de Brics et de broc…

Source : http://www.lecourrier.ch/139773/haro_sur_les_brics

Haro sur les BRICs

Mardi 07 juin 2016

Il n’aura échappé à personne que depuis deux ans, les BRICs traversent une mauvaise passe. Le taux de croissance de l’économie chinoise est descendu à 7% – ce qui reste une performance jalousée par tous les pays occidentaux –, la Russie a plongé dans la récession – même si son économie tend à se stabiliser depuis le début 2016 – tandis que le Brésil s’enfonce dans la crise et que l’Afrique du Sud est à la peine. Seule l’Inde tient plus ou moins bon.

Pis, à ces difficultés économiques viennent s’ajouter des turbulences politiques. Le Brésil vient d’assister à une sorte de coup d’Etat légal qui visait à écarter du pouvoir Dilma Rousseff, présidente démocratiquement élue, pour la remplacer par des politiciens accusés de corruption par la justice. En Russie, la presse et les ONG pro-occidentales redoublent d’activité à l’approche des élections parlementaires et présidentielles dans l’espoir de relancer les manifs anti-Poutine de 2012. En Afrique du Sud, le gouvernement ANC est accusé de corruption tandis qu’en Chine, c’est le contraire:
son président Xi Jinping est dénoncé pour sa campagne anticorruption! Peu importe l’étiquette, pourvu qu’on ait l’ivresse…

Ces crises politico-économiques se sont aussi étendues à l’ensemble de l’Amérique latine, gouvernée par des régimes de gauche critiques du libéralisme jusqu’à ces derniers temps. En Uruguay, la page du sympathique Pepe Mujica est tournée depuis janvier 2015. L’Argentine a mis fin au péronisme pour s’abandonner à un dirigeant néolibéral, Mauricio Macri, qui a aussitôt renoué avec les fonds vautour et rouvert les vannes des crédits à taux exorbitant avec les banques américaines. En 2012, le parlement paraguayen a démis de ses fonctions le président élu Lugo et l’a remplacé par un vice-président néolibéral. Le Vénézuela et son président chaviste Maduro font l’objet dans la grande presse nationale et internationale pro-occidentale d’une campagne de dénigrement sans précédent qui rappelle la tentative de coup d’Etat avorté soutenu par les Etats-Unis en 2002. Les jours du gouvernement Maduro paraissent comptés. En Bolivie, au Pérou et en Equateur, les présidents indigénistes et anti-impérialistes Evo Morales, Ollanta Humala et Rafael Correa sont également menacés.

Certes, direz-vous, mais ces gouvernements ne se sont-ils pas mis eux-mêmes dans l’embarras? Et ne sont-ils pas d’abord les victimes de la chute des prix du pétrole et des matières premières dont leurs économies sont excessivement dépendantes? Sans doute y a-t-il une usure du pouvoir. Quant à la chute des prix des matières premières, elle est bien réelle et elle fait très mal. Mais est-ce un pur hasard? Un rapport du Sénat américain n’a-t-il pas établi que la seule banque Morgan Stanley, avec une capacité de stockage de 58 millions de barils de pétrole à travers le monde, était capable de manipuler le marché?1.

Sans doute faut-il n’y voir qu’une simple coïncidence, mais on ne peut s’empêcher de constater que la recrudescence des tensions économiques et politiques suit de très près les sommets des BRICS qui, en 2014, avaient décidé de s’affranchir du dollar et de la dictature des paiements SWIFT ainsi que de créer une Banque d’investissement et de développement des infrastructures alternative au FMI et à une Banque mondiale entièrement sous la coupe des Etats-Unis et de l’Europe. De même, l’empressement manifesté depuis vingt mois à conclure des accords transpacifiques et transatlantiques TTIP et TTP qui excluent formellement les BRICs et les pays d’Amérique du Sud de leur champ d’action est très suspect.

Il y a quarante ans, on nous expliquait qu’il fallait éliminer le gouvernement Allende et renverser le gouvernement démocratique argentin à cause de leur incurie économique et de la gabegie sociale. Il est permis de penser que, des décennies plus tard, le vocabulaire et les techniques de changement de régime se sont affinées pour correspondre aux goûts du public et des médias contemporains, mais que les mêmes sordides intérêts politico-économiques sont toujours à l’œuvre.

* Directeur du Club suisse de la presse.

  • 1. Cf. Rapport «Wall Street Bank Involvement with Physical Commodities», 2013.

 

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face au terrorisme, « l’union sacrée »

Source : https://fr.sputniknews.com/international/201607041026382497-formation-antiterroriste-terrorisme-chine-russie-moscou-commandos-force/

es manœuvres anti-terroristes conjointes « Collaboration-2016 » impliquant la participation des forces spéciales russes et chinoises ont commencé dans la région de Moscou.

La formation spéciale tactique se déroulera du 3 au 14 juillet dans les régions russes de Moscou et de Smolensk (dans l’ouest du pays). Les soldats de l’unité « Vityasi », du groupe  » Mercure » ainsi que les fonctionnaires chinois de la Police armée du peuple, y compris les commandos spéciaux chinois « Snow Leopard » et russe « Falcon », participent aux exercices.

Afin d’explorer des méthodes efficaces dans les campagnes anti-terroristes et pour renforcer la coopération pratique entre les forces des deux pays, les militaires russes et chinois ont formé deux détachements interarmes.

Serguei Tchenchik, chef d’état-major de la garde nationale de Russie, et Qin Tian, chef d’état majeur de la Police armée du peuple, ont participé à la cérémonie d’ouverture.
« Les relations de bon voisinage entre nos pays représentent une ligne stratégique pour les autorités chinoises et russes », a déclaré M. Tchenchik.

C’est déjà la troisième fois pour les forces intérieures des deux pays qu’elles tiennent ce type d’exercices. Des exercices spéciaux semblables ont eu lieu dans les années 2007 et 2013.

Rusnano
© Sputnik. Alexey Danichev

Cette année, les participants visent à accomplir les opérations militaires en utilisant un matériel spécial, soit des batteries de mortiers, des hélicoptères Mi-8 et des véhicules blindés. Les manœuvres s’achèveront dans le centre de formation Derzhinsky par un exercice exemplaire d’anéantissement d’une bande armée à l’aide de l’aviation et du matériel spécial.

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Quand l’Europe punit, la Russie invesit…

Source : https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-baquiast/blog/040716/cooperation-entre-la-grece-et-la-russie

Coopération entre la Grèce et la Russie

Vladimir Poutine est arrivé en Grèce vendredi 27 mai, pour une visite de deux jours, la première depuis 2007. Son déplacement s’inscrit dans le cadre de l’année Russie-Grèce organisée par les deux pays. Le président russe est allé aussi s’incliner samedi dans l’un des vingt monastères du mont Athos, un lieu saint de l’orthodoxie.

Cette visite et les Memoranda of Understanding signés semblent démontrer que la Grèce, interdite il y a quelques mois d’une sortie de l’Union européenne (UE), sous la pression américaine, de peur qu’elle ne se rapproche ensuite de la Russie, n’a pas renoncé à ce rapprochement. Il faut féliciter Tsipras (et sa majorité « de gauche ») de leur rôle actif dans cette perspective.

De son côté Vladimir Poutine montre clairement qu’il est prêt à coopérer avec les Etats européens qui le souhaiteraient, même si ces Etats, toujours sous la pression américaine, refusent encore de se prononcer clairement pour la levée des « sanctions » contre la Russie que continue à imposer Washington.

Les accords ne sont pas négligeables et permettront d’offrir à la Grèce quelque répit dans le véritable étranglement actuel que lui imposent l’UE et le FMI. Il s’agit de coopérations scientifiques dans les domaines d’avenir que sont les échanges académique et scientifique, sans mentionner le domaine culturel. Ils permettront aussi plus concrètement de renforcer les liens dans l’investissement et le commerce. Les accords permettront ainsi la reprise des négociations entre la Grèce et la Russie pour la mise en place de pipe-line ou gazoduc permettant à cette dernière d’exporter ses produits pétroliers vers l’Europe, et en premier lieu vers la Grèce .

“The following documents were signed in the presence of the President of Russia and the Prime Minister of Greece: a Joint Declaration of the Government of Russia and the Government of Greece on Partnership for Modernisation; a Memorandum of Understanding on Inter-regional Cooperation Between the Russian Economic Development Ministry and the Greek Foreign Ministry; and a Roadmap on Broadening Russian-Greek Cooperation in Agriculture.The relevant agencies signed a Joint Action Programme in Tourism for 2016–2018, memoranda of understanding on cooperation in standardisation, energy efficiency and renewable energy sources, investment and trade. An Agreement on the Main Parameters of Oil and Petroleum Products Supply and a Memorandum of Understanding Between the Ural Federal University and the University of Piraeus regarding BRICS projects were signed as well.”

L’Otan

Au dela de ces aspects, les déclarations communes montrent probablement que la Grèce, au sein de l’Otan, refusera de suivre les injonctions américaines visant à encercler de plus en plus la Russie par des installations et manoeuvres militaires offensives. Elle en serait la première victime en cas d’aggravation de la situation. Tsipras l’a dit relativement clairement.

Poutine de son côté n’a pas hésité à renouveler ses propositions de coopération à l’égard de l’Otan. Il ne s’adresse pas évidemment dans ce domaine à l’Amérique, mais aux grands Etats européens, France et Allemagne en premier, qui commencent à s’inquiéter, sans le dire officiellement, de l’atmosphère pré-guerre mondiale que l’Otan impose actuellement en Europe.

“We believe, as the declaration states, that reaching a new, higher level of dialogue can help promote the relations between the European Union and Russia, as well as between NATO and Russia, during this difficult period, and strengthen the European security architecture under the OSCE.”

Dans la suite du Brexit

Il est clair que l’exemple actuellement fourni par les perspectives de coopération entre la Grèce et la Russie devraient intéresser, même s’ils n’osent pas encore le dire, les Britanniques sortis désormais de l’Union, et qui auront besoin de rétablir des relations économiques et politiques avec le reste du monde. La Russie et la Chine au sein du Brics, seront les premières visées. D’ores et déjà une coopération bancaire et financière était envisagée par l’adhésion britannique à l’Asian Infrastructure Investment Bank

Mais un certain nombre d’autres pays européens tentés par une sortie de l’UE et craignant de se retrouver isolés en retour, suivront avec intérêt la suite des Memoranda signés entre la Grèce et la Russie. Même l’Allemagne, qui restera un pilier de l’UE, ne manquera pas de s’y intéresser.

Sources

1) http://en.kremlin.ru/events/president/news/52023

2) http://en.kremlin.ru/events/president/news/51997

3) http://www.wsj.com/articles/greece-to-sign-russian-gas-pipeline-deal-1434631581

4) http://en.kremlin.ru/events/president/news/52024

5) https://en.wikipedia.org/wiki/Asian_Infrastructure_Investment_Bank

 

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de l’apathie générale… (texte complet)

De l’apathie générale

Nous vivons une période de crise multiforme dont nous sommes les principaux responsables. En effet, la crise multiple que nous vivons et subissons depuis plusieurs années déjà est de notre propre fait. La perte de confiance dans nos élites politiques, dans nos dirigeants, dépend entièrement de nous-mêmes, car c’est bien nous, corps électoral, qui choisissons et plaçons au pouvoir ces personnes que l’on se fait un plaisir de dénigrer. Ces dirigeants honnis sont en fait l’expression de la volonté populaire. On a les Princes qu’on mérite disait Montesquieu1, cet adage n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui…

Cela fait déjà trois élections présidentielles qui se sont déroulées par défaut : en 2002, le candidat Chirac a été élu pour contrer le candidat Jean-Marie Le Pen, en  2007 le candidat Nicolas Sarkozy a été élu pour contrer la candidate Ségolène Royal, en 2012, le candidat François Hollande a été élu pour contrer le candidat (et président sortant) Nicolas Sarkozy. Qu’en sera-t-il en 2017 ?

La question reste entière à ce jour, cette malheureuse série d’élections par défaut marque surtout un manque de confiance et de convictions, comment dans ces conditions espérer autre chose ?

Si l’on veut réellement changer le pouvoir, peut-être faut-il d’abord changer nous-mêmes. Cette terrible remise en cause nous place devant nos responsabilités, nos choix et leurs conséquences.

La crise économique que nous vivons et subissons procède de la même trame. Un célèbre humoriste a dit en forme de parabole : quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne vende pas2. Cette réflexion quelque peu simpliste résume en réalité une grande partie de nos problèmes. Le boycott reste une arme décisive dans notre société de consommation, au sein de laquelle nous évoluons tant bien que mal. L’offre répond à la demande et parfois l’oriente, mais quoi qu’il arrive, c’est toujours la demande qui aura le dernier mot. Une demande forte, solide, intransigeante, fera plier toute offre, officielle ou officieuse, traditionnelle ou innovante. Ce que l’on a oublié un peu vite, c’est un élément important de la vie commerciale, dans le monde, la société de consommation dans laquelle nous vivons : le consommateur fait la loi, c’est lui qui fixe les règles. S’il est passif, comme c’est le cas aujourd’hui (et depuis de nombreuses années), il laisse le soin à d’autres de décider à sa place, il se laisse imposer des modes de consommation dans différents domaines (textile, alimentaire, produits culturels ou sportifs, loisirs, etc).

Actuellement, la mauvaise qualité de l’alimentation industrielle, émaillée de scandales (barres chocolatées mars en février 2016 par exemple), incite le consommateur à se tourner vers des produits plus sains. De là a émergé la mode du bio, sans toutefois de grande qualité en magasin spécialisés ou dans le circuit de la grande distribution. Cette forte demande a suscité une offre qui lui correspond. Tout ce qui est connoté bio ou naturel est dorénavant devenu indispensable, et conditionne les ventes (et donc le chiffre d’affaire). Les produits de l’industrie agroalimentairene peut désormais s’écouler qu’à bas prix, et prennent donc l’image de produits bas de gamme ne visant qu’un certain type de clientèle peu fortunée.Cependant, cette demande suscite d’autres offres, de types différents, commerciaux ou pas, des filières courtes se développent, associant qualité et production locale c’est-à-dire une faible empreinte carbone. Sur cet exemple, la demande s’impose à l’offre qui doit s’adapter si elle ne veut pas être concurrencée ou tout simplement disparaître.

Cette demande peut facilement s’adapter, s’appliquer à d’autres domaines comme la politique. En effet, on constate une profonde et durable érosion du corps électoral. Il aura fallu pour cela une mise à l’épreuve de la classe politique à travers la gestion d’une crise multiforme. Il aura fallu également que tout un chacun soit directement impacté pour enfin réagir. Cette réaction ne s’est pas fait attendre, le rejet de la politique est important désormais. L’attente d’une offre différente présente de nouvelles opportunités à de nouveaux acteurs politiques, plus à même de répondre aux attentes d’une société en perpétuelle mutation. La tentation des partis plus marqués, plus engagés est grande, ainsi, des mouvements comme les Pegida en Allemagne (surtout depuis la crise des migrants de janvier 2016), des Podemos en Espagne (surtout depuis la crise de l’Euro en 2015), Syriza en Grèce (pour les mêmes raisons en 2015), ou en France avec la progression du Front National (après celle du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon depuis 2012) et les grandes transformations des partis (primaires à gauche puis à droite2015-2016), la progression de Donal Trump (mars 2016) ou de Bernie Sanders (février 2016). Tout ceci montre une grande volonté de changement, une demande qui suscite une offre qui lui correspond.

1 – Montesquieu, l’Esprit des Lois– ou encore : » Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite.  » – Joseph DE MAISTRE – (Lettres et Opuscules, 4e édition, t. I, p. 264. Lettre 76.)

2 – citation attribuée à l’humoriste Coluche

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Cette dualité offre-demande, si mercantile au premier abord, s’applique en réalité à tous les aspects de la vie quotidienne. L’information n’échappe pas à la règle, le monde multipolaire en reconstitution, et ses conséquences sont traitées plus que légèrement par les médias traditionnels, face à des lecteurs apathiques, désintéressés (à dessein) par une actualité qui leur échappe. En effet, les grands bouleversements que nous avons connus comme la chute du Mur de Berlin en 1989, le Printemps arabe de 2011 ou la crise des migrants de 2015-2016 ne surviennent pas de façon aussi spontanée qu’on nous l’annonce. Toute crise connaît une évolution selon un processus précis, et avant tout, une phase préparatoire : la dégradation d’une situation qui ne peut trouver son issue que de façon violente, à défaut d’une solution institutionnelle, concertée, on peut ainsi détacher trois plans : une phase préparatoire, une explosion de la crise qui peut durer plus ou moins longtemps, puis la fin de la crise et l’ouverture vers autre chose, une situation différente (calme ou violente), jusqu’à la prochaine tension qui se règlera à son tour de façon pacifique et concertée, ou à travers une nouvelle crise…

Ce fonctionnement circulaire n’est que très rarement abordé, traité, étudié par nos médias actuels, dont la plupart ne sont plus indépendants, mais appartiennent à des groupes financiers ou industriels1 qui les contraignent à servir leurs intérêts. En effet, les médias réellement indépendants sont très rares, à l’image de la revue Conflits créée en 2015 et qui traite des sujets de géopolitique de façon claire et précise2. Désormais, l’information utile et valable ne va pas vers le lecteur, c’est lui qui doit faire l’effort d’aller vers l’information s’il en veut une de qualité.Cette inversion de la circulation de l’information ferme complètement le débatpolitique qu’il soit intérieur ou extérieur. A la longue, il fausse également la réflexion de celui qui détient le pouvoir de véritablement changer les choses, de décider de la direction du pays et de ses intérêts : l’électeur.

Depuis la fin du suffrage censitaire et l’instauration du suffrage universel (au lendemain de la Révolution Française), on peut se demander avec raison s’il n’y a pas une volonté de flouer la réflexion du corps électoral, de le maintenir dans l’ignorance, afin de perpétuer un système qui ne sert plus ses intérêts, mais ceux d’un groupe réduit de personnes. Au-delà de la sphère politique, il y en a une qui domine tous les échanges de la planète, un système global, mondial désormais : le système économique.

Celui-ci est très différent du système politique dans le sens où il ne connaît aucune frontière, aucun particularisme social, culturel, ethnique. En effet, il vise à supprimer tout particularisme de sorte à pouvoir vendre un même produit sur n’importe quel point de la planète, indifféremment des peuples, des cultures, des races, des religions, des idéologies, car il vise à uniformiser les mentalités.Il procède de la même façon que le système politique par l’abrutissement, l’uniformalisme et la perte des repères culturels, historiques ou idéologiques, afin de leur substituer  d’autres repères, économiques cette fois-ci. L’individu n’est plus alors considéré pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il a. Pour y parvenir, deux étapes sont indispensables :

La première vise à saper les bases des repères anciens, il est nécessaire pour cela de lutter contre tout ce qui peut constituer une référence, un ancrage culturel, identitaire, un particularisme qui entrainerait une consommation endémique. Pour cela, il existe deux leviers importants et efficaces. Il faut créer un vide identitaire, susciter un sentiment d’abandon, de perte de repère  pour inciter les citoyens à devenir des consommateurs, à rechercher de nouveaux repères, économiques ceux-ci.

La seconde vise à combler ce vide par des produits nouveaux, une offre qui répond à une demande créée de toute pièce. On peut ainsi créer un besoin par le biais des médias, susciter l’envie, le désir de consommer par des tendances fortes que l’on nomme la mode.

On l’imagine souvent limitée à la sphère vestimentaire, en réalité, elle est beaucoup plus vaste, multiforme, et touche également le domaine alimentaire. On le voit depuis plusieurs années avec la mode du bio et des « alicaments », c’est-à-dire un nouveau produit qui est censé permettre de se soigner par son alimentation. Le bio et les compléments alimentaires représentent un marché considérable, en pleine croissance, et génère une masse financière conséquente. Les produits alimentaires se vendent ainsi potentiellement dans n’importe quel point du globe et complètent largement l’industrie pharmaceutique (particulièrement puissante et influente en France), et parfois la rejoint par des produits spécifiques, les fameux « alicaments ». Ce marché immense ne nuit aucunement à un autre marché : celui de l’industrie agroalimentaire qui continue à produire en masse et peut désormais élargir sa gamme de produits  sur le segment de la santé et de la protection de l’environnement…

1 – Source : http://www.franceinfo.fr/culture-et-medias/medias/article/qui-appartient-la-presse-quotidienne-nationale-459641

2 – Source : https://www.revueconflits.com/

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Le textile quant à lui est l’expression la plus populaire de la mode. On peut la susciter, la développer, son grand avantage est qu’elle change régulièrement et implique donc de nouveaux achats dans le vêtement mais aussi dans la chaussure, la maroquinerie,  les accessoires et surtout les produits dérivés. L’industrie du cinéma l’a bien compris, à tel point que l’on a souvent l’impression que ces produits dérivés (de plus en plus nombreux et variés) ne font plus la promotion d’un film comme on l’a connu il y a plusieurs années, mais bien l’inverse.

La culture quant à elle est un moyen de déstabilisation d’un peuple ou d’un groupe de peuples, particulièrement important, il gagne en puissance à mesure que les individus gagnent en passivité, en perte de réflexion et de réactivité. L’entreprise privilégiée consiste attaquer la culture déjà en place par grignotage ou bien frontalement, par pans entiers lorsque c’est possible. Le but recherché est double et se décompose en deux étapes, la première vise tout d’abord à réaliser un travail de sape afin de créer un vide culturel et identitaire. Ce vide est essentiel pour générer un sentiment d’abandon, et susciter le besoin de le combler autant que possible, intervient alors la 2e étape qui vise à combler ce vide créé à dessein. Plus les références culturelles et identitaires sont ancrées, profondes et anciennes, plus le vide créé sera insupportableet le besoin de le combler sera important.C’est là que le système économique joue à fond en proposant une nouvelle offre culturelle et identitaire, il s’opère alors une grande innovation. En effet, l’individu n’est plus perçu pour ce qu’il est mais pour ce qu’il a, c’est le stade ultime de la société de consommation au sein de laquelle on se reconnaît en tant qu’individu pour les apparences, la possession, c’est un consommateur complet, dans tous les sens du terme.Dès lors, il ne consomme plus pour vivre, mais vit pour consommer, les valeurs sont inversées exactement comme pour les produits dérivés d’un film. Cette inversion des valeurs sert particulièrement les intérêts, les logiques du système financier si bien abordées dans le fim « the big short » (sorti en salle en décembre 2015). A partir de là, les frontières culturelles et identitaires s’effondrent et de nouvelles références les remplacent.

A partir de là, un produit peut se vendre sur n’importe quel point du globe, au sein d’une société de consommateurs plus que de citoyens. Bien sûr, la politique peut agir pour préparer cette nouvelle situation. Il lui faut d’abordséduire tout en sapant les bases de la société existante, et progressivement lui substituer de nouvelles valeurs, de nouvelles références via des tendances des modes sur des durées plus ou moins longues. La jeunesse est plus particulièrement ciblée pour sa réactivité et sa tendance à vouloir contester l’ordre établi, la société dans laquelle elle vit, et évolue. Cette tendance naturelle est d’autant plus active que le système économique permet à une jeunesse désœuvrée, de trouver sa place, d’exister à travers ce qu’elle consomme. Elle peut ainsi consommer des produits manufacturés mais aussi des idées, des concepts que l’on a conçu pour elle, des modes de vie…

C’est désormais un nouveau mode de vie, largement relayé par des médias qui encadrent les esprits en même temps qu’ils les formatent. Leurs repères sont désormais l’industrie du cinéma, les émissions télévisuelles, les programmes,  les jeux et variétés qui véhiculent de nouveaux modes de vie, des nouveaux repères, de nouvelles consommations. Les autres modes de communication que sont internet et le téléphone portable complètent un univers consumériste avec ses propres règles, ses propres codes, ses propres références, son propre fonctionnement.

L’effet le plus pervers est que non seulement le consommateur subit cet environnement qui le formate selon les besoins de la sphère économique, mais qu’il le rend directement acteur. C’est une innovation sans précédent, en effet, pour la première fois, un « système-prison » fait des prisonniers leurs propres geôliers…

Cette situation est singulière car elle s’inscrit dans le temps sur une longue période, qui pourra perdurer tant que le consommateur peut continuer à consommer. C’est ce qui fait la force du système économique, maisaussi sa faiblesse, car en période de crise comme celle que nous vivons actuellement, le pouvoir d’achat est en baisse continuelle, c’est-à-dire que ce qui fait l’attractivité de notre système se réduit régulièrement.

Ainsi, face à une demande sans cesse croissante, l’offre évolue et se diversifie, elle s’adapte et se tourne vers des solutions alternatives qui s’éloignent de plus en plus du schéma de consommation classique. Cette évolution correspond à l’humeur du moment, mais s’éloigne de la logique d’une société de consommation basée sur une production uniforme, une pensée et des habitudes uniformes, que ce soit dans le domaine alimentaire, textile politique ou culturel. On le voit, tout ce qui fait la force du système dans lequel nous vison depuis de nombreuses décennies, fait sa faiblesse.

Ces changements répondent eux aussi à une demande de plus en plus forte, pour sortir des schémas classiques, qui ne répondent plus à des attentes différentes désormais. Dans le passé, cette tendance a toujours existé mais elle a connu peu d’occasions de s’exprimer. La dernière occasion qui reste ancrée dans les esprits et les mémoires, restent les événements de mai 1968. Une période courte mais intense de remise en question de la société. Cependant, ces mouvements et initiatives se sont soldés par de profonds échecs avec une population, jeune et rebelle, allant d’une utopie à une autre, sans rien de construit, de durable ni de réaliste. Les choses semblent avoir un peu changé depuis. En effet, la crise de 2008 a touché suffisamment de personnes et a impacté assez profondément nos sociétés et nos institutions pour forcer la main et provoquer l’émergence de solutions alternatives.

Il aura donc fallu un maximum de personnes impactées, de tout âge, de toute condition socio-professionnelle, pour susciter une réaction. A présent, le corps électoral et l’ensemble des consommateurs s’accordent sur le fait d’une dégradation  de leur condition de vie, de leur pouvoir d’achat : une dégradation générale des conditions, des possibilités de choix et de consommation. Celle-ci est multiple, la consommation de produits de consommation (manufacturés ou transformés) change, la société se tourne désormais vers des solutions alternatives.

L’alimentaire en est un bel exemple, la mode du bio (et sa cherté du fiat de la forte demande) se décline vers des productions personnelles. Les jardins collectifs au sein des villes se développent à un tel rythme qu’ils connaissent une pénurie de place disponible. Les parcelles, exploitables prennent désormais une grande valeur. De plus en plus de lieux insolites sont utilisés pour répondre à la demande, à savoir les balcons et rebords de fenêtre. Ce phénomène génère d’ailleurs une grande quantité de produits dérivés, allant de semences aux outils de jardinage, sans oublier les articles de décoration et la presse spécialisée. Les semences, longtemps chasse gardée des grands producteurs industriels, se trouvent à présent concurrencées par des offres de personnes privées, par des échanges non commerciaux qui se développent et accompagnent une offre commerciale parallèle de produits sains (« bio » en quelque sorte), directement auprès de particuliers ou de petits producteurs, davantage garants de qualité que la grande distribution ou l’industrie du « prêt à  planter ».

Même si l’immense majorité des consommateurs se servent en rayon frais, surgelé ou en légumes frais, l’offre alternative ne cesse de se multiplier. Les cultures hors sol connaissent un réel succès. En effet, si ces initiatives sont limitées, elles ne sont pas discrètes et se développent de façon quelque peu anarchique, mais on constate une progression, avec les plus motivés et connaisseurs dans des parcelles privées ou dans des jardins collectifs en milieu urbain. On observe aussi, et surtout, des amateurs éclairés qui découvrent cette activité et y adhèrent assez facilement et durablement. Plus récemment, cette activité touche désormais d’autres amateurs, d’abords attirés par un effet de mode, un bouche à oreille mais qui en pratiquant cette agriculture modeste et qui étonne par ses résultats obtenus avec des moyens limités (tant techniques que financiers) et un minimum d’investissement en terme de temps. Cette activité complète les circuits courts qui se développent fortement, tant pour limiter l’impact carbone que pour garantir une traçabilité et donc des garanties de qualité des produits.

A côté de l’alimentaire, le textile connaît lui aussi de profonds changements, des habitudes de consommation. Il est lui aussi touché par la mode du bio, de l’équitable. Une différence très nette existe entre les produits textiles industriels classiques (de marque ou sans marque dits « no name ») et les textiles sans colorants chimiques, les tissus anti-allergisants, ou autre…

Comme pour la production alimentaire, la production textile se scinde en deux catégories : les « grands classiques » ceux respectant l’utilisateur et l’environnement. Les produits classiques se scindent eux-mêmes en deux catégories : les plus coûteux concernent les marques, et les moins coûteux (incluant les fameux « no name »), ces derniers étant privilégiés par le grand public.La crise économique a laissé des traces importantes et favorisé l’attrait des prix les plus bas. Cet effet s’accentue par le fait que le consommateur a bien conscience des marges importantes réalisées dans le domaine de la confection, et recherchent plutôt à réaliser des économies tout ne refusant de payer des marges arrières à des intermédiaires réputés voraces et parasites…

Cet attrait pour la baisse des prix de vente touche aussi les textiles (et accessoires) de marque, désormais contraints de s’aligner, mis à part le très haut de gamme qui se justifie par des prix de vente élevés, pour se distinguer des autres produits de marque « grand public ». C’est cette dernière catégorie qui est justement victime d’une véritable guerre des prix. Les offres alternatives se multiplient donc pour toucher un public exigeant. Ainsi, les magasins classiques, traditionnels, sont fortement concurrencés par l’offre en ligne. En réalité on devrait parler plus exactement des offres en ligne, tant elles sont variées et concurrentes. Les produits proposés étant identiques d’un détaillant à l’autre (sauf quelques variantes), seul le prix fait la différence. Les offres de remise, de réduction, de soldes se multiplient à travers des points de fidélité, des promotions commerciales, des horaires spécifiques, des ventes privées, des ventes « VIP », des articles issus des collections précédentes, des invendus ou des liquidations.

Autant d’offres qui trahissent une frénésie commerciale, mais aussi, et peut-être, un système économique à bout de souffle. Autant d’offres répondent à une demande sans cesse croissante et susceptible de faire jouer la concurrence, de changer de fournisseur d’un simple clic…

L’offre varie semble-il en bout de course, elle est à bout de souffle au sein d’un système économique sans pitié, sans compromis,  sans délai. Dans un tel contexte, les solutions alternatives ont toute leur place, toute leur logique, toute leur cohérence. Cette offre est encore limitée, modeste, ce « do ityourself » de Gandhi ne peut encore s’appliquer, pour l’instant du moins. C’est une solution, il y en a très certainement   d’autres qui répondent à une demande, à des besoins ou des convictions. Les solutions alternatives sont multiples et touchent des, domaines très variés.

Les déplacements sont eux aussi touchés par ces nouvelles pratiques. A côté de la possession d’un véhicule, se multiplient les offres de location. En effet, un véhicule (mis à part le haut de gamme), n’est plus un marqueur social comme auparavant. Le marqueur social s’est déplacé sur d’autres supports comme le modèle de smartphone ou l’activité économique et/ou professionnelle. Un véhicule est réduit à sa fonction première : un moyen permettant de se déplacer d’un point à un autre, ou bien de transporter du matériel. Tout est dit, c’est un moyen de transport, plus ou moins utile, plus ou moins efficace. Ainsi, pour se déplacer, les offres elles aussi se multiplient, comme les transports en commun, les locations de véhicule, beaucoup plus économiques et plus pratiques que la possession d’un véhicule.Ces types même d’offre se déclinent, en milieu urbain, le deux-roues (classique, thermique, ou électrique) est le moyen de déplacement idéal, pour des courtes distances ou des temps de trajet réduits (de 5 à 20-30 minutes). Outre le faible coût, ils présentent de nombreux avantages, le premier étant la rapidité et la fluidité de déplacement. Les nombreux embouteillages urbains font en effet perdre de nombreuses heures cumulées, tandis qu’un deux-roues peut aisément se faufiler entre les véhicules 4 roues, quand il ne bénéficie pas d’une voie réservée. Ce second gros point vient juste après le premier qui est le stationnement.

Lorsque celui-ci devient quasi insoluble en milieu urbain ou péri urbain, un deux-roues peut stationner presque n’importe où, sur n’importe quel support (parc à vélo, panneau de signalisation, mobilier urbain…), le tout en un temps réduit, et surtout gratuitement, contrairement aux parkings payants souvent saturés selon leur emplacement.Sur ce point, les véhicules de location présentent le même avantage, des emplacements dédiés permettent de prendre possession d’un véhicule, l’utilisateur n’aura plus qu’à le laisser sur un autre emplacement, sans avoir à tenir compte du trafic routier ou des heures de pointe. Cette offre particulière permet aussi de rationaliser ses déplacements, ce qui devient un impératif de plus en plus important au vu de l’évolution du prix des carburants ou des amendes pour stationnement gênant.

Les deux-roues peuvent quant à eux multiplier les déplacements et offrent une liberté que les 4 roues ne permettent pas. Cette offre est plus adaptée aux exigences, aux besoins actuels. La location, le leasing, touche aussi les deux-roues.En effet, les offres se multiplient (vélib et autres variantes dans chaque grande ville de France) pour les deux-roues classiques ou électriques avec plus ou moins de succès. Eux aussi sont considérés comme de simples véhicules qui se louent comme on loue de l’outillage selon les besoins. Les villes touristiques l’ont bien compris et proposent des services de location pour tous types de deux-roues (mécaniques, thermiques, électriques, etc) afin de faciliter les visites.

Le marché du travail n’échappe pas à la règle. En effet, à côté de l’emploi salarié traditionnel, qu’il soit public ou privé, d’autres solutions existent et se multiplient comme le statut d’auto-entrepreneur, le portage salarial…

L’alimentation, le textile, les déplacements, le marché du travail, sont autant d’exemples qui trahissent un réel changement des mentalités et des habitudes du quotidien. Des offres alternatives accompagnent un profond changement des consommations, encore faut-il remarquer que les exemples sont limités par une offre elle-même limitée, encadrée. Un autre domaine cependant ne connaît pas de limites et révèle la véritable demande, sans contraintes commerciale, et libre de s’exprimer : l’offre numérique.

En effet, dans ce domaine, la liberté est totale. Un des traits les plus caractéristiques est la gratuité, la culture du free servicequi rompt avec un cadre commercial traditionnel,le téléchargement est la manifestation la plus symbolique. L’offre traditionnellede film, de musique, de logiciels ou de jeux, ne répond plus à une demande massive. En ce sens, une offre alternative s’est développée face à une offre jugée insuffisante, et disponible sans délais. Elle s’adapte très rapidement, car elle a cette particularité d’être extrêmement réactive, même pour les offres illégales. Dès lors qu’un site est fermé pour non-respect des droits d’auteurs, suite à décision de justice, perquisition ou décision administrative, un autre site vient rapidement le remplacer, se situant géographiquement hors d’atteinte de poursuites. Ce perpétuel changement traduit la volonté frénétique de répondre une demande toujours plus exigeante, toujours plus rapide, et toujours en mouvement. Elle révèle aussi la vraie demande, indépendamment des modes, des contraintes économiques.

L’esprit de la culture de gratuité, du « free »est vu comme une liberté, une nouvelle normalité  qui permet de sortir de la logique purement commerciale. Un bon nombre d’adeptes du téléchargement se justifient par le principe de gratuité, un certain nombre (assez restreint) est honnête sur le sujet et défendent un principe, tandis que les autres (la majorité), profite d’un système économiquement attractif, sans conviction politique ou sociale. Quoi qu’il en soit, au-delà de l’attrait économique, il s’agit bien d’une nouvelle conception de la manière ce consommer, qui se met en place et se développe. Cet ancrage économique est si fort, qu’il touche un large panel de consommateurs et influe directement sur l’offre classique, contrainte de s’adapter ou de disparaître. C’est ainsi que l’offre s’est modifiée, proposant des supports vidéo ou audio à des prix très attractifs et ce, tout au long de l’année, quel que soit le mode de vente, traditionnel en magasin ou bien en ligne. Ce dernier mode de vente semble privilégié car il offre plusieurs avantages, on distingue principalementle prix proposé et la gestion des stocks.

Le prix tout d’abord, est très attractif, le coût des frais d’envoi qui peut sembler élevé, est en fait noyé par des commandes multiples, favorisées par des prix bas toute l’année. Le phénomène s’accentue lors des opérations commerciales comme les solde sou les déstockages.

La gestion des stocks ensuite est facilitée par un flux tendu, la marchandise est sitôt commandée, sitôt expédiée, l’encaissement en ligne permettant une telle réactivité, ce qui rend les retours parfois difficiles. C’est en effet un phénomène connu, la perfection de l’acheminement rend la livraison plus rapide, presque automatique. Cela démontre la grande importance des flux marchands. Il est aujourd’hui plus simple de commander un article en ligne que dans un magasin. En effet, le comparatif des prix est plus facile, plus important et plus rapide sur internet. Il est presque superflu de stocker du matériel avant de l’écouler, et plus facile de stocker celui déjà vendu pour l’acheminer jusqu’au client. Celui-ci est en quelque sorte victime d’un tel système car il éprouve des difficultés pour retourner un article, à moins que l’enseigne ait spécialement prévu, conçu et organisé un tel service,pour se démarquer de ses concurrents.

Les marges étant telles que la marchandise invendue trouve preneur sur le second marché, comme un titre boursier…

L’article invendu est alors inséré dans un nouveau circuit de distribution en promotion, avant de finir, à défaut, sur un troisième marché, ne déstockage. On le voit, un article peut avoir plusieurs vies avant de finir chez le consommateur. Cette spéculation (et même sur-spéculation) illustre la situation actuelle où tout est bon à vendre. Au point de se demander jusqu’où un tel système peut aller. Il rencontrera certainement un « mur de verre » qui tôt ou tard freinera son développement. Les plus optimistes attendent ce moment où l’actuel système sera contraint de céder à la place à plus de réalisme, à un autre système plus classique, plus cohérent aussi. Les plus pessimistes y verront simplement l’avant-goût d’une autre évolution, encore plus incohérente, plus adaptée aussi à des faibles moyens financiers, une autre demande, plus modeste, mais toujours aussi soucieuse de consommer, du moment qu’une offre satisfaisante lui est proposée.

L’avenir appartient probablement à un moyen terme de ces deux solutions, une sorte de voie médiane qui fera évoluer le système économique et commercial, de manière qu’il se perpétue de façon plus raisonnable, tout en évitant une implosion…

Cette implosion est très sensible, abordable et compréhensible dans le monde économique, il ne faut pas s’y tromper, il est également sensible dans le monde politique. Les attentes sont en effet très fortes, cependant, les solutions tardent à venir, c’est pourquoi la société civile a développé ses propres réponses à travers des mouvements alternatifs, pour l’instant embryonnaires comme celui des « nuit debout ». L’organisation se veut libre, décentralisée et égalitaire, elle se cherche encore avant de trouver un mode de fonctionnement plus structuré. Cependant, la volonté est là, les attentes sont fortes et quelques peu impatientes. Elles traduisent une saturation del’offre politique classique qui apparaissent de plus en plus sclérosée, loin de la réalité du terrain, en un mot déconnecté. La nature a horreur du vide, cet adage peut s’appliquer au monde politique. En effet, nous vivons un vide politique depuis de nombreuses années.

Chaque échéance électorale semble davantage perpétuer un système sclérosé et vieillissant que susceptible d’apporter une réelle solution. C’est une situation particulièrement dangereuse, instable qui n’est pas sans rappeler 1990, cette année qui a vu l’effondrement de l’URSS, à l’image de tant d’autres systèmes similaires.C’est une période transitoire entre la fin de quelque chose et le début d’autre chose en remplacement. Ce flottement est intéressant car il apporte un espoir de nouveauté, en effet, tout est alors possible, on peut voir apparaître un nouveau système politique et social, plus adapté aux attentes que l’actuel.

Il peut aussi générer des craintes à juste titre car tout est également possible dans le négatif : les positions peuvent se figer pour maintenir la situation ne place, empêcher des changements radicaux et coûteux, mais nécessaires. Il peut aussi évoluer vers quelque chose de nouveau, d’innovant, sans pour autant respecter et servir le citoyen, mais au contraire, l’asservir, le contraindre et el figer dans une position de subordination, de soumission…

 

 

 

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De l’apathie générale – 1/2

Nous vivons une période de crise multiforme dont nous sommes les principaux responsables. En effet, la crise multiple que nous vivons et subissons depuis plusieurs années déjà est de notre propre fait. La perte de confiance dans nos élites politiques, dans nos dirigeants, dépend entièrement de nous-mêmes, car c’est bien nous, corps électoral, qui choisissons et plaçons au pouvoir ces personnes que l’on se fait un plaisir de dénigrer. Ces dirigeants honnis sont en fait l’expression de la volonté populaire. On a les Princes qu’on mérite disait Montesquieu1, cet adage n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui…

Cela fait déjà trois élections présidentielles qui se sont déroulées par défaut : en 2002, le candidat Chirac a été élu pour contrer le candidat Jean-Marie Le Pen, en 2007 le candidat Nicolas Sarkozy a été élu pour contrer la candidate Ségolène Royal, en 2012, le candidat François Hollande a été élu pour contrer le candidat (et président sortant) Nicolas Sarkozy. Qu’en sera-t-il en 2017 ?

La question reste entière à ce jour, cette malheureuse série d’élections par défaut marque surtout un manque de confiance et de convictions, comment dans ces conditions espérer autre chose ?

Si l’on veut réellement changer le pouvoir, peut-être faut-il d’abord changer nous-mêmes. Cette terrible remise en cause nous place devant nos responsabilités, nos choix et leurs conséquences.

La crise économique que nous vivons et subissons procède de la même trame. Un célèbre humoriste a dit en forme de parabole : quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne vende pas2. Cette réflexion quelque peu simpliste résume en réalité une grande partie de nos problèmes. Le boycott reste une arme décisive dans notre société de consommation, au sein de laquelle nous évoluons tant bien que mal. L’offre répond à la demande et parfois l’oriente, mais quoi qu’il arrive, c’est toujours la demande qui aura le dernier mot. Une demande forte, solide, intransigeante, fera plier toute offre, officielle ou officieuse, traditionnelle ou innovante. Ce que l’on a oublié un peu vite, c’est un élément important de la vie commerciale, dans le monde, la société de consommation dans laquelle nous vivons : le consommateur fait la loi, c’est lui qui fixe les règles. S’il est passif, comme c’est le cas aujourd’hui (et depuis de nombreuses années), il laisse le soin à d’autres de décider à sa place, il se laisse imposer des modes de consommation dans différents domaines (textile, alimentaire, produits culturels ou sportifs, loisirs, etc).

Actuellement, la mauvaise qualité de l’alimentation industrielle, émaillée de scandales (barres chocolatées mars en février 2016 par exemple), incite le consommateur à se tourner vers des produits plus sains. De là a émergé la mode du bio, sans toutefois de grande qualité en magasin spécialisés ou dans le circuit de la grande distribution. Cette forte demande a suscité une offre qui lui correspond. Tout ce qui est connoté bio ou naturel est dorénavant devenu indispensable, et conditionne les ventes (et donc le chiffre d’affaire). Les produits de l’industrie agroalimentaire ne peut désormais s’écouler qu’à bas prix, et prennent donc l’image de produits bas de gamme ne visant qu’un certain type de clientèle peu fortunée. Cependant, cette demande suscite d’autres offres, de types différents, commerciaux ou pas, des filières courtes se développent, associant qualité et production locale c’est-à-dire une faible empreinte carbone. Sur cet exemple, la demande s’impose à l’offre qui doit s’adapter si elle ne veut pas être concurrencée ou tout simplement disparaître.

Cette demande peut facilement s’adapter, s’appliquer à d’autres domaines comme la politique. En effet, on constate une profonde et durable érosion du corps électoral. Il aura fallu pour cela une mise à l’épreuve de la classe politique à travers la gestion d’une crise multiforme. Il aura fallu également que tout un chacun soit directement impacté pour enfin réagir. Cette réaction ne s’est pas fait attendre, le rejet de la politique est important désormais. L’attente d’une offre différente présente de nouvelles opportunités à de nouveaux acteurs politiques, plus à même de répondre aux attentes d’une société en perpétuelle mutation. La tentation des partis plus marqués, plus engagés est grande, ainsi, des mouvements comme les Pegida en Allemagne (surtout depuis la crise des migrants de janvier 2016), des Podemos en Espagne (surtout depuis la crise de l’Euro en 2015), Syriza en Grèce (pour les mêmes raisons en 2015), ou en France avec la progression du Front National (après celle du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon depuis 2012) et les grandes transformations des partis (primaires à gauche puis à droite2015-2016), la progression de Donal Trump (mars 2016) ou de Bernie Sanders (février 2016). Tout ceci montre une grande volonté de changement, une demande qui suscite une offre qui lui correspond.

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1 – Montesquieu, l’Esprit des Lois – ou encore :  » Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite.  » – Joseph DE MAISTRE – (Lettres et Opuscules, 4e édition, t. I, p. 264. Lettre 76.)

2 – citation attribuée à l’humoriste Coluche

 

Cette dualité offre-demande, si mercantile au premier abord, s’applique en réalité à tous les aspects de la vie quotidienne. L’information n’échappe pas à la règle, le monde multipolaire en reconstitution, et ses conséquences sont traitées plus que légèrement par les médias traditionnels, face à des lecteurs apathiques, désintéressés (à dessein) par une actualité qui leur échappe. En effet, les grands bouleversements que nous avons connus comme la chute du Mur de Berlin en 1989, le Printemps arabe de 2011 ou la crise des migrants de 2015-2016 ne surviennent pas de façon aussi spontanée qu’on nous l’annonce. Toute crise connaît une évolution selon un processus précis, et avant tout, une phase préparatoire : la dégradation d’une situation qui ne peut trouver son issue que de façon violente, à défaut d’une solution institutionnelle, concertée, on peut ainsi détacher trois plans : une phase préparatoire, une explosion de la crise qui peut durer plus ou moins longtemps, puis la fin de la crise et l’ouverture vers autre chose, une situation différente (calme ou violente), jusqu’à la prochaine tension qui se règlera à son tour de façon pacifique et concertée, ou à travers une nouvelle crise…

Ce fonctionnement circulaire n’est que très rarement abordé, traité, étudié par nos médias actuels, dont la plupart ne sont plus indépendants, mais appartiennent à des groupes financiers ou industriels1 qui les contraignent à servir leurs intérêts. En effet, les médias réellement indépendants sont très rares, à l’image de la revue Conflits créée en 2015 et qui traite des sujets de géopolitique de façon claire et précise2. Désormais, l’information utile et valable ne va pas vers le lecteur, c’est lui qui doit faire l’effort d’aller vers l’information s’il en veut une de qualité. Cette inversion de la circulation de l’information ferme complètement le débat politique qu’il soit intérieur ou extérieur. A la longue, il fausse également la réflexion de celui qui détient le pouvoir de véritablement changer les choses, de décider de la direction du pays et de ses intérêts : l’électeur.

Depuis la fin du suffrage censitaire et l’instauration du suffrage universel (au lendemain de la Révolution Française), on peut se demander avec raison s’il n’y a pas une volonté de flouer la réflexion du corps électoral, de le maintenir dans l’ignorance, afin de perpétuer un système qui ne sert plus ses intérêts, mais ceux d’un groupe réduit de personnes. Au-delà de la sphère politique, il y en a une qui domine tous les échanges de la planète, un système global, mondial désormais : le système économique.

Celui-ci est très différent du système politique dans le sens où il ne connaît aucune frontière, aucun particularisme social, culturel, ethnique. En effet, il vise à supprimer tout particularisme de sorte à pouvoir vendre un même produit sur n’importe quel point de la planète, indifféremment des peuples, des cultures, des races, des religions, des idéologies, car il vise à uniformiser les mentalités. Il procède de la même façon que le système politique par l’abrutissement, l’uniformalisme et la perte des repères culturels, historiques ou idéologiques, afin de leur substituer d’autres repères, économiques cette fois-ci. L’individu n’est plus alors considéré pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il a. Pour y parvenir, deux étapes sont indispensables :

La première vise à saper les bases des repères anciens, il est nécessaire pour cela de lutter contre tout ce qui peut constituer une référence, un ancrage culturel, identitaire, un particularisme qui entrainerait une consommation endémique. Pour cela, il existe deux leviers importants et efficaces. Il faut créer un vide identitaire, susciter un sentiment d’abandon, de perte de repère pour inciter les citoyens à devenir des consommateurs, à rechercher de nouveaux repères, économiques ceux-ci.

La seconde vise à combler ce vide par des produits nouveaux, une offre qui répond à une demande créée de toute pièce. On peut ainsi créer un besoin par le biais des médias, susciter l’envie, le désir de consommer par des tendances fortes que l’on nomme la mode.

On l’imagine souvent limitée à la sphère vestimentaire, en réalité, elle est beaucoup plus vaste, multiforme, et touche également le domaine alimentaire. On le voit depuis plusieurs années avec la mode du bio et des « alicaments », c’est-à-dire un nouveau produit qui est censé permettre de se soigner par son alimentation. Le bio et les compléments alimentaires représentent un marché considérable, en pleine croissance, et génère une masse financière conséquente. Les produits alimentaires se vendent ainsi potentiellement dans n’importe quel point du globe et complètent largement l’industrie pharmaceutique (particulièrement puissante et influente en France), et parfois la rejoint par des produits spécifiques, les fameux « alicaments ». Ce marché immense ne nuit aucunement à un autre marché : celui de l’industrie agroalimentaire qui continue à produire en masse et peut désormais élargir sa gamme de produits sur le segment de la santé et de la protection de l’environnement…

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1 – Source : http://www.franceinfo.fr/culture-et-medias/medias/article/qui-appartient-la-presse-quotidienne-nationale-459641

2– Source : https://www.revueconflits.com/

 

Le textile quant à lui est l’expression la plus populaire de la mode. On peut la susciter, la développer, son grand avantage est qu’elle change régulièrement et implique donc de nouveaux achats dans le vêtement mais aussi dans la chaussure, la maroquinerie, les accessoires et surtout les produits dérivés. L’industrie du cinéma l’a bien compris, à tel point que l’on a souvent l’impression que ces produits dérivés (de plus en plus nombreux et variés) ne font plus la promotion d’un film comme on l’a connu il y a plusieurs années, mais bien l’inverse.

La culture quant à elle est un moyen de déstabilisation d’un peuple ou d’un groupe de peuples, particulièrement important, il gagne en puissance à mesure que les individus gagnent en passivité, en perte de réflexion et de réactivité. L’entreprise privilégiée consiste attaquer la culture déjà en place par grignotage ou bien frontalement, par pans entiers lorsque c’est possible. Le but recherché est double et se décompose en deux étapes, la première vise tout d’abord à réaliser un travail de sape afin de créer un vide culturel et identitaire. Ce vide est essentiel pour générer un sentiment d’abandon, et susciter le besoin de le combler autant que possible, intervient alors la 2e étape qui vise à combler ce vide créé à dessein. Plus les références culturelles et identitaires sont ancrées, profondes et anciennes, plus le vide créé sera insupportable et le besoin de le combler sera important. C’est là que le système économique joue à fond en proposant une nouvelle offre culturelle et identitaire, il s’opère alors une grande innovation. En effet, l’individu n’est plus perçu pour ce qu’il est mais pour ce qu’il a, c’est le stade ultime de la société de consommation au sein de laquelle on se reconnaît en tant qu’individu pour les apparences, la possession, c’est un consommateur complet, dans tous les sens du terme. Dès lors, il ne consomme plus pour vivre, mais vit pour consommer, les valeurs sont inversées exactement comme pour les produits dérivés d’un film. Cette inversion des valeurs sert particulièrement les intérêts, les logiques du système financier si bien abordées dans le fim « the big short » (sorti en salle en décembre 2015). A partir de là, les frontières culturelles et identitaires s’effondrent et de nouvelles références les remplacent.

A partir de là, un produit peut se vendre sur n’importe quel point du globe, au sein d’une société de consommateurs plus que de citoyens. Bien sûr, la politique peut agir pour préparer cette nouvelle situation. Il lui faut d’abord séduire tout en sapant les bases de la société existante, et progressivement lui substituer de nouvelles valeurs, de nouvelles références via des tendances des modes sur des durées plus ou moins longues. La jeunesse est plus particulièrement ciblée pour sa réactivité et sa tendance à vouloir contester l’ordre établi, la société dans laquelle elle vit, et évolue. Cette tendance naturelle est d’autant plus active que le système économique permet à une jeunesse désœuvrée, de trouver sa place, d’exister à travers ce qu’elle consomme. Elle peut ainsi consommer des produits manufacturés mais aussi des idées, des concepts que l’on a conçu pour elle, des modes de vie…

C’est désormais un nouveau mode de vie, largement relayé par des médias qui encadrent les esprits en même temps qu’ils les formatent. Leurs repères sont désormais l’industrie du cinéma, les émissions télévisuelles, les programmes, les jeux et variétés qui véhiculent de nouveaux modes de vie, des nouveaux repères, de nouvelles consommations. Les autres modes de communication que sont internet et le téléphone portable complètent un univers consumériste avec ses propres règles, ses propres codes, ses propres références, son propre fonctionnement.

L’effet le plus pervers est que non seulement le consommateur subit cet environnement qui le formate selon les besoins de la sphère économique, mais qu’il le rend directement acteur. C’est une innovation sans précédent, en effet, pour la première fois, un « système-prison » fait des prisonniers leurs propres geôliers…

Cette situation est singulière car elle s’inscrit dans le temps sur une longue période, qui pourra perdurer tant que le consommateur peut continuer à consommer. C’est ce qui fait la force du système économique, mais aussi sa faiblesse, car en période de crise comme celle que nous vivons actuellement, le pouvoir d’achat est en baisse continuelle, c’est-à-dire que ce qui fait l’attractivité de notre système se réduit régulièrement.

Ainsi, face à une demande sans cesse croissante, l’offre évolue et se diversifie, elle s’adapte et se tourne vers des solutions alternatives qui s’éloignent de plus en plus du schéma de consommation classique. Cette évolution correspond à l’humeur du moment, mais s’éloigne de la logique d’une société de consommation basée sur une production uniforme, une pensée et des habitudes uniformes, que ce soit dans le domaine alimentaire, textile politique ou culturel. On le voit, tout ce qui fait la force du système dans lequel nous vison depuis de nombreuses décennies, fait sa faiblesse.

 

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La (triste) réalité rejoint le futur…

Source : http://information.tv5monde.com/info/robots-tueurs-un-probleme-mondial-meconnu-90548

Robots tueurs : un problème mondial méconnu

L’acteur Arnold Schwarzenegger présente un modèle de « Terminator » des films éponymes, pour la présentation d’un nouvel opus intitulé « Terminator Genesis » lors d’une conférence de presse en Corée du Sud, le 2 juillet 2015. (AP Photo/Ahn Young-joon)

Et si les robots participaient aux guerres ? C’est la question posée lors du dernier Forum mondial de Davos. Les « dispositifs de guerre autonomes » existent et commencent à poser problème. Éclairage sur un sujet de science-fiction… devenu réel.

23 fév 2016 – Mise à jour 23.02.2016 à 15:38 – par  Pascal Hérard
Les drones militaires américains, ces engins aériens télécommandés à distance étaient prévus à l’origine — au milieu des années 1990 — pour n’effectuer que des missions de surveillance. Avec l’intervention militaire américaine en Afghanistan, puis l’invasion de l’Irak, les drones ont été utilisés comme engins de mort : pilotés à distance depuis des centres de commandements aux États-Unis, ces robots téléguidés par des opérateurs humains tirent, depuis 2004, des missiles, dont les célèbres et terrifiants hellfire sur des « cibles terroristes » au sol, choisies par la Maison blanche.

Depuis un an, une campagne de l’ONG Human Rights Watch, « Stop killer robots« , demande leur interdiction.

Entre 1500 et 4000 personnes ont été tuées par les drones américains en quelques années, selon les ONG.  Les victimes de ces « exécutions aériennes » ne comptaient pas seulement des membres ou des chefs de guerre d’Al Quaïda, ou d’autres groupes terroristes. Loin de là. L’ONG Amnesty International s’en est émue et a publié un rapport édifiant sur ces « assassinats d’État » considérés hors-la-loi selon les conventions internationales du droit de la guerre, qui tuent femmes, enfants, et vieillards depuis des appareils volant à des milliers de mètres d’altitude (lire notre article : « Assassinats américains par drones au Pakistan : le rapport accablant d’Amnesty International« ).

Le drone autonome existe-t-il ?

Une récente polémique sur l’efficacité des « intelligences artificielles » du programme d’espionnage des télécommunications de la NSA, nommé « Skynet », en œuvre au Moyen-Orient, agite la sphère des spécialistes de la surveillance et des algorithmes militaires. Le site d’information en ligne ArsTechnica (dans un article écrit à partir de documents d’Edward Snowden publiés par The Intercept), met en doute les capacités de Skynet à repérer correctement des « cibles » à travers les communications des téléphones mobiles des 120 millions de citoyens pakistanais. Ce programme est censé extraire des profils terroristes à travers des milliards d’informations, pour que les drones puissent ensuite les éliminer depuis les airs.

Des robots logiciels donnent de l’information militaire pour que des opérateurs tuent des individus à distance via des drones sans pilote : les machines, dans cette configuration, ne sont pas encore décideurs d’un bout à l’autre de la chaîne de commandement, mais elles deviennent un élément crucial « d’intelligence informationnelle ». Elles sont l’élément qui détermine la cible, et donc au final, de la vie ou de la mort d’un individu. Les opérateurs ne savent même plus qui ils tuent. Seul Skynet le sait. Il y aurait, selon ArsTechnica, des centaines de victimes innocentes, tuées par… les informations de l’intelligence artificielle.

Drone américain de type Predator tirant un missile Hellfire

Le pas à franchir, pour qu’un drone soit directement connecté à un programme tel que Skynet, et puisse, à l’aide de ses caméras, capteurs, logiciels de reconnaissance visuelle, et algorithmes de vol, décider seul d’exécuter « une cible » choisie sans intervention humaine… est infime. Il est en réalité techniquement opérationnel :  il ne manque en fait que le feu vert des décideurs politiques pour que des drones autonomes « chassent » les terroristes. Et comme ce qui est possible pour les drones l’est aussi aujourd’hui pour d’autres types de robots militaires, l’inquiétude est grande chez les défenseurs des droits de l’homme et autres spécialistes des conflits, ou de l’intelligence artificielle, comme l’extrait de la table ronde de Davos au sujet des robots militaires le souligne (en anglais) :

Responsabilité et droit de la guerre

Il y aurait plus de 40 pays en compétition pour développer des armes autonomes. Parmi eux, six sont en phase de développement et de tests, selon les promoteurs de la campagne « Stop killer Robots » : les États-Unis, la Chine, Israël, la Corée du Sud, la Russie, et le Royaume-Uni. Les robots terrestres autonomes, ou « robots tueurs » ne sont pas encore en action sur le terrain militaire, mais sont déjà en activité à des fins de tests. Leur potentiel est énorme, en termes de marché économique, et de… destruction :

Géopolitis (RTS et TV5Monde), mai 2015 :

Ces armements, ultra-sophistiqués et « intelligents » peuvent aujourd’hui parfaitement remplacer des êtres humains sur les champs de bataille, et les entreprises technologiques, comme les gouvernements, y voient déjà « la solution militaire du futur »… très proche. Avec les robots tueurs, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre : aucune perte humaine à déplorer sur le champ de bataille, supériorité stratégique sur l’adversaire non-équipé de matériels similaires, nouvelle économie dont le potentiel est estimé par les spécialistes, à 20 milliards de dollars.

MAARS, le robot tueur autonome de l’entreprise QuinetiQ, futur Terminator des armées ?

Face à ce constat, 3000 chercheurs en intelligence artificielle et en robotique ont signé une lettre ouverte dénonçant les armements autonomes, soutenus par les signatures de 17 000 intellectuels de champs aussi divers que la physique, le droit ou la philosophie. Des personnalités célèbres tels Stephen Hawking, Elon Musk, Steve Wozniak ou Noam Chomsky font partie de ces signataires.

Au delà des peurs — compréhensibles — de voir la machine se retourner contre son créateur pour le détruire, l’émergence des robots tueurs autonomes pose de nombreux problèmes encore non résolus. Les principaux sont ceux de la responsabilité et du droit international. Comment, en effet, appliquer la justice face à une machine qui tue par erreur des civils ou des soldats de son propre camp ? Qui est responsable : le programmeur, l’entreprise qui l’a conçue, le gouvernement qui l »utilise ?

Bidog, le robot militaire autonome créé par l’entreprise Boston Dynamics, rachetée en 2013 par… Google. Bidog peut porter 100 kilos de matériel, tomber et se relever seul, et ne demande aucune aide humaine pour accomplir ses missions.

Le droit international n’est déjà pas respecté scrupuleusement avec les assassinats par drones, comme le rappelle le spécialiste des conflits Derek Gregory dans une interview de 2014 : »Au Pakistan, par exemple, où les États-Unis se livrent à des frappes aériennes dans les régions tribales, aucune guerre n’a jamais été déclarée. On ignore, par conséquent, quel droit doit s’appliquer« , et les spécialistes semblent bien en mal de pouvoir déterminer quel droit devra s’appliquer quand des tueurs de métal, sans opérateurs humains, en toute autonomie, iront assassiner des êtres humains dans des pays lointains, sur la base de renseignements triés par des intelligences artificielles dont personne ne sera en mesure de comprendre les choix.

Le monde futuriste du film Terminator se dessine, silencieusement.

Pascal Hérard – Mise à jour 23.02.2016 à 15:38
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La guerre des étoiles.. ou dans les étoiles…

Source : http://www.leprogres.fr/france-monde/2016/02/19/la-russie-veut-modifier-ses-missiles-pour-detruire-des-asteroides

La Russie veut modifier ses missiles pour détruire des astéroïdes

Les missiles russes seraient utilisés pour cibler les astéroïdes les plus petits (de 20 mètres à 50 mètres de diamètre), qui peuvent causer des dommages importants.

Le 19/02/2016 à 13:44 – mis à jour à 13:44

La Russie envisage de modifier certains de ses missiles balistiques pour détruire des astéroïdes avant qu’ils ne frappent la Terre, selon un spécialiste russe, Sabit Saitgarayev , cité par l’agence pro-gouvernement TASS.
Les missiles russes seraient utilisés pour cibler les astéroïdes les plus petits (de 20 mètres à 50 mètres de diamètre), qui peuvent causer des dommages importants et sont relativement difficiles à détecter.

Les États-Unis inquiets

En 2013, un astéroïde de 20 mètres de large avait explosé dans le ciel de Chelyabinsk, en Russie, avec une force équivalente à 300.000 tonnes de TNT ou plus, brisant les vitres des bâtiments et faisant plus de 1.000 blessés.
La perspective de voir la Russie modifier ses missiles nucléaires inquiète l’armée américaine. Le directeur du renseignement national a déjà exprimé sa préoccupation à ce sujet.

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