON aux chantages,

NON aux ultimatums,

NON aux memoranda de l’assujettissement,

NON au paiement d’une dette qu’il n’a pas créé et dont il n’est pas responsable,

NON à des nouvelles mesures de misère et de soumission,

Ce NON, les créanciers persistent obstinément à vouloir le transformer en OUI, avec la complicité perfide de ceux qui sont responsables de ces memoranda et qui en ont tiré profit, ceux qui ont créé la dette.

Ce NON du peuple nous dépasse toutes et tous et nous oblige à défendre son droit à lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie à moitié ou une vie servile, pour être fier de tout ce qu’il va laisser à ses successeurs et à l’humanité.

Le Gouvernement est aujourd’hui objet d’un chantage afin de lui faire accepter tout ce qu’il ne veut pas, qui n’émane pas de lui et qu’il combat. Le Premier Ministre a parlé avec sincérité, courage, franchise et désintéressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi celui qui a lutté comme aucun de ses prédécesseurs pour les droits démocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles générations, qui a représenté et représente notre génération et lui donne espoir. Je l’honore et je continuerai toujours de l’honorer pour son attitude et ses choix. Et en même temps, je considère de ma responsabilité institutionnelle, en tant que Présidente du Parlement, de ne pas fermer les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le soutiennent.

Ma responsabilité envers l’histoire dans cette institution, je l’assume en répondant « présente » au débat et au vote d’aujourd’hui. Je considère ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier Ministre, aux générations futures et aux sociétés européennes, en exposant au grand jour les véritables conditions dans lesquelles le parlement est appelé à prendre des décisions et en refusant le chantage, au nom de l’alinéa 4 de l’article 120 de la Constitution.

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir. Et sans avoir peur. »

Zoe Konstantopoulou

Traduction : Yorgos Mitralias relue par Patrick Saurin

Source: http://cadtm.org/Jamais-je-ne-pourrai-voter-et

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Grèce, un réveil douloureux….

Source : http://www.le-pays.fr/france-monde/actualites/a-la-une/international/2015/07/15/grece-l-accord-en-route-pour-le-vote-au-parlement-avec-un-risque-politique-pour-tsipras_11521079.html

Grèce : l’accord en route pour le vote au Parlement, avec un risque politique pour Tsipras

L’accord entre la Grèce et ses créanciers devait être voté mercredi au Parlement grec, avec un risque pour Alexis Tsipras de perdre sa majorité parlementaire, tandis que le FMI a semé le trouble en suggérant une nouvelle fois un fort allègement de la dette d’Athènes par l’Europe.

Clé de sa démonstration de bonne volonté aux créanciers, avant d’espérer obtenir dans quelques semaines un troisième plan d’aide d’au moins 80 milliards d’euros, le gouvernement de M. Tsipras a déposé dès mardi soir le projet de loi à faire voter « d’ici au 15 juillet », selon les termes de l’accord signé lundi matin à Bruxelles.

Il s’agit notamment d’une hausse de la TVA, et de l’adoption d’une règle d’or budgétaire.

M. Tsipras s’est expliqué mardi soir lors d’une interview télévisée sur les raisons qui l’ont poussé à signer, dans un climat de grande tension, ce texte qui est loin d’alléger l’austérité rejetée pourtant à 61% le 5 juillet par les Grecs, lors du référendum.

« J’assume mes responsabilités pour toute erreur que j’ai pu commettre, a-t-il déclaré, j’assume la responsabilité d’un texte auquel je ne crois pas mais que j’ai signé pour éviter un désastre au pays », en l’occurrence une sortie de l’euro en forme de plongée dans l’inconnu.

ANGELOS TZORTZINIS/AFPLe ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos, lors d’une session parlementaire à Athènes le 15 juillet 2015

Il peut s’appuyer sur un sondage Kapa Research pour le journal To Vima — réalisé sur un échantillon de 700 personnes — révélant que, bien que très partagés sur les termes de l’accord, 70,1% des Grecs pensent que le Parlement doit l’adopter.

Reste à savoir qui des 300 députés votera pour. Les grands partis d’opposition, Nouvelle Démocratie (conservateurs), Pasok (socialistes) et Potami (centre-gauche), réunissant 1.065 députés à eux trois, y ont appelé.

– ‘Déprimant’ –

Désormais, c’est de l’attitude de la gauche de Syriza (149 députés) et de l’allié de droite souverainiste ANEL (13 députés) que risque de dépendre la composition future du gouvernement grec, voire son chef.

Le président d’ANEL Panos Kammenos, ministre de la Défense, a vigoureusement critiqué l’accord, ce qui ne préjuge pas du vote de celui en qui M. Tsipras a vanté mardi un allié « resté à ses côtés », avec lequel il a des rapports « parfaits ».

Difficile aussi d’évaluer les comptes chez Syriza, dont 32 députés avaient manifesté des réticences (15 « oui mais », 2 non, 8 abstentions et 7 absents) lors du vote sur le principe même des négociations du week-end, vendredi dernier.

LOUISA GOULIAMAKI/AFPL’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, lors d’une session parlementaire à Athènes le 15 juillet 2015

Il y aura de toute façon des défections de poids comme la puissante présidente du Parlement Zoé Konstantopoulou, ou le ministre de l’Energie Panagiotis Lafazanis, qui privilégie « les alternatives », comme un retour à la drachme.

Nadia Valavani, députée et cadre de Syriza, a présenté sa démission du poste de ministre adjoint des Finances, écrivant à M. Tsipras : « la solution qui nous est imposée aujourd’hui d’une façon si déprimante, n’est pas viable. Ni pour eux (l’Europe), ni pour le peuple (grec) ni pour le pays ».

M. Tsipras, qui se décrit en « capitaine de navire », n’a pas voulu dire ce qu’il ferait des dissidents, « questions de procédure » interne qu’il a reléguées à plus tard.

Au passage, il a fait comprendre que les banques, fermées depuis le 29 juin, pourraient encore le rester au moins un mois, jusqu’à l’accord final sur un troisième plan. Il a espéré que la BCE, dont le conseil des gouverneurs se réunit jeudi, augmenterait le plafond de l’aide d’urgence aux banques, afin que les Grecs puissent retirer un peu plus que les 60 euros quotidiens qu’on leur impose depuis deux semaines.

Le Premier ministre a signé en espérant l’ouverture ultérieure d’une discussion sur un aménagement de la dette grecque, qui approche de 180% du PIB.

Or le FMI, un des trois créanciers avec l’UE et la BCE, a semé le trouble mardi soir, publiant, après des fuites dans la presse, un document assurant que la dette grecque est « totalement non ,viable » et doit subir une forte cure d’amaigrissement, soit par une longue extension des délais de remboursement, soit, préférablement, par un allègement pur et simple, auquel les Européens sont opposés pour l’instant.

– « Solution concrète et ambitieuse » –

Les statuts du FMI l’empêchant d’accorder des prêts à un pays dont il estime la dette non viable, « nous avons besoin d’une solution concrète et ambitieuse » au problème de la dette pour réintervenir en Grèce, a fait comprendre un haut cadre du Fonds sous couvert d’anonymat.

Il était difficile de juger de l’impact de cette prise de position sur la suite des négociations, notamment avant le vote par plusieurs Parlements européens de l’accord de lundi, parfois dans des pays très remontés contre la Grèce comme la Lettonie ou la Slovaquie.

ANDREAS SOLARO/AFPDes manifestants protestent contre les mesures d’austérité prévues dans l’accord signé entre le Premier ministre grec et ses créanciers, le 15 juillet 2015 à Athènes

Le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew – les Etats-Unis, très vigilants à éviter que le problème grec ne vire au désastre, ont aussi la plus forte quote-part mondiale au FMI – a en tout cas annoncé une visite en Allemagne et en France mercredi et jeudi pour discuter « de la voie à suivre pour la Grèce au sein de la zone euro ».

Le vote du Parlement grec se fait mercredi sur fond de grève des fonctionnaires grecs à l’appel du syndicat Adedy, la première depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir, qui ralentissait l’activité des transports ou des hôpitaux en milieu de journée, sans la bloquer.

Une manifestation contre l’accord devait se dérouler mercredi soir devant le Parlement.

AFP

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Grèce, une génération perdue ?

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/09/en-grece-une-generation-sacrifiee-crie-non-a-l-austerite_4677456_3214.html

En Grèce, une génération humiliée crie son refus de l’austérité

Le Monde | 09.07.2015 à 17h45 • Mis à jour le 10.07.2015 à 10h20 | Par Elisa Perrigueur

A la tombée de la nuit, dimanche 5 juillet 2015, ils ont déferlé en masse sur la place Syntagma. Face au Parlement grec, ils ont célébré leur première victoire sur la rigueur. Les jeunes Grecs ont très majoritairement voté non à l’austérité, lors du référendum sur les propositions des créanciers. Selon un sondage pour la chaîne grecque Antenna, 67 % des bulletins de refus appartenaient des électeurs âgés de 18 à 34 ans.

Pour en arriver à ce « non » massif de la jeunesse du pays, il aura fallu six ans de récession. Une période sombre pendant laquelle les jeunes actifs ont vécu au rythme des manifestations, des mesures drastiques et des désillusions politiques. Aujourd’hui, ils galèrent dans une économie paralysée. Portrait de cette génération forgée par la crise.
◾Elisabeth Xidaki : « On est une génération perdue »
◾Pavlos Pantavopoulos : « La Grèce, ce n’était pas cette tristesse ! »
◾Katerina Skia : « C’est rabaissant de ne pas avancer »

Elisabeth Xidaki, 27 ans : « On est une génération perdue »
Elisabeth Xidaki, 27 ans, alterne chômage et petits boulots comme de nombreux jeunes Grecs. Au fil de la crise, elle a dû s’habituer aux inscriptions répétées au centre OAED (organisme du chômage grec).
Ces dernières années, un mot revient plus que les autres dans le vocabulaire d’Elisabeth Xidaki. La « peur ». Cette Grecque de 27 ans en a honte. « J’ai peur d’un embargo, qu’on manque de produits alimentaires, de médicaments, s’angoisse-t-elle. J’ai peur des manifestations violentes, comme celles de Syntagma en 2011, de la division, de la guerre. On subit une guerre économique… » Cette petite brune, toute vêtue de noir, parle vite, très vite, car elle a beaucoup à raconter.

Son sentiment de crainte est né d’un « premier coup dur » en 2011 : son premier licenciement « inattendu ». Après des études d’informatique sur l’île de Lesbos, Elisabeth est embauchée comme designer graphiste dans une petite boîte. La stabilité ne dure que cinq mois. Depuis, Elisabeth se trouve dans la même spirale que de nombreux jeunes Grecs, celle d’une alternance chômage-petits boulots. La sensation d’inutilité, les inscriptions répétées au centre OAED (organisme du chômage grec), l’attente vaine d’une fin de la récession. « A chaque rejet, on se dit qu’on n’aura pas la force mentale de recommencer à chercher du travail, et puis finalement, on s’habitue. » Elle tortille ses cheveux, réfléchit, et soupire : « Je sais qu’on est une génération perdue. »
Un centre OAED (organisme du chômage grec) dans le centre d’Athènes, le 8 juillet 2015. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 50 % dans le pays.
Elisabeth vit chez ses parents, « c’est plus sûr », à Kaisariani, à l’est d’Athènes. Un quartier « où les commerces familiaux ont été remplacés par les grandes chaînes de fast-food ». Ses parents lui donnent de l’argent chaque mois.

Elisabeth se souvient de l’insouciance, avant le début de la crise, en 2009 : « On pouvait rêver imaginer être indépendants, quitter un jour le domicile des parents. » Aujourd’hui, cela ne lui vient plus à l’esprit. Les projets aussi sont figés. Il y a « les vacances entre amis supprimées, les sorties qu’il faut limiter ». La maison de campagne familiale, qui aurait pu être un havre de paix, n’a pas pu être terminée faute d’argent. C’était un « beau » projet selon Elisabeth, qui ferme les paupières en pensant à cette « belle demeure sur les hauteurs de l’île d’Eubée avec vue sur la mer ». Pour le moment, il n’y a qu’un étage, le deuxième attendra.

« On s’est moqués de nous »

En 2009, elle ne « connaissait rien » à la politique. La jeune femme s’est tournée vers les réseaux sociaux, pour trouver des articles et comprendre les mécanismes économiques qui détruisent son entourage. Depuis, ses conversations sont désormais truffées de noms qui sont devenus familiers des Grecs, celui de la chancelière allemande Angela Merkel, du ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, et du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. « Ils jouent avec la Grèce. Je reconnais que nous avons fait des erreurs dans les gouvernements que nous avons élu, mais eux nous parlent de “famille” quand ils évoquent l’Europe, alors qu’ils nous font la guerre. » Elle s’énerve : « Ils promeuvent sans arrêt les plans de rigueur, mais rien ne marche. Aujourd’hui, on n’a plus rien à perdre. On a déjà tout perdu, on s’est moqués de nous en nous disant que l’austérité marcherait. Ils haïssent notre gouvernement, ils haïssent Tsipras. »

Elle apprécie son premier ministre, pour le parti duquel elle a voté en janvier. Mais elle lui en a voulu pour ce référendum. « Je n’ai pas aimé le concept, c’est comme si Alexis Tsipras rejetait la patate chaude au peuple parce que lui n’y arrivait pas. » Puis il y a eu cette « peur », encore, que le oui passe, que la rigueur continue. C’est cette crainte qui a poussé Elisabeth Xidaki à voter non. « Je veux espérer, mais je suis pessimiste, je ne crois pas à un accord. » Elle décroche enfin un sourire : « Peu importe ce qui se passe, tant que c’est quelque chose de nouveau. »

Pavlos Pantazopoulos, 25 ans : « La Grèce, ce n’était pas cette tristesse ! »
Pavlos Pantazopoulos, 25 ans, diplômé en information et communication à l’université d’Athènes, a fui la crise comme plus de 20 000 Grecs, en direction de l’Allemagne pour revenir en Grèce au printemps 2015 dans un pays en décrépitude.
Pavlos Pantazopoulos n’oubliera jamais ce jour de printemps 2011, place Syntagma, à Athènes. « Comme dans un film d’action. » Exalté, il raconte avec de grands gestes : « Un nuage blanc de lacrymos est arrivé sur nous. La foule énorme est allée dans le même sens. La charge des policiers a été longue et violente ». Sous son air de garçon sage, barbe soignée, yeux clairs et voix posée, Pavlos est un révolté. A 25 ans, il a participé à plus de manifestations que ses parents. Il a pleuré après avoir respiré les gaz chimiques, a tenu tête aux MAT (la police antiémeute) et a couru aux côtés du célèbre chien Loukanikos. Pavlos « se devait » de participer à ces rassemblements qui ont embrasé Athènes entre 2010 et 2013. D’abord, il fallait « dénoncer » l’arrivée de la troïka, en 2010, « illégale, anticonstitutionnelle, qui nous a ôté notre souveraineté ». Puis il fallait crier contre le traitement médiatique « humiliant » de son pays. Il se souvient avec colère de la « une » du journal allemand Focus, montrant en 2010 la Vénus de Milo faisant un doigt d’honneur.

Aujourd’hui, Pavlos Pantazopoulos évoque avec nostalgie ces rassemblements. « On était sur le point de changer quelque chose, on était unis. Avec la répression, tout ça s’est finalement éteint, en 2013. »

La souffrance des proches

Pavlos est diplômé en information et communication de l’université d’Athènes. A sa sortie d’études, en 2012, il n’a trouvé que la porte de l’OEAD. Alors, comme près de 200 000 Grecs, il a opté pour l’étranger en 2013. Direction Munich, en Allemagne, où il a recommencé des études d’art. « J’ai beaucoup d’amis grecs là-bas, il y a une grande diaspora. »

En revenant en Grèce, au printemps 2015, il retrouve un pays « en décrépitude ». La souffrance chez ses proches le frappe. Pavlos a vu « grandir l’inquiétude » chez son père, propriétaire d’une entreprise de publicité. « Il a déprimé, perdu son image de figure paternelle. Physiquement, il s’est affaissé », décrit le jeune homme. Au domicile familial à Glyfada, banlieue cossue d’Athènes où il vit toujours, les disputes avec sa mère, retraitée, se sont multipliées. Dans la rue aussi, les stigmates « trop » visibles l’ont saisi, comme les sans-abri qui mendient dans le métro. « Ma ligne de bus s’est remplie au fil des mois, les Athéniens ne prennent plus leur voiture », note-t-il. De ces trajets, Pavlos retient surtout « les visages fermés ». « La Grèce, ce n’était pas ça, cette tristesse ! »

Pavlos Pantazopoulos a voté non au référendum, dimanche 5 juillet. « La Grèce n’a pas les moyens de continuer à s’aligner telle quelle à l’Eurozone et à ses critères taillés pour l’Allemagne. » Il analyse : « Si les fondements de l’Eurozone ne peuvent pas changer, alors pourquoi pas envisager d’en sortir. Il faut que ça change, que nous puissions envisager de ne plus être pauvres. »

Katerina Skia, 32 ans : « C’est rabaissant de ne pas avancer »
En 2011, la crise a coupé court aux ambitions de Katerina Skia, architecte de formation, qui rêvait qu’Athènes conserve ses superbes maisons anciennes et lance de nouveaux chantiers.
Lorsque Katerina Skia déambule dans le centre d’Athènes, elle observe abattue les vestiges de la crise économique. Trottoirs abîmés, immeubles à l’abandon, façades délabrées. Pour cette brune longiligne, l’érosion de la capitale grecque, ces dernières années, est « douloureuse ». Architecte de formation, la femme de 32 ans aurait voulu que l’effervescente Athènes conserve ses superbes maisons anciennes et lance de nouveaux chantiers. Elle aurait voulu participer à de beaux projets. La crise a coupé court aux ambitions. Le secteur de la construction est l’un des premiers à souffrir.

« Après mes études, j’ai travaillé dans un bureau d’architecture avant d’être licenciée en 2011. Depuis j’essaye de trouver des missions. C’est paralysé. » Dans l’attente, cette jeune fille originaire de Chalkida, sur l’île d’Eubée, a repris, en 2013, un master spécialisé, toujours en architecture. Ses parents, retraités et anciens gérants d’une station-service, lui donnent de l’argent chaque mois. Elle se réjouit de louer son propre appartement, mais se dit tout de même « humiliée en tant que trentenaire ». « C’est rabaissant de ne pas avancer, de ne pas pouvoir fonder une famille, de ne pas pouvoir se marier », lâche-t-elle, tirant nerveusement sur sa cigarette roulée. « La vie confortable que nous connaissions n’existe plus. » Katerina songe à l’étranger où bon nombre de ses amis sont déjà partis. Elle n’en a pas envie. Mais en dernier recours, elle opterait pour Vienne, en Autriche.

Rancœur face à la « vieille classe politique »
Athenes, 8 Juillet 2015. L’Université polytechnique nationale d’Athènes dans le quartier d’Exarchia est célèbre pour ses protestations étudiantes de 1973 contre la dictature de la junte des colonels.
Dans le bouillonnant quartier d’Exarchia, au centre d’Athènes, où elle vit, Katerina a trouvé une « âme politique ». « Avec la crise, on est obligé de s’intéresser à la politique, c’est une arme pour nous. » Autour d’elle, la jeune architecte a vu « de plus en plus de jeunes » participer aux nouvelles discussions politiques dans les cafés et conférences. « La politique a une incidence directe sur nos vies. Il faut faire attention aux fausses promesses des dirigeants politiques ». Elle ne cache pas d’ailleurs sa rancœur face à l’ancienne « vieille classe politique » comme les socialistes du Pasok ou la Nouvelle Démocratie (deux partis anciennement au pouvoir). Plusieurs événements politiques l’ont laissée amère : « le jour où Georges Papandréou [ex-premier ministre] a fait appel au Fonds monétaire international sans nous consulter [en avril 2010], l’imposition de la troïka, une institution externe créée spécialement pour nous, qui appliquait des lois chez nous, sans nous. »

En janvier, ses grands yeux noirs ont brillé lorsque Syriza a remporté les législatives. Le « quadra » Alexis Tsipras est pour elle « un homme décidé et convaincant ». « Il a réussi à prouver que la dette grecque n’était pas viable. Qu’elle était payée par les plus pauvres et les jeunes générations qui commencent leur vie active. Une partie des Grecs pensaient que cette crise n’était que de leur faute, Tsipras les a déculpabilisés. » Le vendredi 26 juin, l’annonce d’un référendum l’a « soulagée ». « Enfin on nous demandait notre avis. C’était de la démocratie directe », exulte t-elle. Katerina Skia n’a pas hésité à dire « non » à l’austérité. « Je ne veux pas du tout d’un “Grexit” , je crois en l’euro et en l’Europe. Mais les Européens doivent nous entendre : la rigueur n’a donné aucun résultat ici. » Etonnée que tant de gens, surtout des jeunes, aient voté non, elle se félicite de ce score qui démontre « que tout peut encore changer ». Katerina a désormais « l’espoir de pouvoir vivre ici, sans devoir aller à l’étranger pour se trouver un avenir. »

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Le non grec, analyse en profondeur….

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/07/06/31001-20150706ARTFIG00072-l-959967953-grec-ou-le-retour-du-peuple-en-europe.php

L’οχι grec ou le retour du peuple en Europe

  • Par Alexis Feertchak – mis à jour le 06/07/2015 à 10:44 – Publié le 06/07/2015 à 09:56

FIGAROVOX/ANALYSE – Ce dimanche, à l’occasion du référendum en Grèce où les sondages donnaient le «oui» et le «non» au coude-à-coude, les partisans du «non» l’ont emporté à une écrasante majorité (plus de 61%). Pour Alexis Feertchak, cela signe le retour du peuple en Europe.

       En avril 2012, Georges Moustaki éructait dans le Huffington Post: «J’espère que la Grèce va foutre le bordel. Ma sympathie va à cette attitude de contestation parce que ce n’est pas le peuple qui a créé la crise. Or, on lui fait en porter le poids. Finalement, c’est lui qui a le sens civique le plus développé, pas ceux qui veulent se conformer aux directives bruxelloises. Que le gouvernement grec ouvre grand ses yeux et ses oreilles».

De façon posthume, le pâtre grec, qui s’est éteint l’année suivante, a été écouté: le Premier ministre Alexis Tsipras, dans un geste tout gaullien, a décidé de laisser le dernier mot au peuple et de remettre ainsi son mandat en jeu. Pari gagné largement, malgré les pressions européennes et médiatiques pour empêcher la victoire du «non», mais à quel prix?

Le masque des institutions européennes tombe lourdement

L’ «οχι» grec de ce 5 juillet, lointain écho des «non» français et hollandais de 2005, force aujourd’hui l’Union européenne – et spécialement sa composante qu’est l’Union économique et monétaire de la zone euro – à révéler le rapport politique sous lequel elle entend placer les peuples et les nations d’Europe. Et une fois le masque tombé, le visage de l’Union n’est pas beau à voir. C’est le grand mérite d’Alexis Tsipras et de son ministre Yanis Varoufakis d’avoir forcé l’Eurogroupe – l’embryon de gouvernement de la Zone Euro – à dévoiler son fonctionnement au grand jour, loin des réunions informelles et feutrées auxquelles ce club ministériel était habitué. Cette révélation du vrai visage des institutions européennes est sans conteste l’une des premières leçons à retenir du référendum grec.

Le référendum, que le gouvernement Papandréou n’avait pas eu le courage de mener jusqu’à son terme en 2011, rappelle aussi aux zélotes de la Troïka européenne que la souveraineté appartient aux peuples, qu’elle ne saurait devenir «limitée» comme aux temps soviétiques de Léonid Brejnev. A ce titre, il faut bien mesurer que les Grecs ont donné l’estocade à Jean-Claude Juncker, qui avait déclaré sans sourciller qu’ «il ne pouvait y avoir de choix démocratique contre les traités». L’ancien Premier ministre luxembourgeois, aujourd’hui président de la Commission européenne, découvre ce 5 juillet 2015 que certains pays ne sont pas seulement peuplés de banquiers. Les Grecs, eux, ont consacré le fait que ce sont les peuples qui ont le dernier mot, et non les traités européens, qui valent tant que les peuples leur accordent leur onction.

Le 3 août 1968, à Bratislava, lors d’une réunion du Pacte de Varsovie, le premier secrétaire du Parti communiste de l’Union soviétique introduisait par les mots qui suivent la «doctrine Brejnev» de la souveraineté limitée: «Chaque parti communiste est libre d’appliquer les principes du marxisme-léninisme et du socialisme dans son pays, mais il n’est pas libre de s’écarter de ces principes s’il entend rester un parti communiste. […] L’affaiblissement d’un maillon quelconque du système socialiste mondial affecte directement tous les pays socialistes, et ils ne sauraient y rester indifférents». Il fallut attendre 1988 pour que Mikhaïl Gorbatchev déclare que «la liberté de choix est un principe universel».

Certes, les chars n’ont pas été envoyés à Athènes pour faire respecter la règle d’or budgétaire comme à Varsovie en 1968. Mais ces quelques lignes de Brejnev, si l’on se place, non à l’échelle du contenu idéologique, mais à celle de la structure de l’organisation décrite, sont du Jean-Claude Juncker dans le texte, lequel pourrait très bien déclarer: «Chaque Etat membre est libre d’appliquer les principes du droit de l’Union européenne dans son pays, mais il n’est pas libre de s’écarter de ces principes s’il entend rester un Etat membre. […] L’affaiblissement d’un maillon quelconque du système européen affecte directement tous les pays européens, et ils ne sauraient y rester indifférents». On voit bien les dérives possibles d’un tel discours dès lors que les principes européens s’appliquent erga omnes sans que les peuples souverains ne puissent rien y redire.

Par leur vote, les Grecs ont révélé au grand jour l’aberration d’une telle conception de l’Europe, non soluble dans la démocratie et nécessairement autoritaire à l’égard des parties qui la composent, les Etats membres.

Une victoire à la Pyrrhus pour la Grèce?

D’aucuns considèrent déjà que ce succès du gouvernement d’Alexis Tsipras n’est qu’une victoire à la Pyrrhus pour la Grèce, que, par l’expression de sa colère, elle vient en réalité de s’expulser elle-même de la zone euro et de se tirer une balle dans le pied.

Pourtant, dans la mesure où les traités sont muets sur ce point, personne ne peut en principe forcer la Grèce à quitter la zone euro ; elle seule peut décider souverainement d’une telle sortie. Lors, pourquoi a-t-on répété depuis une semaine que, alors même que le gouvernement et le peuple grecs ne le souhaitaient pas, un vote négatif entraînerait inévitablement un Grexit ?

Il faut bien comprendre qu’il s’agirait d’un Grexit de facto et non de jure – en tout cas tant que la Grèce ne le décidera pas d’elle-même. Comme Jacques Sapir ou d’autres économistes l’ont bien expliqué, d’une part, en renvoyant illégalement Yanis Varoufakis de l’Eurogroupe, la Grèce a été de fait suspendue de son appartenance à la zone euro. D’autre part, la Banque centrale européenne tient le robinet des liquidités de la zone euro via les prêts ELA qu’elle accorde aux banques: si elle coupe le robinet, ce qu’elle fait déjà en partie, les Grecs n’auront plus de liquidités et n’auront d’autre choix que de créer une nouvelle monnaie, parallèle, pour assurer ses besoins monétaires. C’est par ce dernier élément que la Grèce, si la Banque centrale européenne le voulait, pourrait être entrainée plus ou moins brutalement vers un grexit.

Dans une tribune au magazine Forbes, Frances Coppola a très justement analysé les enjeux politiques d’un tel Grexit: en réalité, dans la mesure où la BCE restreint ses prêts ELA aux banques hellènes, tout se passe comme si la Grèce utilisait aujourd’hui l’euro comme une «monnaie étrangère» et non comme une «monnaie souveraine». Pis, dans la mesure où la souveraineté monétaire appartient exclusivement à la BCE, en réalité l’ensemble des pays membres de la zone euro utilisent ce dernier comme une monnaie étrangère. Ce que la crise grecque ajoute – et qui fait bien penser à un coup d’Etat financier – c’est que la BCE gère aujourd’hui les liquidités d’un pays membre de l’euro, non en fonction des besoins de ce dernier, mais parce qu’elle n’apprécie pas la politique économique dudit pays. C’est probablement la première fois qu’une telle chose se passe aussi ouvertement au sein d’une union monétaire. L’éditorialiste financière précise bien que le Grexit n’est pas «un événement, mais un processus», qu’il est d’ores et déjà engagé et que le référendum ne fait en somme que l’accélérer.

Dès lors, le référendum n’est pas une victoire à la Pyrrhus pour les Grecs: au contraire, là encore, il a la vertu de mettre en lumière les agissements économiquement violents et politiquement douteux de l’union économique et monétaire, la zone euro, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Les Grecs avaient le choix entre souffrir sous tutelle et souffrir librement: le bon sens s’est exprimé. Si les prochaines années seront rudes, elles l’auraient été dans tous les cas.

L’ «οχι» grec, une opportunité pour l’Europe

Le pari d’Alexis Tsipras repose maintenant sur la réaction des institutions européennes et surtout de l’Allemagne face à l’ «οχι» lancé d’Athènes. Vont-ils acter définitivement la poursuite du Grexit, affermir encore la politique de la BCE et expulser manu militari la Grèce hors de l’Europe? Dans cette partie d’échec, le Premier ministre grec peut compter sur le soutien moral du pape François et surtout sur celui de Barack Obama, plus pratique, qui craint légitimement que la Grèce, sortie de l’euro, ne se jette dans les bras des BRICS, en particulier de la Russie et de la Chine.

Jusque-là, en revanche, il n’a pas pu compter sur le soutien du président François Hollande, dont le mutisme, entrecoupé de propos rassurants sitôt contredits par les faits, est pour le moins inquiétant. C’est bien dommage, d’autant que François Hollande, en 2012, en souhaitant renégocier le Pacte budgétaire européen (TSCG) n’était pas dans une logique si éloignée de celle d’Alexis Tsipras, modulo la différence objective de situation économique entre la Grèce et la France. Mais depuis le discours du Bourget, les élans hollandiens ont perdu en intensité.

En un sens, la Grèce, dont la dette publique atteint 170% de son PIB, est un peu à l’avant-garde des pays européens et elle éclaire surtout ce qui pourrait advenir pour eux demain. Quand ces pays, dont la France, seront sous la coupe de la Troïka et de ses méthodes musclées, les gouvernements changeront peut-être d’avis sur ce «populiste» de Tsipras et lui envieront in petto son courage et sa droiture.

Au fond, même le FMI l’avoue à mi-mot aujourd’hui, sans aller jusqu’à «annuler la dette grecque» dans sa totalité comme le prône l’économiste hétérodoxe Steve Keen, il faudra bien a minima la restructurer en profondeur. Mais la chancelière Angela Merkel et son ministre Schaüble mettent leur strict véto à une telle hypothèse. Ils l’ont encore dit derechef après les résultats de la victoire d’ «οχι»: les négociations ont peu de chance de reprendre. C’est pourtant en s’opposant à cette absurde rigueur germanique, condamnée aujourd’hui par les économistes de toutes origines, que la France pourrait jouer un rôle historique en mettant au calendrier du Conseil européen le projet d’une restructuration concertée, non pas seulement de la dette grecque, mais de l’ensemble des dettes souveraines de la zone euro.

Ceci d’autant plus que la perspective d’un Brexit (cette fois-ci la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne) est l’occasion inespérée de soutenir le Premier ministre britannique David Cameron dans sa volonté de renégocier l’ensemble des traités européens, de les alléger et de réduire enfin le déficit démocratique grandissant d’une Europe qui ne tient plus compte de la souveraineté de ses peuples.

Bien des commentateurs ont voulu faire de la Grèce une simple affaire de gros sous entre des créanciers spoliés et des paresseux inaptes à rembourser leurs dettes ; combien se sont moqués d’Alexis Tsipras en prédisant qu’il se plierait dès les premiers jours aux injonctions européennes, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. Dans De l’esprit des lois, Montesquieu écrivait que «les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses».

N’est-ce pas finalement la grande vertu du référendum du 5 juillet et de l’ «οχι» grec que de signer en Europe le retour des peuples et des passions démocratiques? A bien y regarder, le «bordel foutu par la Grèce», pour reprendre l’espoir de Georges Moustaki, pourrait être une occasion inespérée pour l’Europe. Malheureusement, si Alexis Tsipras a su mener jusqu’au bout son élan gaullien, il faudrait que la France fût capable d’un geste analogue pour rééquilibrer le couple franco-allemand. L’espoir est ténu.

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